Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Le livre de l'Apocalypse
(ou Révélation)

Illustration:
L'Apocalypse, détail de "Saint Jean à Patmos"
(volet de droite d'un triptyque de Hans Memling - Hôpital Saint-Jean - Bruges) - cf. infra.


D'après André Chouraqui:
Le Découvrement de יוחנןIohanân 
L'Apocalypse de Jean
    À quatre reprises l’auteur de ce livre se désigne sous le nom de ιωαννης Iôannès, et il est identifié avec l’apôtre Jean par une tradition dont le plus ancien témoin est saint Justin, vers 150. Cependant, dès le IIIe siècle, cette paternité est contestée si vigoureusement que l’Église d’Orient hésite à inclure l’Apocalypse au nombre des livres canoniques. Quant à la critique biblique, elle enseigne que le quatrième évangile et les lettres d’une part et l’Apocalypse d’autre part ne sauraient être de la même main, du moins dans leur forme actuelle. M. E. Boismard les attribue cependant à une même école de pensée qui s’origine en l’apôtre Jean.
    La même incertitude demeure pour la date de cet écrit. Il appartient de toute évidence à la littérature apocalyptique, qui compte quelque cent cinquante textes chrétiens et de nombreux écrits juifs. Ils décrivent « les secrets des ciels et de la terre » dans le style énigmatique des « hommes de la dernière génération ». Le mot « apocalypse », transcrit du grec αποκαλυψις , n’a d’ailleurs pas le sens, qu’il a fini par prendre en français et dans d’autres langues, de catastrophe redoutable. Il traduit constamment en grec, sous ses formes différentes, l’hébreu גּלה, « découvrir ». Dans le Pentateuque, il est souvent employé pour désigner l’acte de découvrir le sexe d’un hommeou d’une femme, ou encore le découvrement de l’oreille ou des yeux devant un secret ou un mystère aussi cachés que le sexe d’une personne.YHWH peut être l’agent de ce découvrement. Ici, il s’agit du découvrement de Iéshoua‘, Jésus, le Messie, signifié par un messager de YHWH à son serviteur Iohanân, Jean (1,1), qui le reçoit dans une inspiration surnaturelle, נבוּאהneboua, dans une contemplation, חזוןhazôn.
    On a supposé que ce texte fut conçu entre les règnes de Claude (41-54) et de Trajan (98-117): c’est dire l’étendue des doutes qui règnent en la matière. John A. T. Robinson, fidèle à sa datation générale des livres du Nouveau Testament, opte pour la fin de l’année 68, quelques mois avant la destruction du Temple de Jérusalem par Titus, le 9 Av 70: un tel événement n’aurait pourtant pu s’être passé sans laisser de trace dans un texte de cette nature.
    Le livre de Daniel, qui scelle le canon de la Bible hébraïque, y introduit le style apocalyptique qui devait proliférer à la mesure des épreuves d’Israël. L’eschatologie est le thème dominant de cette littérature où la fin du monde est conçue comme un événement cosmique certain: il résultera de l’affrontement final des justes, les fils de la Lumière, et des criminels, les fils des Ténèbres. Le salut d’Israël, écrasé par les empires qui consomment sa perte, sera l’ œuvre de YHWH et de son Messie. Cette certitude, évidente pour les Hébreux mais insupportable à leurs ennemis, ne peut s’exprimer que dans un style qui soit incompréhensible à ces derniers. L’obscurité voulue de ce genre littéraire deviendrait impénétrable si on l’arrachait à son contexte historique et à son substrat sémitique.
    Un fait central, rarement mis en relief par les exégètes, explique la prolifération de cette littérature dans les siècles qui entourent la naissance du Christ: aucun écrit ne pouvait circuler sans risque s’il n’avait l’approbation au moins tacite des polices de l’empire.
    Cette pratique est appliquée avec la plus grande rigueur dans les pays conquis: ce n’était pas seulement l’impiété ou le blasphème mais la simple critique contre l’Empire qui sont sévèrement châtiés. Est-ce que ces faits n’expliquent pas, à eux seuls, maintes affirmations et maints silences du Nouveau Testament qui resteraient incompréhensibles sans cette écrasante évidence ? On parle avec prudence quand on s’exprime clairement et l’on exprime le fond de sa pensée quand on emploie, de préférence en hébreu ou en araméen, le style apocalyptique que les vainqueurs ne pouvaient comprendre ni réprimer.
    Nous sommes ainsi devant un langage à clés ­ et dont les clés sont le plus souvent perdues pour nous.
    En fait, ce genre littéraire qui marie l’eschatologie à la politique est un phénomène typiquement hébraïque, né au confluent d’une situation politique déterminée et d’une dialectique qui oppose, sur la scène de l’histoire, le royaume du Messie à l’empire du prince de ce monde. Ce que les Évangiles, les Actes et les Lettres ne peuvent dire ouvertement, l’Apocalypse le crie en images éclatantes de vie et de mouvement, en des scènes hautes en couleurs: le visionnaire qui nous parle décrit aussi sobrement qu’il le peut l’exubérante contemplation qui le hante.
    D’innombrables analyses ont été écrites afin de déceler le plan de l’oeuvre. Notons-en du moins les thèmes principaux:
I.  Titre du livre; salutations aux sept Églises (1,1-8).
II.  Lettres aux sept communautés (1,9-3,22).
III.  Les visions prophétiques (4,1-11,19):
  a)  le trône de YHWH (4,1-11);
  b)  le livre scellé est remis à l’agneau (5,1-14);
  c)  l’ouverture des sceaux (6,1-8,6);
  d)  les sept shophars (8,7-11,19).
IV.  Le procès du salut (12,1-22,5):
  a)  la femme et le dragon (12,1-18);
  b)  les deux bêtes (13,1-18);
  c)  l’agneau et ses compagnons (14,1-5);
  d)  l’heure du jugement (14,6-19,10);
  e)  la victoire finale sur les bêtes (19,11-21);
  f)  le règne de mille ans; la victoire sur le dragon (20,1-10);
  g)  le jugement dernier (20,11-15);
  h)  la nouvelle Jérusalem (21,1-22,15);
  i)  épilogue (22,16).
    Il est cependant possible d’analyser l’oeuvre de maintes autres manières en tenant compte, par exemple, des sources qu’on lui suppose. À vrai dire, un texte de cette nature ne saurait être disséqué avec les exigences d’une logique formelle: notre scalpel le tuerait. Jacques Ellul l’a bien compris: renonçant à découper ce texte en tranches mortes, il nous fait sentir les rythmes de son « architecture en mouvement ». Jean semble voir se dérouler le procès d’un salut universel dont il nous décrit les scènes et les actes principaux. Il le fait en déployant les ressources de sa science de lettré formé à toutes les disciplines de l’exégèse hébraïque: à n’en pas douter l’auteur est un fils d’Israël si familiarisé avec les Écritures que celles-ci, même quand il ne les cite pas explicitement, viennent tout naturellement sous sa plume.
    Plus de la moitié de ses réminiscences proviennent de textes de la Genèse, de l’Exode, d’Isaïe, d’Ézéchiel, de Zacharie, des Psaumes et de Daniel, ce dernier livre étant le plus fréquemment cité. L’auteur, comme souvent les rabbis, donne une interprétation créatrice de textes qui prennent une signification renouvelée dans son regard de visionnaire: ainsi s’inspire-t-il visiblement du récit des plaies d’Égypte pour décrire les fléaux déchaînés par les sept shofars et les sept coupes. Mais Jean adapte les symboles qu’il puise dans la Bible à sa vision personnelle: l’idée du Messie de gloire n’a évidemment aucun précédent dans la Bible hébraïque.
    Lire l’Apocalypse comme une musique, certes, mais comment l’interpréter? Qu’a voulu dire l’auteur avec des avalanches de symboles, une pluie de nombres qui inscrivent leur mystère aux pôles d’un univers menacé de disparition, dans la danse effrénée de bêtes mythiques, de prostituées triomphantes, sous le regard de l’ancien des jours et d’un messie de gloire qui attend l’heure de son triomphe pour établir son règne sur la nouvelle Jérusalem ?
    À un premier niveau, l’exégète voit dans le texte de l’Apocalypse le reflet des réalités politiques et religieuses du temps où l’oeuvre fut rédigée, sans référence à l’avenir, même si l’auteur semble prophétiser.
Un second niveau de lecture préfère adopter une interprétation prophétique, l’auteur révèle l’avenir, depuis le temps où il écrit jusqu’à la fin du monde.
Une troisième voie est frayée par les exégètes futuristes qui voient dans l’Apocalypse un guide précis d’événements qui ne surviendront qu’à la fin du monde.
Enfin l’approche mystique et poétique de ce texte innombrable y voit essentiellement un poème célébrant le triomphe certain deYHWH et de son Messie sur les forces du mal.
    Quel que soit le parti retenu par le lecteur, qu’il sache qu’aucune des voies choisies ne saurait épuiser le mystère d’un texte qui nourrit depuis deux millénaires la pensée mystique de la chrétienté.
Mais ce serait faire fausse route que de négliger le contexte historique et le substrat sémitique dans lesquels l’Apocalypse est née. Nous sommes de toute évidence en présence d’un texte polémique écrit dans les années les plus troublées de l’histoire d’Israël; d’où l’extrême violence de ses invectives dirigées contre Babel, c’est-à-dire Rome, puissance païenne et impérialiste, décrite sous l’aspect de bêtes mythiques terrifiantes.
    Comme Daniel, Jean écrit son oeuvre pour ranimer la vaillance des fils de la lumière, menacés par les déploiements de la persécution. Du temps de Daniel, l’ennemi était l’hellénisme païen. Pour Jean, c’est l’Empire romain qui impose à l’Asie le culte de Rome et d’un empereur divinisé. La loi exigeait en effet qu’un sacrifice fût offert devant la statue de l’empereur, désigné comme « seigneur ».
    Toute l’Apocalypse annonce comme certaine la fin de l’Empire et le triomphe de la nouvelle Jérusalem. La vision mystique traduit bien le rêve d’hommes écrasés par les tragiques réalités historiques qu’ils subissent ou qu’ils pressentent: ils projettent dans un inaccessible avenir la réalisation de l’utopie prophétique, celle d’une terre nouvelle, de ciels neufs et d’un homme nouveau.
    Écrit voici près de vingt siècles, ce texte ne cesse de parler à tous les temps, puisque tous les temps voient réapparaître sur la scène de l’histoire les protagonistes d’un drame en vérité universel. La bête représente, à coup sûr, l’Empire romain, mais elle est aussi le symbole de toutes les puissances de mort qui menacent de siècle en siècle la vie ou la survie de l’humanité.
L’Apocalypse, au-delà de son sens historique, a une valeur permanente dans sa dénonciation de la Bête et de ses œuvres, dans l’espérance de la libération et du triomphe d’une humanité régénérée sous les regards de YHWH et de son Messie; la mort sera vaincue, éteint le feu du Shéol, au réveil (n'oublions pas que notre mot "cimetière" vient du latin coemeterium, lui-même issu du grec - qui signifie "dortoir,  "lieu de repos") et au relèvement de tous les morts, dans l’essor de l’homme nouveau.


De saint Jérôme, Lettre LIII, sur l'Apocalypse:

L'Apocalypse présente un livre scellé de sept sceaux (Ap 5,1)*. Présente-le à un homme lettré, il te répondra: "Je ne peux pas le lire, il est scellé."** Combien nombreux sont ceux qui imaginent être lettrés: ils tiennent en mains un livre scellé, qu'ils ne peuvent pas ouvrir, à moins que n'ouvre les sceaux celui qui détient "la clef de David: elle ouvre et nul ne ferme, elle ferme et nul n'ouvre." (Ap 3,7)***

* Καὶ εἶδον ἐπὶ τὴν δεξιὰν τοῦ καθημένου ἐπὶ τοῦ θρόνου βιβλίον γεγραμμένον ἔσωθεν καὶ ὄπισθεν, κατεσφραγισμένον σφραγῖσιν ἑπτά.
Καὶ Puis - εἶδον je vis - ἐπὶ τὴν δεξιὰν dans la main droite - τοῦ καθημένου de celui qui était assis - ἐπὶ τοῦ θρόνου sur le trône - βιβλίον un livre - γεγραμμένον écrit - ἔσωθεν en dedans - καὶ ὄπισθεν et en dehors - κατεσφραγισμένον scellé - σφραγῖσιν ἑπτά de sept sceaux.
Puis je vis dans la main droite de celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et en dehors, scellé de sept sceaux.
** Jusqu'au IVème siècle, les ouvrages étaient écrits sur des rouleaux de papyrus. Terminés, ils étaient enroulés comme un parchemin, puis scellés. Pour les lire, il fallait donc les "desceller".
*** τάδε λέγει ὁ ἅγιος, ὁ ἀληθινός, ὁ ἔχων τὴν κλεῖν Δαυΐδ, ὁ ἀνοίγων καὶ οὐδεὶς κλείσει, καὶ κλείων καὶ οὐδεὶς ἀνοίξει
τάδε λέγει Voici ce que dit - ὁ ἅγιος le Saint - ὁ ἀληθινόςle Véritable - ὁ ἔχων celui qui a - τὴν κλεῖν Δαυΐδ la clef de David - ὁ ἀνοίγων celui qui ouvre - καὶ οὐδεὶς et personne - κλείσει ne fermera - καὶ κλείων celui qui ferme - καὶ οὐδεὶς et personne - ἀνοίξει n'ouvrira
Voici ce que dit le Saint, le Véritable, celui qui a la clef de David, celui qui ouvre, et personne ne fermera, celui qui ferme, et personne n'ouvrira.
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• Ap 1,5-8

La force de Jésus Christ est celle de l'amour. Il "nous a délivrés par son sang". "Il vient". "Tout homme le verra", revêtu de "gloire et puissance". Alors apparaîtra au grand jour ce qui demeure encore caché: la réalité de son pouvoir royal universel et le rôle de ses disciples dans le monde. "Oui, vraiment! Amen!"

Comme Dn 7,13-14, ce passage comporte un certain nombre d'expressions qui demandent à être éclaircies de façon rigoureuse.

Verset 4:
Ce verset est lu en partie dans la péricope - même s'il n'est pas indiqué.
᾿Ιωάννης ταῖς ἑπτὰ ἐκκλησίαις ταῖς ἐν τῇ ᾿Ασίᾳ· χάρις ὑμῖν καὶ εἰρήνη ἀπὸ ὁ ὢν καὶ ὁ ἦν καὶ ὁ ἐρχόμενος, καὶ ἀπὸ τῶν ἑπτὰ πνευμάτων, ἃ ἐνώπιον τοῦ θρόνου αὐτοῦ,
"Jean aux sept Églises qui sont en Asie: que la grâce et la paix vous soient données de la part de celui qui est, qui était, et qui vient, et de la part des sept esprits qui sont devant son trône, "
Ιωάννης [ταῖς ἑπτὰ ἐκκλησίαις ταῖς ἐν τῇ ᾿Ασία]ͅ· χάρις ὑμῖν καὶ εἰρήνη: cette "apocalypse" (révélation, prophétie) est présentée sous une forme épistolaire; c'est l'une des caractéristiques de l'Apocalypse de Jean que de mêler divers genres littéraires. Jean reprend mot pour mot l'en-tête la plus classique des lettres de son temps:
- le nom de l'auteur: Ιωάννης Jean;
- le nom du destinataire au datif (cas de celui à qui s'adresse l'action exprimée par le verbe; équivalent de notre complément d'objet second: par exemple "dire qq chose = c. objet direct, à qq'un = c.objet second): ici ταῖς ἑπτὰ ἐκκλησίαις ταῖς ἐν τῇ ᾿Ασία "aux sept Eglises qui sont en Asie" (cf.infra). Dans la reprise de cette formulation, j'ai mis cette locution entre crochets car dans une lettre classique ce nom n'est pas toujours explicité; en outre, il est ici repris ensuite par ὑμῖν "à vous".
- un souhait: χάρις καὶ εἰρήνη "le bonheur et la paix"; dans un contexte chrétien, le mot χάρις prend le sens plus particulier de "grâce divine": cette grâce permettra aux croyants de persévérer malgré les difficultés (verset 9) - jusqu'à trouver εἰρήνη "la paix intérieure" malgré l'hostilité du monde extérieur.
ἐν τῇ ᾿Ασία "en Asie": il s'agit bien entendu de l'Asie Mineure.
ταῖς ἑπτὰ ἐκκλησίαις "aux sept Eglises": énumérées aux chapitres 2 et 3 (Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée), elles sont situées dans un rayon de 80km autour d'Ephèse. Comme le chiffre sept joue un rôle capital dans le Livre de l'Apocalypse, et prend très souvent une valeur totalisatrice dans la Bible, certains ont pensé que cette adresse concernait toutes les Eglises d'Asie - et, par extension, les Eglises du monde entier et de tous les temps. Il est vraisemblable que Jean s'adresse vraiment aux "sept Eglises d'Asie" (puisqu'ensuite il s'adresse à chacune d'entre elles en particulier), mais en en faisant le symbole de l'Eglise universelle.
ἀπὸ "de la part de": cette préposition n'a pas de raison de figurer dans une lettre "classique", puisque l'auteur s'est déjà nommé... C'est qu'ici Jean ne s'exprime pas en son nom, mais au nom du Dieu trin (voir ci-après).
ὁ ὢν καὶ ὁ ἦν καὶ ὁ ἐρχόμενος littéralement, "celui étant et celui qui était et celui venant"; cette formule joue un rôle important dans l'Apocalypse; c'est la paraphrase grecque du Nom révélé à Moïse (Ex 3,14-15); le Targum de Jérusalem emploie - en hébreu - cette expression. Voir à ce sujet à cette page ce que je résume ici :
On peut comparer le Nom tétragrammique de Dieu, יהוה, au verbe היה  « exister » (le verbe-copule « être» français n'est très généralement pas exprimé). Le tétragramme peut alors être considéré comme la contraction en ses quatre lettres
- de notre « passé » :היה HYH (= Il existait de tout temps),
- de l’ « actuel » :הוה HWH (=  Il existe aujourd'hui),
- et notre « futur » :יהה YHH (= Il existera de toute éternité),
de ce verbe « être, exister ».
C’est pourquoi l’on traduit souvent יהוה YHWH par « Celui qui est, qui était et qui vient ».
Cette locution, désignant ici le Père, est devenue un "bloc" invariable - puisque, malgré la préposition ἀπὸ qui l'introduit (et qui devrait être suivie, comme c'est le cas ensuite, du génitif), elle reste au nominatif.
καὶ ἀπὸ τῶν ἑπτὰ πνευμάτων, ἃ ἐνώπιον τοῦ θρόνου αὐτοῦ "et de la part des sept esprits qui sont devant son trône": l'expression "les sept Esprits" désigne l'action universelle de l'Esprit Saint (on a vu plus haut la valeur totalisatrice du chiffre sept).

Verset 5a:
καὶ ἀπὸ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, ὁ μάρτυς ὁ πιστός, ὁ πρωτότοκος τῶν νεκρῶν καὶ ὁ ἄρχων τῶν βασιλέων τῆς γῆς.
"et de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, et le prince des rois de la terre!"
Comme nous l'avons vu à cette page, la séparation en chapitres et versets s'est faite progressivement, et façon totalement arbitraire. En effet, la première partie de ce verset se rattache à l'adresse du verset 4, et la seconde fait partie - syntaxiquement et sémantiquement - de la phrase développée au verset 6.
καὶ ἀπὸ ᾿Ιησοῦ Χριστου "et de la part de Jésus le Christ": troisième élément, donc, de la salutation trinitaire: Jésus, le Fils. Jean s'adresse donc bien aux Eglises au nom du Dieu trin. Χριστόςest la traduction grecque de l'hébreu משׁיח qui signifie "oint"; c'est le terme que l'on appliquait au roi dans la Tora'h.
ὁ μάρτυς "le témoin": c'est de ce mot grec que vient notre nom "martyr"; le martyr est celui qui est prêt à témoigner de sa foi jusqu'au martyre, jusqu'à la mort. L'expression עד (LXX:μαρτύριος) qualifie déjà le Messie en Is 55,4.
ὁ πιστός "le fidèle": ce mot possède une double valeur, objective et subjective; c'est celui qui est fidèle (valeur subjective) ou celui à qui on peut se fier (valeur objective) - ici, Jésus est certes fidèle (au Père), mais surtout c'est le témoin "digne de foi".
ὁ πρωτότοκος τῶν νεκρῶν "le premier-né d'entre les morts": cette locution peut paraître surprenante; en fait, elle prend tout son poids si l'on examine chacun de ses termes.
- ὁ πρωτότοκος"le premier-né": Dans toutes les civilisations, la première naissance dans une famille est un événement décisif, preuve d'une fécondité dont on ne pouvait être assuré par avance. Elle est donc ressentie comme un don de la divinité. Il en est d'ailleurs de même pour le bétail. D'où l'institution de rites religieux pouvant aller jusqu'au sacrifice du premier-né, "rendu" alors au dieu dans l'espoir de recevoir en retour une fécondité encore plus grande.
<- On peut ainsi penser à Abraham, acceptant de sacrifier Isaac (Gn 22,1-18).
La Bible s'insère donc dans le courant des religions - mais elle le fait en référence à l'Exode, avec le
souvenir de la dernière plaie d'Egypte: les premiers-nés d'Israël furent épargnés, tandis que ceux d'Egypte (y compris celui de Pharaon mouraient (voir page sur Pessa'h). C'est donc à ce titre que les premiers-nés appartiennent à Dieu.
On doit alors les lui offrir, s'il s'agit d'animaux (tout comme, d'ailleurs, les prémices des récoltes - voir page sur Chavouot), ou les "racheter" s'il s'agit de nouveaux-nés (Ex 12,2;11-13; Dt 15,19-20).
C'est à ce titre que lors de la "Présentation de Jésus au Temple" (en fait, Purification de Marie, "relevailles" - voir à cette page), Joseph offre des colombes.
Dans le Psaume 89, au verset 28, Dieu dit de David (et on peut extrapoler à tout roi et en particulier au Messie, descendant davidique):
אף־אני בכור אתנהו עליון למלכי־ארץ׃
"Et moi, je ferai de lui le premier-né (hébreu:בּכור; grec LXX:πρωτότοκον), Le plus élevé des rois de la terre."
Jésus est donc le "Premier-Né" par excellence, puisqu'il est le Fils Unique de Dieu, le "premier-né" de l'humanité sauvée, le Messie.
- τῶν νεκρῶν "d'entre les morts": nous avons ici un superbe oxymore, une alliance de mots en apparence totalement contradictoires entre "ὁ πρωτότοκος le premier-né" et "τῶν νεκρῶν parmi les morts". En fait, non seulement Jésus est notre "frère aîné", le "premier fils" du Père, mais il est aussi le premier Ressuscité - celui qui, par sa Résurrection, permettra la nôtre. Ainsi le baptême, plongée dans l'eau, est le symbole de la plongée dans la mort qui permet la résurrection.
καὶ ὁ ἄρχων τῶν βασιλέων τῆς γῆς "et le chef des rois de la terre": nous avons ici le "qualificatif-clef" de la célébration du Christ aujourd'hui: il est le "Roi au-dessus de tous les autres rois" - car son Royaume n'est pas un royaume terrestre, humain.
Le Christ est donc
- témoin persévérant jusqu'à la mort,
- ressuscité,
- souverain.
Dans l'union avec lui (1,9), le chrétien peut persévérer malgré l'adversité, dans l'espérance de la résurrection et du règne avec lui (1,6).
Or témoignage - résurrection - souveraineté sont trois thèmes qui seront développés tout au long du livre de l'Apocalypse - y compris par la voie des contrastes: voir ainsi la contre-proclamation de la deuxième bête (13,11sqq), la parodie du Ressuscité par la première (13,3), le pouvoir usurpé par leur maître, le dragon (13,4).

Versets 5b-6:
Avant d'être étudiée terme à teme, cettephrase doit d'abord être lue et analysée dans son intégralité, car sa structure est complexe - voire "bancale" si on l'envisage sous un angle rhétorique strictement "grec"!

SUJET [VERBE]: ἡ δόξα καὶ τὸ κράτος - "[que] la gloire et la puissance [soient]"
C. d'ATTRIBUTION 1: τῷ ἀγαπῶντι ἡμᾶς - "à l'aimant (participe substantivé) nous" = à celui qui nous aime
C. d'ATTRIBUTION 2 (coordonné): καὶ λούσαντι ἡμᾶς - "et à l'ayant lavé (participe substantivé) nous" = et à celui qui nous a lavés; ἀπὸ τῶν ἁμαρτιῶν ἡμῶν - "de nos fautes"; ἐν τῷ αἵματι αὐτοῦ - "dans le sang de lui"
C. d'ATTRIBUTION 1+2 (reprise): αὐτῷ - "à lui"
C.C. de TEMPS: εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων - "pour les ères des ères".

Mais que faire du segment καὶ ἐποίησεν ἡμᾶς βασιλείαν, ἱερεῖς τῷ Θεῷ καὶ πατρὶ αὐτου - "et il a fait nous royauté, prêtres pour Dieu le Père de lui"?... Strictement et syntaxiquement parlant, cette proposition est une autre indépendante, coordonnée à la première par "καὶ "; mais sémantiquement elle est à mettre sur le même plan que les deux patricipes substantivés au datif.
Nous avons donc ici, plus encore qu'un hendiadys, une véritable rupture de construction, et c'est sans doute pourquoi l'auteur a ressenti la nécessité de reprendre par "αὐτω" les deux c. d'attribution, pour bien marquer l'inclusion de cette proposition dans le groupe sémantique auquel elle appartient. Nous avons ici un exemple flagrant d'un fait que nous ne devons jamais oublier lorsque nous étudions des textes du Nouveau Testament: même s'ils ont été rédigés en grec, ils l'ont été par des Juifs, dont le mode de pensée et donc d'expression est d'abord sémitique! (voir à cette page, ainsi que l'introduction à l'Evangile de Jean à cette page)

Verset 5b:
τῷ ἀγαπῶντι ἡμᾶς καὶ λούσαντι ἡμᾶς ἀπὸ τῶν ἁμαρτιῶν ἡμῶν ἐν τῷ αἵματι αὐτοῦ,
"A celui qui nous aime, qui nous a lavés de nos péchés par son sang,"
τῷ ἀγαπῶντι ἡμᾶς "à celui qui nous aime": nous retrouvons ici la double image du berger qui "aime ses brebis", au point de donner sa vie pour elles, et celle de l'agneau, victime expiatoire que l'on trouvait, par exemple, en Isaïe, au chapitre 53 : « 6b. L'Éternel a fait venir sur lui l'iniquité de nous tous. […] 7b. Comme un agneau mené à la boucherie, […] 7d. il n'ouvrit point la bouche. 11b. Mon serviteur juste en justifiera plusieurs, […] 12c. il a livré sa vie à la mort, […] 12e. il a porté les péchés de plusieurs, et intercédé pour les pécheurs. » (voir la page "Le berger dans la Bible", et les réf. bibliques qui y sont indiquées).
καὶ λούσαντι ἡμᾶς "et à celui qui nous a lavés": on trouve ici deux leçons: l'une, la plus satisfaisante dans le contexte, donne le verbe λούω, laver (comme ici) - donc, dans un contexte biblique "purifier"; l'autre donne le verbe λύω, délier, libérer (acceptable, mais bien moins fort et moins imagé).
ἀπὸ τῶν ἁμαρτιῶν "de nos péchés":
- ici encore, deux leçons: on trouve la préposition ἐκ, hors de, qui indique simplement la sortie d'un lieu; ou la préposition ἀπὸ (comme ici), qui indique de façon plus nette l'éloignement: Jésus nous fera non seulement sortir du péché, mais il nous en éloignera, nous en mettra à l'abri;
- le nom ἁμαρτία désigne littéralement un "manque (α- privatif) de bon comportement, de respect (de μέρος)"; la "faute", c'est le non-respect de la Loi divine.
τῷ [...] λούσαντι ἡμᾶς [...] ἐν τῷ αἵματι αὐτοῦ "celui qui nous a lavés dans son sang": nous trouvons déjà une annonce de la célèbre phrase d'Ap 7,14:"ἔπλυναν τὰς στολὰς αὐτῶν καὶ ἐλεύκαναν αὐτὰς ἐν τῷ αἵματι τοῦ ἀρνίου - ils ont lavé leurs robes, et ils les ont blanchies dans le sang de l'agneau" (voir page sur "Le sang dans la Bible"); dans le Premier Testament, le sang des animaux immolés (en particulier d'un agneau: Lv 14, 13-14) est purificateur; on peut rapprocher également du sang d'Ex 12,13: "Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n'y aura point de plaie qui vous détruise, quand je frapperai le pays d'Égypte": le sang sert à discriminer les Juifs, peuple de Dieu, des Egyptiens; ce sera ensuite le sang de l'Alliance.
Cette phrase peut également faire penser au baptême, plongée dans la mort du Christ (donc dans son sang) pour ressusciter, "blanchi" (d'où l'imposition du vêtement blanc), avec lui.

Verset 6:
καὶ ἐποίησεν ἡμᾶς βασιλείαν, ἱερεῖς τῷ Θεῷ καὶ πατρὶ αὐτοῦ, αὐτῷ ἡ δόξα καὶ τὸ κράτος εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων· ἀμήν.
"et qui a fait de nous un royaume, des prêtres pour Dieu son Père, à lui soient la gloire et la puissance, aux siècles des siècles! Amen!"
καὶ ἐποίησεν ἡμᾶς βασιλείαν "et il a fait nous un royaume": "βασιλείαν" est attribut du COD "ἡμᾶς "; les fidèles de Dieu, une fois "lavés dans le sang de l'Agneau", deviendront un peuple de rois (cf. Dn 7,22;23; Is 45 11-17; Za 12,1-3; et aussi Ap 2,26-27;5,10; etc.) qui régneront avec lui sur tous les peuples.
ἱερεῖς τῷ Θεῷ καὶ πατρὶ αὐτου "des prêtres pour Dieu et Père de lui": ἱερεύς est l'équivalent de l'hébreu כּהן. Les fidèles forment une "royauté de prêtres" - cf. Ex 19,6sqq. Prêtres, unis au Christ Prêtre, ils offrent à Dieu le Père l'univers entier en sacrifice de louange.
εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων "en vue des ères des ères": le renforcement d'un terme par sa répétition, normal dans les langues sémitiques, a trouvé son équivalent grec, dans la LXX puis dans le Nouveau Testament, par cette tournure avec le second terme au génitif. Nous avons ensuite gardé, via le latin de la Vulgate "in saecula saeculorum", cette même tournure "dans / pour les siècles des siècles"; le second terme n'a aucune valeur de détermination, mais est purement et simplement un calque du grec puis du latin bibliques... L'expression signifie "pour tous les siècles", c'est-à-dire "pour l'éternité".
ἀμήν, hébreu אמן: littéralement "vraiment!"

Verset 7:
 ᾿Ιδοὺ ἔρχεται μετὰ τῶν νεφελῶν, καὶ ὄψεται αὐτὸν πᾶς ὀφθαλμὸς καὶ οἵτινες αὐτὸν ἐξεκέντησαν, καὶ κόψονται ἐπ᾿ αὐτὸν πᾶσαι αἱ φυλαὶ τῆς γῆς. ναί, ἀμήν.
"Voici, il vient avec les nuées. Et tout oeil le verra, même ceux qui l'ont percé; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui. Oui. Amen!"
ἔρχεται "il vient": l'imminence de cette venue est soulignée ici par l'emploi du présent (comparer à 1,1: ἐν τάχει "bientôt"; 1,3: ὁ καιρὸς ἐγγύς "le temps est proche").
μετὰ τῶν νεφελῶν "avec les nuées": voir Dn 7,13: עם־ענני שׁמיא - sur les nuées des cieux. La "nuée" accompagne les théophanies (Ex 19,16; Is 6,4; etc.). De même, lors de la manifestation de la gloire du Fils (Lc 9; Ac 1,9).
ὄψεται αὐτὸν πᾶς ὀφθαλμὸς καὶ οἵτινες αὐτὸν ἐξεκέντησαν, καὶ κόψονται ἐπ᾿ αὐτὸν πᾶσαι αἱ φυλαὶ τῆς γῆς "tout œil le verra, même ceux qui l'ont percé; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui": voir Za 12,10-14, en particulier 10b
והביטו אלי את אשׁר־דקרו וספדו עליו כמספד על־היחיד והמר עליו כהמר על־הבכור׃
"Ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé. Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique, Ils pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né." (Sur l'importance du premier-né, cf. supra)
Jean emploie également ce passage dans son Evangile.

Verset 8:
᾿Εγώ εἰμι τὸ Α καὶ τὸ Ω, λέγει Κύριος ὁ Θεός, ὁ ὢν καὶ ὁ ἦν καὶ ὁ ἐρχόμενος, ὁ παντοκράτωρ.
"Moi, je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout Puissant."
Εγώ εἰμι "moi, je suis": en grec (non plus qu'en latin), le pronom sujet n'est pas exprimé; la désinence verbale suffit. Ici le pronom ἐγώ (ego dans la Vulgate) a donc une valeur emphatique - d'autant plus que, nous l'avons vu plus haut, le fait d'exprimer le verbe "être" a déjà une certaine valeur d'emphase pour un auteur de culture sémitique. Ces deux mots en tête de phrase donnent donc à celle-ci une valeur de déclaration très solennelle.
τὸ Α καὶ τὸ Ω "l'alpha et l'oméga": première et dernière lettres de l'alphabet grec, elles signifient que Dieu est l'origine et la fin de toute chose. C'est pourquoi l'on retrouve, par exemple, ces deux lettres sur le cierge pascal. Il est intéressant de noter que la Vulgate prend soin d'expliciter: "Alpha et Omega principium et finis", ainsi que les Bibles traduites à partir de celle-ci, par exemple:
- en français: "l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin" (Martin; Ostervald);
- en anglais: "Alpha and Omega, the beginning and the ending" (King James, Webster);"Alpha and Omega, the beginning and the end" (Douay-Reims, Young);
- en allemand: "das A und das O, der Anfang und das Ende" (Luther 1545; Luther rev.1912; Schlachter); en revanche, Elberfelder (1871) traduit le texte grec, mais l'explique entre parenthèses: "das Alpha und das Omega, (Alpha und Omega (A und O) sind der erste und der letzte Buchstabe des griechischen Alphabets)" = "l'Alpha et l'Oméga (alpha et omega (A et O) sont la première et la dernière lettres de l'alphabet grec)", alors que sa version révisée en 1905 supprime l'explication entre parenthèses et écrit seulement:"das Alpha und das Omega";
- en espagnol: "el Alfa y la Omega: principio y fin" (Sagradas Escrituras 1569); "el Alpha y la Omega, el principio y fin" (Reina Valera1858);
- en italien: " l’Alfa, e l’Omega; il principio, e la fine" (G.Diodati 1649);
- en néerlandais: "de Alfa en de Omega, het Begin en het Einde" (Staten Vertaling); etc.
Dieu est l'origine et la fin de l'histoire humaine, il règne sur toute chose; comparer à Ap 2,6; 22,13.
ὁ ὢν καὶ ὁ ἦν καὶ ὁ ἐρχόμενος: voir au verset 4.
ὁ παντοκράτωρ "le tout-Puissant": équivalent de l'hébreu שׁדּי-Shaddaï;voir le commentaire sur le Christ Pantocrator de Cefalù.
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• Ap 7,2-4;9-14.


Illustration:
L'Apocalypse, détail de "Saint Jean à Patmos"
(volet de droite d'un triptyque de Hans Memling - Hôpital Saint-Jean - Bruges).
Dans la partie gauche, "le ciel", on remarque le Christ-Agneau, avec d'abord autour de lui "les quatre vivants" : à gauche, le lion (identifié ensuite à Marc), puis le bœuf (Luc), l'homme (Matthieu), l'aigle (Jean); ensuite, en un second cercle, les "Anciens", au nombre de douze. Devant le Christ, saint Jean, déjà glorifié, semble nous le montrer.
Dans la partie gauche, "la terre" , on remarque en particulier, dans le ciel, la "Femme" dans sa mandorle, et le dragon qui tente de s'attaquer à elle; et à nouveau saint Jean - plus grand que les autres personnages - puisqu'il ne fait pas partie de la "vision" - exactement parallèle par sa gestuelle à son personnage de la partie gauche: lui aussi nous "montre" ce qu'il voit. Certains des morts sortant de leur tombeau portent déjà le "vêtement blanc", tout comme "les Anciens". On distingue également les "cavaliers".

La première vision dévoile la face cachée de l'étape terrestre de l'avènement du salut.
La seconde, l'accomplissement céleste du dessein de Dieu.
Le temps présent est une période de rémission: le jugement est remis à plus tard.
144000 = 12x12x1000 est un nombre de plénitude: aucun ne sera laissé pour compte de ceux qui appartiennent à Dieu. La vision de la grande liturgie du ciel révèle que les élus seront une multitude incalculable, et qu'ils viendront de partout.
Si les deux scènes contemplées par saint Jean se déroulent sur deux plans, céleste et terrestre (comme dans l'illustration), on passe sans cesse de l'un à l'autre (comme nous le fait voir la double représentation de Jean): ce qui advient ici-bas a son retentissement dans le ciel.
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• Ap 11,19a; 12, 1-6a; 10ab

Deux images se superposent dans cette vision.
D'une part, celle de la Femme qui enfante, dans la crainte et la douleur, un nourrisson menacé par la puissance extraordinaire d'un terrible dragon. On songe à l'Eglise dont les fils ont sans cesse à redouter les assauts de l'Ennemi qui veut leur perte.
D'autre part, la Femme mère du berger qui préserve les siens de tout danger.
On songe alors à Marie - sur qui le mal n'a eu aucune prise et qui mit au monde le Sauveur.

Mais les deux mystérieuses visions s'estompent pour laisser toute la place à la gloire de Dieu et de son Christ, vers qui monte une vibrante action de grâce.
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