Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Ascension du Seigneur  (B)


(Le jeudi suivant le Sixième Dimanche de Pâques) 


Introduction
 
Les quatre évangiles attestent que Jésus, mort sur une croix, dont le corps a été déposé dans un tombeau, s’est ensuite montré vivant – à plusieurs reprises et dans des circonstances diverses – aux Apôtres et à un certain nombre de disciples. Les témoignages qu’ils en ont transmis sont d’autant plus dignes de foi que ces apparitions n’ont pas immédiatement convaincu ceux qui en ont été les bénéficiaires. Ils ont au contraire longtemps douté de la réalité de ces manifestations intermittentes qui ont cessé après un certain laps de temps.

Saint Luc est celui qui parle le plus longuement de ce qu’on appelle l’Ascension du Seigneur, c'est-à-dire son « élévation dans les cieux » où il a disparu au regard des hommes, et d’où il reviendra un jour. Il la mentionne très brièvement en conclusion de son évangile (Lc 24,50-52), et plus longuement au début de son second ouvrage, « les Actes des Apôtres » (Ac 1,1-11). C’est alors bien plus que le récit, plus circonstancié, d’un événement ; c’est un condensé de la prédication apostolique, et une explication de la foi professée dès les origines par les chrétiens.

L’Ascension du Seigneur réjouit les cœurs des disciples, parce qu’elle célèbre l’exaltation du Christ ressuscité à la droite du Père. Mais elle est aussi un avantage pour les croyants, ainsi que Jésus l’a dit lui-même à ses Apôtres, au soir de la dernière Cène (Jn 16,7) : elle inaugure une ère nouvelle de l’Histoire du Salut, celle du don de l’Esprit répandu à profusion sur les croyants, et celle de la prédication dans le monde entier de la Bonne Nouvelle du salut acquis par la mort et la résurrection du Fils de Dieu fait chair.

La célébration de l’Ascension tourne donc notre regard vers le monde où nous vivons. Là se construit patiemment et humblement, dans l’amour, le Corps dont le dont est la Tête.
Car le Seigneur n’a pas abandonné les siens. Il est au contraire d’autant plus présent au milieu d’eux qu’il ne se trouve plus soumis aux contraintes de la condition humaine qui limitait son action dans le temps et dans l’espace*. Sûrs de cette nouvelle présence, les disciples n’ont rien à craindre dans le monde où le Ressuscité les envoie annoncer : « Votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance. Il n’y a qu’un seul Corps et un seul Esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui règne au-dessus de tous, par tous, et en tous ».
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* C’est aussi ce qui fait l’espérance et le réconfort des chrétiens lors du décès d’un de leurs proches. C’est ce qu’on appelle la « communion des saints » ; non pas des « saints du calendrier », mais de tous les hommes, vivants ou morts – et qui, croyant en Dieu et dans le Christ ressuscité et « monté aux cieux », « assis à la droite du Père » (paroles du Credo) communient dans cette Foi par l’Esprit Saint.


"Pour la lumière de ta glorieuse Ascension
et pour les portes du ciel enfin réouvertes,
béni sois-tu, Jésus ressuscité.
De ceux qui se perdent dans les réalités d'en-bas
et rendent la nuit complice de leurs errances,
souviens-toi."
Frère Dieudonné DufrasneinPrières aux portes de la nuit - "Il a souffert, il est mort, il est ressuscité, il a été exalté".


Les Textes
 
 
Première Lecture : 
Ac 1, 1-11
 
En plaçant au début du Livre des Actes des Apôtres, comme à la fin de son Evangile, une notice sur l’Ascension du Seigneur, saint Luc fait entendre d’emblée que la mission de l’Eglise continue celle de Jésus. La tradition a surtout retenu qu’au moment de son départ le Seigneur a institué les Apôtres témoins de sa résurrection et prédicateurs de la Bonne Nouvelle dans le monde entier. Saint Luc ne manque pas de le rappeler. Dans le Livre des Actes, il situe la promesse de l’Esprit et l’ordre de mission dans le cadre d’un ultime repas que le ressuscité a pris avec ses Apôtres avant de disparaître à leurs yeux : ce qui rappelle l’apparition aux deux disciples d’Emmaüs, et donne à ce repas d’adieux une coloration eucharistique.

Commentaire rhétorique sur la première phrase des Actes des Apôtres (Ac 1,1-3):
On oppose souvent la rhétorique biblique – qui est une branche de la rhétorique sémitique – à la rhétorique dite « classique », gréco-romaine. Roland Meynet résume la nette différence entre ces deux façons de s’exprimer par la formule « le Grec démontre, le Juif montre ». La binarité, la parataxe, les constructions concentriques que nous avons souvent rencontrées en hébreu sont en effet bien différentes des développements linéaires de la rhétorique « occidentale ».
Cependant, on trouve bon nombre d’hébraïsmes dans la LXX, ainsi que dans nombre de textes qui ont été rédigés en grec. En revanche, la culture grecque, ses catégories, et surtout sa logique – donc sa rhétorique – ont certainement exercé une influence sur ceux qui, par la force des choses, se sont inculturés dans le monde grec du seul fait qu’ils écrivaient dans sa langue.
C’est le cas dans les longues périodes ( = phrases très structurées) des Ac et dans les épîtres deutéro-pauliniennes.

Cette première phrase des Ac – particulièrement longue, puisqu’elle se déroule sur trois versets, et complexe – ressemble par sa forme aux prologues des orateurs grecs, et est très éloignée de la parataxe hébraïque.

On peut en schématiser ainsi l’analyse logique (les numéros qui précèdent les propositions indiquent leur degré de subordination ; les verbes, noyaux des propositions, sont soulignés, les subordonnants encadrés) :

Ø.  J’ai fait mon premier livre sur toutes les choses, ô Théophile : PRINCIPALE
1. {que} Jésus avait commencé à faire et à enseigner depuis le jour : SUBORDONNEE RELATIVE, complément de détermination de l’antécédent « toutes les choses »
2. {où} … il fut enlevé : SUBORDONNEE RELATIVE, complément de détermination de l’antécédent « le jour »
* ayant instruit les apôtres : participe apposé à « Jésus » repris par le pronom « il » -> inclusion dans la relative
3. {qu’} il avait choisis par l’Esprit Saint : SUBORDONNEE RELATIVE, complément de détermination de l’antécédent « les apôtres »
3. eux {auxquels} il s’était présenté lui-même vivant … avec de nombreuses preuves : SUBORDONNEE RELATIVE, complément de détermination de l’antécédent « les apôtres » repris par le pronom « eux »
4. {après qu’} il eut souffert : SUBORDONNEE CONJONCTIVE, complément circonstanciel de temps de « s’était présenté »
* pendant quarante jours leur étant apparu : participe apposé à « Jésus », repris par « il » (dans « il s’était présenté) -> inclusion dans la relative
* et les ayant entretenus du règne de Dieu : participe apposé à « Jésus », repris par « il » (dans « il s’était présenté), coordonné au participe apposé précédent par « et » -> inclusion dans la relative.
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* Remarque : les participes apposés ne sauraient constituer les noyaux de propositions participiales, puisqu’ils n’ont pas de sujets propres (les pronoms « il » étant déjà sujets de verbes noyaux d’autres propositions).
Comparons:
-          Les parts (S) ayant été faites, le lion (S) parla : 0. Le lion parla : principale ; 1. Les parts ayant été faites : subordonnée participiale, c. circ. de temps de « parla ».
-          Ayant fait les parts, le lion (S) parla : indépendante avec le participe « ayant fait (les parts) » apposé à « lion », qui est déjà sujet du verbe « parla » ; le participe apposé est donc inclus dans l’indépendante.
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Nous avons néanmoins cinq niveaux de propositions :
-          la principale ;
-          une subordonnée relative déterminant la principale ;
-          une subordonnée relative déterminant la première subordonnée relative ;
-          deux subordonnées relatives déterminant la deuxième subordonnée relative ;
-          une subordonnée conjonctive complément d’une subordonnée relative de quatrième niveau.

Psaume :
Ps 46

Le règne de Dieu vient dans le monde – pour les chrétiens par le Christ intronisé à la droite du Père.

Deuxième Lecture :
Ep 4,1-16

C’est une sorte de testament spirituel que l’Apôtre Paul, en prison « à cause du Seigneur » (il vaudrait mieux traduire « pour le Seigneur », ou encore « en communion avec le Seigneur »*), adresse aux Ephésiens.
« Descendu » sur la terre et jusqu’à l’abîme de la mort, « monté » au ciel où il est désormais à la droite de Dieu, le Christ a pris en charge l’univers entier pour en faire une création nouvelle. Il distribue à chacun les dons multiples de l’Esprit.
Que les disciples du Seigneur, fidèles à la grâce qu’ils ont reçue, vivent dans l’unité du Corps dont le Christ est la Tête et que chacun, selon sa vocation, travaille activement à sa cohésion.
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* εγω ο δεσμιος εν κυριω – Littéralement : εγω – moi ; ο δεσμιος – le prisonnier ; εν dans ; κυριω – le Seigneur.

Ou Ep 1,17-23
(Deuxième Lecture des années A - mais possible en année B)

Dieu a déployé dans le Christ une puissance dont il nous est donné de déjà bénéficier. Les mots se bousculent sous la plume de saint Paul, lorsqu’il essaie d’écrire ce que représentent pour le Christ sa résurrection et son intronisation à la droite de Dieu – ainsi que les incommensurables bienfaits qui en découlent pour nous.
La prière de l’Apôtre se fait alors action de grâce, « eucharistie » (sens étymologique), adressée au « Dieu de notre Seigneur Jésus Christ », le Père qui a fait de son Fils « la tête de l’Eglise, son corps ».
 
Evangile :
Mc 16,15-20
 
Ces derniers versets de l’Evangile selon saint Marc sont un condensé des données de la Tradition.
De l’Ascension, il est dit seulement ce qu’on trouve dans le « Symbole des Apôtres » (Credo) : « Jésus, monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu ».
Le départ du Seigneur marque le début de la mission universelle confiée aux Apôtres par Celui qui a reçu tout pouvoir au ciel et sur la terre.

Pour prolonger la méditation :
 
Citations bibliques
Tu l’établis sur les œuvres de tes mains, tu mets toutes choses à ses pieds. (Ps 8,7)
Avec lui, Dieu nous a ressuscités ; avec lui, il nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus. (Ep 2,6)
Comme Paul avait ramassé une brassée de bois mort et l’avait jetée dans le feu, la chaleur a fait sortir une vipère qui s’est accrochée à sa main. Il a secoué la bête, qui est tombée dans le feu, et il n’a eu aucun mal, alors que les gens s’attendaient à le voir enfler ou tomber raide mort. Après avoir attendu un bon moment, ils ont vu qu’il ne lui arrivait rien d’anormal. (Ac 28,5-6)
 
Liturgie syriaque pour l’Ascension
Au jour de ton Ascension, ô Roi Christ,
les anges et les hommes te crient :
« Tu es saint, Seigneur, car tu es descendu et tu as sauvé Adam,
l'homme fait de poussière,
de l'abîme de la mort et du péché,
et par ton Ascension sainte, ô Fils de Dieu,
les cieux et la terre entrent dans la paix.
Gloire à celui qui t'a envoyé ! »
L'Église a vu son Époux dans la gloire,
et elle a oublié les souffrances endurées au Golgotha.
Au lieu du fardeau de la croix qu'il portait
c'est une nuée de lumière qui le porte.
Voici qu'il s'élève, vêtu de splendeur et de gloire.
Un grand prodige s'accomplit aujourd'hui au mont des Oliviers :
Qui est capable de le dire ?...
Notre maître était descendu à la recherche d'Adam
et après avoir retrouvé celui qui était perdu,
il l'a porté sur ses épaules
et avec gloire il l'a introduit au ciel avec lui.
Il est venu et il nous a montré qu'il était Dieu ;
il a revêtu un corps et il a montré qu'il était homme ;
il est descendu aux enfers et il a montré qu'il était mort ;
il est monté et a été exalté et il a montré qu'il était grand.
Bénie soit son exaltation !
Au jour de sa naissance, Marie se réjouit,
au jour de sa mort, la terre tremble,
au jour de sa résurrection, l'enfer s'afflige,
au jour de son ascension, le ciel exulte.
Bénie soit son Ascension !

Commentaire théologique
Du P. François Varillon, Joie de croire, joie de vivre – Conférences sur les points majeurs de la foi ? Paris, 1981 :
S’il y a un homme glorifié au cœur de la Trinité, c’est afin que toute l’humanité soit éternellement en cet homme, Jésus Christ, au cœur de la Trinité. L’Ascension est le signe qui inaugure le ciel, disons en rigueur de terme, qui le fait exister.
L’Ascension est aussi un sens qu’il faut comprendre, le départ nécessaire du Christ. Un départ qui est bien plutôt un mode de présence, non plus extérieure et localisée, mais intérieure et universelle. La vraie présence, sur le mode de l’absence.
Si Jésus n’était pas « monté au ciel », il serait encore parmi nous, au milieu de nous, mais à côté de nous, extérieur à nous, comme je vous suis extérieur et comme vous m’êtes extérieurs. Mais, dit saint Paul, il est monté au ciel « afin de tout remplir » (Ep 4,10).

Commentaire patristique
De Saint Augustin, in Sermon XX pour l’Ascension :
Dès maintenant, montons de cœur avec le Seigneur, sûrs que nous sommes de le suivre aussi en notre chair. Nous venons d’entendre dire : « Elevons notre cœur ! » et ce n’est pas pour rien ; ce n’est pas non plus sans raison que l’Apôtre nous encourage en ces termes : « Vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu »*. Elevez-vous de terre : si le corps ne le peut, que le désir vole !

Un poème
Il descend du ciel :
il a rendez-vous avec l’humanité,
avec Marie, avec les bergers et les mages,
avec les Douze, les pauvres, les pécheurs,
avec chacun de nous.
 
Il marche sur les chemins de Palestine,
sur l’eau du lac,
à travers les champs de blé
dans la vallée du Cédron :
il a rendez-vous avec l’enfant prodigue
et la brebis perdue ; avec nous, avec moi.
 
Il monte à Jérusalem,
la ville qui tue les prophètes :
il a rendez-vous avec Judas,
avec Hérode et Ponce-Pilate,
rendez-vous avec la mort ; la sienne, la mienne.
Il descend aux Enfers :
il a rendez-vous depuis toujours avec Adam,
et avec moi, pour qu’il me prenne la main.
 
Il monte au ciel :
il a rendez-vous avec son Père dans l’Esprit,
avec les Anges et les Archanges,
avec Abraham et David,
avec Moïse, Elie et Jean-Baptiste.
Il me prépare une place.
Didier Rimaud, « Route Pascale »,
in A force de colombe – Chants et poèmes, Paris, 1994.

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