Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Textes tirés de l'Évangile selon
saint Jean


Illustrations: Saint Jean symbolisé par l'aigle


Les Pères de l'Eglise ont rattaché chacun des quatre évangélistes à l'un des "quatre Vivants" de l'Apocalypse entourant le Christ en gloire.


Saint Jean est représenté par l'aigle, en raison de l'élévation spirituelle avec laquelle il présente la divinité du Verbe; selon saint Jérôme, "son Evangile est celui qui vole le plus haut", comme l'aigle était considéré comme l'oiseau volant le plus haut.


Plaque de reliure émaillée - XIIème siècle - (Musée de Cluny, Paris) ->







<- Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne










Détail de broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban) ->


Sur l’Évangile
selon saint Jean :    

L’identification de l’auteur du quatrième évangile fait problème. La plus ancienne tradition chrétienne l’attribuait à Iohanân bèn Zabdi, devenu en français « Jean, fils de Zébédée », qui l’aurait écrit dans sa vieillesse à Éphèse. Mais à partir du XIXème siècle des exégètes élèvent des doutes: le véritable auteur serait un certain Jean le Presbytre ou, pour d’autres, tout simplement un inconnu. Mais ces thèses ne sont pas sans se heurter à de graves objections. D’éminents critiques affirment l’existence d’une « école johannique » qui aurait recueilli les traditions de Iohanân et leur aurait donné la forme que nous leur connaissons aujourd’hui. Cette opinion tient compte des méthodes, courantes à l’époque, de transmission des textes; elle a l’avantage de sauver, pour l’essentiel, l’origine johannique de l’ouvrage, tout en expliquant certaines des difficultés que la critique biblique croit y déceler.     

Le lieu où Jean aurait rédigé son œuvre serait, selon d’anciennes traditions, l’Asie Mineure; Irénée précise même: la ville d’Éphèse. Éphrem, lui, opte pour Antioche. Des exégètes concilient ces deux opinions en avançant que la rédaction se serait étendue sur une longue période, au cours de laquelle l’auteur aurait séjourné dans ces deux villes. Cet évangile est cité dès la première moitié du IIème siècle; les auteurs situent sa rédaction entre les années 60 et 100.     

Quelques thèmes fondamentaux caractérisent l’évangile de Jean et se retrouvent tout au long de son œuvre:  
-          Jésus le Messie est le λογος-logos, le mot grec traduisant l’hébreu דבר-dabar : parole de l’Eternel.
-          Le Messie est source de lumière. Jean revient sur le thème initial des premières lignes de la Genèse où la lumière, première des créatures d’Elohim, est citée cinq fois. Source de lumière, Jésus la rend à un aveugle (ch. 9).
-          Jésus est le témoin et la route qui mènent à la parfaite adhésion à sa Torah. Ce thème est l’un des plus constants de l’annonce.
-          Jésus est la source de la vérité. ­    

Les exégètes s’évertuent à trouver la clé selon laquelle Jean organise la mise en œuvre de sa documentation: les uns découvrent dans les douze premiers chapitres de Jean 7 sections de 7 périodes divisées à leur tour en 7 ou 14 parties; d’autres répartissent le texte autour des six fêtes liturgiques dont il est fait mention (2,13; 3,1; 6,4; 7,2; 10,22; 11,55).     
Plutôt qu’une composition en parties nettement distinctes, Jean semble avoir adopté une composition « symphonique », comparable à celle du Cantique des Cantiques. Déconcertés par ce type de composition pourtant bien conforme au génie oriental, des exégètes s’efforcent de recomposer l’évangile de Jean en le pliant aux exigences d’une logique occidentale et moderne. Là où ces exégètes voient une « dislocation » du texte, due à l’intervention de sources distinctes, ne vaut-il pas mieux déceler le talent d’un auteur dont la composition demeure aujourd’hui aussi neuve qu’elle l’était voilà vingt siècles ?     
Le génie de Jean consiste justement à employer le grec pour exprimer le mystère d’une vision hébraïque. Il y réussit en créant une langue nouvelle, sorte d’hébreu-grec où le ciel hébraïque se reflète dans son miroir hellénique.     

C’est l’œuvre d’un fils d’Israël versé dans les lettres hébraïques aussi bien qu’araméennes et qui n’entend rien cacher de ses racines au profit d’un quelconque conformisme littéraire.
Il lui suffit d’être lui-même; et cela étant, il n’hésite pas devant l’emploi de parataxes, d’inclusions, de chiasmes, de parallélismes, caractéristiques de l’expression hébraïque (voir le Traité de rhétorique biblique de Roland Meynet, par exemple ; et le site de la Société internationale pour l’étude de la Rhétorique Biblique et Sémitique – RBS –  http://www.retoricabiblicaesemitica.org/index_fr.html ).
Il reproduit dans son texte des mots hébreux ou araméens, accompagnés de leur traduction.
Il accumule les sémitismes comme l’infinitif absolu.
Il donne à certains verbes grecs le sens que leur équivalent a en hébreu; « voir » signifie ainsi « éprouver » ou « jouir »; « répondre » a le sens du verbe ענה-‘ana, qui signifie en hébreu « prendre la parole »; « à son entrée et à sa sortie » est la forme concrète que l’hébreu emploie pour signifier le mouvement de l’homme, ses allées et venues. Jean donne au verbe περιπατειν-peripatein le sens de הלך-halakh, aller, « marcher » ; le mot « main » garde pour lui son sens hébraïque de « puissance » (voir page « Le bras et la main de Dieu »); « jeter au cœur » signifie dans son grec particulier « inspirer ».     

L’existence d’un original hébreu ou araméen n’est pas démontrée. Ce serait d’ailleurs une erreur d’opposer de manière tranchée l’hébreu et l’araméen parlés par les contemporains de Jésus. Le second est abondamment mêlé d’hébraïsmes que l’on retrouve dans son vocabulaire, sa syntaxe, sa morphologie. En fait les deux langues sont devenues, aux premiers siècles de l’ère chrétienne, des sœurs jumelles. Même quand ils s’expriment ou écrivent en araméen, les Hébreux pensent dans la langue de la Bible, c’est-à-dire en hébreu. Le substrat linguistique de Jean est essentiellement l’hébreu, qu’il ait existé ou non un document préalablement écrit en cette langue. Cette réflexion est valable, à des degrés variables, pour tous les livres du Nouveau Testament.     

Cela nous amène à un deuxième trait, également valable pour l’ensemble des livres de la Bible: il est artificiel de distinguer abruptement entre tradition orale et tradition écrite. Toute œuvre, avant d’être couchée sur le papier, dans telle ou telle langue, est d’abord gravée dans la pensée de l’homme. Un livre de la nature du quatrième évangile, au-delà du grec, de l’araméen ou de l’hébreu, semble émaner des sources du silence, là où le Verbe se révèle en tant que λογος-logos, Parole vivante. Et c’est à partir d’une contemplation silencieuse qu’il faut lire, comprendre, commenter et, éventuellement, traduire l’œuvre de Jean.     

L’univers des Hébreux est jalonné de « signes », אותת-otot, qui sont autant d’attestations de la volonté de l’Eternel. Ainsi en est-il de l’évangile de Jean, où Jésus change l’eau en vin, sauve un enfant de la mort, guérit un homme paralysé depuis trente-huit ans, nourrit cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons, guérit un aveugle-né, ressuscite d’entre les morts Èl‘azar de Béit-Hananyah – Lazare de Béthanie. Ces signes majeurs soulignent les axes profonds de la théologie de Jean et annoncent le signe ultime et décisif: la résurrection du Crucifié.     

La puissance d’expression de Jean se manifeste dans cette marche en avant d’un homme que rien ne peut arrêter, pas même l’horreur de la crucifixion; en lui, il voit le Mashiah bèn Elohîm – Messie Fils d’Elohim, le sauveur d’Israël et de l’humanité, le vainqueur du Prince de ce monde, le triomphateur de la mort.      

Par rapport aux évangiles synoptiques, Jean remplace le thème fondamental de l’annonce du Royaume (ce mot n’apparaît chez lui qu’en 3,3 et 5 et 18,36), par celui de la vie éternelle, certes conçue comme un bien eschatologique, divin, mais qu’il est possible de posséder dès maintenant.     

Jean donne des dimensions nouvelles à l’eschatologie. Il ne fait pas mention de la venue du Fils de l’homme pour son ultime triomphe lors des assises du Jugement dernier. Plus sobre que les synoptiques, il actualise partiellement la gloire de Jésus, son salut, son jugement. Si bien que les passages sur la résurrection corporelle à la fin des temps, que les pharisiens enseignaient, sont considérés par certains auteurs (mais peut-être à tort) comme des additions adventices. Jean croit en fait au progrès de l’histoire qui a trouvé son sens depuis la venue, la mort et la résurrection du Messie. Pour lui, l’histoire de Jésus annonce la fin de l’histoire du monde; le Messie a vaincu le monde et refoulé dans les ténèbres extérieures le prince de ce monde. Sa mission consiste à découvrir aux hommes les trésors ineffables de la vie, de l’amour, de la paix du Seigneur Dieu.     

Dans ce sens, Jean souligne, davantage peut-être que ses devanciers, le mystère de la personne de Jésus, de sa transcendance et de sa préexistence. Ainsi comprend-il la passion et le supplice du Crucifié comme le début de sa glorification (voir page « la Passion selon saint Jean » .     

Toute lecture de Jean doit donc tenir compte du caractère sacramentaire et, à certains égards, symbolique de son livre. Son symbolisme, inhérent à la pensée hébraïque, s’enracine cependant dans les faits dont il souligne la signification théologique et sotériologique. Davantage que dans le syncrétisme hellénistique ou dans la gnose orientale, Jean puise son inspiration dans le fond traditionnel de la pensée d’Israël, à une heure où l’espérance messianique apparaît comme l’unique recours contre l’abîme de déréliction où Rome plonge Jérusalem. Ainsi le mysticisme johannique a ses racines non seulement dans les Psaumes et les Prophètes, mais aussi dans les préoccupations immédiates des Hébreux, à l’heure de leurs plus grandes épreuves.     

On peut justement penser que ni dans la Bible ni dans la littérature universelle, il n’existe de livre comparable au quatrième évangile. Il confirme en la complétant l’unité profonde de la Bible et de son ultime partie, le Nouveau Testament, aux jaillissements des feux du génie créateur d’Israël, confronté à l’épreuve de la destruction de sa patrie et à l’heure de son exil.
Jean voit dans l’incarnation du Messie
la réponse donnée par YHWH à un monde aux abois
pour le sauver du néant,
en communiquant aux hommes les mystérieux bienfaits de la vie divine.
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1. Chapitres 1 à 4

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• Jn 2,1-11.

- "Commencement des signes accomplis par Jésus".
- Mention de son"Heure" qui, dans le IVème évangile, évoque toujours celle de la Passion.
- Présence de Marie, que saint Jean mentionne à nouveau lors de la crucifixion.
- Foi des disciples, dont, par la suite, l'évangéliste souligne souvent l'incompréhension.
- "Gloire" de Jésus manifestée.
Manifestement, l' "Evangile de Cana" doit être lu, et longuement médité, à la lumière de la foi pascale.
D'autre part, ce repas de mariage fait songer à ce saint Jean écrira au Livre de l'Apocalypse: "Heureux les invités au festin des noces de l'Agneau" (Ap 19,9).


Traduction et remarques :

Verset 1.
[...] γάμος ἐγένετο ἐν Κανὰ τῆς Γαλιλαίας, καὶ ἦν ἡ μήτηρ τοῦ ᾿Ιησοῦ ἐκεῖ·
[...] il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là, 
ἦν ἡ μήτηρ τοῦ ᾿Ιησοῦ ἐκεῖLa mère de Jésus était là: Il est possible que Marie ait été de la famille des mariés, ce qui expliquerait le fait que Jean la cite en premier lieu, et son inquiétude lorsqu'elle constatera qu'il n'y a pas assez de vin. Théologiquement, le fait que Jean mentionne la présence de Marie s'explique par le parallèle avec la crucifixion (cf. introduction).

Verset 2.
ἐκλήθη δὲ καὶ ὁ ᾿Ιησοῦς καὶ οἱ μαθηταὶ αὐτοῦ εἰς τὸν γάμον.
et Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples.  
καὶ ὁ ᾿Ιησοῦς καὶ οἱ μαθηταὶ αὐτοῦ - et Jésus aussi [...] avec ses disciples: L'hospitalité orientale explique que non seulement Jésus, mais également ses disciples soient invités.

Verset 3.
καὶ ὑστερήσαντος οἴνου λέγει ἡ μήτηρ τοῦ ᾿Ιησοῦ πρὸς αὐτόν· οἶνον οὐκ ἔχουσι.
Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit: Ils n'ont plus de vin.   
• ὑστερήσαντος οἴνοῦ - Le vin ayant manqué: Les mariages peuvent durer plusieurs jours. La famille du marié (c'est encore vrai de nos jours dans ces régions) est tenue de pourvoir financièrement à l'organisation de la fête; et la tâche d'organisation est généralement confiée à un "ἀρχιτρίκλινοςarchitriklinos - ordonnateur", comme on le verra au v.9.
οἶνον οὐκ ἔχουσῖ - Ils n'ont plus de vin: Dans la remarque de Marie, il y a implicitement une demande d'intervention à Jésus (ce qui confirmerait l'hypothèse avancée à propos du v.1).

Verset 4.
λέγει αὐτῇ ὁ ᾿Ιησοῦς· τί ἐμοὶ καὶ σοί, γύναι; οὔπω ἥκει ἡ ὥρα μου.
Jésus lui répondit: Femme, qu'y a-t-il entre moi et toi? Mon heure n'est pas encore venue. 
γύναῖ - Femme:En grec, formule de politesse difficile à traduire (en général, "Madame"; ici "ô Mère", "chère Mère" par exemple); on la retrouve en Jn 8,10; 19,26; 20,13;15. 
τί ἐμοὶ καὶ σοί; - qu'y a-t-il entre moi et toi?:Jésus, en prenant ses distances avec l'autorité maternelle, indique que, désormais, c'est à son Père céleste de décider de l'action à accomplir, et de son moment.
οὔπω ἥκει ἡ ὥρα μου - Mon heure n'est pas encore venue:Dieu dirige souverainement les événements, jusqu'à l' "Heure" de la Passion et de la Résurrection. Comp. Jn 7,30; 8,20; 12,23;27; 13,1; 17,1.

Verset 5.
λέγει ἡ μήτηρ αὐτοῦ τοῖς διακόνοις· ὄ τι ἂν λέγῃ ὑμῖν, ποιήσατε. 
Sa mère dit aux serviteurs: Faites ce qu'il vous dira. 
ὄ τι ἂν λέγῃ ὑμῖν - ce qu'il vous dira:L'emploi de la particule ἀν introduit une valeur de potentiel; on pourrait traduire par "quoi qu'il puisse vous dire", "quels que soient les ordres qu'il vous donnera, même s'ils vous paraissent étranges". Cette tournure - tout comme sa simple remarque du v.3 - montre que Marie a conscience des capacités thaumaturgiques de Jésus.

Verset 6.
ἦσαν δὲ ἐκεῖ ὑδρίαι λίθιναι ἓξ κείμεναι κατὰ τὸν καθαρισμὸν τῶν ᾿Ιουδαίων, χωροῦσαι ἀνὰ μετρητὰς δύο ἢ τρεῖς.
Or, il y avait là six vases de pierre, destinés aux purifications des Juifs, et contenant chacun deux ou trois mesures.
τὸν καθαρισμὸν τῶν ᾿Ιουδαίων - les purifications des Juifs: Sur les rites de purification entourant les repas, voir cette page. Comp. Mt 15,2.
μετρητὰς δύο ἢ τρεῖς - deux ou trois mesures: Le terme grec est vague; il s'agit probablement de הין "hîn"(= environ 7,5 litres) car les autres "mesures" pour les liquides sont trop petites ("log" = env. 0,6l.) ou trop importantes ("bat" = env. 22,5l.) pour être vraisemblables. Les vasques destinées à contenir l'eau pour les ablutions contiennent donc chacune entre 15 et 22,5 litres environ, ce qui fait au total entre 90 et 135 litres. La Bible du Semeur donne directement comme traduction "entre quatre-vingts et cent vingt litres".

Verset 7.
λέγει αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς· γεμίσατε τὰς ὑδρίας ὕδατος. καὶ ἐγέμισαν αὐτὰς ἕως ἄνω.
Jésus leur dit: Remplissez d'eau ces vases. Et ils les remplirent jusqu'au bord.

Verset 8.
καὶ λέγει αὐτοῖς· ἀντλήσατε νῦν καὶ φέρετε τῷ ἀρχιτρικλίνῳ. καὶ ἤνεγκαν.
Puisez maintenant, leur dit-il, et portez-en à l'ordonnateur du repas. Et ils en portèrent.

Verset 9.
ὡς δὲ ἐγεύσατο ὁ ἀρχιτρίκλινος τὸ ὕδωρ οἶνον γεγενημένον - καὶ οὐκ ᾔδει πόθεν ἐστίν, οἱ δὲ διάκονοι ᾔδεισαν οἱ ἡντληκότες τὸ ὕδωρ - φωνεῖ τὸν νυμφίον ὁ ἀρχιτρίκλινος
Quand l'ordonnateur du repas eut goûté l'eau changée en vin - ne sachant d'où venait ce vin, tandis que les serviteurs, qui avaient puisé l'eau, le savaient bien - il appela l'époux,
ὁ ἀρχιτρίκλινος - l'ordonnateur du repas: Littéralement, le "chef de triclinium", le mot triclinium désignant dans le monde hellénistico-romain les trois banquettes disposées en U autour de la table, sur lesquelles les convives s'allongeaient pour dîner; puis la salle où se trouvaient ces banquettes. Il est cependant peu vraisemblable que cette manière de prendre les repas ait été adoptée en Galilée. Le mot ἀρχιτρίκλινος
architriklinos peut donc bien se traduire par "ordonnateur" (ou, comme dans la traduction liturgique "maître") du repas. Cependant, ce n'est pas le "maître de maison", qui est le père du marié, mais un étranger à la famille qui fait profession d'organiser les fêtes familiales.

Verset 10.
καὶ λέγει αὐτῷ· πᾶς ἄνθρωπος πρῶτον τὸν καλὸν οἶνον τίθησι, καὶ ὅταν μεθυσθῶσι, τότε τὸν ἐλάσσω· σὺ τετήρηκας τὸν καλὸν οἶνον ἕως ἄρτι.
et lui dit: Tout homme sert d'abord le bon vin, puis le moins bon après qu'on s'est enivré; toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à présent.

Verset 11.
Ταύτην ἐποίησε ἀρχὴν τῶν σημείων ὁ ᾿Ιησοῦς ἐν Κανὰ τῆς Γαλιλαίας καὶ ἐφανέρωσε τὴν δόξαν αὐτοῦ, καὶ ἐπίστευσαν εἰς αὐτὸν οἱ μαθηταὶ αὐτοῦ. 
Tel fut, à Cana en Galilée, le premier des miracles que fit Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
τῶν σημείων - des miracles: Littéralement, σημεῖον sêméïon est un "un signe", "une indication". Ce terme est utilisé par Jean (alors que les synoptiques parlent plutôt de "θαυμάσιον thaumasion - miracle") pour insister sur le fait que le miracle n'a pas de valeur en lui-même (le mot grec θαυμάσιον désigne littéralement "ce qui étonne"; il peut être employé à propos, par exemple, de magie), mais qu'il est révélateur d'une réalité supérieure, qu'il faut rechercher (on ne doit pas se contenter de "s'étonner" devant un miracle christique, il faut chercher plus loin, plus haut, ce qu'il "signifie").
Ici, le "signe" révèle "τὴν δόξανla gloire" (la δόξα étant, au sens premier, la "réputation" d'une personne) de Jésus, c'est-à-dire la présence de Dieu en lui

Ταύτην ἐποίησε ἀρχὴν τῶν σημείων ὁ ᾿Ιησοῦς - Tel fut le premier des miracles que fit Jésus: Littéralement, "Jésus fit le début des signes"; voir Jn 4,54.
Par ce "premier signe", Jésus surpasse Moïse (voir Jn 1,17) et révèle le plan de Dieu pour les hommes - qui aboutira au festin messianique d'Is 25,6:
 ועשׂה יהוה צבאות לכל־העמים בהר הזה משׁתה שׁמנים משׁתה שׁמרים שׁמנים ממחים שׁמרים מזקקים׃
"יהוה צבאותAdonaï tsebâ'ôt - YHWH des armées" prépare à tous les peuples, sur cette montagne,
Un festin de mets succulents,
Un festin de vins vieux,
De mets succulents, pleins de moelle,
De vins vieux, clarifiés*.
L'eau des ablutions de l'ancienne Loi sera remplacée par le Vin de la nouvelle Alliance.


Méditation
Réflexion:
1. Jésus fait son premier miracle et il commence ainsi sa vie publique.
Il est surprenant de constater que ce premier miracle est la conséquence d’un acte d’obéissance à sa mère.
Mais ce qui est plus surprenant encore, c'est l’attitude de Marie. Quand elle demande le miracle, Jésus ne veut pas agir ("Mon heure n’est pas encore venue"); mais Marie, sans tenir compte des paroles de son fils, dit aux serviteurs: "Faites tout ce qu’il vous dira".
Le Fils de Dieu ne laissera pas sa mère sans réponse.
Remarquons que Jésus lui obéit plus que parfaitement: il fait un vin infiniment meilleur que celui qui a été servi auparavant!
2.Quand nous demandons quelque chose à Dieu, le plus souvent, c'est pour nous-mêmes.
Marie a un cœur profondément aimant. C’est pour cela qu’elle voit les besoins des autres et qu’elle intervient pour les autres.
Peut-être que, si nous sortions un peu de nous-mêmes et aimions un peu plus les autres, nous serions capables, comme Marie, de voir ce dont ils ont besoin et ainsi de les aider de notre mieux...
"Aimons-nous les uns les autres de tout notre être... comme Il nous a aimés".

Prière:
Jésus, augmente ma générosité et aide-moi à aimer profondément.

Résolution:
J'aurai aujourd’hui un geste gratuit de générosité envers quelqu’un de mon entourage.


Pour prolonger la méditation:

- Du Premier Testament:
- Pr 9,3;5: "[La Sagesse] crie
Sur le sommet des hauteurs de la ville:
Venez, mangez de mon pain,
Et buvez du vin que j'ai mêlé*".
- Am 9,13: "Voici, les jours viennent, dit YHWH,
[...] Où le vin nouveau ruissellera des montagnes
Et coulera de toutes les collines".
- Jl 2,24: "Les aires se rempliront de blé,
Et les cuves regorgeront de vin nouveau et d'huile".

- Du Nouveau Testament:
- Mt 22,2: "Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit des noces pour son fils".
- Jn 3,29: "Celui à qui appartient l'épouse, c'est l'époux; mais l'ami de l'époux, qui se tient là et qui l'entend, éprouve une grande joie à cause de la voix de l'époux: aussi cette joie, qui est la mienne, est parfaite".
- Ap 19,7: "Réjouissons-nous et soyons dans l'allégresse, et donnons-lui gloire; car les noces de l'agneau sont venues".
- Ap 22,17: "Et l'Esprit et l'épouse disent: Viens. Et que celui qui entend dise: Viens. Et que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l'eau de la Vie, gratuitement".

- Commentaires patristiques:
- De Saint Romanos le Mélode (?-v. 560), hymnographe, Hymne n°18, Les Noces de Cana:
« Tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant »
      Alors que le Christ assistait aux noces et que la foule des convives se régalait, le vin leur manqua, et leur joie se changea en chagrin [...] Voyant cela, la très pure Marie vint aussitôt dire à son fils: « Ils n'ont plus de vin ; alors, je t'en prie, mon enfant, montre que tu peux tout, toi qui as tout créé avec sagesse. »
      S'il te plaît, Vierge vénérable, d'après quels miracles de lui as-tu su que ton fils, sans avoir vendangé de raisin, pouvait accorder le vin, alors qu'il n'avait pas encore fait de miracles auparavant ? Apprends-nous [...] comment tu as dit à ton fils :
« Donne-leur du vin, toi qui as tout créé avec sagesse. »
      « J'ai vu moi-même Elisabeth m'appeler Mère de Dieu avant l'enfantement ; après l'enfantement Syméon m'a chantée, Anne m'a célébrée; les mages sont accourus de la Perse à la crèche, car une étoile annonçait d'avance cet enfantement; les bergers avec les anges se faisaient hérauts de la joie, et la création se réjouissait avec eux. Que pourrais-je aller chercher de plus grand que ces miracles, pour croire sur leur foi que mon fils est celui qui a tout créé avec sagesse ? » [...]
      Quand le Christ changea manifestement l'eau en vin par sa puissance, toute la foule se réjouit, trouvant admirable le goût de ce vin. Aujourd'hui, c'est au banquet de l'Eglise que nous nous asseyons tous, car le vin est changé en sang du Christ, et nous le buvons tous avec une allégresse sainte, glorifiant le grand Époux. Car l'Époux véritable, c'est le fils de Marie, le Verbe qui est de toute éternité, qui a pris la forme d'un esclave, et qui a tout créé avec sagesse.
      Très-Haut, Saint, Sauveur de tous, garde sans altération le vin qui est en nous puisque tu présides à tout. Chasse en nous toute perversité, toutes les pensées mauvaises qui mouillent ton vin très saint [...] Par les prières de la sainte Vierge Mère de Dieu, délivre-nous, de l'angoisse des péchés qui nous oppressent, Dieu miséricordieux, toi qui as tout créé avec sagesse.

Notre Seigneur habitue d'abord leur bouche à son pain et à son vin en attendant de les nourrir de son corps et de son sang.
Il leur accorde la jouissance passagère du pain et du vin pour les conduire à la jouissance du Pain de Vie et du Sang du Salut.
Gratuitement il nous offre ces dons mineurs pour nous inciter à recevoir les dons immenses et sans prix.
Pain et vin, plaisir pour le goût; corps et sang, salut de l'âme.
Par ce qui flatte le palais, il nous stimule, il nous mène à ce qui vivifie l'esprit.
Le vin qu'il offre, il le fait excellent, pour suggérer les trésors cachés en son sang vivifiant.
Le premier signe qu'il accomplit, c'est le vin réjouissant les convives; la signification, c'est son sang qui réjouit les nations.
Toutes les joies de la terre s'unissent dans le vin; tout ce qui est du salut s'unit dans le mystère de son sang.
Il offre un vin suave
qui transforme les cœurs,
afin qu'ils croient la doctrine enivrante
qui transforme les cœurs.

- Commentaire moderne:
De F. Quéré,Une lecture de l'Évangile de Jean (1987):
C'est donc son premier signe et il s'expose dans le contraste d'un éclat et d'un secret. Les invités croient ce vin tiré de la cave, l'intendant s'interroge; seuls, serviteurs et disciples savent, sans rien ébruiter. Mais quel flot d'aménité jeté sur la misère terrestre! Le vin nouveau coule à ras bords. Dieu est venu mêler sa noce à celle des hommes, et il les gratifie de ses coutumes somptueuses, l'abondance, l'allégresse, le grand vin pour finir, mais finir quoi? Tout en effet commence.

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* Dans l'Antiquité, le vin était très épais et très fort afin de pouvoir être conservé; on devait donc le "clarifier" et le "mêler" d'eau avant de le consommer.
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• Jn 2,13-22.

Dans l'Evangile selon saint Jean, la purification du Temple est mise en relation directe avec la résurrection de Jésus.
C'est lui, le Seigneur ressuscité, éternellement auprès de Dieu, le Temple qui n'est pas fait de main d'homme, en qui et par qui les croyants célèbrent le culte en esprit et en vérité.


Méditation 1

Prière d’introduction:
Jésus, apprends-moi à faire silence dans mon cœur pour parler avec toi. J’ai beaucoup de choses à dire. Il y a tant de choses que je ne comprends pas. Je suis faible et petit. J’ai besoin de ton aide pour discerner ta volonté dans ma vie. J’ai besoin de ta force pour résister au péché. Aide-moi à atteindre le niveau de sainteté que tu désires pour moi.
Prière de demande:
Que le désir de ton amitié me consomme tellement que j’enlève tout péché de ma vie.

Points de réflexion:
1. L’ardeur pour la maison de son Père.
Le Temple de Jérusalem était le seul endroit où un Juif pouvait adorer Dieu. Le Temple était la demeure de Dieu, son repose-pied. Israël y offrait ses holocaustes. C’était un endroit privilégié pour prier. Ainsi un jour, Jésus y est allé pour dialoguer avec son Père.
Cependant, les marchands et les changeurs de monnaie avaient transformé le temple en une place de marché. L’ardeur pour la maison de son père le consommait, et Jésus a ôté ces obstacles de son chemin.
La prière a besoin d’une une ambiance de paix et de récollection. C’est une disposition intérieure de confiance et de foi en Dieu, tel que le calme se fait même au milieu d’un orage. Aujourd’hui, pour venir parler avec Jésus, nous devons enlever d’abord tous les obstacles de notre chemin, tout ce qui pourrait nous empêcher de tourner nos cœurs vers lui.
2. Temples de l’Esprit Saint.
Le Temple était une construction physique. Dieu l’a béni avec sa présence, et sa présence l’a rendu saint.
Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Le trouver, c’est trouver Dieu. Parler avec lui, c’est parler avec Dieu. L’écouter, c’est découvrir la volonté de Dieu pour nous. Puisqu’il est Dieu, Jésus peut comparer son corps au temple. "Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai." De même saint Paul a pu parler des chrétiens comme les ’ temples de l’Esprit Saint’.
Le Christ sanctifie nos corps par sa présence.
C’est pourquoi nous devrions rester purs et libres de la tache du péché. Par nos actes de ce jour, nous nous offrons en tant que sacrifices vivants acceptables à Dieu.
3. La prière est mémoire.
Jésus a présenté sa mort prochaine et sa résurrection comme un signe. Les chefs juifs lui avaient demandés un signe qui démontrerait son autorité pour vider le temple des marchands et des changeurs de monnaie qu’eux-mêmes avaient autorisés. Son autorité était celle d’un fils dans la maison de son père.
Après la Résurrection, ses disciples se sont souvenus de ses paroles et ils ont cru. Prier, c’est faire mémoire. Nous méditons sur l’action de Dieu en notre vie comme sur ses paroles dans l’Ecriture. La foi est le fruit de la méditation. En cela, Marie est le modèle parfait. Elle a toujours gardé en son cœur les mystères de son fils.

Dialogue avec le Christ:
Aujourd’hui, Seigneur, aide-moi à me souvenir de toutes les bonnes choses que tu m’as données à moi-même et à ma famille. Fais-moi entrevoir l’œuvre de ta providence. Je sais que tu me viens en aide par des centaines de manières différentes. Donne-moi la force et la confiance pour comprendre et pour accomplir ta volonté en ce jour. Aide-moi à devenir davantage semblable à Marie, et à "méditer toutes ces choses dans mon cœur".

Résolution:
Je rejetterai tout péché de ma vie, toute chose qui pourrait me séparer du Seigneur Jésus-Christ.

Méditation 2

Points de réflexion:
1. Dans ce passage de son Evangile, Jésus nous enseigne plusieurs choses.
- Quand il chasse du Temple les bœufs, les brebis, les colombes et les changeurs d’argent, Jésus manifeste son amour profond et son respect pour les affaires de son Père.
Examinons notre recueillement à l’église et notre attention pendant la prière : que montrons-nous de notre amour et de notre respect envers notre Père ?
- Ensuite, Jésus se réfère au fait que nous sommes les temples de Dieu.
Cela implique que nous devons chasser de notre intérieur tout ce qui fait barrière à notre amour pour Dieu (l’égoïsme, la paresse, les désirs mondains...).  Au moment du baptême, les trois personnes de la Sainte Trinité sont venues dans notre âme avec le désir de s’unir à nous. Par la présence divine, notre âme se convertit en un "petit ciel" ! Apprenons donc à traiter Dieu présent en nous avec plus d’égards.
2. Dieu est réellement présent dans l’âme en état de grâce. Pourtant, pour converser avec Lui, il faut se concentrer car, sous l’influence de nos sentiments, nous avons tendance à nous éparpiller. Nous devons toujours agir en sachant que nous sommes « temples de Dieu ». Efforçons-nous de toujours vivre dans l’intimité de la Sainte Trinité. Dans la mesure où nous purifions notre cœur et notre regard, dans la mesure où, avec l’aide du Seigneur, nous arrivons à ce recueillement, il nous sera plus aisé de rencontrer Dieu dans la prière.
3. Quand Jésus dit aux Juifs : « Détruisez ce Temple et en trois jours, je le rebâtirai », il fait allusion à sa mort sur la croix et à sa résurrection. Ici, le Seigneur nous rappelle qu’il est impossible de Le suivre sans passer par la croix. « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive. » (Lc 9, 23) Pour purifier notre cœur et le rendre plus humble, nous devons mortifier notre corps et nos sens. Pour donner du fruit, c’est à dire pour aimer Dieu et pour réellement aider les autres, le sacrifice est nécessaire. Nous devons « mourir à nous-mêmes ». L’efficacité surnaturelle nécessite une abnégation continuelle, un oubli complet de notre confort et de notre égoïsme. Ces sacrifices ne peuvent pas nous rendre tristes car c’est pour le Seigneur que nous les offrons !

Prière:
Merci, Seigneur, de me donner l’occasion de t’aider à porter la croix que tu as portée toi-même jusqu’au calvaire. Avec toi, je veux participer à la rédemption du monde par la mortification de mes sens, de mes goûts, de mes appétits charnels...
Aide-moi à me charger joyeusement chaque jour de ma croix afin de m’unir d’avantage à ton œuvre de salut.

Résolution:
Mettre tout l’amour possible dans un acte de mortification que personne ne soupçonnera.

Pour prolonger la méditation

- Du Premier Testament : 
- Esd 3,10-11: « Lorsque les ouvriers posèrent les fondements du temple de l'Éternel, on fit assister les sacrificateurs en costume, avec les trompettes, et les Lévites, fils d'Asaph, avec les cymbales, afin qu'ils célébrassent l'Éternel, d'après les ordonnances de David, roi d'Israël.Ils chantaient, célébrant et louant l'Éternel par ces paroles: Car il est bon, car sa miséricorde pour Israël dure à toujours! Et tout le peuple poussait de grands cris de joie en célébrant l'Éternel, parce qu'on posait les fondements de la maison de l'Éternel. » 
- Is 56,7: « Je les amènerai sur ma montagne sainte, Et je les réjouirai dans ma maison de prière; Leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel; Car ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples. » 
- Ez 37,27: « Ma demeure sera parmi eux; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » 
- Ps 40/39,7: « Tu ne désires ni sacrifice ni offrande, Tu m'as ouvert les oreilles; Tu ne demandes ni holocauste ni victime expiatoire. » 
- Jr 7,4: « Ne vous livrez pas à des espérances trompeuses, en disant: C'est ici le temple de l'Éternel, le temple de l'Éternel, Le temple de l'Éternel!. » 

- Du Nouveau Testament :
- Lc 2,49 : « Il leur dit: Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père? »
- Jn 7,37-39 : « Le dernier jour, le grand jour de la fête, Jésus, se tenant debout, s'écria: Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit l'Écriture. Il dit cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. »  

- Commentaire patristique:
De Saint Augustin, Homélie sur le psaume 130:
    « Le Seigneur les chassa tous du Temple. » L'apôtre Paul dit : « Le temple de Dieu est saint et ce temple, c'est vous » (1Co 3,17), c'est-à-dire, vous tous qui croyez au Christ et qui croyez au point de l'aimer... Tous ceux qui croient ainsi sont les pierres vivantes dont s'édifie le temple de Dieu (1P 2,5) ; ils sont comme ce bois imputrescible dont a été construite l'arche que le déluge n'a pas pu submerger (Gn 6,14). Ce temple, le peuple de Dieu, les hommes eux-mêmes, c'est l'endroit où Dieu exauce quand on l'y prie. Ceux qui prient Dieu en dehors de ce temple ne sauraient être exaucés pour la paix de la Jérusalem d'en haut, même s'ils sont exaucés pour certains biens matériels que Dieu accorde aussi aux païens... Mais c'est tout autre chose d'être exaucé en ce qui concerne la vie éternelle ; cela n'est accordé qu'à ceux qui prient dans le temple de Dieu.
      Car celui qui prie dans le temple de Dieu prie dans la paix de l'Eglise, dans l'unité du Corps du Christ, parce que le Corps du Christ est constitué de la multitude des croyants répartis sur toute la terre... Et celui qui prie dans la paix de l'Eglise prie « en esprit et en vérité » (Jn 4, 23) ; l'ancien Temple n'en était que le symbole. En effet, c'était pour nous instruire que le Seigneur a chassé du Temple ces hommes qui ne cherchaient que leur propre intérêt, qui ne s'y rendaient que pour acheter et pour vendre. Si cet ancien Temple a dû subir cette purification, il est évident que le Corps du Christ lui aussi, le temple véritable, contient des acheteurs et vendeurs mêlés à ceux qui prient, c'est à dire des hommes qui ne cherchent que « leur propre avantage et non celui de Jésus Christ » (Ph 2,21)... Un temps viendra où le Seigneur mettra dehors tous ces péchés.     
[...]
     Cette assemblée de fidèles, temple de Dieu et corps du Christ, n'a qu'une voix qui chante le psaume comme par la bouche d'un seul homme. Beaucoup de psaumes nous ont déjà fait entendre sa voix; écoutons-la aussi dans celui-ci. Si nous le voulons, en l'entendant chanter, nous chantons aussi dans notre cœur.

- Commentaire moderne:
D'après G.Motte, Homélie (1972):
Ce qui semble en cause, ce n'est pas une réforme superficielle. Jésus nous donne ici le signe d'une autre bousculade, d'une autre expulsion plus subtile à saisir.
Les marchands qui vendaient, ou changeaient de la monnaie, les fidèles qui leur achetaient les animaux nécessaires au culte s'échangeaient réciproquement de la bonne conscience. Ils pouvaient être quittes de leurs obligations cultuelles, et ainsi rendre le Tout-Puissant favorable à leurs demandes.
Précisément, c'est cela qui est terminé désormais. Les disciples se sont rappelés l'Ecriture; les autres Juifs ont demandé: "Quel signe nous donnes-tu pour justifier cette action?"
Et Jésus leur donne ce signe qu'ils ne comprennent pas - et que Jean doit nous expliquer: il ressuscitera trois jours après qu'il aura été mis à mort. Ce sera, bien sûr, le signe de sa puissance et de son autorité personnelle, ce sera - bien plus encore - une violente secousse dans toutes nos convictions ou nos conventions religieuses et culturelles; ce sera "la bousculade fondamentale" qui fera sauter les habitudes les plus sacrées, fera exploser les convictions les plus solides, transformera la folie ne sagesse et la faiblesse en force.
Signes rassurants, sagesse satisfaisante, tels sont les deux appuis qui nous permettraient de traverser l'existence dans la sérénité paisible et la satisfaction de soi.
C'est précisément tout cela que Jésus veut faire éclater - c'est cet éclatement que signifie la bousculade du temple de Jérusalem.
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• Jn 3,13-17

Le Christ élevé en croix, révélation de l'amour de Dieu et cause du salut pour tous ceux qui, dans la foi, lèvent les yeux vers lui.

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Jn 3, 14- 21

Le Père Guillaume de Menthière, dans Magnificat, livre une excellente synthèse de la Foi chrétienne:
"Dieu n'a pas livré un serviteur ni un ange mais son Fils unique! Son unique, insiste l'Evangile. Qu'est-ce à dire? Dieu n'a pas un grand nombre de Fils pour nous sauver. Il n'en a qu'un et il nous l'a donné. [...] Il n'a pas gardé par-devers lui une petite miséricorde de surplus pour ceux qui refuseraient le Fils en qui il a mis tout son amour. Le refus total de l'amour est rendu possible par le don total de l'amour (c'est moi qui souligne). Le risque existe de manquer cette occasion unique. La possibilité de l'enfer, révélation du Nouveau Testament, est un corollaire paradoxal mais indubitable de cette affirmation: "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique (Jn 3, 16)".

1- Le serpent d'airain ("de bronze" dans la traduction liturgique).
Dans le désert, les Hébreux redoutaient la morsure mortelle des serpents - mais leur esprit était également assailli par les morsures mortelles du doute envers Dieu (cette image nous rappelle celle du serpent de la Genèse (Gn 3, 4-5), qui instille le doute envers Dieu dans l'âme d'Eve). On retrouve alors l'ambivalence du serpent non seulement dans la Bible (avec, en particulier, l'ambiguïté des mots "saraphשָׂרָף ֙ au singulier: un serpent brûlant, et "seraphim" הַשְּׂרָפִים  au pluriel: les séraphins, ministres du feu purificateur, serviteurs de Dieu), mais également dans les cultes Proche-Orientaux contemporains de celle-ci, ou encore dans les emblèmes de nos médecins et pharmacien: le serpent peut tuer ou guérir!
Cette ambivalence est à plusieurs reprises marquée dans la Bible:
- le Seigneur montre à Moïse que son pouvoir est plus que de la magie en Ex 4; le bâton de Moïse se transforme en serpent et redevient bâton, dans les versets 2 à 5; puis on assiste à un rituel de guérison (donc, dans la mentalité hébraïque, de purification) de la lèpre, dans les versets 6 à 9: cette proximité n'est pas fortuite, elle annonce déjà le "serpent d'airain" auquel St Jean fait référence au début de l'Evangile de ce dimanche;
- réduit à l'impuissance ("Tu mangeras de la poussière (עָפָר ophr en hébreu, plutôt "sol", "terre")", Gn 3,14), il symbolise chez Isaïe, avec d'autres animaux réputés dangereux, la Paix d'une nouvelle terre: "Quant au serpent, la poussière (ophr encore) sera sa nourriture. Ils (les animaux dangereux) ne feront ni mal ni destruction sur toute ma montagne sainte, dit  יְהוָה  le Seigneur" (Is 65, 25).
- De même, au moment d'entrer en Canaan, le peuple critique Moïse, et donc, à travers lui, Dieu lui-même. Dieu les punit par l'envoi des "serpents brûlants" הַנְּחָשִׁ֣ים הַשְּׂרָפִ֔ים ; lorsque les hébreux se repentent, et demandent à Moïse son intercession auprès de Dieu, ce dernier donne à Moïse une réponse mystérieuse: c'est l'image d'un serpent "guérisseur" qui les soulagera: "Moïse façonna donc un serpent d'airain qu'il plaça sur l'étendard, et si un homme était mordu par quelque serpent, il regardait le serpent d'airain et restait en vie" (Nb 21, 9). Le récit insiste sur un fait, développé dans le livre de la Sagesse : c'est le Seigneur qui a l'initiative de cette opération; contrairement à ce que l'on voyait chez les peuples voisins, le serpent d'airain n'est pas une idole, pas un dieu guérisseur: "Quiconque se retournait était sauvé, non par l'objet regardé, mais par toi, le Sauveur de tous" (Sg 16, 5-7).

2- Le Christ, "élevé".
St Jean rappelle donc la valeur salutaire de ce serpent d'airain pour expliquer la si dérangeante mais salvifique "élévation" du Christ (ce mot grec, χριστος, est la traduction du mot hébreu מְשִׁיחֹ, Messie; tous deux désignent l'"oint" de Dieu), en donnant au verbe υψοθηναι, "être élevé" la double valeur de l'élévation sur la Croix et de l'élévation dans la Gloire.
Comme avec le serpent d'airain pour la guérison physique selon le livre de la Sagesse, quiconque se tourne vers le Christ est sauvé.
On peut également se remémorer la 1ère Lecture du 2ème dimanche de Carême (Gn 22, 1-18, "sacrifice" d'Isaac, fils unique d'Abraham): dans celle-ci, ce qui était traduit par « tu offriras [ton fils] en sacrifice » signifie littéralement, en hébreu « tu l’élèveras, tu le feras monter en élévation »; en effet, comme cela était dit dans le Psaume qui suivait, « il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens »; Dieu ne demande pas de sacrifices sanglants, mais « un sacrifice d’action de grâce ». Le Christ n'a pas été sacrifié, il ne s'est pas sacrifié, il a été "élevé" sur la Croix pour que nous le voyions et que nous soyons sauvés.

Sur ce thème, voici un passage du sermon "Sur la pénitence" attribué à saint Ephrem le Syrien (env.306-373), docteur de l'Église (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, Mediaspaul 1990): 
"Lorsque le peuple a péché dans le désert, Moïse, qui était prophète, a ordonné aux Israélites de dresser un serpent sur une croix, c'est-à-dire de mettre à mort le péché... C'était un serpent qu'il fallait regarder, puisque c'était par des serpents que les fils d'Israël avaient été frappés pour leur châtiment. Et pourquoi par des serpents? Parce qu'ils avaient renouvelé la conduite de nos premiers parents. Adam et Ève avaient péché tous deux en mangeant du fruit de l'arbre ; les Israélites avaient murmuré pour une question de nourriture. [...] Voilà ce qu'atteste le psaume : « Ils parlèrent contre Dieu dans les lieux
arides »*. Or, dans le paradis aussi, le serpent a été à l'origine du murmure... Les fils d'Israël devaient ainsi apprendre que le même serpent qui avait tramé la mort d'Adam, leur avait procuré la mort à eux aussi**. Moïse l'a suspendu donc au bois, afin qu'en le voyant, ils soient amenés, par la similitude, à se souvenir de l'arbre. Ceux, en effet, qui tournaient leurs yeux vers lui étaient sauvés, non certes grâce au serpent, mais à cause de leur conversion**. Ils regardaient le serpent et ils se rappelaient leur péché. Parce qu'ils étaient mordus, ils se repentaient et, une fois de plus, ils étaient sauvés**. Leur conversion transformait le désert en demeure de Dieu ; le peuple pécheur devenait par la pénitence une assemblée ecclésiale et [...] il adorait la croix**.
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*(Ps 77,17)
** C'est moi qui souligne.

Sur ce thème encore, de Sévérien de Gabala (?-vers 408), évêque en Syrie, in 6ème Homélie sur la création du monde, 5-6 (trad. Soeur Isabelle de la Source, 1988) - Cité par "L'Evangile au Quotidien".
La croix, arbre de vie
      Il y avait au milieu du Paradis un arbre. Le serpent s'en servit pour tromper nos premiers parents. Remarquez cette chose étonnante : pour abuser l'homme, le serpent va recourir à un sentiment inhérent à sa nature. En façonnant l'homme, le Seigneur en effet avait mis en lui, outre une connaissance générale de l'univers, le désir de Dieu. Dès que le démon découvrit ce désir ardent, il dit à l'homme : « Vous deviendrez comme des dieux (Gn 3,5). Maintenant vous n'êtes que des hommes et vous ne pouvez pas être toujours avec Dieu ; mais si vous devenez comme des dieux, vous serez toujours avec lui »... Ainsi, c'est le désir d'être égal à Dieu qui séduisit la femme..., elle mangea et elle engagea l'homme à en faire autant... Or, après la faute, « Adam entendit la voix du Seigneur qui se promenait dans le Paradis vers le soir » (Gn 3,8)... Béni soit le Dieu des saints d'avoir visité Adam vers le soir ! Et de le visiter encore maintenant vers le soir, sur la croix.
      Car c'est bien à l'heure où Adam venait de manger que le Seigneur souffrit sa passion, à ces heures marquées par la faute et le jugement, c'est-à-dire entre la sixième heure et la neuvième. À la sixième heure, Adam mangea, selon la loi de la nature ; ensuite il se cacha. Et vers le soir, Dieu vint à lui.
      Adam avait désiré devenir Dieu ; il avait désiré une chose impossible. Le Christ a comblé ce désir. « Tu as voulu devenir, dit-il, ce que tu ne pouvais être ; mais moi, je désire devenir homme, et je le peux. Dieu fait tout le contraire de ce que tu as fait en te laissant séduire. Tu as désiré ce qui était au-dessus de toi ; je prends, moi, ce qui est au-dessous de moi. Tu as désiré être l'égal de Dieu ; je veux, moi, devenir l'égal de l'homme... Tu as désiré devenir Dieu et tu ne l'as pas pu. Moi, je me fais homme, pour rendre possible ce qui était impossible. » Oui, c'est bien pour cela que Dieu est venu. Il en témoigne à ses apôtres : « J'ai désiré d'un grand désir manger cette pâque avec vous » (Lc 22,15)... Il est descendu vers le soir et il a dit : « Adam, où es-tu ? » (Gn 3,9)... Celui qui est venu pour souffrir est le même que celui qui est descendu dans le Paradis.

3- La liberté de l'homme.
Comme nous l'avons lu dans l'introduction du P. de Menthière, nous avons toujours le choix: Dieu nous laisse libres - par Amour - de refuser son Amour...
Réponse à tous ceux qui se demandent "Pourquoi le mal?..."
Le mal naît du refus de l'Amour, Amour venu de Dieu envers les hommes, Amour si incommensurable qu'il nous laisse même la liberté de le refuser - mais qui nous permet toujours, même après un refus, d'"être sauvés" en nous "retournant" (le mot "conversion" signifie, étymologiquement, "retournement", du latin cum et vertere) non plus vers le serpent d'airain, mais vers le Christ, crucifié et exalté (synonyme étymologique de "élevé") dans la Gloire de sa Résurrection. C'est bien là le sens de l'excommunication (constat d'un péché mortel pour l'âme), qui peut toujours être suivie par une conversion, un retournement sincère dans la Confession.


4- La lumière.
Le thème de la lumière parcourt toute la Révélation biblique: ainsi, la séparation de la lumière et des ténèbres fut le premier acte de Dieu (Gn 1,3). Puis l'histoire humaine prend souvent la forme d'un conflit entre lumière et ténèbres, entre vie et mort (Jn 1,4s). Enfin, au terme de l'histoire du Salut, c'est Dieu lui-même qui sera la lumière (Ap 21,5.23) de la Nouvelle Création.
Si l'on cite le livre de l'Apocalypse (mot qui signifie en grec "révélation", "dévoilement"), c'est qu'il fait partie des écrits johanniques - et que le thème de la lumière (en opposition ou non avec les ténèbres) est très présent dans tous les écrits de St Jean.

• La lumière a une très forte valeur symbolique dans tout le Premier Testament ; elle représente en particulier la présence bienveillante de Dieu pour l’homme, sa Loi qui le guide (Jb 29,3 ; Pr 6,23 ; Ps 18/17,29 ; 119/118,105 : « Une lampe sur mes pas – ta Parole – une lumière sur ma route ». Dieu conduit ainsi l’homme juste vers la Joie d’un jour lumineux (Ps 36/35,10 ; 97/96,11 ;  112/111,4 ; Is 58,10), alors que la lampe du méchant s’éteint (Jb 18,5s ; Pr 13,9 : « La lumière des justes est joyeuse, la lampe des méchants s’éteint » ; 24,20 ; Jb 18,5s). Ainsi, la lumière représente-t-elle le bonheur de l’homme avec Dieu, et les ténèbres le malheur de l’homme sans Dieu.
Il n’est donc pas étonnant de retrouver cette image de la lumière opposée aux ténèbres dans une perspective eschatologique (du grec « dernier » et « discours » = l’eschatologie est la doctrine des « fins dernières » de l’homme et du monde), donc dans les livres prophétiques : les ténèbres précèdent et annoncent le « Jour d’יהוה , du Seigneur » (Is 13,10 ; Jr4,23 ;13,16 ; Ez 32,7 ; Am 8,9 ; Jl 2,10 ; etc.).
Mais ce « Jour du Seigneur » sera pour les justes, humiliés et angoissés, un jour de délivrance et de Joie : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière » (Is 9,1 ; 42,7 ; 49,9 ; Mi 7,8s).
Le Dieu vivant remplacera la lumière des astres, Il illuminera lui-même les siens : « Tu n’auras plus, le jour, le soleil comme lumière ; la clarté de la lune ne t’illuminera plus : le Seigneur sera pour toi une lumière éternelle » (Is 60,19s ; cf. Ap 21,23 ; 22,5 : « De nuit il n’y aura plus ; ils se passeront de lampe et de soleil pour s’éclairer car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière »).
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Jn 3,29
 La figure de Jean le Précurseur est centrale durant le temps de l’Avent : il est celui qui ouvre la voie – littéralement qui «court devant» –, qui attise dans les âmes, par le feu de sa prédication, le désir d’un Messie qu’il finit par désigner aux regards de ceux qui le cherchent : «Voici l’Agneau de Dieu» (Jean 1,36). Il ne nous est pas immédiatement compréhensible que Jean le Baptiste, cet homme taillé à vif par le vent du désert, au verbe coupant et parfois violent – qu’on se souvienne des «engeances de vipères» ! – soit le saint par excellence de la joie. Pour le comprendre, il faut tout d’abord relire le récit de la Visitation (que nous entendrons le dernier dimanche de l’Avent) où il nous est dit que l’enfant «tressaille d’allégresse dans le sein de sa mère» au moment où Marie, enceinte du Sauveur, salue sa vieille cousine Élisabeth. La joie est native chez Jean ! Elle n’en sera pas moins douloureuse, au jour où, abandonné de ses disciples partis à la suite de l’époux, il recevra pour ultime vocation de diminuer tandis que lui grandirait : «Telle est ma joie et elle est complète». Précurseur de la joie des noces de Dieu et de son peuple, prie pour nous !
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