Evangile selon saint Luc
(Chapitres 5-8)
Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle -
Musée de Cluny, Paris ->
<- Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne
Détail de broderie
(fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 -
Couvent patriarcal de Bzommar (Liban)
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• Lc 5,1-11.
L'extraordinaire
diffusion de l'Évangile, sur laquelle insiste si souvent le Livre des
Actes, tient à la fidélité des prédicateurs à l'ordre du Seigneur, qui
donne force à leurs paroles et à leur témoignage.
Les insuccès rencontrés ici ou là ne doivent pas les décourager; qu'ils se soucient seulement de jeter les filets!
Le tri entre les bons et les méchants aura lieu plus tard, quand la barque sera parvenue sur la rive...
Traduction et remarques :
•
Seul Luc rapporte cette pêche miraculeuse; Mt 4,18 et Mc 1,16 disent
simplement que Jésus "longeait la mer de Galilée", en "rabbi
itinérant", lorsqu'il vit Simon et André - et les appela.
Verset 1.
᾿᾿Εγένετο
δὲ ἐν τῷ τὸν ὄχλον ἐπικεῖσθαι αὐτῷ τοῦ ἀκούειν τὸν λόγον
τοῦ Θεοῦ καὶ αὐτὸς ἦν ἑστὼς παρὰ τὴν λίμνην Γεννησαρέτ,
Comme Jésus se trouvait auprès du lac de Génnésareth, et que la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu,
Verset 2.
καὶ εἶδε δύο πλοῖα ἑστῶτα παρὰ τὴν λίμνην· οἱ δὲ ἁλιεῖς ἀποβάντες ἀπ᾿ αὐτῶν ἔπλυναν τὰ δίκτυα.
il vit au bord du lac deux barques, d'où les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets.
Verset 3.
ἐμβὰς
δὲ εἰς ἓν τῶν πλοίων, ὃ ἦν τοῦ Σίμωνος, ἠρώτησεν αὐτὸν ἀπὸ
τῆς γῆς ἐπαναγαγεῖν ὀλίγον· καὶ καθίσας ἐδίδασκεν ἐκ τοῦ
πλοίου τοὺς ὄχλους.
Il
monta dans l'une de ces barques, qui était à Simon, et il le pria de
s'éloigner un peu de terre. Puis il s'assit, et de la barque il
enseignait la foule.
• τοῦ Σίμωνος -à Simon: Sur le nom de "Simon", voir ci-dessus - note sur 1Co 15,5.
• καθίσας - s'étant assis: Comme en 4,20. Contrairement à ce qui se passe de nos jours, les prédicateurs étaient assis et les auditeurs debout.
Verset 4.
ὡς δὲ ἐπαύσατο λαλῶν, εἶπε πρὸς τὸν Σίμωνα· ἐπανάγαγε εἰς τὸ βάθος καὶ χαλάσατε τὰ δίκτυα ὑμῶν εἰς ἄγραν.
Lorsqu'il eut cessé de parler, il dit à Simon: Avance en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher.
• ἐπανάγαγε εἰς τὸ βάθος -Avance en pleine eau: "Avance au large", "Duc in altum" - Devise souvent reprise dans l'Église.
Verset 5.
καὶ
ἀποκριθεὶς ὁ Σίμων εἶπεν αὐτῷ· ἐπιστάτα, δι᾿ ὅλης νυκτὸς
κοπιάσαντες οὐδὲν ἐλάβομεν· ἐπὶ δὲ τῷ ῥήματί σου χαλάσω
τὸ δίκτυον.
Simon lui répondit: Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre; mais, sur ta parole, je jetterai le filet.
• ἐπὶ δὲ τῷ ῥήματί σου -mais sur ta parole: L'attitude de Pierre peut être comparée à celle de Marie (Lc 1,34;38): il est perplexe, mais il obéit.
Il a peut-être déjà vu Jésus accomplir des miracles (4,39); en tout cas, il reconnaît son autorité ("ἐπιστάτα - Maître") et celle de sa parole.
Verset 6.
καὶ τοῦτο ποιήσαντες συνέκλεισαν πλῆθος ἰχθύων πολύ· διερρήγνυτο δὲ τὸ δίκτυον αὐτῶν.
L'ayant jeté, ils prirent une grande quantité de poissons, et leur filet se rompait.
Verset 7.
καὶ
κατένευσαν τοῖς μετόχοις τοῖς ἐν τῷ ἑτέρῳ πλοίῳ τοῦ
ἐλθόντας συλλαβέσθαι αὐτοῖς· καὶ ἦλθον καὶ ἔπλησαν ἀμφότερα
τὰ πλοῖα, ὥστε βυθίζεσθαι αὐτά.
Ils
firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque de
venir les aider. Ils vinrent et ils remplirent les deux barques, au
point qu'elles enfonçaient.
Verset 8.
ἰδὼν δὲ Σίμων Πέτρος προσέπεσεν τοῖς γόνασιν ᾿Ιησοῦ λέγων· ἔξελθε ἀπ᾿ ἐμοῦ, ὅτι ἀνὴρ ἁμαρτωλός εἰμι, Κύριε.
Quand
il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur,
retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur.
• προσέπεσεν τοῖς γόνασιν ᾿Ιησοῦ -tomba aux genoux de Jésus: En signe d'humilité.
• ἀνὴρ ἁμαρτωλός͂ -un homme pécheur: Comp. Is 6,1-10
(voir ci-dessus, Première Lecture), où Isaïe d'abord effrayé par la
manifestation divine, reconnaît son indignité, puis est rassuré et
envoyé.
Verset 9.
θάμβος γὰρ περιέσχεν αὐτὸν καὶ πάντας τοὺς σὺν αὐτῷ ἐπὶ τῇ ἄγρᾳ τῶν ἰχθύων ᾗ συνέλαβον,
Car l'épouvante l'avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche qu'ils avaient faite.
Verset 10.
ὁμοίως
δὲ καὶ ᾿Ιάκωβον καὶ ᾿Ιωάννην, υἱοὺς Ζεβεδαίου, οἳ ἦσαν
κοινωνοὶ τῷ Σίμωνι. καὶ εἶπε πρὸς τὸν Σίμωνα ὁ ᾿Ιησοῦς· μὴ
φοβοῦ· ἀπὸ τοῦ νῦν ἀνθρώπους ἔσῃ ζωγρῶν.
Il
en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, les associés
de Simon. Alors Jésus dit à Simon: Ne crains point; désormais tu seras
pêcheur d'hommes.
• ἀνθρώπους ἔσῃ ζωγρῶν -tu seras pêcheur d'hommes: Voir Mt 4,19.
- Littéralement, le verbe ζωγρέωdzōgreō signifie "prendre vivant (un prisonnier de guerre)", d'où "capturer".
- Ici, l'image est bien entendu associée à l'activité professionnelle de Simon et André.
- Cependant, on peut aussi penser à Jr 16,16: YHWH envoie des pêcheurs (ainsi que des chasseurs) pour ramener son peuple exilé.
-
L'ampleur de la pêche qui vient d'être réalisée peut annoncer
symboliquement l'ampleur des résultats de la mission de Pierre et des
Apôtres.
Verset 11.
καὶ καταγαγόντες τὰ πλοῖα ἐπὶ τὴν γῆν, ἀφέντες ἅπαντα ἠκολούθησαν αὐτῷ.
Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent.
• ἠκολούθησαν αὐτῷ-ils le suivirent: Voir Mt 4,19.
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Méditations et prolongements
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Méditations 1 et 2
(par une moniale des Fraternités monastiques de Jérusalem)
1 • Cette rencontre au bord du lac semble montrer que l’annonce de la
Bonne Nouvelle progresse par coups de filet. C’est Jésus d’abord qui
regarde les pêcheurs et paraît jeter sur eux son dévolu : il les
appelle, les attire à lui et voilà que, laissant tout, ils montent avec
lui dans la barque qui n’est déjà plus leur barque de pêche, mais la
barque de l’Église d’où s’élève la Parole de Dieu. L’ordre qu’il leur
adresse, ensuite, est encore, et contre toute vraisemblance, celui de
jeter les filets ; et la grande quantité de poissons prise prophétise
la fécondité du travail accompli à la Parole de Dieu. Enfin, la mission
confiée par Jésus à Simon lui remet en mains le filet qui désormais
«prendra des hommes».
L’image certes ne doit pas servir à justifier le prosélytisme, mais
elle ne saurait non plus être gommée. Le premier qui a fait tomber
l’homme dans le filet de sa parole est «le Père du mensonge»
; et l’homme s’en trouve emprisonné. Le filet que le Christ demande à
Pierre de jeter, doit prendre des hommes, lui aussi, mais le verbe grec
utilisé ici est composé sur le radical du mot «vie» : contrairement aux
poissons, c’est pour la vie que les hommes sont pris, c’est pour les
ramener des eaux de la mort à la vie en Dieu que le filet les
rassemble. Sans crainte, nous pouvons jeter le filet par l’annonce de
la Parole : nous savons que Jésus remédie à notre incapacité et à
l’improductivité de nos nuits. Sans honte, nous pouvons devenir
pêcheurs d’hommes, c’est-à-dire, par la parole ou le silence, témoins
de l’Évangile, de la Parole qui nous a pêchés pour nous rendre à la vie
et qui nous a été donnée pour que nous la partagions.
2 • Il n’y a pas de vraisemblance psychologique à chercher dans les récits
évangéliques d’appel. Tout laisser et suivre un inconnu sur sa seule
parole ou pour les prodiges qu’il accomplit serait imprudent, voire
insensé. Et cela est si vrai que Luc, qui a déjà mentionné une visite
de Jésus dans la maison de Simon, inclut ici le récit d’une apparition
pascale — contrairement à Jean, par exemple, qui rapporte d’abord la
rencontre de Pierre et André, encore disciples de Jean le Baptiste,
avec Jésus, et replace la pêche miraculeuse après la résurrection.
C’est que l’évangéliste, de même qu’il est plus soucieux du sens de
l’histoire que de l’exactitude chronologique, ne se place pas au plan
de la psychologie, mais de la théologie : il ne part pas de l’homme,
même s’il montre un individu occupé à ses tâches quotidiennes, et
d’ailleurs peu fructueuses ; mais il part de Dieu. D’un Dieu qu’il
présente comme celui qui est la vérité, et peut enseigner les foules ;
comme celui qui est la vie, et peut la multiplier au fond des filets ;
comme celui qui est le chemin et qui invite à le suivre. Et c’est à
partir de ce Dieu, qui est l’origine et la fin de toutes choses, que
tout peut s’ordonner : la création se manifeste dans sa bonté et sa
fécondité originelles ; l’homme trouve le véritable sens de sa vie qui
est de reconnaître le Seigneur dans la «crainte» (c’est-à-dire le
respect et l’amour de sa grandeur), et de l’annoncer à ses frères. Tout
est bien «pris», les hommes comme les poissons, mais pris pour la vie,
selon la nuance du verbe grec, et non pour la mort ; pris dans le
torrent de vie qu’est la divinité, et conduit à sa plénitude.
Méditation 3
Réflexion:
1. Jésus vient à l’improviste.
Jésus arrive au bord du lac et il demande d’utiliser la barque de
Pierre. Il n’aurait pas pu choisir un pire moment : Pierre vient de
s’amarrer, déçu par une nuit sans prise.
Nous sommes comme Pierre, et
Jésus nous traite exactement de la même façon. Il débarque dans notre
vie, et c’est à nous de décider comment l’accueillir. N’ayons pas peur
de ce qu’il nous demande ! « N’ayez pas peur
d’accueillir le Christ et d’accepter sa puissance. Aidez le pape et
tous ceux qui veulent servir le Christ et, avec l’aide du pouvoir du
Christ, servir la personne humaine et toute l’humanité. N’ayez pas
peur. Ouvrez grandes les portes au Christ. Ouvrez les frontières des
systèmes économiques et politiques, les vastes champs de la culture, la
civilisation et le développement à son pouvoir salvateur. N’ayez pas
peur. Christ sait ’ce qu’est dans l’homme’. Lui seul le sait. » (Jean Paul II, discours d’inauguration).
2. La foi n’est pas facile.
Tout ce que Pierre avait à faire pour attraper du poisson, c’était de
lancer ses filets, mais il vient de rentrer les mains vides ! Jésus le
sait. Il veut que Simon fasse l’expérience difficile de la confiance.
Il veut que sa vision humaine se change en une vision surnaturelle.
Comme c’est difficile, surtout dans notre société post-moderne !
Simon
Pierre a triomphé dans le Christ, parce qu’il a lancé ses filets au nom
de Jésus. Il s’est retiré, avec ses idées et ses attentes, afin de
mettre le Christ au premier plan. « Si nous espérons
amasser de vrais fruits murs de sainteté, si nous voulons en faire des
réserves pour notre âme, il est impératif que tout notre être soit
fermement enraciné dans une foi aveugle, dans une confiance
inébranlable et constante en Jésus-Christ. La plus grande tragédie dans
nos vies réside précisément dans le fait que nous ne croyons pas dans
le Christ avec une foi vivante, mais nous gardons l’espoir insensé que
tout est le résultat de nos talents et de nos efforts » (P. Martial Maciel).
3. Le projet de Jésus.
Si
Pierre avait su depuis le début le chemin de sa vocation, est-ce qu’il
aurait suivi Jésus ? C’est difficile à dire. Mais il n’a pas demandé de
garanties au Christ. Il n’a pas demandé de preuves. Il est simplement
descendu de sa barque et il l’a suivi.
La sainteté implique une vraie
relation avec Dieu. Nous ne pouvons pas la réduire au format de nos
idées égocentriques.
La volonté de Dieu peut paraître dure, mais nous
ne pouvons pas la diluer. Beaucoup essayeront peut-être de nous
dissuader de la suivre, mais nous devons être fermes.
Prière:
Seigneur Jésus, je veux faire ta volonté.
Parfois, je
la trouve difficile parce que ma nature humaine est faible - et je
cherche à me dérober.
Aide-moi à ne jamais calculer le coût
pour moi-même, mais à penser seulement à t’aimer davantage.
Je veux t’aimer passionnément et me donner
complètement à ton saint cœur.
Résolution:
M’efforcer de faire mon devoir avec joie et enthousiasme, malgré la routine et la difficulté.
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Pour prolonger la méditation:
- Du Nouveau Testament:
- Mt 13,47-50:
"Le royaume des cieux est encore semblable à un filet jeté dans la mer
et ramassant des poissons de toute espèce. Quand il est rempli, les
pêcheurs le tirent; et, après s'être assis sur le rivage, ils mettent
dans des vases ce qui est bon, et ils jettent ce qui est mauvais. Il en
sera de même à la fin du monde. Les anges viendront séparer les
méchants d'avec les justes, et ils les jetteront dans la fournaise
ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents."
- Mc 4,1-2a:
"Jésus se mit de nouveau à enseigner au bord de la mer. Une grande
foule s'étant assemblée auprès de lui, il monta et s'assit dans une
barque, sur la mer. Toute la foule était à terre sur le rivage. Il leur
enseigna beaucoup de choses en paraboles."
- Jn 21,4-6:
"Le matin étant venu, Jésus se trouva sur le rivage; mais les disciples
ne savaient pas que c'était Jésus. Jésus leur dit: Enfants, n'avez-vous
rien à manger? Ils lui répondirent: Non. Il leur dit: Jetez le filet du
côté droit de la barque, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc, et
ils ne pouvaient plus le retirer, à cause de la grande quantité de
poissons."
- 1Co 2,2: "Je n'ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié."
- 1Co 3,10-11:
"Selon la grâce de Dieu qui m'a été donnée, j'ai posé le fondement
comme un sage architecte, et un autre bâtit dessus. Mais que chacun
prenne garde à la manière dont il bâtit dessus. Car personne ne peut
poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus Christ."
- 1Co 9,1:
"Ne suis-je pas libre? Ne suis-je pas apôtre? N'ai-je pas vu Jésus
notre Seigneur? N'êtes-vous pas mon œuvre dans le Seigneur?"
- Commentaire patristique:
"Maître,
dit l'Apôtre,nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre; mais,
sur ta parole, je vais jeter le filet". Moi aussi, Seigneur, je sais
que pour moi il fait nuit quand tu ne commandes pas.
Personne
encore ne s'est inscrit, il est encore nuit pour moi. J'ai lancé le
filet de la Parole à l'Epiphanie, et je n'ai rien pris encore. Je l'ai
lancé pendant le jour.
J'attends ton ordre: sur ta parole je jetterai les filets.
O vaine présomption!
O fructueuse humilité!
Ils
n'avaient rien pris jusque là; à la voix du Seigneur, ils capturent une
grande multitude de poissons. Ce n'est pas là l'œuvre de l'éloquence
humaine, mais le bienfait de l'appel céleste.
Trêve aux arguments humains: c'est par la foi que le peuple croit. Les filets se rompent, et les poissons ne s'échappent point.
- D'un théologien moderne:
Saint José Maria Escriva de Balaguer (1902-1975), prêtre - Homélie in Amigos de Dios
Quand
Jésus est sorti en mer avec ses disciples, il ne pensait
pas seulement à cette pêche. C'est pourquoi [...] il répond à Pierre :
«
Sois sans crainte ; désormais ce sont des hommes que tu prendras ». Et,
à cette nouvelle pêche, l'efficacité divine ne fera pas non plus
défaut: les apôtres seront les instruments de grands prodiges, malgré
leur
misère personnelle.
Nous
aussi, si nous luttons tous les jours pour atteindre la sainteté dans
notre vie ordinaire, chacun dans sa propre condition au milieu du monde
et dans l'exercice de sa profession, j'ose affirmer que le Seigneur
fera de nous des instruments capables de réaliser des miracles, et des
plus extraordinaires, si besoin est. Nous donnerons la lumière aux
aveugles. Qui ne pourrait raconter mille exemples de la façon dont un
aveugle presque de naissance recouvre la vue et reçoit toute la
splendeur de la lumière du Christ ? Un autre était sourd et un autre
muet, qui ne pouvaient entendre ou articuler un seul mot en tant
qu'enfants de Dieu [...]: ils entendent et ils s'expriment [...]. « Au nom de Jésus », les apôtres restituent ses forces à un
infirme incapable de tout acte utile [...]: « Au nom du Seigneur, lève-toi
et marche ! » (Ac 3,6) Un autre, un mort, qui sentait déjà, a entendu
la voix de Dieu, comme lors du miracle du fils de la veuve de Naïm : «
Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi » (Lc 7,14; Ac 9,40).
Nous
ferons des miracles comme le Christ, des miracles comme les premiers
apôtres. Ces prodiges se sont peut-être réalisés en toi, en moi:
peut-être étions nous aveugles, ou sourds, ou infirmes, ou
sentions-nous la mort, quand la Parole de Dieu nous a arrachés à notre
prostration. Si nous aimons le Christ, si nous le suivons pour de bon,
si c'est lui seul que nous cherchons, et non pas nous-mêmes, en son nom
nous pourrons transmettre gratuitement ce que nous avons reçu
gratuitement.
- D'un auteur moderne:
Th. Dagonnet, Témoins de Dieu:
En aucun cas, les filets de Pierre ne sauraient être ceux de la
contrainte qui étoufferait la liberté. Jésus propose toujours, il
n'impose jamais. Certes, ce qu'il propose est contraignant, mais cette
contrainte, chacun peut la rejeter ou l'admettre. "Si quelqu'un veut me
suivre... Si tu veux être parfait..." Le régime chrétien commence avec
la liberté, et tant qu'il est fidèle à lui-même, il ne la rejette
jamais. [...] La liberté de la foi est aussi éloignée d'un dogmatisme
de tradition que d'un dogmatisme de progrès. [...] L'Église [...] se
doit de donner le meilleur d'elle-même, et c'est bien pourquoi elle a
besoin d'être libre. [...] La manière des hommes, c'est la sécurité
préservée, c'est l'alignement systématique [...]. la manière de Dieu, c'est le risque de notre liberté.
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• Lc 5,17 - 7,50.
Ce
passage semble poursuivre le récit du ministère de Jésus
en Galilée, tel qu’il s’était inauguré au chapitre 4 : Jésus développe
son enseignement et accomplit des guérisons. Et cependant un tournant s’opère :
les actes de Jésus soulevaient au début l’enthousiasme et sa renommée
s’en accroissait (cf. 5,15 : «La nouvelle se répandait de plus en plus
et des foules nombreuses s’assemblaient pour l’entendre et se faire
guérir de leurs maladies»). À partir de 5,17, de nouveaux protagonistes
apparaissent : «les Pharisiens et les docteurs de la Loi», qui
entraînent une série d’affrontements. Au long de ces trois chapitres,
le texte va progresser en trois sections : une série d’actes de Jésus
entraînant des controverses ; un discours programmatique aux
disciples ; et de nouveau une série d’actes et de paroles visant à
mieux faire comprendre qui est Jésus.
• En suivant les données de
Marc, Luc a donc regroupé, dans la seconde partie du chapitre 5 et au
début du chapitre 6, une série de polémiques prenant des formes
littéraires diverses : deux récits de guérison (le paralytique,
5,29-32 ; et l’homme à la main desséchée, 6,6-11), situés l’un au
début, l’autre à la fin de la section ; et, au milieu, trois
controverses à propos des repas pris avec des pécheurs (le banquet chez
Lévi, 5,29-32), du jeûne (5,33-35) et du travail le jour du sabbat (les
épis arrachés, 6,1-5), illustrées de petites paraboles (5,36-39). La
tension monte, au long de ces péricopes, alors même que,
paradoxalement, les actes reprochés à Jésus semblent aller du plus
grave – le blasphème (5,21) – au plus ténu – le fait d’opérer une
guérison le jour du sabbat (6,7), ce qui était objet de discussions
même parmi les docteurs. À tel point que cette opposition croissante
aboutit à la décision de le perdre (6,11).
Du point de vue de la
communauté pour laquelle écrivait Luc, on voit que ces discussions sont
regroupées autour de trois thèmes qui pouvaient poser question : le
pardon des péchés, les repas et l’observance du sabbat. Il fallait en
effet parvenir à déterminer comment se situer par rapport aux
observances de la loi mosaïque et s’interroger sur leur compatibilité
avec la loi nouvelle du Christ.
• La seconde partie de ce passage
(6,12-49) s’ouvre par un acte fondateur : Jésus a déjà
mesuré tant l’admiration que l’hostilité de ceux qui l’écoutent ; parmi
ses disciples «il en choisit douze qu’il nomma apôtres» (6,13),
c’est-à-dire «envoyés», ceux qui auront à répandre et à faire connaître
son enseignement. Enseignement qui est immédiatement précisé dans un
long discours, puisant à la même source que le «sermon sur la montagne»
de Mt 5-7, mais donné, lui, sur «un replat» (6,17). Car la
montagne est, selon Luc, le lieu de la rencontre avec Dieu dans la
prière (6,12), d’où il faut redescendre pour aller porter aux hommes sa
parole.
La prédication de Jésus comporte un certain nombre de
paroles : des bénédictions – les béatitudes (6,20-23) –, suivies ici de
ce qu’on appelle improprement des «malédictions», car elles ne sont que
des mises en garde (6,24-26) ; puis des règles définissant l’agir
chrétien en ce qu’il a de plus spécifique et de plus révolutionnaire :
l’amour des ennemis (6,27-35), la bienveillance et la compassion
universelles (6,36-38). Ces paroles sont illustrées par de petites
paraboles qui appellent à la bonté mais aussi au discernement : les
deux aveugles (6,39-40), la paille et la poutre (6,41-42), l’arbre et
ses fruits (6,43-45). Il est ainsi indiqué, non seulement aux Douze,
mais aussi à tous ceux qui veulent être disciples, comment agir en
«fils du Très-Haut» (6,35), en imitant la conduite de Dieu vis-à-vis
des pécheurs que nous sommes.
• La troisième partie du texte,
correspondant au chapitre 7, rapporte de nouveau des actes de Jésus.
Une première lecture pourrait faire penser qu’après la parenthèse du
discours, le récit se poursuit linéairement en prolongeant les
chapitres 4 et 5. Cependant l’enjeu a changé : il ne s’agit plus pour
Jésus de se faire connaître, comme aux débuts de son ministère ; il ne
s’agit plus pour ses auditeurs de se situer par rapport à lui comme
opposants ou comme disciples. Il s’agit maintenant d’approfondir la
connaissance que l’on a de Jésus et de le reconnaître pour ce qu’il
est : «un grand prophète» (7,16), le messie annoncé (7,19-23), la
Sagesse même de Dieu (7,35).
Ce chapitre 7 s’ouvre par deux
miracles encore plus éclatants que les précédents : la guérison à
distance du serviteur d’un centurion, alors que seuls des émissaires
sont venus trouver Jésus (7,1-10) ; et la résurrection – on devrait
plutôt dire la réanimation – du fils de la veuve de Naïn (7,11-17).
Miracle qui prend, certes, un sens prophétique, mais qui est aussi un
des rares à être attribué à la seule compassion de Jésus dont
s’émeuvent les «entrailles de miséricorde», selon l’expression de
l’Ancien Testament qualifiant l’amour de Dieu pour son peuple (7,13 ;
cf. par exemple Os 11,8-9).
Il ne semble plus possible de
tenir Jésus pour un simple thaumaturge et cependant sa façon d’agit,
déroutante pour un juif puisqu’il paraît agir avec la puissance de Dieu
alors même qu’il ne respecte pas toutes les prescriptions de la Loi de
Dieu, suscite plus d’interrogations qu’elle n’entraîne d’adhésions.
Deux illustrations en sont données.
L’interrogation vient
d’abord de Jean le Baptiste, celui-là même qui l’a, le premier, annoncé
et reconnu (7,18-23). La réponse – indirecte –à ses émissaires est
apportée par les signes messianiques accomplis par Jésus : il est bien
le messie qu’annonçaient les prophètes ; mais la béatitude finale
(«Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi», 7,23) montre la
liberté qu’il entend conserver par rapport à des conceptions
messianiques figées, mettant l’accent sur le jugement plus que sur
l’œuvre de salut. Le témoignage appuyé que Jésus rend alors à Jean
(7,24-30) n’occulte pas le fait que «le plus petit dans le Royaume est
plus grand que lui» (7,28), c’est-à-dire que la prédication de Jean est
restée au seuil du Royaume.
L’interrogation au sujet de Jésus
est ensuite présentée comme étant globalement celle de toute sa
génération (7,31-35), mise en scène en une petite parabole sous les
traits de «gamins» qui ne savent pas ce qu’ils veulent et, refusant
toute attitude qui ne leur semble pas conforme à leur propre sagesse,
se mettent dans l’impossibilité de pénétrer la Sagesse de Dieu.
À
deux reprises déjà, il a été insinué que les pécheurs, se reconnaissant
davantage en manque de salut, se montraient, eux, capables de discerner
«le dessein de Dieu» et de reconnaître en Jésus le prophète attendu
(7,29.34). La dernière scène, propre à Luc et soigneusement traitée par
lui, celle de la pécheresse pardonnée (7,36-50), illustre le partage
qui s’opère entre le pécheur qui, dans la foi, voit en Jésus celui qui
apporte le pardon et le salut, et le pharisien qui, en raison même de
l’accueil fait par Jésus aux pécheurs, refuse de le tenir pour un
prophète.
La boucle est bouclée : le passage s’achève comme il
avait commencé par la question du pardon des péchés, posée là comme une
pierre d’achoppement. En ces trois chapitres, les positions des uns et
des autres se sont précisées et durcies ; l’enseignement de Jésus a
clairement mis en avant l’amour à la source des valeurs et des
conduites, en même temps que son identité messianique a été affirmée.
L’approfondissement de cette identité de messie, qui accomplit les
oracles prophétiques mais ne se montre pas exactement conforme à ce que
l’on attendait de lui, va être au centre des derniers épisodes du
ministère en Galilée.
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• Lc 5,17-26.
La guérison du paralytique
Luc
a déjà rapporté, aux chapitres 3 et 4, plusieurs scènes de guérison.
Mais celle du paralytique, qui est présentée ici, ne ressemble pas aux
précédentes : si Jésus affirme à nouveau son pouvoir thaumaturgique, il
y fait de la guérison physique le signe d’une guérison spirituelle. Et
ceci donne lieu à la première controverse avec les autorités
religieuses qui font ici leur entrée.
Verset 17. «ἐγένετο ἐν μιᾷ τῶν ἡμερῶν - Et il advint, un jour»
: Le moins qu’on puisse dire est que cette délimitation de temps et de
lieu manque de précision ! Luc suit en ce début du récit de la vie
publique de Jésus, les données de Marc et se soucie peu de l’itinéraire
de Jésus – contrairement à ce que l’on verra à partir du chapitre 9. Ce
qui lui importe est de souligner que la mission de Jésus se poursuit
sous son double aspect d’enseignement et de guérison.
«Φαρισαῖοι καὶ νομοδιδάσκαλοι - des Pharisiens et des docteurs de la Loi»
: Les Pharisiens forment, au sein du peuple juif, un groupe
particulièrement religieux, attaché au Temple et à l’observance
rigoureuse de la Loi. Contrairement aux Sadducéens, ils n’ont aucune
complaisance envers l’occupant romain et, d’une façon générale,
refusent toute compromission. Le nom qu’ils se donnent, פרושיםperoushim,
signifie «séparé». Malgré les controverses que rapportent les
Évangiles, Jésus, au début de sa prédication, a pu être pris pour l’un
d’entre eux. Quant au titre de docteur de la Loi, il renvoie non à un
parti, mais à une qualification : il désigne celui qui est versé dans
l’étude de l’Écriture et consulté pour son interprétation. En hébreu,
les docteurs de la Loi sont appelés tannaïm, littéralement «répétiteur», sans que cela ait aucun caractère péjoratif.
«ἐληλυθότες ἐκ πάσης κώμης τῆς Γαλιλαίας καὶ ᾿Ιουδαίας καὶ ᾿Ιερουσαλήμ - venus de tous les villages de Galilée, de Judée, et de Jérusalem»
: La précision n’est certes pas géographique : ces autorités
doctrinales viennent de partout ! Leur présence massive est d’autant
plus soulignée que c’est la première fois qu’ils apparaissent dans cet
Évangile (à l’exception des docteurs rencontrés par Jésus, enfant, dans
le Temple). Manière pour Luc d’attirer l’attention, par la qualité et
la quantité des auditeurs, sur l’importance de l’événement qui va se
produire et sur l’opposition radicale qui va se manifester.
«δύναμις Κυρίου - la puissance du Seigneur» : La puissance de Dieu que Jésus, en son humanité, possède en plénitude.
Verset 19. «μὴ εὑρόντες ποίας εἰσενέγκωσιν αὐτὸν διὰ τὸν ὄχλον - commeils ne savaient par où l'introduire à cause de la foule»
: Derrière l’aspect pittoresque du récit, plusieurs éléments importants
sont affirmés : l’enthousiasme populaire qui a déjà été souligné par
Luc (4,14;37;45; 5,1;15) ; et la foi dont font preuve ces
hommes.
«διὰ τῶν κεράμων καθῆκαν αὐτὸν σὺν τῷ κλινιδίῳ - et, à travers les tuiles, ils le descendirent avec sa civière»
: il est amusant de remarquer que Luc, écrivant pour une communauté
pagano-chrétienne, a remplacé la terrasse de torchis propre aux maisons
de Palestine dont parle Mc 2,4, par un toit de tuiles à la façon des
villas gréco-romaines. Mais il faut surtout noter la ténacité de ces
hommes qui allient l’ingéniosité à la confiance, la foi et les actes.
Verset 20. «ἰδὼν τὴν πίστιν αὐτῶν - Voyant leur foi»
: Jésus paraît souvent poser la foi comme la cause, ou du moins
l’occasion de la guérison : «Va, ta foi t’a sauvé». C’est dire que
l’Évangile rapporte les miracles non comme des gestes de miséricorde,
mais comme des signes qu’en Jésus le Royaume messianique est advenu.
Ils ne peuvent donc s’accomplir que si le suppliant, par son mouvement
de confiance et d’abandon, renonce à compter sur lui-même pour s’en
remettre à la parole de Celui en qui il met sa foi, manifestant ainsi
qu’il reconnaît la puissance de salut à l’œuvre en Jésus. Il est assez
rare (cf. cependant le centurion en Lc 7,9) que ce soit, comme ici, la
foi des accompagnateurs et non celle du malade, qui soit soulignée :
c’est une belle justification de la prière d’intercession.
«ἄνθρωπε, ἀφέωνταί σοι αἱ ἁμαρτίαι σου - Homme, tes péchés te sont remis.»
: Surprise ! Le signe donné n’est pas celui auquel on se serait
attendu. La grâce accordée est celle du pardon – guérison spirituelle
qui rétablit la relation abîmée entre l’homme et Dieu – et non la
guérison physique. On peut remarquer d’ailleurs que les porteurs
n’avaient formulé aucune demande explicite et qu’ils se montrent, par
la foi et l’humilité de leur démarche, prêts à accueillir cette grâce.
Les caractéristiques de la parole de Dieu, telles que les
définit l’Écriture sont ici bien présentes : cette Parole est efficace,
mais souvent déroutante pour l’homme. Cf. par exemple Is 55,8-11 : «Car
vos pensées ne sont pas mes pensées et vos voies ne sont pas mes voies…
Ainsi en est-il de la parole sortie de ma bouche, elle ne revient pas
vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé
l’objet de sa mission.»
Verset 21. «ἤρξαντο διαλογίζεσθαι οἱ γραμματεῖς καὶ οἱ Φαρισαῖοι λέγοντες· τίς ἐστιν οὗτος ὃς λαλεῖ βλασφημίας; Les scribes et les Pharisiens se mirent à penser : ‘Qui est-il celui-là, qui profère des blasphèmes ?’»
: L’affirmation de Jésus suscite la première controverse intervenant en
Lc. Les critiques des Pharisiens et des docteurs, bien que restant
implicites, portent sur deux points :
- Tout d’abord sur le fait que
Jésus, en pardonnant lui-même les péchés, s’affranchit du système
religieux existant. Dans la liturgie du Temple, en effet, il était
prévu des «sacrifices pour le péché» qui, à certaines conditions,
permettaient d’obtenir le pardon de ses fautes (Lv 4,1 - 5,17).
Jésus remet donc en cause le rôle du Temple et du sacerdoce. - En second
lieu, Jésus, en prononçant le pardon des péchés, s’attribue une
prérogative de Dieu (cf. par ex. Is 1,8) et se fait donc son égal – ce qui est
blasphématoire.
Verset 23. «τί ἐστιν εὐκοπώτερον - Quel est le plus facile»
: La «pensée» des Pharisiens, que Jésus met à jour, consiste évidemment
à affirmer qu’il est plus facile de remettre les péchés (puisqu’aucune
conséquence visible n’est attendue) que de remettre concrètement debout
un paralytique (ce que tout le monde peut constater). Le seul critère
qu’ils retiennent est donc celui de la vérification matérielle.
Verset 24. «ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου - le Fils de l'homme»
: C’est la première fois que ce titre qu’aime utiliser Jésus apparaît
en Luc. L’origine de cette appellation est à chercher dans le livre de
Daniel : «Voici venant sur les nuées comme un Fils d’homme…» (Dn 7,13-14) : c’est donc d’abord une figure apocalyptique qui renvoie au
jugement final. Mais ce titre exprime aussi, comme ici, l’autorité
venant de Dieu dont Jésus dispose «sur la terre».
«ἵνα
δὲ εἰδῆτε ὅτι ἐξουσίαν ἔχει ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου ἐπὶ τῆς
γῆς ἀφιέναι ἁμαρτίας - εἶπε τῷ παραλελυμένῳ· σοὶ λέγω,
ἔγειρε καὶ ἄρας τὸ κλινίδιόν σου πορεύου εἰς τὸν οἶκόν σου - Eh bien
! pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir sur la
terre de remettre les péchés, je te l'ordonne, dit-il au paralysé,
lève-toi» : Curieuse construction en ce verset 24, puisque le
début de la phrase s’adresse aux Pharisiens et la fin au paralytique.
Mais il est clair que Jésus fait du relèvement physique du paralytique
le signe de sa guérison spirituelle et le garant qu’elle est bien
réelle. Par cette guérison de tout l’homme, corps et cœur, il accomplit
bien la mission tracée par l’oracle d’Isaïe qu’il s’était attribué au
début de son ministère : «Il m’a envoyé annoncer aux captifs la
délivrance… proclamer une année de grâce du Seigneur» (Is 61,1-2,
cité en Lc 4,18-19). La portée christologique de cet épisode est donc
grande : Jésus est présenté comme le Messie attendu, qui accomplit les
oracles prophétiques, mais aussi comme celui qui met en œuvre la
puissance de Dieu.
Verset 25. «καὶ παραχρῆμα ἀναστὰς ἐνώπιον αὐτῶν - Et, à l'instant même, se levant devant eux»: La preuve immédiate de la guérison est le signe de l’efficacité de la
parole de Jésus. Comme «au commencement», Dieu crée (ici recrée un
homme nouveau) par sa parole (Gn 1,3;6;9…). Cette recréation est
aussi le rétablissement de la relation entre l’homme et Dieu, qui se
manifeste par son action de grâce.
Verset 26. «καὶ ἔκστασις ἔλαβεν ἅπαντας καὶ ἐδόξαζον τὸν Θεόν, καὶ ἐπλήσθησαν φόβου - Tous furent alors saisis de stupeur et ils glorifiaient Dieu. Ils furent remplis de crainte»
: La louange et l’action de grâce sont partagées par les spectateurs
auxquels Luc prête deux sentiments : la «stupeur», c’est-à-dire la
réaction humaine d’étonnement devant un prodige ; et la «crainte» qui
n’a rien à voir avec la peur, mais est un sentiment plus religieux
manifestant la reconnaissance de la grandeur de Dieu.
«σήμερον - aujourd'hui»
: Cet «aujourd’hui» fait écho à l’«aujourd’hui» de Jésus commentant,
dans la synagogue de Nazareth, le passage d’Isaïe («Aujourd'hui
s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture», Lc 4,21) : tous
semblent prendre conscience que ce miracle signifie l’aujourd’hui du
salut de Dieu.
Un homme dont les forces intérieures sont
affaiblies pour tout bien, ne pouvons-nous pas le prendre comme le
paralytique de l'Évangile, en ouvrant le toit de l'Écriture pour le
descendre aux pieds du Sauveur ?
Vous le voyez bien, un tel homme est
un paralytique spirituel. Et je vois ce toit de l'Écriture, je sais que
le Seigneur est caché sous ce toit. Je vais faire donc, autant qu'il me
sera possible, ce que le Seigneur a approuvé chez ceux qui découvrirent
le toit de la maison et descendirent le paralytique à ses pieds.
Celui-ci lui dit en effet: «Mon fils, prends courage ! Tes péchés te
sont remis.» Et Jésus guérit cet homme de la paralysie intérieure: Il
lui remit ses péchés et il affermit sa foi.
Mais il y avait là des gens dont les
yeux ne pouvaient voir la guérison de la paralysie intérieure. Ils
prirent pour un blasphémateur le médecin qui l'avait opérée. «Quel est
donc cet homme, disent-ils, qui remet les péchés? Il blasphème. Quel
autre que Dieu peut remettre les péchés ?» Mais comme ce Médecin était
Dieu, il entendait ces pensées en leur cœur. Ils croyaient que c'était
vraiment une œuvre de Dieu, et ils ne voyaient pas Dieu qui était
présent devant eux. Alors ce Médecin agit aussi sur le corps du
paralytique pour guérir la paralysie intérieure de ceux qui tenaient ce
langage. Il opéra une œuvre qu'ils pussent voir et il leur donna la foi.
Courage donc, toi aussi dont le cœur
est faible, toi qui es paralysé et languissant jusqu'à être incapable
de tout bien face à ce qui se passe dans le monde ! Courage, toi qui es
intérieurement perdu ! Découvrons le toit des Écritures pour descendre
aux pieds du Seigneur.
Prière:
Seigneur, nous contemplons ton visage.
Tu t’avances au milieu des
hommes pour bénir, guérir, nourrir, appeler.
Tu es celui qui vient
accomplir toutes nos attentes ; pardonne-nous quand nous ne savons pas
te reconnaître à l’œuvre dans nos vies.
Tu es la Sagesse du Père qui
vient donner sens et joie à nos existences ; pardonne-nous quand,
malgré nous, nous te préférons la désespérance et la tristesse.
Tu
viens nous appeler au bonheur qui, déjà, se réalise en celui qui met sa
confiance en toi, béni sois-tu !
Toi le Sauveur du monde envoyé par le
Père par amour pour chacun de ces petits que nous sommes, béni sois-tu !
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• Lc 5,27-32
Le renouvellement de l’être intérieur commence par l’appel du
Seigneur. La grâce nous précède toujours en toutes nos démarches. La
figure en est aujourd’hui celle de Lévi, un publicain, c’est-à-dire un
pécheur public qui avait le double tort d’exercer une tâche d’usurier
et de le faire au profit de l’occupant romain. C’est cet homme méprisé,
exclu de la synagogue, que Jésus appelle pour en faire un apôtre, celui
que les autres Évangiles nomment Matthieu. La grâce du Seigneur n’est
pas vaine : Lévi commence immédiatement à prendre les moyens de
convertir sa vie. Lui, l’assis, il se lève pour se mettre à la suite de
Celui qui est la Route. Lui qui ne pensait qu’à l’argent, il le dépense
généreusement pour offrir à tous un festin et partager sa joie toute
nouvelle. Déjà, à sa manière il annonce la miséricorde de Dieu «venu
appeler les pécheurs au repentir» ; déjà, il est devenu apôtre.
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• Lc 5,33-39
• S’agit-il bien d’une controverse ascétique ? On le dirait. Chacun met
en avant ses jours de jeûne, pour les opposer aux pratiques des
disciples de Jésus qui «mangent et boivent». S’agit-il bien
d’ascèse ?
Ou de tout autre chose : d’une relation d’amour et de la
joie qu’elle fait naître. Car à quoi sert le jeûne sinon à creuser le
désir en nous ? Que signifie-t-il sinon un appel pour que Dieu vienne,
par sa présence, combler le manque ?
Les disciples de Jésus, aux «jours de sa chair»,
sont toujours avec lui (Marc 3,14). Ils le suivent, écoutent ses
paroles, contemplent ses gestes, le regardent prier. Ils partagent avec
lui la joie des festins et le pain de la route : ils sont ses
compagnons. Comment sentiraient-ils le manque ? «L’Époux est avec eux.»
Sont-ils, sommes-nous aujourd’hui, aux jours du jeûne ? «L’Époux a été enlevé»,
et nous qui, par notre baptême, sommes comptés au nombre des invités de
la noce, nous vivons le temps de l’absence qui peut se faire à certains
jours douleur pour le cœur, torture pour la raison : où est ce Dieu qui
semble s’être retiré du monde ? se soucie-t-il du mal qui s’y commet ?
se souvient-il de nous ?
Le jeûne des sens et du cœur devient alors
notre partage. «Cesse de me tenir ainsi» (Jean 20,17).
Mais si
nous n’avons plus l’Époux pour compagnon, il a fait bien davantage : il
est devenu pain, il s’est fait pain vivant pour la route. Pain de joie
partagée qui, en chaque eucharistie, réunit dans l’action de grâces
les jeûneurs de Dieu pour en faire des comblés de Dieu. Pour en former
l’Épouse de celui qui l’a aimée jusqu’à mourir pour elle. «Heureux les invités des noces de l’Agneau !»
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• Lc 6,1-5
• Une discussion autour du précepte du sabbat, comme on en trouve tant
d’autres dans les évangiles. Si ce n’est qu’ici le reproche semble bien
infondé et la réponse peu adéquate : froisser quelques épis dans ses
mains, est-ce vraiment un travail ? en quoi l’évocation de la conduite
de David violant les règles du temple, est-elle une justification ?
Mais est-ce bien le respect du sabbat qui est en cause ? Jésus, en juif
religieux, ne l’a jamais remis en cause en tant que tel, mais, dans la
perspective déjà ouverte par les prophètes, il a voulu lui redonner son
véritable sens : mettre l’homme en relation avec Dieu. Si le sabbat
demande que l’on s’arrête, selon son sens étymologique, ce n’est pas
pour céder aux délices de l’inactivité, mais pour laisser place à
l’action salutaire de Dieu. Il ne s’agit pas de ne rien faire, mais de
se laisser faire par Dieu, ce qui n’a rien à voir avec une inactivité
sacralisée. La référence à David cependant montre que, pour
l’évangéliste, l’enjeu n’est pas là : il concerne moins la liberté de
l’homme face à la loi que l’identité de Jésus. Il n’est pas qu’un
prophète : il n’est pas seulement celui qui cherche à conférer au
sabbat un sens spirituel. Si, comme David, il peut se situer au-delà de
la loi, c’est que son autorité lui vient de Dieu qui l’a oint comme
jadis le roi David. S’il est «le maître du sabbat», c’est parce qu’il
est l’auteur de la loi qui prescrit d’observer le sabbat. Ce ne sont
pas des règles d’interdit qui nous importent peu, qui sont ici en cause
: c’est la personne de Jésus, maître de liberté et d’intériorité. De
Jésus qui devient notre sabbat : la voie qui nous conduit à Dieu.
• «C’est pour que nos soyons libres que le Christ nous a libérés»,
explique Paul aux Galates (5,1).
C’est une leçon de liberté en effet
qui nous est ici donnée : liberté par rapport à la loi qui ne
doit pas être suivie scrupuleusement, au détriment des nécessités. Qui
ne doit pas surtout être idolâtrée aux dépens de l’homme. Un appel donc
d’abord à ne pas confondre la lettre et l’esprit et à opérer un sain
discernement des valeurs. Car, si la loi est faite pour épanouir
l’homme et non pour l’asservir, c’est que Dieu lui-même est pour
l’homme et non contre lui.
Mais il y a plus. Ce qui rend la loi aimable, dans la perspective de la
Première Alliance, est qu’elle rapproche de Dieu. Ce qui rend le sabbat
profitable est que le repos qu’il exige permet de vaquer aux choses de
Dieu.
Or, en Jésus, Dieu est là : «Il y a ici plus grand que le Temple» (Matthieu 12,7). Il se donne à lui-même le nom de «Fils de l’homme»
qui annonce les derniers temps de la révélation et du salut (Daniel
7,13) et le situe comme rédempteur. L’obéissance à la loi désormais
devient l’imitation de l’exemple d’amour donné par l’auteur de la loi. «Car la charité couvre la multitude des péchés»
(1 Pierre 4,8).
Le sabbat, qui permet de vivre dans la proximité de
Dieu, peut se reproduire tous les jours, puisque chaque jour Dieu se
donne à nous dans sa Parole et son Eucharistie. «Il n’est plus
nécessaire, commentait Jean Chrysostome, un Père de l’Église du IVe
siècle, de fixer un jour de fête à ceux qui sont invités à faire de la
vie entière une longue fête.» Plus rien n’est sacralisé, mais tout est consacré. Chacun de nos jours a déjà goût d’éternité.
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• Lc 6,17;20-26.
À
ceux qui, dans la communauté des disciples, connaissent "maintenant"
des conditions de vie difficiles, Jésus dit solennellement: "Tenez bon!
Votre épreuve ne durera qu'un temps: demain vous entrerez dans le
Royaume!"
Et il ajoute: "Quant à vous, à qui maintenant tout semble sourire, qui êtes adulés par le monde, je vous plains: vous n'avez rien d'autre à attendre..."
Traduction et remarques :
Verset 17.
᾿καὶ
καταβὰς μετ᾿ αὐτῶν ἔστη ἐπὶ τόπου πεδινοῦ, καὶ ὄχλος μαθητῶν
αὐτοῦ, καὶ πλῆθος πολὺ τοῦ λαοῦ ἀπὸ πάσης τῆς ᾿Ιουδαίας
καὶ ᾿Ιερουσαλὴμ καὶ τῆς παραλίου Τύρου καὶ Σιδῶνος,
Étant
descendu avec eux, il s'arrêta sur un plateau où se trouvaient et une
foule de ses disciples, et une multitude de peuple de toute la Judée,
et de Jérusalem, et de la contrée maritime de Tyr et de Sidon. Ils
étaient venus pour l'entendre, et pour être guéris de leurs maladies.• καταβὰς [...] ἔστη ἐπὶ τόπου πεδινοῦ - Étant descendu [...] il s'arrêta sur un plateau: Le
mouvement est l'inverse de celui signalé par Matthieu ("il
monta").
Chez Luc, Jésus est tout d'abord monté sur la colline (v.12);
puis, lors de la descente, il s'arrête à mi-côte, "sur un plateau", un "replat" (à
peu près à l'extrémité de la flèche indiquant le Sermon dit "sur la
montagne" chez Matthieu); la traduction liturgique dit "dans la plaine", à tort d'après la topographie des lieux et le texte grec (littéralement: "sur un lieu aplati"; s'il s'agissait d'une "plaine", on aurait la préposition "ἐν", "dans"en français, "in" en anglais, et non la préposition "ἐπί", "sur" en français, "on" en anglais).
Matthieu, qui ne parle pas de la montée préalable, résume
de manière elliptique le déplacement de Jésus la seule montée, d'où le nom de "sermon sur la montagne".
• τῆς παραλίου Τύρου καὶ Σιδῶνος - de la contrée maritime de Tyr et de Sidon:
Deux ports phéniciens (Sidon ne figurait pas sur la carte; la ville est
en fait juste à la limite de celle-ci) - aujourd'hui libanais. La liste
des villes et régions de ce verset indique l'extension de la réputation de Jésus.
Voir aussi l'idée d'abondance de la foule, exprimée par les termes et leur accumulation:
- ὄχλος une foule;
- πλῆθος πολὺ une multitude;
- ἀπὸ πάσης [τῆς ᾿Ιουδαίας] de toute [la Judée];
- καὶ [ὄχλος] ... καὶ [πλῆθος] ... καὶ ᾿[Ιερουσαλὴμ] καὶ [τῆς παραλίου...] et [une foule] ... et [une multitude] ... et [de Jérusalem], et [de la contrée maritime...].
Verset 20.
Καὶ
αὐτὸς ἐπάρας τοὺς ὀφθαλμοὺς αὐτοῦ εἰς τοὺς μαθητὰς αὐτοῦ
ἔλεγε· μακάριοι οἱ πτωχοί, ὅτι ὑμετέρα ἐστὶν ἡ βασιλεία τοῦ
Θεοῦ.
Alors Jésus, levant les yeux sur ses disciples, dit: Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous!
• μακάριοι - Heureux: Formule fréquente dans le Premier Testament (אשׁר
'esher), principalement dans les Psaumes (Ps 1,1 - voir ci-dessus; 2,12; 34,9; Pr 3,13; 16,20; 28,14 par ex.), qui décrit la situation de celui qui est approuvé par Dieu et reçoit sa bénédiction. Voir Mt 5,3.
• οἱ πτωχοί - vous qui êtes pauvres:Mt 5,3 précise "μακάριοι οἱ πτωχοὶ τῷ πνεύματι - Heureux les pauvres en ce qui concerne l'esprit", i.e.
ceux se reconnaissent spirituellement pauvres, et qui ont appris (en
particulier à l'épreuve) à dépendre totalement de Dieu et de sa grâce
(Voir So 3,12; Ps 34,11).
• ἡ βασιλεία τοῦ Θεοῦ - le royaume de Dieu: Luc (comme Matthieu) oppose les puissants (cf. infra,
v.24) aux faibles (qui sont en général "pauvres" dans tous les sens du
mot). Le royaume de Dieu ne respecte pas les hiérarchies sociales
injustes créées par l'homme (Lc 1,52-53).
Le renversement des situations sera net aux vv.24-26
Verset 21.
μακάριοι οἱ πεινῶντες νῦν, ὅτι χορτασθήσεσθε. μακάριοι οἱ κλαίοντες νῦν, ὅτι γελάσετε.
Heureux
vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés! Heureux vous
qui pleurez maintenant, car vous serez dans la joie!
• οἱ πεινῶντες νῦν - vous qui avez faim maintenant: Voir Ps 42,1-2; 63,2; Jr 15,16. Le Messie devait répondre à la faim et à la soif (voir Mt 5,6) de son peuple (Is 55,1); l'annonce du repas de fête (Is 25,6; 49,10; Lc 12,37; 13,29; 14,15-24) répond à ce thème de la faim.
• Cette
béatitude est très proche de la précédente: les pauvres et les affamés
(matériellement ou spirituellement) sont en général les mêmes personnes (voir par ex. Lc 1,53; Is 32,6-7).
• οἱ κλαίοντες νῦν - vous qui pleurez maintenant: Voir Mt 5,4. Ceux qui pleurent à cause de leur misère - spirituelle ou matérielle (voir Jl 1,13)
- et, plus largement,tous ceux qui souffrent à cause de la situation
misérable du peuple de Dieu et de son péché. Les prophètes avaient
annoncé que les temps messianiques apporteraient la consolation au
peuple (Is 31,1-3; mais aussi, par ex., Is 40,1; 49,13; 51,3;12; 52,9; 57,1; 66,13).
Verset 22.
μακάριοί
ἐστε, ὅταν μισήσωσιν ὑμᾶς οἱ ἄνθρωποι, καὶ ὅταν ἀφορίσωσιν
ὑμᾶς καὶ ὀνειδίσωσι καὶ ἐκβάλωσι τὸ ὄνομα ὑμῶν ὡς πονηρὸν
ἕνεκα τοῦ Υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου.
Heureux
serez-vous, lorsque les hommes vous haïront, lorsqu'on vous chassera,
vous outragera, et qu'on rejettera votre nom comme infâme, à cause du
Fils de l'homme!
• μισήσωσιν ὑμᾶς - vous haïront:Voir Mt 5,11.
Après le portrait général des membres du Royaume, Jésus s'adresse plus
directement à ses disciples, en butte à la persécution "des méchants,
des pécheurs, des moqueurs" du Ps 1,1 (voir ci-dessus et note).
• ἕνεκα τοῦ Υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου -à cause du Fils de l'homme: L'appartenance au Royaume dépend donc de l'attitude que l'on prend par rapport à Jésus (voir Mt 5,38-48; 10,23; 13,21; 23,34; 24,9; 1P 4,14).
Verset 23.
χάρητε
ἐν ἐκείνῃ τῇ ἡμέρᾳ καὶ σκιρτήσατε· ἰδοὺ γὰρ ὁ μισθὸς
ὑμῶν πολὺς ἐν τῷ οὐρανῷ· κατὰ τὰ αὐτὰ γὰρ ἐποίουν τοῖς
προφήταις οἱ πατέρες αὐτῶν.
Réjouissez-vous
en ce jour-là et tressaillez d'allégresse, parce que votre récompense
sera grande dans le ciel; car c'est ainsi que leurs pères traitaient
les prophètes.
• ὁ μισθὸς ὑμῶν πολὺς ἐν τῷ οὐρανῷ - votre récompense sera grande dans le ciel:Voir Mt 5,12;46; 6,1;2;5;16. Non la "récompense" d'hommes imbus de leurs propres mérites, mais d'hommes dont les béatitudes dressent le portrait: ceux qui attendent tout de Dieu. Car le Père donne ce qu'il ordonne, et couronne ce qu'il donne (voir 1Co 3,8;14-15).
Si l'espérance du Royaume est terrestre, la récompense est réservée "dans le ciel" (voir 1P 1,4).
• τοῖς προφήταις- les prophètes:Voir Mt 5,12. Jésus compare ses disciples aux prophètes du Premier Testament: comme ces derniers ont dû parler au nom du Père et ont été persécutés à cause de sa Parole, ils devront annoncer la Bonne Nouvelle du Fils et seront persécutés à cause de lui.
Verset 24.
Πλὴν οὐαὶ ὑμῖν τοῖς πλουσίοις, ὅτι ἀπέχετε τὴν παράκλησιν ὑμῶν.
Mais, malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation!
• ὑμῖν τοῖς πλουσίοις- à vous, riches:Thème fréquent chez Luc (par ex. 1,53; 12,16-21; 16,1-12;19,35; 19,1-10);
chez lui, les richesses sont associées à l'injustice, car l'expérience
prouve qu'elles sont souvent le fruit de l'exploitation des faibles par
les puissants (1,53) et s'accompagnent de l'absence de générosité (16,1-10).
La parabole du gérant habile (16,1-12) prouve qu'elles peuvent pourtant être mises au service d'une autre réalité que l'injustice (v.9).
C'est ce qu'illustre l'exemple de Zachée (19,1-10).
Verset 25.
οὐαὶ ὑμῖν οἱ ἐμπεπλησμένοι, ὅτι πεινάσετε. οὐαί ὑμῖν οἱ γελῶντες νῦν, ὅτι πενθήσετε καὶ κλαύσετε.
Malheur
à vous qui êtes rassasiés, car vous aurez faim! Malheur à vous qui riez
maintenant, car vous serez dans le deuil et dans les larmes!
Verset 26.
οὐαὶ
ὑμῖν ὅταν καλῶς ὑμᾶς εἴπωσι πάντες οἱ ἄνθρωποι· κατὰ τὰ αὐτὰ
γὰρ ἐποίουν τοῖς ψευδοπροφήταις οἱ πατέρες αὐτῶν.
Malheur,
lorsque tous les hommes diront du bien de vous, car c'est ainsi
qu'agissaient leurs pères à l'égard des faux prophètes!
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Méditation et prolongements
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Méditation
Réflexion:
1. « Regardant alors ses disciples... »
Quand je contemple le Christ et que je le rencontre dans ma prière, je
dois d’abord lever les yeux afin de le voir avec les yeux de la foi et,
dans la foi, voir ce qu’il voit.
Qui suis-je aux yeux du Christ ?
Il
voit au-delà de mes faiblesses et de mes péchés. Il voit ce qui est
bien en moi. Il voit, à travers mes faiblesses et mes besoins, tout ce
que je peux être, tout ce que je peux faire. Il voit le bonheur que je
récolterai en lui donnant ma vie.
Est-ce que je crois en cette vision ?
Est-ce que je crois en cet amour qui voit au-delà de la faiblesse et
qui connaît tout mon potentiel pour le service du Royaume ?
2.« Heureux les pauvres... »
Heureux ceux qui souffrent pour le Royaume.
Mais cette souffrance n’est
pas seulement la pauvreté, la faim ou les pleurs. Jésus se réfère à la
souffrance « à cause du Fils de l’homme ».
Les choix que j’ai fait
menacent-ils mon bien-être matériel ou mes petites satisfactions
personnelles ?
La haine, l’exclusion, les insultes, la
persécution...
Est-ce que je souffre dans ma vie d’une quelconque
quelque manière parce que j’aime et que je rends témoignage au Christ ?
Ou est-ce que je vis une vie confortable, pleine de fausse tolérance et
de compromis ? A quel point ma vie est -elle « bénie » ?
3. « Mais malheur à vous, les riches ! »
Est-il possible pour un chrétien de vivre dans une satisfaction
matérielle complète, dans la légèreté, les plaisanteries et
l’approbation du monde? Apparemment non.
Les Béatitudes, selon le
Catéchisme, « nous invitent à purifier nos cœurs des instincts mauvais
et de rechercher l’amour de Dieu par-dessus tout ».
Notre mission nous
conduit à rechercher d’abord l’amour de Dieu.
Nous ne pouvons pas être
heureux tant que des frères et des sœurs souffrent physiquement ou
moralement.
Est-ce que mon cœur est orienté vers Dieu et la mission ?
Quelles sont mes priorités ?
Malheur à celui qui vit pour lui-même et
pour le monde !
Prière:
Seigneur, purifie mes instincts mondains et ouvre mes
yeux à la vision de la foi. Aide-moi à vivre pour Toi et pour mon
voisin.
Résolution:
Défendre quelqu’un dont on
dit du mal, et accepter le rejet ou le ridicule que ceci m’apporte.
Le faire pour le Christ, pour partager sa vie et sa mission.
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Pour prolonger la méditation:
- Du Premier Testament:
- Dt 30,15;19c:
"Vois,
je mets aujourd'hui devant toi la vie et le bien, la mort et le
mal.Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité."
- Pr 3,13;33:
"Heureux l'homme qui a trouvé la sagesse, Et l'homme qui possède
l'intelligence! La malédiction de l'Éternel est dans la maison du
méchant, Mais il bénit la demeure des justes."
- Ps 2,12: " Heureux tous ceux qui se confient en Lui!"
- Ps 84,6;13c:
" Heureux ceux qui placent en toi leur appui! Ils trouvent dans leur
coeur des chemins tout tracés. Heureux l'homme qui se confie en toi!"
- Du Nouveau Testament:
- Mt 13,16-17:
"Heureux
sont vos yeux, parce qu'ils voient, et vos oreilles, parce qu'elles
entendent! Je vous le dis en vérité, beaucoup de prophètes et de justes
ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que
vous entendez, et ne l'ont pas entendu."
- Lc 11,28:
"Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent!"
- Jc 2,5;8;12-13:
"Écoutez, mes frères bien-aimés: Dieu n'a-t-il pas choisi les pauvres
aux yeux du monde, pour qu'ils soient riches en la foi, et héritiers du
royaume qu'il a promis à ceux qui l'aiment? Si vous accomplissez la loi
royale, selon l'Écriture: Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous
faites bien. Parlez et agissez comme devant être jugés par une loi de
liberté, car le jugement est sans miséricorde pour qui n'a pas fait
miséricorde. La miséricorde triomphe du jugement.."
- Jc 5,10-11:
"Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et de patience les
prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voici, nous disons
bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler
de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui
accorda, car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion."
- Commentaire patristique:
Origène - Commentaire de la Lettre aux Romains, 7, 11. Si la tribulation nous vient, nous disons à Dieu: "Dans la tribulation, tu m'as mis au large" (Ps 4,2).
Si c'est l'angoisse du monde, elle qui provient des besoins du corps,
nous chercherons la largeur de la sagesse et de la science de Dieu,
dans laquelle le monde ne peut pas se trouver à l'étroit. Je viendrai
aux plaines immenses des Écritures divines, je chercherai
l'intelligence spirituelle de la parole de Dieu, et nulle angoisse ne
me pressera plus. Par les larges espaces de l'intelligence mystique et
spirituelle , je me lancerai au galop. Si je souffre de la persécution,
et si je confesse mon Christ devant les hommes, je suis assuré qu'il me
confessera aussi devant son Père qui est au ciel (Mt 10,32).
- D'un théologien moderne:
Paul VI, pape de 1963-1978 - Exhortation apostolique sur la joie chrétienne « Gaudete in Domino »
(1975)
« Heureux vous les pauvres ; le Royaume de Dieu est à vous »
La joie de
demeurer dans l'amour de Dieu commence dès ici-bas. C'est celle du
Royaume de Dieu. Mais elle est accordée sur un chemin escarpé, qui
demande une confiance totale dans le Père et le Fils, et une préférence
donnée au Royaume. Le message de Jésus promet avant tout la joie, cette
joie exigeante ; ne s'ouvre-t-il pas par les béatitudes ? « Heureux,
vous les pauvres, car le Royaume des cieux est à vous. Heureux vous qui
avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux vous qui
pleurez maintenant, car vous rirez ».
Mystérieusement, le Christ lui-même, pour déraciner du coeur de
l'homme le péché de suffisance et manifester au Père une obéissance
filiale sans partage, accepte de mourir de la main des impies, de
mourir sur une croix. Mais...désormais Jésus est pour toujours vivant
dans la gloire du Père, et c'est pourquoi les disciples furent établis
dans une joie indéracinable en voyant le Seigneur le soir de Pâques (Lc
24,41).
Il reste que, ici-bas, la joie du Royaume réalisé ne peut jaillir
que de la célébration conjointe de la mort et de la résurrection du
Seigneur. C'est le paradoxe de la condition chrétienne qui éclaire
singulièrement celui de la condition humaine : ni l'épreuve, ni la
souffrance ne sont éliminées de ce monde, mais elles prennent un sens
nouveau dans la certitude de participer à la rédemption opérée par le
Seigneur et de partager sa gloire. C'est pourquoi le chrétien, soumis
aux difficultés de l'existence commune, n'est cependant pas réduit à
chercher son chemin comme à tâtons, ni à voir dans la mort la fin de
ses espérances. Comme l'annonçait en effet le prophète : « Le peuple
qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, sur les
habitants du sombre pays une lumière a resplendi. Tu as multiplié leur
allégresse, tu as fait éclater leur joie » (Is 9,1-2).
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• Lc 6,12-19
S’agit-il bien d’une controverse ascétique ? On le dirait. Chacun
met en avant ses jours de jeûne, pour les opposer aux pratiques des
disciples de Jésus qui «mangent et boivent».
S’agit-il bien
d’ascèse ?
Ou de tout autre chose : d’une relation d’amour et de la
joie qu’elle fait naître? Car à quoi sert le jeûne sinon à creuser le
désir en nous ? Que signifie-t-il sinon un appel pour que Dieu vienne,
par sa présence, combler le manque ? Les disciples de Jésus, aux «jours de sa chair»,
sont toujours avec lui (Marc 3,14). Ils le suivent, écoutent ses
paroles, contemplent ses gestes, le regardent prier. Ils partagent avec
lui la joie des festins et le pain de la route : ils sont ses
compagnons. Comment sentiraient-ils le manque ? «L’Époux est avec eux.»
Sont-ils, sommes-nous aujourd’hui, aux jours du jeûne ?
«L’Époux a été
enlevé», et nous qui, par notre baptême, sommes comptés au nombre des
invités de la noce, nous vivons le temps de l’absence qui peut se faire
à certains jours douleur pour le cœur, torture pour la raison : où est
ce Dieu qui semble s’être retiré du monde ? se soucie-t-il du mal qui
s’y commet ? se souvient-il de nous ?
Le jeûne des sens et du cœur
devient alors notre partage. «Cesse de me tenir ainsi»
(Jean 20,17). Mais si nous n’avons plus l’Époux pour compagnon, il a
fait bien
davantage : il est devenu pain, il s’est fait pain vivant
pour la route. Pain de joie partagée qui, en chaque eucharistie, réunit
dans l’action de grâces, les jeûneurs de Dieu pour en faire des comblés
de Dieu. Pour en former l’Épouse de celui qui l’a aimée jusqu’à mourir
pour elle. «Heureux les invités des noces de l’Agneau !»
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• Lc 6,20-25
«Nous sommes tous faits pour le bonheur», clame l'homme
contemporain !
Comment comprendre alors la déconcertante affirmation de
l'Apôtre : que ceux qui sont heureux soient comme s'ils n'étaient pas
heureux ?
Il s'explique : elle passe, la figure de ce monde ;
n'idolâtrons donc pas même le meilleur de ce qu'il nous propose !
La
sagesse véritable, selon Paul, consiste à vivre dans ce monde tout en
se tournant délibérément vers les réalités éternelles, à garder les
deux pieds sur terre tout en s’enracinant fermement dans ce qui ne
passe pas. Alors, dès aujourd'hui, nous goûterons quelque chose du
bonheur de Dieu, à travers les petites et les grandes joies que nous
offre le quotidien.
Dieu est le premier intéressé par notre bonheur, qu'Il veut éternel. Lui
qui s'est extasié devant la bonté et la beauté de sa création, Il ne
veut pas nous laisser nous y engluer. Lorsque la rugosité de la vie
nous creuse le cœur, relevons la tête dans une attitude de
foi : notre
Père sait bien ce dont nous avons vraiment besoin. Ne serait-Il pas en
train de nous creuser le cœur pour qu'il devienne capacité du
trop-plein de son cœur à Lui ? Regardons-le nous façonner l'âme pour la
rendre apte aux joies éternelles.
Celles-ci n'ont évidemment rien d'un
remboursement divin – à un taux d'intérêt céleste – des tribulations
endurées ici-bas.
Elles sont d'ailleurs à notre disposition dès
aujourd'hui, dans une totale et béatifiante dépossession.
Le Royaume
des Cieux est proposé au présent à tous les pauvres de cœur ; il est
donné à ceux qui trouvent en Dieu leur consolation car ils ont enfin
compris la vérité de son visage.
Une joie que nul n’enlèvera.
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• Lc 6,39-42
Un aveugle entraînant un autre aveugle dans sa chute.
Des yeux
aveuglés par des pailles et des poutres qui les rendent incapables de
discernement.
L’évangile de ce jour offre peu de lumière !
Mais il dit
surtout que le jugement ne nous appartient pas. Cela implique certes
qu’à trop vite juger son frère, on s’expose à un jugement autrement
plus sévère. Mais cette morale, utile, reste un peu courte. Insérée
entre les deux petites paraboles sur l’aveuglement, une remarque sur
«le disciple bien formé» qui devient «comme son maître» ouvre à une
autre compréhension.
«Tel est le jugement, dit Jean : la
lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les
ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises.»
Et encore : «Dieu n’a pas envoyé son Fils pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui»
(Jean 3,17.19).
On pense à l’admirable Christ aux outrages de Fra
Angelico : Jésus n’est pas aveugle, sous le bandeau, ses yeux sont
grand ouverts ; mais ils ne regardent pas ceux qui le frappent. On n’en
voit qu’une main tenant le fouet, une bouche crachant l’insulte : le
mal à l’œuvre, et non l’homme qui le commet.
Jésus, à qui tout jugement
a été remis, laisse le mal se juger lui-même à la croix.
Ainsi en
va-t-il du disciple : il sait se compter au nombre des aveugles qui ne
peuvent cheminer que guidés par le Christ, «lumière du monde» : et il
voit son frère, comme Dieu le voit : dans une miséricorde infinie, qui
ne justifie pas le mal, mais aime celui pour qui Jésus est mort.
Enlever la poutre de son œil, n’est-ce pas laisser se «former» en nous un cœur de miséricorde jusqu’à ce que se lève sur tous la lumière de Dieu?
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• Lc 6,43-49
Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au corps du Christ ?
demande l’Apôtre, nous interrogeant par là sur la place de
l’eucharistie dans notre vie.
Est-elle notre trésor, notre point de
référence existentiel, une source cristalline qui chante en nous ?
Si
nos paroles et notre comportement sont en contradiction flagrante avec
elle, comment dire que nous en vivons ?
Bref, la vie du Christ infusée
en nous par la participation à l’eucharistie nous déborde-t-elle du
cœur ?
Si nous n’expérimentons jamais en nous ce geyser de
résurrection, si nous n’en percevons pas les fruits, demandons-nous
alors sur quoi se fonde réellement notre existence : serions-nous de
ceux qui écoutent mais ne mettent pas en pratique ?
Dieu est là, qui se
donne, mais nous, nous restons à même le sol, c’est-à-dire que nous
vivons à partir de nous-mêmes, réfléchissant et réagissant à partir de
notre seule spontanéité native. Le premier orage nous en fera bien vite
sentir la vanité…
Le Seigneur nous invite ici à aller plus
loin, à dépasser notre petite idole préférée, ce moi fantasque, mouvant
et despotique, pour fonder notre vie en Lui.
Cela exige de creuser,
creuser profond, et toujours à la sueur de notre front.
Mais une fois
le rocher atteint, plus rien qui ne puisse nous faire vaciller. Une
fois connecté à cette nappe souterraine, c’est un fleuve jaillissant,
une sève féconde qui irriguent toute notre existence, inspirant nos
paroles et remodelant notre comportement - en lui donnant enfin cette
saveur d’évangile qui nous rendra crédibles…
Chaque arbre se reconnaît
à son fruit ; n’oublions pas que le monde a vraiment faim de ce pain-là
!
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• Lc 7,11-17
Écouter et mettre en pratique (Luc 6,47) : telle est la route que
Jésus trace pour ceux qui veulent être ses disciples.
Là où le péché,
tapi au secret du cœur de tout homme, tend inexorablement à séparer en
celui-ci le dire et le faire, Jésus convie à la cohérence,
c’est-à-dire, au fond, à la vérité. Mais ce que l’évangéliste Luc
montre de façon magistrale, en faisant succéder à un chapitre
d’enseignements un chapitre de gestes de guérison et de pardon (le
serviteur du centurion, le fils de la veuve de Naïm, la pécheresse
entrée chez Simon), c’est que cette voie du disciple est déjà tracée,
empruntée, éprouvée par le Maître : «Jeune homme, je te le dis : lève-toi !’ Et le mort se dressa sur son séant»
(7,14-15).
En Jésus, la coïncidence entre le dire et le faire est telle
qu’elle nous renvoie sans ambiguïté aux récits de création, tels que
les commente le psaume : «Il parle et cela est, il commande et cela
existe» (Psaume 33,9).
Or cette puissance, que les hommes connaissent
et identifient comme étant celle de Dieu, voilà qu’elle s’approche de
l’homme, qu’elle rejoint sa situation de détresse pour y accomplir
l’œuvre d’une nouvelle création.
Après les discours du chapitre 6, Luc
fait entrer en scène des figures de croyants : ce sont ceux qui savent
que la parole de Jésus est efficace, comme «un glaive à deux
tranchants», dira la Lettre aux Hébreux (4,12), qu’il suffit d’«un mot, et mon serviteur sera guéri» (Luc 7,7), qu’il suffit même de le rencontrer pour susciter sa «pitié» (7,13), qu’il suffit d’être vrai, humblement prosterné à ses pieds, pour recevoir de lui la grâce d’une vie nouvelle : «Va en paix» (7,50).
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• Lc 7,31-35
Il n’y a pas, et il n’y a jamais eu, d’évidence de la foi.
Dans
l’évangile, Jésus ne peut que susciter des libertés à croire en lui et
en l’œuvre de salut que le Père accomplit pour le monde à travers
l’offrande de sa vie.
En contrepoint des trois figures de croyants du
chapitre 7 de l’évangile selon saint Luc, le centurion, la veuve de
Naïm et la pécheresse, il y a le doute de Jean le Baptiste et de ses
disciples – «Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?»
(Luc 7,20) – et, plus largement encore, l’indifférence d’une génération
entière qui ne sait plus ni danser quand on joue de la flûte, ni
pleurer à l’unisson des chants de deuil.
Il aurait fallu, il faudrait
encore, prêter l’oreille et discerner, derrière les quelques notes d’un
prélude enjoué, la possibilité d’une symphonie nouvelle et jamais
entendue, le chant d’une création renouvelée.
Il aurait fallu, il
faudrait encore, ouvrir son cœur pour percevoir, dans le souffle devenu
rare d’un homme déjà entré en agonie, le gémissement de l’Esprit en
travail d’enfantement... «Et vous n’avez pas voulu...», constate
Jésus (Luc 13,34).
La conclusion de cette quelque peu énigmatique
péricope n’est pas inscrite dans le texte, elle doit être tirée par
chacun : le cadeau que Dieu a fait à l’homme de sa liberté est toujours
intact. Chacun peut en faire l’instrument de son salut ou bien le pervertir
en moyen de rébellion.
L’évidence n’est pas la manière de Dieu. Il ne
fait que proposer à l’humanité de prendre, en Jésus et à son imitation,
le chemin de la filiation, car «la Sagesse a été justifiée par tous ses enfants» (Luc 7,35).
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• Lc 8,1 - 9,50
Le
récit du ministère de Jésus en Galilée (5,17 - 7,50) permettait,
au fil des controverses et des actes de puissance, de révéler peu à peu
qui était cet homme allant jusqu’à pardonner les péchés (Lc 5,21;
7,49). La fin du ministère galiléen que nous abordons maintenant se
focalise plutôt sur la figure du disciple. Luc a déjà relaté l’appel
des premiers disciples, le choix des Douze ; en ces chapitres 8 et 9,
il montre comment ceux-ci se trouvent concrètement associés à la
mission de Jésus.
Le chapitre 8 s’ouvre par un
bref «sommaire» (8,1-3), c’est-à-dire un résumé de l’activité de Jésus,
qui insiste moins sur cette activité elle-même que sur ceux qui en sont
témoins: les Douze, bien évidemment, mais aussi – et cette précision
est propre à Luc – des femmes qui se voient ici quasiment mises sur le
même plan.
La suite du chapitre va tourner autour de la question
de la foi traitée successivement à partir de paraboles et de récits de
miracles.
La première partie parabolique met l’accent sur la
qualité propre du disciple, qui est l’écoute de la Parole de Dieu. La
parabole du semeur (8, 4-8) est reprise de Mc 4, mais, comme
l’explication qui suit (8,9-15), ici réservée aux seuls disciples (cf.
8,9) ; elle laisse le personnage du semeur au second plan pour se
concentrer sur les différents types d’écoute des uns et des autres :
des groupes d’auditeurs divers sont caractérisés, qui accueillent ou
non la Bonne Nouvelle, la laissent ou non transformer leur vie. Le
dernier groupe dessine le portrait du disciple qui joint à l’écoute la
fidélité et la mise en œuvre de la Parole.
Trois petites
paraboles (8,16-18) illustrent cette fructification de la Parole dans
la vie et les actions du disciple qui a à la divulguer (la lampe sur le
lampadaire: 8,16 ; le dévoilement de ce qui est caché: 8,17) et à
progresser lui-même sans cesse dans sa compréhension («celui qui a
recevra encore»: 8,18). Enfin, l’exemple de la famille de Jésus
(8,19-21) – qui n’est pas rapporté ici, contrairement à Mc 3,31-35,
de façon polémique – montre que c’est bien l’accueil de la Parole de
Jésus qui intègre dans le cercle de ses disciples.
La seconde
partie de ce chapitre (8,22-56) pose la question de la foi d’une autre
manière, à partir du récit de miracles qui, en une progression bien
maîtrisée, sauvent d’abord d’un danger extérieur (la tempête apaisée:
8,22-25), puis des puissances démoniaques (le possédé gérasénien:
8,24-39), de la maladie (la femme hémoroïsse: 8,43-48) et finalement
de la mort (la résurrection de la fille de Jaïre : 8,40-42;49-56).
Mais, à travers ces récits, il s’agit moins de mettre à l’épreuve la
foi des disciples que de l’éduquer et de la former.
La tempête
apaisée, telle que la relate Luc (8,22-25) met moins l’accent sur la
puissance d’exorcisme de Jésus (comparer avec Mc 4,39) que sur sa
présence efficace et la protection qu’il apporte aux disciples, même
lorsqu’il est – ou semble être – endormi. Leçon que Luc destine
certainement à sa communauté. Le second miracle, opéré lors d’une
incursion en territoire païen (8, 26-39), a pour résultat de détruire
le mal, ou plutôt de provoquer son autodestruction puisque les démons
vont dans les porcs – animaux impurs – qui s’étouffent dans la mer –
lieu traditionnel d’habitation des puissances démoniaques ; il a aussi
pour conséquence de former un disciple puisque l’homme guéri est trouvé
«assis aux pieds» de Jésus, dans la position même du disciple (8,35),
et envoyé évangéliser les siens (8,39).
Les deux derniers
miracles – dont les récits sont imbriqués (8,40-56) – mettent en scène
deux femmes liées par une indication temporelle : l’une est âgée de
douze ans et l’autre, malade depuis douze ans (8,42-43). Mais ils
montrent aussi comment peu à peu se fonde la foi des disciples : Pierre
va être amené à se situer sur un plan autre que matériel (cf. sa
réponse en 8,45) et à reconnaître que la force de Dieu habite en Jésus
; il va être, avec Jean et Jacques (8,51), le témoin privilégié de la
résurrection de la fillette qui, pour le moment, ne doit être révélée à
personne (8,56) – de même que la connaissance des mystères du Royaume
est, pour l’heure, réservée aux seuls disciples (8,10).
Le plan du chapitre 9 n’est pas aisé à saisir
car Luc alterne passages où miracles et enseignements s’adressent à «la
foule» et scènes d’explication réservées aux seuls disciples. Mais une
ligne de force se dégage à travers les trois séquences qu’on peut
repérer : ceux-ci sont de plus en plus étroitement associés à la
prédication de Jésus et donc spécialement formés à cette fin.
Le ton est donné dès la première séquence (9,1-17) où «les
Douze» sont envoyés en mission par Jésus (9,1-6). Ils commencent donc
là à honorer leur nom d’apôtre – qui signifie «envoyé» (cf. 6,13) – et
à avoir part à l’autorité même de Jésus (9,1). Le récit de cette
première mission qui n’est pas donné, est remplacé par un ex-cursus
concernant «Hérode prince de Galilée» (9,7-9), dont l’intérêt est
surtout narratif : montrant l’interrogation que suscite l’identité de
Jésus, il prépare la réponse que vont y apporter les disciples et, plus
loin, le face à face qui se produira lors de la Passion
(23,8), faisant en quelque sorte d’Hérode la figure du non-disciple.
Le retour de la mission est évoqué au début du passage suivant
(9,18) qui illustre bien la tension entre «foule» et «disciple» qui
domine tout le chapitre. Jésus en effet part avec les apôtres «à
l’écart» (9,10), mais la foule les suit, le contraignant à reprendre
son ministère de prédication et de guérison (9,11) et à donner le signe
de la multiplication des pains (9,12-17). À vrai dire, il s’agit en ce
miracle, relaté en prenant pour modèle littéraire un miracle semblable
opéré par le prophète Élisée (2 R 4,38-44), plus que de multiplication,
de «fraction» du pain (9,16) : la même succession de verbes – prendre,
bénir, rompre, donner – se retrouve dans le récit de la Cène (22,19) et
dans celui du repas pris avec les pèlerins d’Emmaüs (24,30). Mais ce
qui frappe dans la scène, telle que la rapporte Luc, est le rôle
d’intermédiaires qu’à trois reprises Jésus entend faire jouer aux Douze
(9,13;14;15) et la précision symbolique des douze paniers emplis de
morceaux (9,17).
La seconde séquence (9,18-27), introduite par une précision de
temps, se déroule elle aussi d’abord «à l’écart» (9,18), puis devant
tous (9,23). Elle tourne autour de la question de l’identité : identité
de Jésus qui interroge sur ce point ses disciples (9,18-22) ; identité
du disciple qu’il précise ensuite (9,23-27). Les réponses apportées
d’abord par les disciples (9,19) ne font que refléter l’attente
populaire qu’avait bien perçue Hérode (9,8), tandis que celle de Pierre
apporte un élément nouveau : «le Messie de Dieu» (9,20) – ou Christ,
selon que l’on transpose le terme hébreu ou grec – c’est-à-dire le
descendant de David apportant le salut. Luc omet ici les développements
que cette confession de Pierre trouvent en Marc, mais en corrige
immédiatement la portée par la première annonce de la Passion (9,22)
qui infléchit l’image messianique ; puis en tire les conséquences dans
la vie du disciple (9,23-27). De tous ceux qui veulent devenir
disciples, car l’enseignement s’adresse non plus seulement aux Douze,
mais à tous, et indique clairement que ceux qui «marchent à la suite»
du Christ suivent effectivement la même voie que lui : celle qui passe
par la croix.
La troisième séquence (9,28-50), introduite par une nouvelle
précision de temps, (huit jours après: 8,28) fait progresser les
disciples – et de façon souvent vigoureuse –dans la compréhension
qu’ils acquièrent peu à peu de l’identité et de la destinée de leur
Maître. L’épisode de la Transfiguration (9,28-36), dont seuls sont
témoins à nouveau Pierre, Jean et Jacques (9,28), manifeste devant eux
la gloire de Dieu dont Jésus est revêtu, les préparant ainsi à
traverser l’épreuve de la Passion évoquée dans l’entretien avec Moïse
et Élie (9,31). «Le lendemain», la guérison de l’enfant épileptique
(9,37-43a) est opérée devant «une grande foule» (9,37) ; elle manifeste
la maîtrise sur le mal que Jésus possède, mais aussi l’impuissance des
disciples livrés à eux-mêmes (9,40), que renforce encore
l’interpellation vigoureuse – et rare chez Luc – de Jésus (9,41).
Ils
vont faire l’objet d’un dernier enseignement – la seconde annonce de la
Passion (9,43b-45) – dont ils «ne saisissent pas le sens» (9,45). Deux
exemples illustrent leur incompréhension de leur état de disciple
lorsqu’ils discutent pour «savoir qui était le plus grand parmi eux»
(9,46-48), ainsi que la manière universelle dont Jésus interprète sa
vocation de Messie (9,49-50). Les disciples sont ainsi enseignés sur
l’humilité par la parabole de l’enfant (9,47-48) et sur l’ouverture
d’esprit et de cœur par la réponse à Jean (9,50).
Ainsi s’achève, sur cette note pédagogique, le ministère de
Jésus en Galilée. Dès le verset suivant (9,51), Luc montre Jésus
prenant «la route de Jérusalem», terme de sa mission. La deuxième partie de l’Évangile sera en effet toute tendue vers
la Ville Sainte.
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• Lc 8,1-3
En quelques versets, nous est offert aujourd’hui un tableau de la
vie quotidienne aux côtés de Jésus : une vie de prédicateur errant,
marchant, évangélisant, guérissant, enseignant, toute tendue vers «le règne de Dieu»
qui s’inaugure en lui.
Mais il n’est pas seul. Même le Fils de Dieu ne
peut annoncer l’amour s’il n’est entouré d’amis. Il est lui-même ce
signe qu’il nous a laissé : «À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres» (Jean 13,35).
À ses côtés les Douze, ceux qu’il a appelés pour «être avec lui»
(Marc 3,14).
Mais aussi, et cela semble suffisamment remarquable pour
que Luc l’ait soigneusement noté, des femmes. Des femmes bien diverses
— quoi de commun entre Jeanne, l’épouse d’un haut fonctionnaire, et «Marie appelée Madeleine»,
une fille à la réputation douteuse ? Mais des femmes qui ont en commun
d’avoir fait déjà une expérience de salut, qui connaissent déjà, même
si elles ne savent encore la nommer, à l’œuvre dans leur vie la
puissance de résurrection qui les a guéries, libérées, rendues à
elles-mêmes. Et, libres, elles sont parties, elles ont suivi celui en
qui elles ont reconnu la Vie. Aux côtés des apôtres, elles prennent
part — comme eux, pourrait-on dire, mais non de la même manière qu’eux
— à l’évangélisation. Plus qu’eux, elles suivront le Maître, le
Bien-aimé, courageusement, fidèlement, jusqu’au pied de la croix et au
bord du tombeau ouvert. Devenues, par grâce du Christ, des femmes
libres, comme notre temps n’ose pas même les rêver : libérées de la
crainte des hommes et de la peur de la mort ; libres de suivre l’Amour
qui passe.
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• Lc 8,4-15
Voilà une parabole dont l’explication paraît simple : Jésus lui-même
ne s’est-il pas fait catéchète pour l’expliquer à ses disciples ?
Mais
à en rester à la compréhension première, on diviserait vite l’humanité
en catégories : les cœurs durs, les inconstants, les versatiles faibles
face aux attraits du monde, et puis les bons, ceux qui entendent la
Parole et la mettent en pratique. Et les disciples que nous sommes,
sont bien tentés de se situer dans cette dernière catégorie puisque
tout leur est expliqué.
Mais ce que nous montre surtout la parabole,
c’est que nous sommes «le champ de Dieu» (1 Corinthiens 3,9) que
le Seigneur a ensemencé. Et ce champ est vaste et mélangé : chacune de
nos vies comporte sa part de cailloux, de broussailles, de terre battue
; sa part de bonne terre aussi.
Ce que la parabole nous invite à
contempler, c’est le semeur lui-même, «sorti pour semer», et la
semence qu’il jette à profusion, au mépris apparent de toute
efficacité. Dieu est ainsi : il ne sait que donner avec prodigalité et
tout ce qu’il possède jusqu’à son Fils unique. Et celui-ci, «sorti du sein du Père», s’est fait semence tombée en terre pour que de lui rejaillisse la vie en abondance.
«Si le grain ne meurt…»
La semence divine demeure en nous : le souffle insufflé en l’homme à la création, l’Esprit redonné au baptême en plénitude.
«Aimez-vous
les uns les autres, demande l’apôtre Pierre, engendrés de nouveau d’une
semence non point corruptible, mais incorruptible : la Parole de Dieu
vivante et permanente» (1 Pierre 1,23).
Comment ne voudrions-nous pas débroussailler et labourer notre champ pour voir se lever la moisson ?
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• Lc 8,19-21
Jésus nous surprendra toujours.
Spontanément nous nous heurtons vite
à cette réponse insolite qu’il adresse à sa mère, tout aussi étonnante
que sa remarque à son égard lors des noces de Cana : Femme, que me
veux-tu ? Or l’Évangile n’est pas un code de politesse ni une abolition
du commandement d’honorer sa mère et son père.
Comme souvent, Jésus
saisit la circonstance pour amener ses auditeurs plus loin, beaucoup
plus loin. Et il semble vouloir préserver d’une illusion ceux qui
s’appuient trop vite sur les liens du sang ou de la tradition ou de la
simple convivialité : "Ne dites pas : 'Nous avons Abraham pour père', ou
bien : 'Mais Seigneur, nous avons mangé et bu en ta présence', ou bien :
'Heureuses les entrailles qui t’ont porté'…"
Car Dieu peut des pierres
faire surgir des enfants à Abraham, et personne ne peut rester auprès
du Seigneur en faisant le mal, et personne ne peut se vanter d’être un
temple de l’Esprit s’il n’obéit pas à sa Parole.
Désirer voir Jésus,
lui rester proche en étant pour lui un frère ou une sœur, le donner aux
autres en étant pour lui une mère, cela demande un cœur qui écoute, qui
aime et veut ce que Dieu aime et veut, qui fait ce que Dieu lui
demande.
N’est-ce pas le seul conseil que la mère de Jésus adresse aux
hommes : Faites tout ce qu’il vous dira ?
N’est-ce pas ce qu’elle-même
a admirablement vécu : Je suis la servante du Seigneur ?
Alors oui, ma mère et mes frères, ce sont ceux qui entendent la Parole
de Dieu, et qui la mettent en pratique.
Y aurait-il un plus beau
témoignage que le Fils ait pu rendre à sa mère ?
Y aurait-il un modèle
plus grand, plus lumineux, plus encourageant pour nous que celui de
Marie ?
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