Evangile selon
saint Marc
Illustration: Saint Marc symbolisé par le lion
(les Pères de l'Eglise ont rattaché chacun des quatre évangélistes à l'un
des "quatre Vivants" de l'Apocalypse entourant le Christ en
gloire;saint Marc est représenté par le lion, parce que son Evangile
commence avec saint Jean Baptiste, homme du désert).
Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle - Musée de Cluny, Paris
3. Chapitres 9 à 12
• Mc 8,34 - 9,1
Jésus-Christ vient de révéler ses souffrances et sa résurrection à ses
disciples. Lorsqu'il prédit son chemin de croix, il annonce en même
temps le nôtre. Ils sont un même chemin, celui par lequel Jésus a
marché et sur lequel nous le suivons. Puisque sa vie et sa mort sont
pour nous, il nous demande si nous acceptons que notre vie, notre mort
soient comme la sienne. «Si quelqu'un veut marcher derrière moi…»
Prenons conscience avec gratitude de cette réalité première, cet appel
à la suite du Christ, qui est la source de notre vie et de notre
joie... Jésus poursuit : «qu'il renonce à lui-même», non pas à
être lui-même mais à vouloir être «quelqu'un», qu'il oublie ses pensées
propres, son vouloir propre, son amour propre, «qu'il prenne sa croix
et qu'il me suive». Ce n'est pas d'emblée qu'on comprend le sens de la
croix. Que veut dire se renoncer, se perdre pour Le trouver ? Quelle
est cette croix, non celle que j'aurai choisi ou prévu, mais la mienne
? Lorsque survient l'épreuve, suis-je prêt à m'appuyer sur la seule
force du Christ qui a tout enduré pour moi ? L'appel du Christ, mon
désir de le suivre restent premiers. L'amour illumine la croix pour
révéler sa face cachée mais glorieuse. «Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier en le payant de sa vie?»
Le Christ partage avec nous la coupe qu'il tend à ses amis. Par-delà
les dépouillements, nous le suivons sur le chemin des noces de l'Agneau
et effectuons avec lui le passage de notre mort à nous-mêmes pour
naître à la vie nouvelle des enfants de Dieu et dire un jour : «Je vis mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi»
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Gagner le monde entier ou sauver sa vie ? On se priverait de comprendre
la portée des paroles de Jésus en les ramenant à un simple jeu de qui
perd gagne ou en les entendant comme un pari plus ou moins intéressé :
sur quoi dois-je miser pour être vraiment gagnant ? Il faut se souvenir
qu’elles suivent immédiatement, en Marc, la première annonce de la
Passion : Jésus vient de commencer à prévenir ses disciples qu’il doit «beaucoup souffrir…, être tué et, après trois jours, ressusciter»
(8, 31). S’engager sur le chemin qu’il propose à celui qui «veut
marcher derrière» lui, même si cela s’exprime en termes négatifs —
renoncer à soi-même, porter sa croix —, est donc d’abord un choix
positif : un choix d’amour qui consiste à vouloir imiter le Maître qui,
le premier, est venu le parcourir à cause de son grand amour.
Il s’agit donc pour l’homme non d’un pari, mais de l’exercice de sa
liberté fondamentale — qui le fait à l’image de Dieu — de choisir les
valeurs et le sens de sa vie. «Choisis donc la vie, conseillait déjà le Seigneur à son peuple, afin que toi et tes fils viviez»
(Deutéronome 30, 19). Mais, paradoxalement, le choix de la vie,
s’exerçant dans un monde et une histoire blessés, entraîne à traverser
la mort, à adopter à la suite de Jésus une façon d’être qui fasse
mourir, ou plutôt laisse dépérir ce qui en nous ne peut survivre car
n’étant pas à la mesure de l’éternité. Dieu est venu se faire fils de
l’homme, précisément pour que soit rendu à nouveau possible ce choix,
en acceptant de subir souffrance et mort pour les traverser de sa
puissance de vie. Il reste à chacun, après lui, à déterminer ce qu’il
choisit d’aimer.
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• Mc 9,2-10
Dans l'Evangile selon saint Marc, lors du baptême de Jésus, c'est à ce dernier que s'adressait la voix venue du ciel (Mc 1,11)
Sur
la
montagne de la Transfiguration, c'est aux disciples qu'elle dit
"Celui-ci est mon Fils bien-aimé". Cette manifestation fugitive de la
gloire du Seigneur ne peut vraiment être comprise et proclamée avant
d'avoir reconnu et le Fils de Dieu dans le Crucifié du Golgotha. Saint
Marc insiste sur les ambiguïtés d'une annonce prématurée, qui
risquerait de faire l'impasse sur sur les souffrances du Messie.
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• Mc 9,2-13
Il faut bien situer l'événement de la Transfiguration dans son
contexte. Tout est centré sur la Passion qui est proche. Quelques jours
plus tôt, Jésus l'a annoncée pour la première fois. Après, en
redescendant, Jésus réitère l'annonce de ses souffrances en parlant en
termes voilés d'Élie. Pendant la Transfiguration, saint Luc note que
Moïse et Élie s'entretiennent du prochain départ de Jésus pour
Jérusalem. C'est dans ce climat que le Christ est transfiguré sur une
haute montagne, à l'écart. Dans une lumière d'éternité, il fait voir sa
gloire. Pierre dit alors : «Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ; dressons donc trois tentes».
Il rêve tout haut de s'installer dans le bonheur de ce face à face
éternel. Demeurer sur la montagne de Dieu pour contempler dans
l'humilité du Verbe fait chair la splendeur de Dieu, là est son désir,
là est celui de l'Église, entraînée dans les hauteurs de la
contemplation. Mais Dieu coupe court à tout projet d'installation.
Soudain, une nuée les a tous enveloppés, qui atteste la présence de
Dieu et la voile. De l'excès de lumière surgit la ténèbre, cependant
qu'une Voix se fait entendre : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le.»
Dans l'obscurité se manifeste la Trinité tout entière. Mais le temps de
la vision n'est pas encore venu. C'est d'abord celui de l'écoute de
Jésus seul. Après l'expérience de l'intimité, il faut descendre dans la
plaine des hommes. Désormais personne ne devrait se tromper sur ce
qu'est la gloire de Dieu. Ses témoins deviendront demain ceux qui
l'accompagneront au Jardin des Oliviers. Entre cette gloire et cette
faiblesse, il n'y a pas opposition mais mystérieuse unité.

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<-
La Transfiguration (détail d'un frise évoquant treize fêtes liturgiques
- Tempera et or sur bois - vers 1260 - Monastère de Sainte-Catherine,
Mont Sinaï, Egypte)
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La concision avec laquelle Marc rapporte les événements de la vie de
Jésus permet souvent d’en mieux mesurer la portée. Ici la
Transfiguration, encadrée qui plus est par deux annonces de la passion,
montre clairement son caractère pédagogique et prophétique. Jésus «prend avec lui Pierre, Jacques et Jean» et les emmène «sur une haute montagne»,
le lieu symbolique, dans l’Écriture, de la rencontre de Dieu, pour
qu’ils soient témoins de sa transfiguration : la lumière, la blancheur,
la nuée, tous termes qui, faute de mieux, servent traditionnellement à
dire la théophanie, l’apparition de Dieu, sont convoqués, ainsi que
Moïse et Élie, le prophète dont on ne connaît pas le tombeau et celui
qui a été enlevé au ciel ; la nuée de l’Esprit et la voix du Père
attestent ensemble la filiation divine de Jésus et sa mission. Ce sont
ces trois mêmes apôtres qui, quelque temps après, assisteront à
Gethsémani, non plus sur la hauteur mais au creux d’un jardin, à la
défiguration de Jésus en son agonie, à sa prière angoissée que le Père
semble ne pas entendre. La grâce de la Transfiguration, en établissant
que Jésus est bien l’Envoyé de Dieu, veut donc les préparer à affronter
les événements terribles et incompréhensibles de la passion Bien plus :
elle prophétise le sens de ces événements car celui qui s’entretient
avec les deux personnages de la Première alliance qui sont passés en
Dieu sans être arrêtés par la mort, la traversera lui aussi pour
retrouver, par-delà l’épreuve, sa gloire de Fils. Les apôtres sont loin
de tout comprendre, mais ils en vivront à l’heure des ténèbres. Ainsi
en va-t-il des grâces qui peuvent un jour illuminer nos vies.
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L’activité thaumaturgique de Jésus nous laisse souvent perplexes. Nous
avons appris à distinguer symptômes physiologiques, troubles psychiques
et difficultés spirituelles ; et nous nommons plus volontiers pulsions
ce que les anciens appelaient démons. Mais il reste que la personne est
une et qu’en elle la chair et l’esprit, ou le spirituel, le
psychologique et le physiologique demeurent intrinsèquement liés. Il
reste surtout que Jésus — Dieu sauve — a bien revêtu notre humanité
malade du péché et de la mort pour la guérir. Il ne s’est pas livré à
la souffrance et à la mort simplement pour les partager avec nous, mais
au contraire pour que, les ayant traversées et vaincues, il nous donne
de partager sa vie en plénitude. «De mort il n’y en aura plus, de pleur, de cri et de peine il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé»
(Apocalypse 21, 4). Quoi d’étonnant alors à ce que sa puissance
créatrice puisse restaurer la nature blessée et qu’en certains cas,
comme pour l’enfant de l’évangile, il veuille immédiatement et
visiblement le faire ?
La vraie question que pose plutôt ce récit réside dans les moyens qui
nous sont proposés et le but que nous poursuivons. Jésus nous indique
en effet les voies d’une guérison totale de la personne : la foi et la
prière. Non pas une prière qui indique à Dieu ce qu’il devrait faire,
mais qui simplement présente devant lui le malade. Non pas une foi
superstitieuse ou naïve, mais une foi humble et sincère comme celle du
père de l’enfant : «Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi.» Ce qui nous interroge sur notre véritable désir : sommes-nous en quête seulement de santé, ou de salut ?
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• Mc 9,14-29
Les trois disciples redescendent avec Jésus de la montagne de la
Transfiguration. Ils viennent de vivre un moment d'éternité. Ils ont vu
la lumière de la gloire divine, ils ont vécu des choses extraordinaires
qui leur ont donné un avant-goût du ciel. Ce sont les difficultés et
les soucis de la vie qui de nouveau les happent lorsqu'ils rejoignent
les autres disciples. En effet, la foule est attroupée autour d'eux et
d'un enfant possédé d'un esprit mauvais qu'un père de famille leur a
apporté afin qu’ils le guérissent. Constat désabusé : ils n'ont pas
réussi. «Génération incroyante, (…) combien de temps devrai-je vous supporter ?»
Devant ce cœur paternel, lourd de chagrin, Jésus n'est que compassion.
Il interpelle l'esprit et guérit l'enfant. Il libère l'enfant de Dieu
qui est en chacun de nous, parfois étouffé par des esprits qui
cherchent à le faire périr. Nous admirons une fois de plus le Christ
Médecin : «Tout est possible en faveur de celui qui croit», dit-il au père. «Je crois ! Viens au secours de mon incroyance !»
répond ce dernier. À sa suite, l'Église continue de crier : «Seigneur,
augmente en nous la foi !» Une fois seuls avec le Maître, les disciples
interrogent le Christ : «Pourquoi est-ce que nous n'avons pas pu
l'expulser » Ils entendent cette réponse saisissante : «Rien ne peut faire sortir cette espèce-là, sauf la prière.» Là est justement la question pour nous aujourd'hui encore : suis-je un homme, une femme de prière ? «Tout ce que vous demandez en priant, dit Jésus, croyez que vous l'avez déjà reçu, et cela vous sera accordé.» À la foi, rien d'impossible. Certaines choses ne se traitent que par la prière.
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• Mc 9,30-37
La première annonce de la Passion a profondément choqué les disciples (Mc 8,27-35).
La seconde les décontenance car, ils le comprennent, suivre Jésus c'est se faire - comme lui - l'humble serviteur de tous.
Méditation 1
L’évangile d’aujourd’hui est tout en contrastes, entre les paroles de
Jésus et les discussions des disciples, puis l’attitude des disciples
et celle de l’enfant. L’opposition est en effet violente, presque
choquante, entre les propos dérisoires des disciples qui se disputent
dans l’évaluation de leurs mérites respectifs, et la douloureuse
prophétie de Jésus annonçant son arrestation et sa mort. Leur Maître va
être tué, et ils discutent d’honneurs de façon aussi inconvenante
qu’inconséquente. Et le contraste est peut-être encore plus frappant
entre le désir qu’a Jésus de les instruire et leur réaction
d’incompréhension et de peur.
Ce qui ressort cependant de la seconde opposition est moins le constat
de l’abîme ouvert entre la faiblesse de l’homme et l’amour absolu de
Dieu, que l’affirmation que jamais Dieu ne se résout à ce que l’homme
se perde. C’est Jésus en effet qui prend l’initiative d’interroger les
disciples, comme pour les aider à faire en eux la vérité. C’est lui qui
s’assied, reprenant sans lassitude la position du maître, et les
appelle près de lui. Et, puisque les mots sont incompris, il dessine
devant eux une parabole en actes : un enfant choisi, placé au centre,
embrassé, c’est «le dernier»,
le plus méprisé, le plus disqualifié dans la société du temps, qui est
mis à l’honneur ; mais c’est aussi Jésus, l’Enfant du Père, qui,
par-delà l’ignominie des hommes, recevra la gloire de Dieu ; et c’est
le disciple lui-même qui, s’il sait se défaire de ses ambitions pour
suivre son Maître, sera aussi reconnu par le Père comme son enfant. Il
s’agit finalement moins d’une leçon de morale que de l’annonce du monde
nouveau.
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Ce n’est pas la première ni la dernière fois que Jésus annonce à ses
disciples sa passion. Pas à pas il les prépare à recevoir
l’inconcevable : le Fils de l’homme sera tué et il ressuscitera. Ce que
Jésus a ainsi à leur dire, ils ne peuvent pas le comprendre pour
l’instant. Il leur faudra l’Esprit de Pentecôte pour être introduits
dans la vérité tout entière.
Or cette vérité signifie aussi la véritable grandeur et de Dieu et de
l’homme. Au moment même où Jésus évoque sa passion, les disciples
s’interrogent sur leur propre grandeur. C’est qu’il y a deux élévations
qui s’opposent : celle du Christ sur la croix et celle de l’homme qui
s’élève aux dépens des autres ; deux gloires qui s’affrontent : celle
qui vient de Dieu et celle que les hommes reçoivent les uns des autres.
Jésus opère alors un changement radical de perspective car, parmi ses
disciples, le premier sera le dernier de tous et le serviteur de tous.
De fait, Jésus lui-même a en tout la primauté, il est l’ouvrier de la
première heure et de la dernière place, cette place que personne ne
pourra jamais lui ravir. Ceux qui veulent suivre un tel maître doivent
avoir les mêmes sentiments, afin de devenir en tout comme leur Maître
et d’entrer dans ce qui est grand aux yeux de Dieu. Jésus, saisissant
leur peur (et aussi la nôtre !) devant une telle perspective, leur
inquiétude et leur honte silencieuse, a recours à un ultime geste pour
en faire comprendre l’enjeu : il embrasse un enfant. Désormais le plus
petit d’entre les frères devient comme le sacrement de sa présence.
Accueillir le Christ, recevoir sa gloire de Dieu, c’est s’engager,
résolument, sur la voie du plus grand amour.
Méditation 2
Prière d’introduction:
Père céleste, je
crois en toi.
Apprends-moi à avoir une confiance totale en toi et en ta
parole.
Je me mets à la place de cet enfant : tu l’as pris dans tes
bras, tu l’a embrassé, tu l’a mis à côté de toi et tu l’a donné en
exemple à tes disciples.
Je voudrais avoir la foi simple d’un enfant.
Je voudrais te plaire chaque jour en accomplissant fidèlement ta
volonté.
Demande:
Seigneur Jésus, accorde-moi la grâce d’une confiance tendre, comme celle d’un petit enfant.
Réflexion:
1. Qui est le plus grand ?
Tout comme les disciples, chacun de nous a déjà été tenté de se
demander : suis-je le plus grand ? Comment est-ce que je me situe par
rapport à un tel ou un tel ? Suis-je plus important, plus intelligent,
plus riche ?
Ces questions trouvent leur origine dans l’orgueil propre
à notre nature humaine.
De plus, la société actuelle nous encourage à
faire tout pour réussir, pour être "au top", pour être le meilleur.
Dans notre lutte pour réussir, il est facile de perdre de vue le Christ
ou du moins de le reléguer au deuxième plan.
Jésus insiste souvent sur
l’humilité qui caractérise le véritable “serviteur” du royaume de Dieu.
Il est facile de se comporter en propriétaires des services et des
engagements que nous acceptons ou que nous prenons dans l’Église comme
dans le monde. Nous supportons mal que d’autres puissent y tenir des
responsabilités plus importantes que les nôtres, ou nous remplacer dans
celles que nous avons.
Nous nous attribuons si facilement le mérite de
nos qualités ou de nos connaissances.
Qui est vraiment le plus grand
dans ma vie ?
Est-ce Jésus-Christ ou est-ce moi-même ?
2. La clé du succès.
Dans le passage de l’évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous livre la clé du succès :
" Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous."
Cette consigne est en contradiction avec les manières du monde.
L’Evangile va souvent à l’encontre des idées du monde.
Est-ce que je
cherche à concilier la grandeur selon le monde avec ma foi chrétienne ?
Est-ce que j’accepte de m’humilier comme Jésus afin d’atteindre la
vraie grandeur ?
Et quelle est mon attitude devant les autres ?
Est-ce
que je les reçois différemment selon leur "importance" aux yeux du
monde ? Lorsque Jésus fait venir cet enfant, c’est pour montrer que
l’important n’est pas le rang de celui qu’on reçoit, mais le fait qu’on
accueille en sa personne le Christ et son Père.
3. Une confiance d’enfant.
Tout progrès dans la vie spirituelle commence par la confiance en Dieu.
Jésus place un enfant devant les disciples et les invite à considérer
la confiance et la simplicité de cet enfant.
Jésus nous dit tout
simplement qu’il est impossible de l’accueillir dans notre vie sa
volonté, ses vertus - si nous ne devenons pas comme des enfants devant
Dieu, notre Père céleste.
Il est facile de faire confiance au plan de
Dieu quand tout va bien, quand tout nous réussit et nous avons
l’impression d’être "les plus grands".
Mais devant des difficultés ou
des contrariétés, quelle est mon attitude ?
Dialogue avec le Christ:Seigneur Jésus, trop souvent je m’impatiente et je m’inquiète.
Aide-moi
à mettre toutes mes préoccupations entre tes mains capables et à te
faire confiance.
Je sais que tu m’aimes.
Raffermis ma
confiance en toi.
Résolution:
Je prendrai un
moment aujourd’hui pour lire la lettre de saint Jacques, chapitre 2,
versets 1 à 5, puis je confierai ma journée à Dieu en tâchant de vivre comme un
enfant à côté de son père.
Méditation 3
« Les disciples
ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur d'interroger Jésus »
nous dit Marc ... on les comprend ! Pourtant, ce n'est pas la première fois que
Jésus annonce de tels événements ; puisqu'au chapitre précédent, dans le même
évangile de Marc, après la fameuse profession de foi de Pierre à Césarée, Jésus
a déjà dit exactement la même chose ; mais ce n'est toujours pas clair ! Pour
les disciples, c'est même incroyable, choquant, contradictoire.
Pourquoi ?
Parce que c'est totalement contraire à l'idée qu'ils se font de Dieu et
totalement contraire à l'idée qu'ils se font du Fils de l'homme. Et pour les
trois privilégiés qui ont été témoins de la Transfiguration
de Jésus (dans l'évangile de Marc, son récit est placé au début de ce même
chapitre 9), c'est peut-être encore plus scandaleux, invraisemblable. Ils sont
encore dans la lumière, dans l'éblouissement de la Transfiguration... Jésus a
été déclaré le Fils bien-aimé, celui qu'il faut écouter... et voilà qu'il
annonce pour lui-même les plus grandes humiliations ; il les présente comme
certaines, inéluctables.
Même si
tous n'ont pas été témoins de la Transfiguration, tous ont entendu la profession
de foi de Pierre : « Tu es le Messie »,
c'est-à-dire celui que Dieu a choisi pour sauver son peuple, pour régner sur son
peuple. Dans l'évangile de Marc, Jésus ne répond guère à Pierre, il ne fait pas
de commentaire, mais il ordonne à ses disciples de
garder le secret là-dessus pour l'instant : « Jésus leur demandait : Et vous,
qui dites-vous que je suis ? Prenant la parole, Pierre lui répond : Tu es le
Christ. Et il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne ».
Et tout de
suite après, il dit ces choses étonnantes : « Il faut que le Fils de l'homme
souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et
les scribes, qu'il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. »
Nous sommes au paroxysme de la contradiction : lui qui vient d'être dit le
Bien-aimé de Dieu, il est l'élu de Dieu, le Messie,
le roi qu'on attend, le Fils de l'homme : tout cela lui promet un destin
glorieux ; puisque dans les visions du prophète Daniel
(Dn 7, 13-14), le Fils de l'homme est celui qui doit prendre la tête de
toute l'humanité ; et pourtant Jésus dit qu'il doit affronter la
souffrance et la haine des hommes, en un mot, la croix. Or dans la tête des
disciples, comme dans celle de tous leurs contemporains d'ailleurs (et peut-être
bien dans la nôtre), la gloire et la croix ne font pas bon ménage !
Autre
contradiction, ou invraisemblance : dans un premier temps, il va être livré,
tué, réduit à l'état d'objet passif de la haine des hommes. Celui qui doit
prendre la tête de toute l'humanité sera traité comme le rebut ! Et puis, dans
un deuxième temps, il ressuscitera, il triomphera ! Le dernier sera devenu le
premier. Non seulement, la gloire et la croix sont inséparables, mais il
semble bien que la gloire passe par la croix ! C'est le monde à l'envers :
pas étonnant que les disciples
ne soient pas spontanément au diapason ! Car « nos vues ne sont pas celles de
Dieu mais celles des hommes », comme l'a dit Jésus à Pierre (8, 33). Plus tard,
seulement, les disciples comprendront « qu'il fallait » que le Christ
aille jusque-là pour
« glorifier » son Père,
c'est-à-dire révéler son amour. Pour l'instant, ils n'ont pas du tout envie
d'être derniers ! Au contraire, juste après ces paroles troublantes de Jésus,
ils se sont mis à discuter entre eux pour savoir lequel d'entre eux était le
plus grand ! Ils sont dans une problématique de rivalité, celle dont saint Jacques
parle dans la deuxième lecture. Chose curieuse, Jésus n'a pas l'air horrifié :
il ne leur dit pas « c'est mal de vouloir être premier », il leur donne même le
moyen d'y arriver. Décidément, on va d'étonnement en étonnement dans ce texte .
Le moyen,
d'après lui, est bien simple et ce qui est intéressant, c'est qu'il est à la
portée de tout le monde ! « Celui qui veut être le premier, qu'il se fasse
le dernier et le serviteur de tous ». Dans le chapitre suivant du même
évangile de Marc, on retrouvera à peu près le même déroulement : annonce de la
Passion du Christ, rivalité entre les disciples pour la première place et
réponse de Jésus : « Si quelqu'un veut être grand parmi vous, qu'il soit votre
serviteur. Et si quelqu'un veut être le premier parmi vous, qu'il soit
l'esclave de tous. Car le Fils de l'homme est venu non pour être servi mais
pour servir ... » On ne peut pas s'empêcher de faire le rapprochement avec
le récit du lavement des pieds dans l'évangile de Jean.
Ici, Jésus
prend un exemple qui effectivement est à la portée de tout le monde : il prend
un enfant, le place au milieu d'eux et l'embrasse : ce geste, de la part de
Jésus, est certainement très significatif ; à l'époque, l'enfant n'était pas «
l'enfant - roi » comme on dit aujourd'hui ! En
embrassant un enfant, Jésus embrasse la petitesse.
C'est tout un
programme. Puis il leur dit : « Qui accueille en mon nom un enfant comme
celui-là, m'accueille moi-même »... On croit entendre la fameuse parabole du Jugement Dernier dans l'évangile
de Matthieu : « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits qui
sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ». Jésus précise bien « si
vous le faites en mon nom ». C'est là probablement le secret de la véritable
grandeur aux yeux de Dieu : ce ne sont pas les actions en elles-mêmes qui
sont grandes ! C'est de les faire au nom de Jésus-Christ.
Voilà
encore une bonne nouvelle : parce que cela aussi est à la portée de tout le
monde !
(d'après
Marie-Noëlle Thabut)
Méditation 4
A
peine Jésus a-t-il parlé, pour la première fois, de sa passion (passage
précédent, voir plus haut), qu’il en parle encore sur ce chemin vers
Jérusalem qui, pour
l’instant, traverse la Galilée.
Il en parle seul à seul avec ses disciples
qu’il instruit. Il ne voulait même pas que l’on sache son passage. A quoi
bon ! Ce ne serait que malentendu et, de toute façon, son
"mystère" ne sera compris qu’après les événements, dans la lumière de
sa Pâque.
Pourtant, il tient à préparer les disciples : Le Fils de l’homme
(personnage messianique annoncé par Daniel, qui viendrait sur les nuées du ciel
et auquel Jésus s’identifie) est livré aux mains des hommes. Ce "livré" est lourd
de sens.
Qui va livrer Jésus ? En surface, Judas, les chefs.
En profondeur,
le Père qui va abandonner le Fils à la cruauté des hommes? Jésus lui-même se
livre volontairement. L’eucharistie a retenu ce mot pour la consécration :
"la nuit qu’il fut livré". Il y a là quelque chose d’insondable, de
déroutant, de scandaleux. Il faudrait s’arrêter chaque fois. Ne pas s’y
habituer.
De ce être livré jusqu’à être tué va surgir notre libération : trois
jours après sa mort, il ressuscitera.
Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles. Et puis, ils n’avaient
aucune envie de comprendre. Ils étaient trop aveuglés par le mirage d’un messie
triomphant. Aussi craignaient-ils des révélations trop brutales, ils avaient
peur de l’interroger.
Qui d’entre nous ne s’y reconnaît, avec un peu de
sincérité?
La souffrance, nous en avons peur. Alors, nous étouffons les
problèmes, nous n’interrogeons plus le Christ.
Un deuxième épisode contraste violemment avec le premier.
Au Christ qui est
livré, qui se livre, se donne - voilà que sont opposés les disciples qui, eux,
cherchent leurs avantages : ils avaient discuté pour savoir qui était le
plus grand. Jésus renverse leur échelle de valeur qui est, soyons francs,
souvent la nôtre. Nous jugeons selon la réussite extérieure, le rendement, la
bonne place.
"Ne cherche pas à être le premier, le plus grand selon le monde. Si
tu veux être vraiment grand, premier dans le Royaume, sois le dernier de tous
et le serviteur de tous".
Et, pour se faire comprendre, Jésus prend un enfant qui se tenait là, le
place au milieu d’eux, bien en évidence. Un enfant, au temps de Jésus et dans
tout l’Orient, ça ne comptait pas; il n’intéressait pas les hommes adultes. Cet
enfant, là au milieu d’eux, est donc moins le signe de l’innocence que de
l’insignifiance, de la faiblesse. Jésus embrasse cet enfant qui ne compte pas,
lui donne une marque de déférence et d’estime, et va jusqu’à s’identifier à cet
être petit, chétif.
Non seulement à cet enfant, mais à tous les méprisés,
méconnus, laissés pour compte : "Celui qui accueille en mon nom (retenons la
précision "en mon nom": dépassons la philanthropie pour retrouver l’esprit de Jésus) un
enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille.
Plus ! A travers moi, il
accueille celui - le Père - qui m’a envoyé."
Pour prolonger la méditation
- Versets du Premier Testament :
- Ps 8,2-3:
« Seigneur, qu'il est puissant ton nom par toute la terre! Lui qui
redit ta majesté plus haute que les cieux par la bouche des enfants,
des tout petits, tu l'établis. »
- Ps 130,2: « Comme un petit enfant contre sa mère, comme un petit enfant, telle est mon âme en moi. »
- Versets du Nouveau Testament :
- Mt 11,25 : « En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : Je te bénis, Père,
Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux
intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits. »
- Mt 18,4 : « Qui se fera petit comme ce petit enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux. »
- Lc 22,26 : « Que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert. »
- Jn 3,5 : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. »
- Jn 13,13-15 : « 13.
Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis.
14. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître,
vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. 15. Car
c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous
aussi comme moi j'ai fait pour vous. »
- Commentaire patristique :
Si je suis effrayé de ce que je suis pour vous, je suis consolé de ce que vous êtes avec moi.
Pour vous, je suis évêque, avec vous je suis chrétien.
Le premier titre est celui de la dignité dont je suis revêtu; le second me rappelle la grâce que j'ai reçue.
L'un ne me présente que des dangers, l'autre est pour moi un nom de salut...
En
nous voyant chargé de devoirs si importants, si nombreux et si variés,
aidez-nous de vos prières, demandez que nous soyons moins touchés de
l'honneur de vous commander que du bonheur de vous être utile.
- De théologiens anciens :
« Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci,
c'est moi qu'il accueille »
La majesté du Fils de Dieu n'avait pas dédaigné l'état d'enfance.
Mais l'enfant a grandi avec l'âge jusqu'à la stature de l'homme parfait
; puis, lorsqu'il a pleinement accompli le triomphe de sa passion et de
sa résurrection, toutes les actions de la condition humiliée qu'il
avait adoptée pour l'amour de nous sont devenues du passé. Pourtant la
fête de sa nativité renouvelle pour nous les premiers instants de
Jésus, né de la Vierge Marie. Et lorsque nous adorons la naissance de
notre Sauveur, il se trouve que nous célébrons notre propre origine.
En
effet, lorsque le Christ vient au monde, le peuple chrétien commence :
l'anniversaire de la tête, c'est l'anniversaire du corps. Sans doute,
chacun de ceux qui sont appelés le sont à leur tour, et les fils de
l'Église apparaissent à des époques différentes. Pourtant, puisque les
fidèles dans leur totalité, nés de la source du baptême, ont été
crucifiés avec le Christ dans sa passion, ressuscités dans sa
résurrection, établis à la droite du Père dans son ascension, ils sont
nés avec lui en sa nativité.
Tout croyant, de n'importe
quelle partie du monde, qui renaît dans le Christ, après avoir
abandonné le chemin de péché qu'il tenait de son origine, devient un
homme nouveau par sa seconde naissance. Il n'appartient plus à la
descendance de son père selon la chair, mais à la race du Sauveur, car
celui-ci est devenu Fils de l'homme pour que nous puissions être fils
de Dieu.
- Isaac de l'Etoile, Sermons, 12,6:
Suivre le Christ en descendant vers son frère, être distendu par l'action, se partager en mille morceaux, être tout à tous,
ne rien sous-estimer de ce qui touche le Christ; n'avoir soif que d'une
chose, ne s'occuper que d'une chose, quand il s'agit du Christ unique;
vouloir être au service du Christ, quand il s'agit du Christ multiple.
- D'un théologien moderne :
R. Guardini, Le Seigneur, 1945.
L'homme qui obéit à la nature accueille surtout ce qui a fait ses preuves, ce qui est utile et important.
L'enfant
ne représente rien de tout cela. Il n'a encore rien fait. Il ne
représente pas grand chose. C'est un débutant, tout en espérance.
L'enfant ne peut pas forcer l'adulte à le prendre au sérieux, car il
est encore "petit".
Les vrais hommes, ce sont "les grands".
L'enfant n'est encore que candidat à l'humanité.
Cette
attitude n'est pas seulement celle cérébraux et des égoïstes, mais
aussi celles des personnes aimables, maternelles, pédagogues surtout -
qui ne cherchent qu'à "se dévouer" socialement.
Elles
donnent au comportement de l'adulte vis-à-vis de l'enfant une nuance de
mésestime, aimable ou bourrue, que l'on sent jusque dans le ton
artificiel et badin avec lequel il croit devoir parler à l'enfant.
Alors Jésus dit: "Vous n'accueillez pas l'enfant parce qu'il est incapable de s'imposer. Il est trop insignifiant pour vous. Eh bien! Écoutez: là où se trouve celui qui est incapable de se faire valoir, je me trouve moi-même."
Une âme chevaleresque se dresse à l'endroit où se tient celui qui n'a pas encore fait ses preuves et dit: "Je me porte garant".
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• Mc 9,38-40
Hier encore préoccupés par le souci de prééminence dans leur propre
groupe, les disciples démasquent aujourd’hui (avec une nuance de
jalousie ?) quelqu’un qui chasse des démons au nom de Jésus sans être
rattaché au cercle des disciples. Et ils n’ont pas entièrement tort :
le nom, dans le monde sémitique, c’est la personne – comment alors se
référer au nom sans s’attacher à la personne de Jésus ? Jésus lui-même
ne dit-il pas ailleurs : Qui n’est pas avec moi est contre moi, qui ne rassemble pas avec moi disperse (Lc 11,23) ?
La réponse du maître dans le passage présent peut en effet surprendre.
Mais loin d’ouvrir la porte au laxisme qui relativise tout, Jésus
invite ici ses plus proches à entrer dans la largesse de vue qui est la
sienne, cette bienveillance de fond qui sait reconnaître l’œuvre de la
grâce même là où elle était le moins attendue. Déjà au temps de la
traversée du désert l’Esprit du Seigneur n’était-il pas tombé aussi sur
ceux qui n’étaient pas venus à la Tente du Rendez-vous et qui se
mettaient tout d’un coup à prophétiser (Nb 11,26) ?
Ne l’empêchez pas, dit Jésus dans l’Évangile de ce jour par rapport à
cet étrange évangélisateur anonyme. N’y aurait-il pas là, pour nous
aussi, un appel catégorique "à aimer les fragments de vérité partout où nous pouvons les découvrir"
(F. Varillon), que ce soit dans une autre confession ou une autre
religion, que ce soit dans un autre point de vue ou une autre forme de
spiritualité ? Le disciple du Christ qui ne retranche rien de
l’Évangile ni de l’urgence de la mission, ne devrait-il pas se réjouir
que d’une manière ou d’une autre le Christ, qui est LA vérité, soit
annoncé ?
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• Mc 9,41-50
Rien qu’un verre d’eau. Rien qu’un coup d’œil ou un geste de la main !
Qu’y a-t-il de si terriblement sérieux. dans ces attitudes apparemment
bien anodines, pour qu’elles attirent de la sorte l’attention de Jésus
? Mais c’est justement là le grand renversement : depuis qu’il est venu
dans le monde, depuis que le Fils de Dieu s’est fait Fils de l’homme,
plus rien n’est banal, tout reçoit un poids d’éternité, dans la mesure
où, pour le bien ou pour le mal, cela se réfère au Christ. Voir et
servir l’un de ces petits qui sont ses frères, c’est voir et servir le
Christ en personne ; mettre un obstacle sur la route de l’un d’eux,
c’est devenir une occasion de chute pour le Christ lui-même (Mt 16,23).
Les terribles impératifs qui s’en suivent — couper la main ou le pied,
arracher l’œil, si jamais ils entraînent au mal —, loin d’être un appel
fanatique à l’autodestruction, deviennent une exigence brûlante
d’enlever de notre vie toutes les occasions les plus proches et les
plus subtiles de pécher. Tout homme sera salé au feu : Vous êtes le sel
de la terre, avait dit Jésus ailleurs (Mt 5,13). Mais la saveur
elle-même est l’Esprit Saint qui purifie et conserve et donne le goût.
Perdre le goût de l’Esprit, c’est perdre toute force et s’exposer à
toutes les tentations. Se laisser purifier et vivifier par le Saint
Esprit, c’est trouver la paix et communiquer ainsi au monde la saveur
de Dieu.
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• Mc 9,38-43;45;47-48.
Les paroles de Jésus, jadis adressées aux Douze, ont une portée ecclésiale:
-
L'Église n'a pas le monopole du bien, car l'Esprit est à l'œuvre en
dehors de ses frontières.Au jour du jugement, Dieu reconnaîtra comme
siens tous ceux qui auront agi avec charité à l'égard des autres.
- En revanche,donner le mauvais exemple, surtout aux faibles, est impardonnable.
- Enfin il faut donc éradiquer en soi-même, sans hésiter, tout ce qui est cause de péché.
La réaction de Josué en Nb 11,25-29 ne surprend pas: assez
spontanément, en effet, on
réagit comme si l'on avait un droit d'exclusivité sur les dons de la
grâce. C'est ainsi que les Douze ont voulu empêcher un homme de chasser
les esprits mauvais "au nom de Jésus", parce qu’il n’appartenait pas à
leur cercle.
Une telle étroitesse d’esprit est en contradiction avec la manière dont
Jésus
lui-même a agi, et avec son enseignement.
Quiconque exerce la charité et la miséricorde aura sa récompense. Le
Seigneur reconnaît dès aujourd'hui comme sien quiconque délivre le
prochain de
son indigence non seulement spirituelle, mais matérielle !
En revanche, il rejette ceux qui prétendent lui appartenir, alors
qu’ils
sont une occasion de chute pour les autres, et surtout pour les plus
fragiles –
auxquels il s’identifie. La manière de se conduire à leur égard est le
critère
ultime de l’authenticité de la foi et de l’appartenance au Christ.
Mais il faut également se libérer soi-même de tout ce qui peut être
occasion
de péché.
Commentaire
De sentences que le Christ a prononcées ici et là, Marc a composé
son bouquet. Le texte est donc à lire avec des pauses, et non comme un
récit suivi; plutôt à la manière dont on lirait les Maximes de La
Rochefoucauld ou les Pensées de Pascal.
Une première sentence pourfend le provincialisme ecclésiastique,
comme si l’Eglise, dont Jean est ici le type, avait le monopole de
l’Esprit Saint. Voici quelqu’un qui fait du bien, qui chasse les
esprits mauvais au nom de Jésus. Nous avons voulu l’en empêcher, car il
n’est pas de notre bord, de ceux qui nous suivent (la première lecture
nous a raconté un cas semblable). On pense aux protestants qui ont des
saints comme nous, à des hommes hors-Église qui ont une réelle vie
intérieure, à des laïcs qui prennent des initiatives soi-disant
réservées aux clercs... vos papiers s’il vous plaît ! Réjouissons-nous
de ce que le bien se fasse, même s’il ne porte pas notre étiquette.
L’Église est le lieu privilégié de l’Esprit, mais elle n’en est pas
le seul. L’Esprit ne se laisse pas enchaîner. Un peu de tolérance !
Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. On aurait mauvaise grâce
de tomber dans l’autre extrême et de parler ici de "chrétiens qui
s’ignorent", d’accaparer des hommes qui n’en veulent d’aucune façon.
Jésus parle de ceux qui font du bien en son nom, comme de celui qui
donne un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ.
Une deuxième sentence nous met en garde : n’entraînez la chute
d’aucun de ces petits. Il n’est pas ici question des enfants, mais du
petit qui croit en moi, du frère dans la communauté qui est moins
instruit, moins considéré, et que je pourrais troubler par mon
comportement plus libre, plus éclairé. Ce souci sera repris par Paul
avec son principe : Ce qui est permis n’est pas toujours opportun (1 Co
8;12-14; Rm 14-15). Bien des réformes trop rapides, trop inconsidérées,
en troublant les faibles, ont détruit plus que construit (à l’opposé,
des lenteurs impardonnables peuvent décourager et souvent dégoûter de
l’Eglise). Désorienter un de ces petits, quelle responsabilité ! Elle
est si grande que mieux vaudrait qu’on mette une meule au cou de ces
scandaleux et qu’on les jette à la mer. Après cette sentence sur le
scandale donné, en voici une autre sur le scandale subi, plus
exactement sur l’occasion de pécher : Si ta main, ton pied, ton oeil
t’entraînent au péché, arrache-les. Mieux vaut entrer manchot,
estropié, borgne dans le royaume de Dieu que d’être jeté entier dans la
géhenne. Ici plus question de tolérance comme dans le premier verset,
mais de radicalité, d’exigence; car il y va de notre vitalité
chrétienne. La demi-mesure, l’hésitation mènent à la demi-chute puis à
l’abandon. Il y a des arrachements salutaires, nécessaires.
La vie avec le Christ n’est pas un petit jeu où tout finira par
s’arranger. Cela peut se terminer là où le ver ne meurt pas et où le
feu ne s’éteint pas, dans un raté irréversible.
Méditation
Prière d’introduction:
Seigneur Jésus, je
crois que tu m’es réellement présent quand j’invoque ton Nom dans la
prière. J’ai confiance: tu me guideras pendant cette méditation.
Demande:
Seigneur,
augmente en moi la charité universelle pour que je sois disposé à
collaborer avec chacun pour l’extension de ton Royaume.
Points de réflexion:
1. L’unité dans le Christ.
Saint Jean protestait parce que d’autres « chassaient les démons » au nom du
Christ. Son amour ardent pour le Maître avait besoin d’être purifié et
de trouver son juste milieu. Jésus profita de l’occasion pour aider
Jean à manifester une attitude magnanime dans son travail apostolique.
Il l’invita à collaborer avec les autres et à se détacher de son cercle
étroit.
Combien de fois cela ne nous est-il pas arrivé ? Que ce soit
dans notre paroisse, nos mouvements, nos groupes de prière, il faut que
nous soyons prêts à travailler avec tous ceux que le Seigneur met sur
notre chemin. Il nous faut trouver des points de convergence avec ceux
qui croient au nom du Christ. Comme Benoît XVI l'a cité à des membres de mouvements ecclésiaux réunis à Rome pour la Pentecôte:
« 'L’Église
entière', comme aimait à le dire le Pape Jean Paul II, 'est un seul
grand mouvement animé par le Saint Esprit, qui coule tout au long de
l’histoire et l’arrose de la grâce de Dieu afin qu’elle donne des
fruits abondants de bonté, de beauté, de justice et de paix'. »
2. Pour tous les hommes de bonne volonté.
Plusieurs encycliques papales sont adressées « aux hommes de bonne
volonté », c’est-à-dire à toute personne qui veut vivre dans la vérité.
Jésus établit cette référence pour l’activité universelle d’apostolat.
La charité est la marque de distinction d’une personne de bonne
volonté, d’où ces paroles du Christ : « Quiconque donnera à boire, ne
serait-ce qu’un verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité
de disciple, en vérité, je vous le déclare, il ne perdra pas sa
récompense. » (Mt 10,42).
Nous aussi nous devons être ouverts à
tout homme et toute femme de bonne volonté. Quand des personnes sont
témoins de notre charité, elles sont attirées vers l’Eglise et le Christ.
La charité universelle est une façon puissante d’attirer des hommes à
la connaissance et à l’amour du Christ.
3. La conversion des pécheurs.
Personne n’est hors de portée du plan de rédemption de Dieu, pas même
ceux qui vivent dans le péché. C’est par compassion que Jésus nous
prévient des conséquences néfastes du péché et de l’existence de
l’enfer. Sa compassion et son amour pour tous les hommes le pousse à
avertir ses disciples que le péché doit être déraciné de nos vies. « Si
ton oeil te scandalise, arrache-le. »
Nous devons imiter la charité
universelle de Jésus et son souci de tout homme.
Dialogue avec le Christ:
Seigneur Jésus, tu m’as sauvé du péché. Tu m’as appelé des ténèbres et
placé dans ton admirable lumière. Aide-moi à suivre l’exemple de ton
universelle charité. Je veux aimer mon prochain comme tu m’as aimé !
Résolution
Aujourd’hui, je m’engage à faire un acte de bienveillance envers quelqu’un qui n’est pas de mon entourage habituel.
Pour prolonger la méditation
- Du Premier Testament :
- Jl 3, 1: « Je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles
prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des
visions. »
- Du Nouveau Testament :
- Mt 25,40 :
« En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de
ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. »
- Jn 3,6 ;8 :
« Ce
qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l'Esprit est esprit.
Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas
d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de
l'Esprit. »
- 1Co 8,12 :
« En péchant contre vos frères, en blessant leur conscience, qui est faible, c'est contre le Christ que vous péchez. »
- Commentaire patristique:
Donne les biens de ce monde et reçois les biens éternels. Donne
la terre et reçois le ciel. Mais à qui donner ?... Écoute l'Écriture te
dire comment prêter au Seigneur lui-même : « Celui-là prête au
Seigneur, qui a pitié du pauvre » (Pr 19,17). Assurément Dieu n'a pas
besoin de toi ; mais un autre en a besoin. Ce que tu donnes à l'un, un
autre le reçoit. Car le pauvre n'a pas de quoi te rendre ; il le
voudrait, mais il ne trouve rien ; seule demeure en lui sa volonté
bienveillante de prier pour toi. Mais quand un pauvre prie pour toi,
c'est comme s'il disait à Dieu : « Seigneur, j'ai reçu un prêt, sois ma
caution ». Dès lors, si le pauvre auquel tu as affaire est insolvable,
il a un bon garant, car Dieu te dit : « Donne avec assurance, c'est moi
le répondant... C'est moi qui rendrai, c'est moi qui reçois, c'est à
moi que tu donnes ».
Crois-tu que Dieu te dise : « C'est moi qui reçois, c'est à moi
que tu donnes » ? Oui, assurément, si le Christ est Dieu, et là il n'y
a pas de doute. Car il a dit : « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à
manger ». Et comme on lui demande : « Quand est-ce que nous t'avons vu
avoir
faim ? », il veut montrer qu'il est réellement le garant des
pauvres, qu'il répond pour tous ses membres... Il déclare : « Ce que
vous avez fait au plus petit de mes disciples, c'est à moi que vous
l'avez fait » (Mt 25,35sqq).
- Commentaire moderne:
A.-M. Besnard, Du neuf et de l'ancien(1979):
Il venait de parler des petits qui croient en lui et c'est comme si, soudain, à cette pensée il voyait passer dans son regard le film atroce du piétinement des petits au long des siècles,
par ceux qui se croient sages,
qui se croient forts,
qui se croient malins,
ou simplement qui écrasent sans s'apercevoir de rien.
Le péché, pour Jésus, c'est ça...Combien de petits sont bafoués, méprisés à côté de nous sans que nous y prenions garde?
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• Mc 10,1-12
Une interrogation piégée pour mettre Jésus à l’épreuve. Aujourd’hui
encore cette question que bien de croyants aimeraient poser volontiers
à Jésus et à son Église n’a rien perdu de son actualité : Est-il
permis, oui ou non, de renvoyer son conjoint ? Pour Jésus, le problème
ne porte pas d’abord sur les règles de la Loi, fussent-elles données
par Moïse, ni sur de quelconques subtilités casuistiques ; pour lui, la
question porte sur le fond, sur ce monde au cœur dur qui sépare ce que
Dieu a uni, sur cette sclérose du cœur qui empêche ce même cœur de
l’humanité de vibrer à la pensée des origines, lorsque, au
commencement, Dieu s’était dit qu’il n’est pas bon que l’homme soit
seul (Gn 2,18) et qu’il lui modela une femme qui devait lui être
assortie. Ne plus s’émerveiller devant l’émerveillement de Dieu qui vit
que cela était très bon (Gn 1,31), c’est oublier que lui, Dieu, ne
divorce jamais, quels que soient les torts et les difficultés de
communication. Aussi difficiles à recevoir que puissent être les
paroles de Jésus en ce jour, ne faudrait-il pas y voir tout d’abord
l’appel pressant à ne jamais s’arrêter trop tôt, à remonter plutôt
sans cesse à la source d’où coulent des fleuves d’eau vive sur l’homme
et la femme que Dieu a créés ; là où rien ni personne ne pourra jamais
séparer son plan d’amour de l’humanité tombée mais éternellement
rachetée. Il est temps de croire, corps et âme, à la fidélité absolue
de Dieu.
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• Mc 10,13-16
Le Royaume de Dieu à annoncer, des démons à chasser, des malades à
guérir, des pains à multiplier… pour les disciples, il y avait bien
d’autres choses plus importantes et plus urgentes à faire que
d’accueillir et de bénir les petits enfants ! N’était-il pas inutile et
même déplacé de les laisser s’approcher et déranger ainsi le Maître ?
Or, il n’y a pas de doute, l’Évangile le dit très clairement (et très
rarement !), lors qu’ils essaient d’écarter vivement les enfants, Jésus
se fâche. Ayant trouvé eux-mêmes en lui la porte du Royaume, comment
les disciples peuvent-ils la fermer aux autres ? Ayant reconnu de plus
en plus en Jésus le Serviteur de la dernière place, comment n’ont-ils
toujours pas saisi sa prédilection pour les pauvres et les tout petits
? Oui, depuis que le Verbe s’est fait petit enfant, il existe un lien
mystérieux et indestructible entre l’enfance et le Dieu-fait-homme.
Naître à nouveau et d’en haut, comme Jésus le dira ailleurs à Nicodème
(Jn 3,3), devenir comme des enfants, c’est-à-dire vivre d’un cœur
confiant et filial, mais … dans une stature d’adulte, voilà le passage
obligé pour trouver l’accès du Royaume de Dieu, mieux : voilà le secret
des violents qui s’en emparent (Mt 11,12). Tout abandonnés à la bonté
de Dieu, trop petits pour lui offrir une œuvre quelconque, ils ne
peuvent que présenter leurs mains nues et la violence d’un cœur aimant,
assez pauvre, assez large pour accueillir le Royaume. C’est cette
pauvreté de cœur que Jésus, en chacune de nos vies, embrasse et bénit.
Il en fait, en cette vie déjà, une béatitude.
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• Mc 10,2-16
A
des légistes qui l'interrogent sur les lois qui régissent le mariage,
Jésus ne donne pas une réponse de type juridique: il ne se laisse pas
"entraîner sur leur terrain"! Il invite à se reporter à l'intention
première du Créateur - qui a fait l'homme et la femme égaux en droits
et en devoirs l'un à l'égard de l'autre.
En
laissant venir à lui des enfants, Jésus témoigne de la mansuétude
divine pour les faibles: une place éminente leur est réservée dans le
Royaume.
Commentaire
Les pharisiens abordèrent Jésus, non pour profiter de son
enseignement, mais pour mettre dans l’embarras.
C’est la meilleure
façon de se fermer au Christ - par avance.
Il y a des gens
qui ne trouveront jamais, parce qu’ils ne veulent pas trouver; ils
veulent seulement mettre l’autre dans l’embarras, avoir eux-mêmes
raison.
Ils lui demandèrent : Est-il permis au mari de renvoyer sa femme ?
La question étonne, car c’était évidemment permis - par la loi, par
Moïse ! L’enquête des pharisiens ne prend de sens que s’ils avaient
déjà entendu parler de la position "anti-légaliste" de Jésus en la matière.
Ils pouvaient ainsi mettre Jésus dans l’embarras. Détail piquant : la
discussion avait lieu sur le territoire d’Hérode, le divorcé notoire.
On peut aussi percevoir dans ce texte (écrit après le départ de Jésus,
ne l’oublions pas) un écho des controverses entre juifs très larges et
chrétiens très exigeants quant à l’indissolubilité du mariage.
Jésus répliqua (au sens fort de contredire, réfuter) : "C’est en
raison de votre endurcissement que Moïse a formulé cette loi. Cette loi
n’est pas ce que voulait Dieu. Moïse n’a pas réussi à vous demander
l’idéal, parce que vous êtes incapables de l’observer; votre cœur est
- littéralement - sclérosé. Moïse a dû se plier à cette aberration, il
l’a canalisée en parant à l’arbitraire de vos caprices par un minimum
de législation : il fallait établir un acte de répudiation pour
protéger la femme et lui permettre de se remarier".
Mais "בראשית - au commencement", lors de la création, il n’en était pas ainsi.
Jésus est donc en rupture avec la loi mosaïque. Audace,
blasphème !
C’est ici, dans les évangiles, la rupture la plus nette avec la
loi mosaïque.
Jésus dit ce qu’est le mariage selon le plan de Dieu : Au
commencement, Dieu créa l’humanité homme et femme - différents mais
complémentaires, destinés à s’unir pour se parfaire. Ce besoin du
complément est si fort, si inné que l’homme quittera son père et sa
mère, il s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’un.
Voilà ce qu’a voulu Dieu : une union profonde; ils ne sont plus deux,
mais ils ne font qu’un. La répudiation va contre ce projet, elle contre
le plan de Dieu. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas.
Au juridisme des pharisiens Jésus oppose la nature même du mariage
qui est une union en soi indéfectible. Jésus montre comment cela
devrait être, et comment il faut s’efforcer que cela soit.
Idéal tellement révolutionnaire pour la mentalité d’alors (et
d’aujourd’hui !) que les disciples l’interrogent de nouveau sur cette
question. Jésus reprend avec force : la répudiation pour un remariage,
même si la loi la permet, équivaut à un adultère. Ce qui est légal
n’est pas forcément moral.
Et Marc ajoute de sa propre initiative : "Si une femme a renvoyé son
mari et épouse un autre, elle est coupable d’adultère". Ce texte
n’aurait eu aucune portée en Palestine où la femme était la chose du
mari: lui seul pouvait répudier.
Mais Marc l’a ajouté pour les chrétiens du
monde gréco-romain où la femme avait, en l’affaire, les mêmes droits
que l’homme. Cependant si l’évangéliste tient compte de cette circonstance,
il exige aussi de la femme le même devoir de fidélité.
Jésus met le doigt sur une plaie qui est bien la nôtre : nous avons
perdu le sens de la fidélité. Ainsi avons-nous donné à l’amour son coup
mortel. Il faut tout faire, l’impossible même, pour que l’amour ne
refroidisse pas, pour qu’il dure.
A la différence de Matthieu 19,3sqq où la discussion porte sur les
motifs de divorce, Marc conteste radicalement le droit même de répudier
et reflète les exigences de l’Eglise des débuts. Matthieu, lui, semble
adoucir la loi pour la partie innocente (19,9 et 5,32).
L’ Église
orthodoxe s’autorise de Matthieu pour certains remariages.
Et les échecs ? Cet évangile est exigeant. Pour les
divorcés-remariés il est dur. Où est la miséricorde de Jésus ? Dans cet
échec même ! Car Jésus est venu pour sauver ce qui était perdu. Oui, si
ceux qui ont échoué dans leur amour ne sont pas capables d’une solitude
souvent héroïque, et donc se remarient - si leur deuxième amour est,
cette fois-ci, plus averti, plus exigeant - s’ils prient, éduquent
chrétiennement leurs enfants, participent à la vie de la communauté -
même s’ils ne sont pas en règle avec une loi, ils ne sont pas hors de
la miséricorde de Jésus, hors de la compréhension de
l’Eglise.
La liturgie ajoute le paragraphe suivant de cet évangile, qui semble être sans lien direct avec celui qui précède (pour
cette raison, la lecture liturgique en est facultative), mais qui en fait annonce la péricope suivante, Mc 10, 17-31, et forme un tout avec elle: Jésus y décrit ceux qui pourront entrer dans le Royaume.
Ici, il souligne la nécessité de recevoir le Royaume comme un enfant;
dans la suite, celle d'être prêt à recevoir le Seigneur quoi qu'il en
coûte.
Pris en lui-même
il a pourtant son importance. C’est un de ces gestes qui trahissent une
dominante dans la vie de Jésus : son amour des faibles, des
sans-défense. Est-ce parce que Jésus vient de prendre parti pour la
femme sans défense que l’épisode sur le respect des petits a été accolé
au discours sur la répudiation ?
Les enfants, que des mères présentaient pour les lui faire toucher,
et que les disciples écartaient vivement, formaient - comme nous l'avons déjà vu - une couche sociale
alors peu considérée. L’enfant, avant sa maturité, était regardé comme
un être inachevé, incapable d’observer la loi et, pour cette raison,
volontiers traité d’impur - de toute façon quelqu’un d’insignifiant.
Jésus réagit, et comment ! Il se fâche. Il prend leur défense, les
embrasse, les bénit, leur impose les mains. Cette sollicitude de Jésus
envers eux :"Laissez venir à moi les enfants" a contribué, dès le
deuxième siècle, à justifier le baptême des tout-petits, que l'on peut même faire remonter à l’âge apostolique (Ac 10,48; 16,33).
De plus, Jésus donne leur pauvreté comme une attitude fondamentale
du chrétien devant Dieu : Il nous faut accueillir le royaume de Dieu
(Dieu lui-même) a la manière d’un enfant, comme un enfant accueille
l’adulte duquel il est totalement dépendant. Nous retrouvons la ligne
des Béatitudes :
- être pauvre devant Dieu, savoir qu’on a besoin de lui,
- être humble devant mon frère, ne jamais le mépriser...
Méditation
Prière d’introduction
Seigneur Jésus, je
me mets humblement en ta présence et je place cette journée entre tes
mains.
J’essaie souvent de guider les événements selon mes propres
désirs et fantaisies. Tu vois bien les résultats ! Je sais que je dois
devenir comme un enfant devant toi.
Demande
Père très aimant, aide-moi à avoir confiance en toi aujourd’hui.
Points de réflexion
1. L’homme met Dieu à l’épreuve.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, les Pharisiens mettent Jésus à l’épreuve
et mettent en doute le plan de Dieu.
Comme il nous arrive d'être orgueilleux
dans notre rapport avec Dieu ! Qui sommes-nous pour examiner Dieu ?
Le
livre de Job nous rappelle que quand nous examinons Dieu, nous
finissons par être moulus comme le blé : " Qui est cet homme qui
obscurcit mes décisions et parle de ce qu’il ne sait pas ? Allons,
prends tes armes comme un brave : je vais t’interroger et tu
m’instruiras." (Job 38,1-2).
Nous ne pouvons répondre de manière censée
qu’en répétant la réponse de Job : " J’ai parlé à la légère ; que
pourrais-je répondre ? Je mets ma main sur la bouche et je me tais.
J’ai déjà trop parlé, je ne recommencerai plus ! " (Job 40, 4-5).
Est-ce que je remets en question parfois la providence de Dieu en me
plaignant, "Seigneur, pourquoi me fais-tu souffrir ?"
2. La recherche de la sagesse.
Quand une question est posée avec humilité et avec le désir
d’apprendre, Dieu révèle la vérité avec patience et amour.
Nous voyons
ceci clairement avec les récits parallèles d’une annonce miraculeuse,
chez Zacharie et chez Marie (cf. Lc 1,5-38). Comparons les deux récits:
- Zacharie, quand il apprend que son épouse Elisabeth porte le précurseur
du Seigneur, répond à l’ange de Dieu, " Comment puis-je croire cela ?
Je suis un vieillard, ma femme est très âgée ! "(Lc 1,18).
- Marie, en
revanche, demande sincèrement à l’ange qui lui dit qu’elle enfantera le
Messie, : " Comment cela se fera-t-il puisque je n’ai pas de relations
avec un homme ?" (Lc 1,34)
Parce qu’il a posé ces questions, Zacharie
devient sourd-muet et à Marie est accordée la grâce de la maternité
virginale.
3. Devenir comme des enfants.
Ce que Jésus aime tant chez les enfants est leur sincérité, leur
simplicité et leur pureté. Au lieu de douter de la providence de Dieu,
ils acceptent tout joyeusement, avec une confiance simple.
Ai-je les
mêmes attitudes envers le Père céleste ? Est-ce que j’ai appris à
découvrir la main affectueuse de sa providence dans chaque événement et
chaque circonstance de ma vie ? Est-ce que je le remercie de toutes les
grâces qu’il me prodigue chaque jour ?
Dialogue avec le Christ
Seigneur, aujourd’hui je veux être plus humble.
Apprends-moi le chemin
de l’enfance spirituelle.
Aide-moi à ne pas m’ériger en juge de tes
décisions, mais à accepter simplement toutes les circonstances tu as
permises dans ma vie.
Prends-moi par la main.
Marche avec moi et protège-moi des ennemis qui pourraient m’assiéger.
Je désire être ton
enfant.
Résolution
Aujourd’hui je
m’arrêterai au moins une fois pour remercier Dieu pour toutes les
grâces j’ai reçues de sa providence affectueuse.
Pour prolonger la méditation
- Du Premier Testament :
- Gn 1,28;31 : « Dieu
les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre
et soumettez-la [...] Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était
très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour. »
- Du Nouveau Testament :
- Mt 5,27-28;31-32 :
« Vous
avez entendu qu'il a été dit : Tu ne commettras pas l'adultère. Eh bien
! moi je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà
commis, dans son cœur, l'adultère avec elle.[...] Il a été dit d'autre
part : Quiconque répudiera sa femme, qu'il lui remette un acte de
divorce. Eh bien ! moi je vous dis : Tout homme qui répudie sa femme,
hormis le
cas de prostitution, l'expose à l'adultère ; et quiconque épouse une
répudiée, commet un adultère. »
- Ep 5,25-30 :
« Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église
: il s'est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par
le bain d'eau qu'une parole accompagne ; car il voulait se la présenter
à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel,
mais sainte et immaculée. De la même façon les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme c'est s'aimer soi-même. Car nul n'a jamais haï sa propre chair ; on la nourrit au contraire et
on en prend bien soin. C'est justement ce que le Christ fait pour
l'Église : ne sommes-nous pas les membres de son Corps ? »
- De théologiens modernes:
- P. François Varillon, La souffrance de Dieu (1975)
Il
faut lire les pages merveilleuses où Bachelard médite sur le masculin
et le féminin des mots. Cela conduit à des réflexions subtiles sur la
rêverie en animus et la rêverie - plus profonde - en anima*.
C'est en marge de ces pages que j'écris ces quelques mots, ponctués de
signes interrogatifs:Mal, malheur sont masculins; douleur, souffrance
sont féminins; pitié, miséricorde aussi. Bonheur est masculin, joie et
béatitude sont féminins. «O femme, monceau d'entrailles, pitié douce!» dit Rimbaud, qui ne sait sans doute pas qu'il traduit presque littéralement le «multitudo miserationum tuarum»
du Psaume 50,3**. Animus est peut-être impuissant à rejoindre le mystère
de la souffrance de Dieu; il y faut le génie, je veux dire l'ingénuité
d'Anima.
-------
*Animus: masculin; anima: féminin. De cette racine latine anim- proviennent non seulement nos mots tels que "animer", "animal", etc. mais également notre substantif "âme".
**
Extrait du Psaume que David a composé lorsque le prophète Nathân lui a
reproché d'avoir envoyé Urie à la mort pour pouvoir séduire Bethsabée:
- Hébreu (Ps 51,3):כרב רחמיך
כרב comme l'abondance de - רחמיך ta compassion
- LXX (Ps 50,3): κατα το πληθος των οικτιρμων σου
κατα selon - το πληθος l'abondance - των οικτιρμων des compassions - σου de toi
- Vulgate (Ps 50,3): secundum multitudinem miserationum tuarum
- Martin, Ostervald, Darby: selon la grandeur de tes compassions
- BJ (Ps 51,2): en ta grande tendresse.
On notera que la Vulgate, ainsi que Martin, Ostervald et Darby sont calquées sur la LXX.
- Concile Vatican II, Déclaration sur l'Education chrétienne «Gravissimum Educationis», 3
« Laissez les enfants venir à moi »
Les parents, ayant donné la vie à leurs enfants, ont la très
grave obligation de les élever, et à ce titre ils doivent être reconnus
comme leurs premiers et principaux éducateurs. Telle est l'importance
de cette fonction d'éducateurs que, lorsqu'elle vient à faire défaut,
elle peut difficilement être suppléée. Le rôle des parents est, en
effet, de créer une atmosphère familiale, animée par l'amour et la
piété envers Dieu et les hommes, qui favorise l'éducation intégrale,
personnelle et sociale de leurs enfants. La famille est donc la
première école des vertus sociales dont aucune société ne peut se
passer.
Mais
c'est surtout dans la famille chrétienne, enrichie de la grâce et des
devoirs du sacrement de mariage, que dès leur plus jeune âge les
enfants doivent, conformément à la foi reçue au baptême, apprendre à
découvrir Dieu et à l'honorer, ainsi qu'à aimer le prochain. C'est là
qu'ils font la première expérience à la fois d'une saine vie sociale et
de l'Eglise. C'est par la famille qu'ils sont peu à peu insérés dans la
vie de la société civile, ainsi que dans le peuple de Dieu. Que les
parents soient donc bien pénétrés de l'importance d'une famille
vraiment chrétienne pour la vie et le progrès du peuple de Dieu
lui-même.
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• Mc 10,17-27
Le geste est clair : l’homme qui accourt vers Jésus et tombe à ses
pieds pour lui poser LA grande question de sa vie témoigne de cette
soif d’éternité qui habite le cœur de tout homme et que Jésus, par sa
présence, fait surgir, irrésistiblement. L’élan et la détermination de
l’homme montrent qu’il sait bien à qui il s’adresse. Le sait-il
vraiment ? Nul n’est bon sinon Dieu seul, dit Jésus. Non pour faire
croire qu’il ne l’est pas, mais pour faire réfléchir cet homme : si tu
m’appelles BON, réalises-tu ce que tu dis alors ?
Jésus, comme toujours, renvoie à l’Écriture. C’est là que sont inscrits
les commandements de Dieu, et ils sont la voie royale. Mais le chemin
ne suffit pas, il est déjà parcouru ; il faut d’autres horizons, plus
vastes maintenant, à partir d’un chemin plus resserré. C’est alors que
se produit la merveille : Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit
à l’aimer. Ce regard tout tourné vers le Père ne peut qu’embrasser
celui dont le désir profond rejoint le désir de ce même Père. Nul ne
vient au Père sinon par Moi. Il ne reste alors plus qu’une seule chose
à faire – passer par la porte étroite qu’est Jésus lui-même et l’aimer
plus que tout : Va, vends, donne, viens, suis-moi ! Tout est dit. Tout
reste à accueillir. Or la tristesse soudaine révèle le fil à la patte
qui empêche l’oiseau de voler : Il avait de grands biens, ces biens
pourtant considérés comme une bénédiction de Dieu … Qui peut alors
encore être sauvé ? Jésus seul, dont le nom signifie Dieu sauve, peut
donner la réponse, et c’est celle-là même qui fut donnée à la Vierge
Marie : Tout est possible à Dieu. Croire en un Dieu qui veut que tous
les hommes soient sauvés, c’est s’efforcer par toute sa vie de ne plus
échapper à l’appel de son regard.
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• Mc 10,17-27
«Voici que nous avons tout laissé pour te suivre.» Ce constat
qu’affirme Pierre cache malhabilement une question, voire une
réclamation : qu’aurons-nous pour tout ce que nous avons quitté et fait
? Quelle sera notre récompense ? C’est bien la question que nous
formulons, sous tel ou tel travestissement ; et c’est une question à
laquelle Jésus ne se dérobe pas, lui qui pose en principe que «l’ouvrier mérite son salaire»
(Luc 10,7). La récompense promise ne déçoit pas, elle est à la mesure
de Dieu : surabondante — comme le vin à Cana ou le pain multiplié —,
éternelle comme la vie même de Dieu que le disciple est appelé à
partager.
Mais dans son énoncé, quelques détails retiennent l’attention : il est question d’abord de quitter «à cause de moi et de l’évangile»
; le détachement, l’ascèse n’ont de sens qu’en relation avec l’amour
plus grand, la richesse plus absolue données en Jésus, qu’est Jésus
lui-même. Il s’agit moins de couper des liens — même si cela peut
paraître dans certains cas nécessaire — que d’en tisser de nouveaux, ou
de retrouver les mêmes relations, transfigurées parce que vécues dans
l’amour du Christ. Et c’est bien pourquoi frères, sœurs, mère, enfants…
sont redonnés. À une omission près cependant : celle du père qui
n’apparaît plus dans l’énumération de ce qui est rendu au centuple. Car
il n’y a qu’un seul Père : le Père des cieux (Matthieu 23,9). Marc
enfin ajoute un don dont nous nous passerions volontiers : «avec des persécutions».
C’est dire que cette joie qui est promise à la suite de Jésus est vécue
à sa façon : par-delà la croix ; Voilà que tout quitter nous fait déjà
vivre en ressuscités.
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• Mc 10,32-45
Quelle requête inattendue que celle de Jacques et Jean ! Jésus vient
d’annoncer aux Douze les épreuves qui l’attendent : moqueries,
crachats, flagellation, mort… et voici qu’ils lui demandent «de siéger l’un à (sa) droite et l’autre à (sa) gauche, dans la gloire».
N’ont-ils rien entendu de ce qui vient de leur être dit, perdus qu’ils
étaient dans leurs rêves de gloire ? N’ont-ils rien compris, car
refusant d’emblée de prendre au sérieux cette annonce qui leur semblait
cadrer si peu avec l’image qu’ils se faisaient de Jésus ? Ou voient-ils
déjà plus loin ? Ont-ils prophétiquement compris ce que signifiait le
relèvement d’entre les morts «après trois jours» — en langage
biblique, la durée de l’épreuve ? La suite montrera que, face aux
forces du mal, la générosité naturelle se révèle bien insuffisante.
Mais Jésus, s’il pointe leur témérité — «Vous ne savez pas ce que vous demandez»
— ne s’en offusque pas ; au contraire il reçoit leur demande et accepte
qu’ils soient associés, à leur heure, à sa Passion. Et ce n’est pas le
moins bouleversant que de voir que Dieu prend ainsi l’homme
terriblement au sérieux. Mais le Christ montre aussi aux deux frères le
chemin qui est le sien et qui devient celui de tout disciple : la
gloire selon Dieu ne se manifeste pas dans l’apparence, mais, suivant
l’étymologie hébraïque, dans le poids de l’être, et, si elle nous est
promise jusqu’à la démesure, nous ne la goûterons qu’au terme après
avoir parcouru, comme le Bien-aimé, le chemin du serviteur. Car peut-il
y avoir plus grand honneur que de servir l’homme, créé à l’image de
Dieu, et à travers lui Jésus qui a voulu s’assimiler aux plus petits ?
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• Mc 10,35-45
Nul ne peut prétendre "suivre Jésus" sans recevoir le même "baptême" que lui, c'est-à-dire sans passer par l'enfouissement dans la mort, sans communier à sa "coupe" de souffrance, et en faisant confiance au Père pour avoir part à la gloire de la résurrection.
Le
"Royaume" du Christ n'a rien de commun avec ceux d'ici-bas:
l'ambition, la recherche du pouvoir et des honneurs n'y ont pas de
place; au contraire, chacun doit se vouloir l'humble serviteur des
autres.
Il ne faut pas oublier
que "ministère" (et ministre), "diaconie" (et diacre, diaconat) sont
des mots issus l'un du latin, l'autre du grec, qui signifient "service"...
Méditation
Prière d’introduction:
Jésus, je voudrais
passer ce temps avec toi et m’imprégner de la charité de ton cœur.
Aide-moi à imiter ta charité dans ma propre vie.
Demande:
Seigneur, apprends-moi à servir.
Réflexion:
1. Jésus se dirige vers Jérusalem.
Jésus marche devant ses disciples, résolu et déterminé. Quelques uns de
ceux qui le suivent sont mal à l’aise, mais Jacques et Jean ne semblent
pas saisir la gravité de la situation: Jésus est accompagné de ses amis
les plus proches, mais dans un certain sens, il est seul. À plusieurs
reprises il a essayé d’expliquer à ses disciples que sa mission le
destinait à être rejeté et raillé et finalement mis à mort de manière
cruelle. Mais ils ne saisissent pas le message ; tout cela leur semble
incompréhensible.
A d’autres moments, Jésus nous adresse des paroles
semblables « prendre sa croix chaque jour » et « donner sa vie pour nos
amis ». Parfois nous entendons ces paroles du Christ: alors, ou
bien nous sommes terrifiés à la perspective évoquée, ou bien leur signification nous
échappe.
Jésus continue cependant à nous inviter à suivre son chemin et
à porter nos croix quotidiennes avec nos yeux fixés sur notre patrie
céleste, le Nouveau Jérusalem.
2. Maître, exauce notre demande !
Jaques et Jean, pleins d’ambition et de
passion, viennent vers le Christ avec une demande qui leur tient à cœur.
Cela provoque cette réponse du Maître : " Vous ne savez pas ce que
vous demandez". Les apôtres se disent d’accord pour boire à
la coupe de la souffrance. Jésus accepte de la partager
avec eux mais c’est tout ce qu’Il partagera. En d’autres termes, le
Christ leur précise que la seule chose importante, le seul
souci qu’ils devraient avoir, la seule ambition de
leurs cœurs devrait être : imiter le Maître.
3.Les ambitions de Jacques et de Jean.
Jacques et de Jean étaient des disciples choisis personnellement par le
Seigneur. Jésus leur avait souvent permis de l’accompagner quand il
s’éloigner seul pour prier. Tous les deux éprouvaient une affection
profonde pour le Seigneur et donc cela ne nous étonne pas qu’ils aient
souhaité être près de lui quand il entrerait dans sa gloire. Jésus ne
leur reproche pas leur demande, quoiqu’elle vienne à un moment où son
coeur est chargé de soucis bien plus profonds. Jésus les invite plutôt
à réfléchir sur les conséquences de leur demande. Siéger à droite et à
gauche de Jésus dans sa gloire signifie passer par une épreuve
semblable à celle qu’il doit bientôt subir - ils devraient être à sa
droite et à sa gauche le jour où il est cloué à la croix. Jean était là
au pied de la croix. Plus tard, tous les deux donneront leurs vies de
manière différente afin d’arriver à leurs places dans le Royaume -
Jacques en tant que martyr, et Jean par un long et fidèle service à
l’Eglise.
Jésus nous invite à "rechercher 1es réalités d’en haut " et à
placer nos ambitions sur des vues célestes et non pas sur la gloire
terrestre. Pour que notre amour pour Jésus soit authentique, il doit
résister à l’épreuve.
4. Ayons un amour passionné pour le Christ.
L’ambition et l’audace de Jaques et de Jean sont des signes de la passion qui habite leurs cœurs . Il n’y a rien de mal en cela. En fait, un coeur
passionné est une bonne chose. C’est le premier don fait à
une personne qui veut aimer Dieu de manière intense.
Cependant,
ces cœurs passionnés devraient être entièrement orientés
vers l’imitation du Christ. Ils devraient être indifférents à tout autre
souci, que ce soit leur place dans le royaume du ciel ou leur renommée sur la
terre. Le Christ le dit à ses apôtres et à tous ceux qui veulent Le suivre : si nous voulons L’imiter,
si nous voulons boire à sa coupe, nous devons servir les autres et ne pas
chercher à être servi. La passion de nos cœurs doit
s’exprimer dans l’ amour pour les autres et non pas pour nous-mêmes.
5. Le Fils de l’homme est venu pour servir.
Quand nous contemplons le Christ dans l’Evangile, est-ce que nous nous
voyons comme un reflet dans un miroir ?
Le Christ invite chacun de nous à s’identifier avec
sa vie, sa manière d’aimer ; Il nous invite à boire à sa coupe,
d’aimer comme Il a aimé, et à donner nos vies pour nos amis. Jésus-Christ nous montre que le sacrifice est le
langage de l’amour. Prenons une minute pour évaluer nos vies : la passion de mon
coeur est-il dirigé vers l’amour des autres par le service et le
sacrifice ? Est-ce que je vois ceci comme la façon la plus importante
d’imiter le Christ ?
6. La vraie signification de l’autorité.
La plupart d’entre nous préfère commander qu’obéir. L’ambition mène
rapidement à la rivalité et aux sentiments amers.
Dans ce récit, Jésus
intervient rapidement et nous donne une leçon précieuse sur la
signification de l’autorité. L’autorité, quelle qu’elle soit, n’a qu’un
seul but : le service.
Est-ce que je regarde l’autorité qui m’a été
donnée comme une occasion de servir ? Est-ce que je cherche davantage à
être obéi — immédiatement et exactement — que d’être un exemple pour
les autres ? Comment puis-je ressembler davantage à Jésus dans
l’exercice de mon autorité, quelle qu'elle soit (familiale, professionnelle, etc.) ?
Dialogue avec le Christ:
Seigneur Jésus, je ne veux rien de plus que de m’identifier complètement avec Toi et d’imiter tes vertus.
Cependant, quand je me regarde, je vois tant d’aspects qui sont loin de refléter
ton exemple.
Envoie ton Esprit pour m’éclairer et pour me guider dans
mon travail spirituel. Accorde-moi la grâce de persévérer et la force
d’être toujours ambitieux dans mes efforts pour t’imiter,
pour devenir saint et pour accomplir ton travail.
Jésus, aide-moi à aspirer aux choses d’en haut. Ne laisse pas mon cœur
devenir ambitieux mais rends-le doux et humble, comme le tien.
Résolution:
Je choisirai et garderai à l’esprit aujourd’hui un aspect de la vie du Christ que j’ai besoin
de mettre en place dans ma vie. Ce peut être l’offrande d’un sacrifice ou un service rendu à un autre: je serai patient et serviable avec ceux que je rencontre aujourd’hui.
Pour prolonger la méditation
- Un verset du Premier Testament :
- Ps 69,2;16-17:
« 2. Sauve-moi, ô Dieu, car les eaux me sont entrées jusqu'à l'âme. 16. Que le flux des eaux ne me submerge, que le gouffre ne me dévore, que la bouche de la fosse ne me happe! 17. Réponds-moi, Eternel : car ton amour est bonté; en ta grande tendresse regarde vers moi! »
- Quelques versets du Nouveau Testament :
- Lc 22,27 : « Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui
sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu
de vous comme celui qui sert ! »
- Lc 24,26 : « Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? »
- Jn 13,13-15;17 : « 13. Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis.
14. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître,
vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. 15. Car
c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous
aussi comme moi j'ai fait pour vous. 17. Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites.»
- Commentaire patristique :
Saint Augustin (voir page sur saint Augustin), Commentaire du Psaume 86,5:
Toutes
les souffrances ont été accomplies, mais en celui qui est la tête;
restaient encore les souffrances du Christ dans son corps. "Et vous
êtes le corps du Christ et ses membres", dit saint Paul (1Co 12,27).
Nous allons donc où le Christ nous a précédés, et le Christ marche encore vers le but où il nous a précédés. Car le Christ, comme tête, nous a précédés, mais son corps marche à la suite. Le Christ souffre encore sur terre; il y souffrait de la part de Saül, lorsque celui-ci entendit: "Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu?"Illustration: Saint Augustin - Détail de la Crucifixion, Fra Angelico - Museo San Marco - Florence.
- D'un théologien ancien :
Illustration: Saint Thomas d'Aquin -
Détail de la Crucifixion, Fra Angelico -
Museo San Marco - Florence.
« Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur » (Mc10,44)
Quelle nécessité y avait-il à ce que le Fils de Dieu souffrît pour
nous ? Une grande nécessité, que l'on peut résumer en deux points :
nécessité de remède à l'égard de nos péchés, nécessité d'exemple pour
notre conduite... Car la Passion du Christ nous fournit un modèle
valable pour toute notre vie... Si tu cherches un exemple de charité :
« Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis »
(Jn 15,13)... Si tu cherches la patience, c'est sur la croix qu'on la
trouve au maximum... Le Christ a souffert de grands maux sur la croix,
et avec patience, puisque « couvert d'insultes il ne menaçait pas » (1P
2,23),
« comme une brebis conduite à l'abattoir, il n'ouvrait pas la
bouche » (Is 53,7)... « Courons donc avec constance l'épreuve qui nous
est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l'origine et au terme
de notre foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré,
sans avoir de honte, l'humiliation de la croix » (He 12,1-2).
Si tu cherches un exemple d'humilité, regarde le crucifié. Car un
Dieu a voulu être jugé sous Ponce Pilate et mourir... Si tu cherches un
exemple d'obéissance, tu n'as qu'à suivre celui qui s'est fait
obéissant au Père
« jusqu'à la mort » (Ph 2,8). « De même que la faute
commise par un seul, c'est-à-dire Adam, a rendu tous les hommes
pécheurs, de même tous deviendront justes par l'obéissance d'un seul »
(Rm 5,19). Si tu cherches un exemple de mépris pour les biens
terrestres, tu n'as qu'à suivre celui qui est le « Roi des rois et
Seigneur des seigneurs », « en qui sont cachés tous les trésors de la
sagesse et de la connaissance » (1Tm 6,15; Col 2,3); sur la croix il
est nu, tourné en dérision, couvert de crachats, frappé, couronné
d'épines, et enfin, abreuvé de fiel et de vinaigre.
- D'un théologien moderne :
G.Bessière, Dieu est bien jeune, 1976.
Que
ce soit dans nos existences individuelles, que ce soit dans les
communautés qui invoquent son nom, que ce soit dans la vie
internationale, la parole de Jésus est indéfiniment subversive. Il s'agit de retourner l'homme, comme une terre dure et stérile qu'il faut ouvrir pour qu'elle reçoive et féconde la semence de Dieu. Ce Dieu n'est pas le maître lointain,
construit par la peur humaine, et qui a semblé si souvent cautionner le
pouvoir dess puissants. Jusque devant Dieu, Jésus est subversif, car il
nous invite à renverser sans cesse l'image que nous nous faisons de
lui. Par toute sa vie, autant que par ses paroles, il nous oriente vers
un Dieu qui s'est fait serviteur de ceux qu'il a fait surgir de son amour.
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• Mc 10,46b-52
A
trois reprises, Jésus a annoncé à ceux qui le suivaient depuis le début
de son ministère que sa route le conduirait à Jérusalem - où il devait
souffrir, mourir, et ressusciter.
Pour Pierre, un tel dénouement était inadmissible.
Jacques
et Jean, "les fils de Zébédée", n'avaient sans doute prêté attention
qu'à l'évocation de la gloire qui, pensaient-ils, faisait présager
l'instauration immédiate et visible du règne de celui auquel ils
avaient attaché leurs pas. Quel que fût le prix à payer, ils voulaient
y occuper des places d'honneur (Mc 10,35-45).
Et nous voilà aujourd'hui, à la sortie de Jéricho, dernière étape dans la montée de Jésus vers Jérusalem.
Photos:
<-
A la sortie de l'oasis actuelle de Jéricho, que l'on distingue en
contrebas, à 380m en-dessous du niveau de la mer: de là, on "monte"
donc bien vers Jérusalem.
La route menant de Jéricho à Jérusalem passe par ce canyon;
des moines orthodoxes y ont édifié ce monastère,
non loin de la "Route du bon Samaritain". ->
C'est là qu'a lieu une guérison particulièrement symbolique : celle d'un mendiant aveugle, Bar-Timée, assis au bord de la route.
L'infirme
implore Jésus en l'appelant "Fils de David". Invité à approcher en toute confiance, "il jette son
manteau", "bondit", et "court" demander sa guérison. "Sauvé" par sa
foi, il voit "aussitôt", et suit Jésus sur la route.
Ce
récit très alerte est riche de significations pour les chrétiens
auxquels l'évangéliste-catéchète Marc s'adresse:
• Jésus peut - et veut - guérir la cécité de ceux qui l'implorent avec foi, et qui n'hésitent pas à aller vers lui; cette première "illumination" a lieu lors du baptême.
C'est
une étape personnelle précédée d'une préparation plus ou moins longue,
lorsque le "sacrement de la foi" est reçu à l'âge adulte ou scolaire;
les tout-petits sont quant à eux engagés par leurs père, mère, parrain,
marraine, sur le chemin qui doit les mener, avec l'accompagnement de
ces adultes à la participation de plus en plus consciente au mystère
pascal de Jésus.
• Il serait regrettable, après cette première rencontre, de revenir s'asseoir au bord du chemin, ou d'abandonner à eux-mêmes les jeunes enfants baptisés.
Les
sacrements qui jalonnent la vie, l'Eucharistie célébrée régulièrement,
sont donnés pour progresser sur "la route de Jérusalem" sans trébucher,
ou pour "remettre debout" lorsqu'on a "trébuché"...
- Étude rhétorique :
La séquence complète Mc 10,1-52
forme un tout si significatif que Roland Meynet lui a consacré un cours
complet, dont je me suis efforcée d'extraire ce qui concerne la péricope Mc 10,46b-52. Par ailleurs, pour aider à cette étude, j'ai "réécrit" cette dernière sous forme de tableau, selon la méthode de la RBS (rhétorique biblique et sémitique) et j'ai "listé" les principaux termes techniques de cette dernière.
Un miracle d'une incontestable portée symbolique.
- Il a lieu à la sortie de Jéricho (voir photos), dernière étape avant Jérusalem où Jésus entraîne ses disciples.
- Rien ni personne ne peut empêcher l'homme de crier vers Jésus, qui le fait venir à lui.
- Contrairement à la guérison de l'aveugle de BethSaïde (lequel n'est pas nommé), opérée comme en secret (Mc 8,22-26),
- celle de Bartimée a lieu au milieu de la foule.
- Jésus ne renvoie pas l'infirme guéri dans son village, mais il l'accepte parmi ceux qui l'accompagnent.
Le moment est venu de se hâter
d'aller vers Jésus,
d'amener auprès de lui tous ceux qui veulent "voir"!
On peut déceler ici une allusion au baptême,
autrefois appelé "sacrement de l'illumination".
Méditation 1
Il est admirable cet aveugle de Jéricho, surprenant dans son espérance
et sa foi. Alors qu’il mendie, comme chaque jour, à la porte de la
ville et qu’il entend des pas sur la route devant lui, soudain
l’agitation de la foule lui semble rendre un son particulier et il
demande qui passe. Alors qu’on lui indique un nom banal : Jésus de
Nazareth, il l’interpelle d’un titre messianique : Fils de David !
Alors que Jésus l’envoie chercher, il jette son manteau — le seul bien
sans doute qu’il possède — et court vers lui au risque de tomber. Alors
que la question de Jésus : «Que veux-tu que je fasse ?» aurait pu lui
sembler presque injurieuse, il y répond par un cri qui est un acte de
foi : «Rabbouni, que je voie !» Il est l’illustration vivante de l’affirmation de Jésus : «C’est
pour un discernement que je suis venu dans ce monde : pour que ceux qui
ne voient pas voient et que ceux qui voient demeurent aveugles»
(Jn 9,39). Il nous montre que faire pour ne pas demeurer parmi ceux
qui ne voient pas : rester attentif au passage du Seigneur dans notre
vie, être prêt à rejeter tout ce qui nous encombre, nous alourdit — nos
possessions tout autant que nos peurs de lâcher le peu que nous croyons
avoir — pour aller vers Jésus, garder un désir immense, aussi vaste que
l’est la miséricorde de Dieu, pour demander tout puisque c’est
justement tout qu’il veut nous donner. «Moi, lumière du monde, je suis venu dans le monde pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres» (Jean 12,46). Comme l’aveugle «suivant Jésus sur la route», il est dans la lumière et rayonne à son tour la lumière du Christ : «Vous êtes la lumière du monde».
Méditation 2
Prière d’introduction
Seigneur, je crois en toi.
Je ne cherche jamais à te mettre à
l’épreuve. Je te fais confiance.
J’espère apprendre à accepter et à
suivre ta volonté, même si je ne comprends pas. Je t’aime Seigneur. Que
mon amour pour toi et pour ceux qui m’entourent soit semblable à
l’amour que tu as montré pour moi.
Demande
Christ Jésus, accorde-moi le don de la foi.
Points de réflexion
1. Aide-toi et le Seigneur t’aidera.
- Bartimée a du caractère. Comme mendiant, il est assez malin pour se
rendre compte que ce n’est pas une bonne affaire que d’agacer les
personnes auxquelles il demande de l’argent. Pourtant quand Jésus passe
tout près, il refuse de se taire même lorsqu’il est semoncé par ses
"clients". Il est motivé par la certitude que Jésus peut changer son
sort. Personne donc n’écartera Bartimée de son objectif de rencontrer
le Christ.
- Ai-je la même certitude que la proximité de Notre Seigneur
est une nécessité pour moi, que lui seul peut guérir mes blessures et
me garder sur le chemin du ciel ? Est-ce que je m’assure que rien ne me
sépare de lui ?
2. « Fils de David, aie pitié de moi ! »
Le Pape Benoît XVI nous encourage à regarder le cœur miséricordieux du
Seigneur : « Dans nos difficultés, problèmes et tentations, nous ne
devons pas uniquement accomplir une réflexion théorique - d’où
venons-nous ? - mais nous devons réagir de façon positive, invoquer le
Seigneur, maintenir un contact vivant avec le Seigneur. Nous devons
même crier le nom de Jésus : "Jésus, aide-moi !". Et nous sommes
certains qu’il nous écoute, parce qu’il est proche de celui qui le
cherche. Ne nous décourageons pas, mais courons avec ardeur…nous
atteindrons nous aussi l’objectif de la vie, Jésus, le
Seigneur.” (Audience 8 février, 2006)
3. Le don de la foi.
C’est la foi du mendiant aveugle qui a permis au Christ de le guérir.
La foi n’est pas quelque chose que nous pouvons gagner ou acquérir par
l’exercice de notre volonté ou nos efforts. La foi est un don. Ce don
doit être recherché dans la prière humble et constante. Nous avons tous
reçu ce don par le baptême, mais c’est un don qui doit grandir. "Seigneur, augmente ma foi !"
Dialogue avec le Christ
Merci, Seigneur ! Tout comme tu as donné la vue à Bartimée, tu m’as
donné tant de grâces et de faveurs spéciales, en commençant par le don
étonnant de ma foi. De tout cœur, je te remercie de tant
d’amour.
Résolution
Je prierai
avec persévérance et confiance pour demander les vertus dont j’ai le plus
besoin, particulièrement pour le don de la foi qui me permettra de voir
le Christ agir dans ma vie quotidienne.
(d'après catholique.org)
Pour prolonger la méditation
- Du Premier Testament :
- Is 42,7;16:
« [Je
t'ai appelé] 7. Pour ouvrir les yeux des aveugles, Pour faire sortir de
prison le captif, Et de leur cachot ceux qui habitent dans les
ténèbres. 16. Je ferai marcher les aveugles sur un chemin qu'ils ne
connaissent pas, Je les conduirai par des sentiers qu'ils ignorent; Je
changerai devant eux les ténèbres en lumière, Et les endroits tortueux
en plaine. »
- Du Nouveau Testament :
- Mt 9,2 : « Et voici, on
lui amena un paralytique couché sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit
au paralytique: Prends courage, mon enfant, tes péchés te sont
pardonnés. »
- Mt 15,28
: « Alors Jésus lui dit: Femme, ta foi est grande; qu'il te soit fait
comme tu veux. Et, à l'heure même, sa fille fut guérie. »
- Mt 17,20
:
« Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de
sénevé, vous diriez à cette montagne: Transporte-toi d'ici là, et elle
se transporterait; rien ne vous serait impossible. »
- Ga 3,26 : « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus Christ. »
- 1P 1,8-9
: « [Jésus-Christ] 8. que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous
croyez sans le voir encore, vous réjouissant d'une joie ineffable et
glorieuse, 9. parce que vous obtiendrez le salut de vos âmes pour prix
de votre foi. »
- 1Jn 5,4 : « Tout ce qui est né de Dieu triomphe du monde; et la victoire qui triomphe du monde, c'est notre foi. »
- Commentaires patristiques :
« Aussitôt l'homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route »
[Sur le mont Sinaï, Moïse dit au Seigneur : « De grâce, fais-moi
voir ta gloire ». Dieu lui répondit : « Je ferai passer devant toi
toute ma beauté..., mais tu ne peux pas voir ma face » (Ex 33,18s).]
Ressentir ce désir me semble provenir d'une âme animée d'amour à
l'égard de la beauté essentielle, une âme que l'espérance ne cesse
d'entraîner de la beauté qu'elle a vue à celle qui est au-delà... Cette
demande audacieuse, qui dépasse les limites du désir, c'est de ne pas
jouir de la Beauté par des miroirs et des reflets, mais face à face. La
voix divine accorde ce qui est demandé par le fait même qu'elle le
refuse...: la munificence de Dieu lui accorde l'accomplissement de son
désir ; mais en même temps elle ne lui promet pas le repos ou la
satiété... C'est en cela que consiste la véritable vision de Dieu :
dans le fait que celui qui lève les yeux vers lui ne cesse jamais de le
désirer. C'est pourquoi il dit : « Tu ne pourras pas voir mon visage
»...
Le Seigneur qui avait répondu ainsi à Moïse, s'exprime de la même
façon à ses disciples, mettant en lumière le sens de ce symbole. « Si
quelqu'un veut me suivre », dit-il (Lc 9,23) et non : « Si quelqu'un
veut me précéder ». A celui qui lui adresse une prière au sujet de la
vie éternelle, il propose la même chose : « Viens, suis-moi » (Lc
18,22). Or celui qui suit est tourné vers le dos de celui qui le
conduit. Donc l'enseignement que reçoit Moïse sur la manière dont il
est possible de voir Dieu est celui-ci : suivre Dieu où qu'il conduise,
c'est là voir Dieu...
Il n'est pas possible en effet à celui qui ignore le chemin de
voyager en sécurité s'il ne suit pas le guide. Le guide lui montre le
chemin en le précédant ; celui qui suit alors ne s'écartera pas du bon
chemin, s'il est toujours tourné vers le dos de celui qui le conduit.
En effet, s'il se laisse aller sur le côté ou s'il fait face à son
guide, il s'engage dans une autre voie que celle que lui montre le
guide. C'est pourquoi Dieu dit à celui qu'il conduit : « Tu ne verras
pas mon visage », c'est-à-dire : « Ne fais pas face à ton guide ». Car
alors tu courrais en sens contraire de lui... Tu vois combien il
importe d'apprendre à suivre Dieu. Pour celui qui le suit ainsi, aucune
des contradictions du mal ne s'oppose plus à sa marche.
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• Mc 11, 1- 10:
Dans tout l’Evangile selon saint Marc, revient sans cesse la
même question, lancinante, sur l’identité de Jésus – question posée à propos de
presque toutes ses paroles et de tous ses miracles.
Tandis que, dans leur ensemble, les élites du pays récusent
son autorité et sa qualité d’envoyé de Dieu, les foules manifestent leur
enthousiasme, et le tiennent pour un « grand ».
Illustration:
L'entrée à Jérusalem
Manuscrit arménien (XII-XIIIème s.)
Musée arménien d'Ispahan (Iran)
Or Jésus, loin de mettre à profit cette popularité, se
montre au contraire très réticent à son égard. Il connaît en effet la
versatilité des foules, et surtout l’ambiguïté de leur attachement, qui se
manifeste ici : aux acclamations à « Celui qui vient au nom du
Seigneur » se mêlent les cris, aux relents de messianisme purement temporel,
de « Béni le règne qui vient, celui de notre père David ».
Comme dans tout son Evangile, Marc rapporte ces réactions
contrastées pour que chaque lecteur se prononce personnellement : « Pour
toi, qui vas célébrer la Pâque du Seigneur, qui est Jésus que tu acclames ? »
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• Mc 11, 27- 28:
N’avait-elle pas raison cette femme ? «Heureux les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés !»
(Luc 11,27), crie-t-elle du milieu de la foule. Il lui fallait même un
certain courage pour oser dire cela immédiatement après que l’on a
accusé Jésus d’être du côté de Béelzéboul... Or Jésus semble la
rabrouer. N’avait-elle pourtant pas raison ? Celle dont les entrailles
ont porté Jésus et l’ont donné au monde ne devait-elle pas être dite «bienheureuse» par «toutes les générations» (Luc 1,48) ? La réponse de Jésus étonne : «Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent»
(Luc 11,28). Pourtant, par ces mots, il ne disqualifie pas sa mère –
comme si la famille spirituelle qu’il était en train de fonder en
rassemblant autour de lui ses disciples, devait supplanter les liens de
la chair – au contraire, il dessine le plus fidèle portrait de celle
qui, nous dit encore le même évangéliste, «gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur»
(Luc 2,51). Marie est la première de ceux qui écoutent et qui gardent
la parole de Dieu. En elle, l’écoute est telle qu’elle peut accueillir
le Verbe jusqu’en sa chair. Et c’est la vraie cause de sa joie : non
pas d’abord d’avoir porté en sa chair le Fils de Dieu, mais d’avoir
reçu jusqu’au plus profond de son âme la parole de celui qui faisait
d’elle la Mère de Dieu. «Bienheureuse celle qui a cru !», disait
Élisabeth (Luc 11,45). Aujourd’hui, la réponse de Jésus est une bonne
nouvelle pour nous : si nous écoutons, si nous croyons à la Parole,
nous aurons part, nous aussi, à la joie de Marie qui porte
inlassablement au monde la promesse de la vie et de la joie : Jésus.
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• Mc 12, 28-34:
Jésus est l’homme du scandale. L’homme qui enseigne avec autorité et en
son propre nom. Il n’est pas de ceux qui rapportent les dits de tel ou
tel maître en Israël à propos de la Loi : il l’énonce en sa propre
personne. On connaît le fameux : «on vous a dit..., eh bien ! moi, je vous dis...»,
qui fait immédiatement suite à notre évangile de ce jour. Il serait
pourtant simpliste de comprendre Jésus comme un révolutionnaire venu
prendre la place de la Loi et affranchir tous les hommes de ses pesants
préceptes. Que la Loi donnée à Israël sur la montagne doive désormais
se soumettre à l’autorité du Verbe, c’est bien ce qui est apparu, non
sans difficulté, à l’Église naissante ; mais non qu’elle soit purement
et simplement disqualifiée par lui. L’homme né «sujet de la Loi» (Ga 4,4), dans la lignée du roi David, le dit clairement : il n’est «pas venu abolir (la Loi), mais accomplir»
(Mt 5,17). Cela signifie que c’est désormais sur son visage qu’il nous
faut déchiffrer la Loi de Dieu. Nous ne sommes ni sans-loi ni
hors-la-loi, mais tout entiers tournés vers la Parole une et
personnelle du Père qu’il adresse à chacun de nous en son Fils. Notre
Loi, c’est d’être tournés vers le Père comme Jésus est tourné vers le
Père. Elle échappe tant aux prises du concept et de la raison humaine –
et en cela elle nous dérange – qu’à celles de l’indépendantisme
révolutionnaire. Ce qui s’est accompli en Jésus et qui est comme résumé
en lui, doit encore s’accomplir en chacun de nous. Comment ? «Portez les fardeaux les uns des autres, écrit l’apôtre Paul aux chrétiens de Galatie, et vous accomplirez la Loi du Christ» (Ga 6,2).
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• Mc 12,38-44
Des scribes vaniteux à la piété affectée, qui profitent de leur situation pour rançonner les faibles - caricaturaux: ne pourrait-on pas transposer cette évocation de nos jours? A beaucoup d'entre nous? A nous-mêmes?...
Une veuve - elle aussi est tout un symbole.
En
effet la veuve n'est pas seulement celle dont le mari est décédé; si
elle n'a pas au moins un fils adulte ou un gendre, elle est celle qui
n'a pas d'homme - donc pas de statut social, et surtout personne pour subvenir à ses besoins.
Si
elle n'a, en outre, pas de beau-frère qui puisse l'épouser afin de
maintenir le nom de son époux en lui donnant un fils (coutume du
lévirat: Dt 25,5-10), elle n'a plus aucune "raison" sociale, aucune raison d'exister dans la société, aucun droit.
C'est pourquoi "la veuve" est dans la Bible le symbole de la faiblesse absolue,
de même que l'orphelin et l'étranger (voir par ex. Dt 24,19-21). Dans
la Loi, la Torah, on trouve nombre de stipulations protectrices à leur
égard, et les prophètes interviennent souvent pour prendre leur
défense.
Or l'évangéliste présente ici une veuve (forcément "pauvre", puisqu'elle est présentée comme "veuve": elle n'est donc pas remariée) qui - en restant à la "non-place" que lui impose la société, donc en s'efforçant de ne pas se faire remarquer - apporte au Temple, offre à Dieu le peu qu'elle possède.
Mais Jésus voit ceux que l'on ne regarde pas, il voit ce que les hommes ne voient pas; il condamne sévèrement les vautours, même s'ils se parent des "signes extérieurs de religiosité", et fait un éloge appuyé de la générosité et de la confiance en Dieu de celle qui donne son nécessaire.
Les intentions cachées, celles du cœur, n'échappent pas au regard de
Jésus - lui qui s'est donné tout entier, sans restriction...
Méditation
Prière d’introduction:
Seigneur, je crois
en toi.
Je crois que tu es ici avec moi, en moi : tu es la vie de mon
âme.
Je place toute ma confiance en toi, parce que sans toi je ne peux
rien faire.
Je t’aime.
Apprends-moi à me libérer de tout ce qui
m’empêche de te donner tout mon cœur et toutes mes forces.
Je désire
t’aimer en tout ce que je fais aujourd’hui. Apprends-moi à te voir en
chaque personne que je rencontre.
Demande:
Seigneur, aide-moi à être logique et sincère dans ma décision de te suivre.
Réflexion:
1. Une attitude d’apparat.
Ce passage d’évangile nous présente le contraste sévère entre "les
scribes" et une pauvre veuve.
"Les scribes" symbolisent tous ceux qui se conduisent selon les
apparences. Ils sont esclaves de leur vanité. Ils sont plus
sensibles aux louanges des hommes qu’à l’approbation de Dieu.
Puisque
leur piété n’est que superficielle, elle ne laisse pas de marque
profonde dans leur âme et ne pourrait pas les libérer de leurs passions
désordonnées. Extérieurement ils affectent un air religieux, mais en
dedans ils ne sont que vice. Dans leur avarice, ils "dévorent les
biens des veuves".
2. Etre généreux, c’est tout donner.
La pauvre veuve est passée inaperçue de la foule, mais Jésus l’a vue.
Alors que les riches faisaient grand étalage de leurs dons, elle
n’avait que deux petites pièces de monnaie. Elle s’est glissée
discrètement au milieu d'eux, cherchant à n'être vue de personne ;
mais Jésus l’a vue.
Dans notre vie, nous avons constamment le même
choix à faire entre l’approbation des hommes et l’éloge de Dieu.
3. Faire des comparaisons.
Il nous est parfois facile d’être fascinés par ce qu’ont les
autres - par ce qu’ils font ou ce qu’ils disent. Nous tombons dans le
piège de nous comparer aux autres, et probablement, la plupart du
temps, nous trouvons que nous ne sommes pas "à la hauteur" ! Cela ne fait
que de nous angoisser.
Cependant, Dieu ne nous compare pas aux autres.
Il nous aime. Il nous a faits comme nous sommes, avec notre combinaison
unique de talents et de capacités. Il mesure notre générosité non pas
par ce que nous donnons, mais par ce que nous nous gardons pour
nous-mêmes...
Dialogue avec le Christ:
Seigneur, aide-moi à cesser de me comparer aux autres.
Aide-moi à voir
le bien que tu veux que je fasse aujourd’hui.
Fais-moi voir les choses
auxquelles je m’accroche et que je ne veux pas te donner. Toi, tu m’as
tout donné.
Je désire te rendre tes dons entièrement, et avec intérêt !
Résolution:
Je ferai confiance à la providence de Dieu en donnant quelque chose aujourd’hui que j’avais gardé pour moi.
Pour prolonger la méditation
- Versets du Premier Testament :
- Dt 15,10:
« Donne-lui,
et que ton cœur ne lui donne point à regret; car, à cause de cela,
l'Éternel, ton Dieu, te bénira dans tous tes travaux et dans toutes tes
entreprises. »
- Ps 39,7-9:
« Tu ne désires ni sacrifice ni offrande, Tu m'as ouvert les oreilles;
Tu ne demandes ni holocauste ni victime expiatoire. Alors je dis:
Voici, je viens Avec le rouleau du livre écrit pour moi. Je veux faire ta volonté, mon Dieu! Et ta loi est au fond de mon cœur. »
- Ps 145,8-9a:
« L'Éternel ouvre les yeux des aveugles; L'Éternel redresse ceux qui
sont courbés; L'Éternel aime les justes. L'Éternel protège les
étrangers, Il soutient l'orphelin et la veuve. »
- Versets du Nouveau Testament :
- Mc 9,41:
« Et quiconque vous donnera à boire un verre d'eau en mon nom, parce
que vous appartenez au Christ, je vous le dis en vérité, il ne perdra
point sa récompense. »
- Lc 4,25-26 : « Je
vous le dis en vérité: il y avait plusieurs veuves en Israël du temps
d'Élie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois et qu'il y eut
une grande famine sur toute la terre; et cependant Élie ne fut envoyé
vers aucune d'elles, si ce n'est vers une femme veuve, à Sarepta, dans
le pays de Sidon. »
- Lc 6,38
: « Donnez, et il vous sera donné: on versera dans votre sein une bonne
mesure, serrée, secouée et qui déborde; car on vous mesurera avec la
mesure dont vous vous serez servis. »
- Lc 12,15;34
: « 15.Puis il leur dit: Gardez-vous avec soin de toute avarice; car la
vie d'un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l'abondance. 34.Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur . »
- Commentaires patristiques :
C'est le cœur
que le Seigneur regarde, et non la fortune? Il ne pèse pas la valeur
marchande du sacrifice, mais l'intention de celui qui l'offre.
Illustration:
Dans les plis d'un manteau, l'offrande rituelle des plus pauvres au Temple: trois colombes.
(Détail
de la Présentation de Jésus au Temple - Devant d'autel de Santa Maria
d'Avià - vers 1200 - Musée d'art de Catalogne - Barcelone)
Le prix du Royaume, c'est la bonne volonté : elle l'achète en cette
veuve avec ses deux piécettes ; elle l'achète en celui qui offre un
verre d'eau fraîche. Enfin, pour qui n'a rien d'autre, elle suffit à le
payer.
- De théologiens anciens :
- Saint Anselme (1033-1109, moine, évêque, docteur de l'Église), Lettre 112:
Au Royaume des cieux, tous ensemble, et comme un seul homme,
seront un seul roi avec Dieu, car tous voudront une seule chose et leur
volonté s'accomplira. Voilà le bien que, du haut du ciel, Dieu déclare
mettre en vente.
Si
quelqu'un se demande à quel prix, voici la réponse : il n'a pas besoin
d'une monnaie terrestre, celui qui offre un Royaume dans le ciel.
Personne ne peut donner à Dieu que ce qui lui appartient déjà, puisque
tout ce qui existe est à lui. Et cependant, Dieu ne donne pas une si
grande chose sans qu'on n'y mette aucun prix : il ne la donne pas à
celui qui ne l'apprécie pas. En effet, personne ne donne ce qui lui est
cher à celui qui n'y attache pas de prix. Dès lors, si Dieu n'a pas
besoin de tes biens, il ne doit pas non plus te donner une si grande
chose si tu dédaignes de l'aimer : il ne réclame que l'amour, sans quoi
rien ne l'oblige à donner. Aime donc, et tu recevras le Royaume. Aime,
et tu le posséderas... Aime donc Dieu plus que toi-même, et déjà tu
commences à tenir ce que tu veux posséder parfaitement dans le ciel.
- Saint Paulin de Nole (353-431), Lettre 34:
Les
autres avaient donné de leur superflu, mais elle, plus pauvre peut-être
que beaucoup de pauvres - puisque toute sa fortune se réduisait à deux
pièces de monnaie - elle était dans son cœur plus riche que tous les
riches. Elle ne regardait que vers les richesses de la récompense
éternelle; avare des trésors célestes, elle renonça à tout ce qu'elle
possédait, comme à des biens venant de la terre et retournant à la
terre. Elle donna ce qu'elle avait pour posséder ce qu'elle ne voyait
pas.
- De théologiens modernes :
- A.M. Carré, Par amour de ton amour:
Cette
veuve, de toute évidence, se donne elle-même à Dieu. Son geste le
prouve: il vient des profondeurs de son être, il est l'expression d'une
consécration réelle de sa vie. Et nous? Est-ce bien nous-mêmes que nous
donnons à Dieu? Il arrive si souvent que nous lui concédions
simplement le superflu, le superflu de notre temps, de nos actions, de
nos pensées, le superflu de notre cœur. Est-ce bien notre substance
même qui se trouve livrée, remise à la discrétion de Dieu? Dans le Journal d'un curé de campagne de
Georges Bernanos, on peut lire ces lignes inquiétantes: " Je crois, je
suis sûr que beaucoup d'hommes n'engagent jamais leur être, leur
sincérité profonde. Ils vivent à la surface d'eux-mêmes"... Sans doute
est-ce cette surface seulement qu'ils engagent lorsqu'ils prétendent
aimer Dieu.
- Actes du concile Vatican II - L'Église dans le monde de ce temps, 88,2:
Il
appartient à tout le peuple de Dieu, entraîné par la parole et
l'exemple des évêques , de soulager dans la mesure de ses moyens, les
misères de ce temps; et cela, comme c'était l'antique usage de
l'Eglise, en prenant non seulement sur ce qui est superflu, mais aussi
sur ce qui est nécessaire.
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