Textes tirés du
Nouveau Testament
Les Évangiles
<- Broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban).
Cette belle broderie sur velours bleu ciel consiste en une croix à branches courbes qui présentent les symboles ailés des quatre évangélistes - tétramorphe de la vison d'Ézéchiel et "Quatre Vivants" de l'Apocalypse:
- en haut Matthieu sous la forme d'un homme;
- en bas Marc, sous celle d'un lion;
- à gauche Luc, sous celle d'un taureau;
- à droite Jean, sous celle d'un aigle.
Au centre, un texte arménien de dédicace.
L’habitude s’est imposée d’intituler la première partie du Nouveau
Testament : « les Quatre Évangiles ». En fait, jusqu’au quatrième siècle,
les chrétiens parlaient uniquement de l’« Évangile » ou, en hébreu,
Bessora (en araméen Bessorta), l’unique Annonce de Jésus, distinguant ses quatre parties par référence à leurs auteurs,
selon Matthieu, selon Marc, selon Luc et
selon Jean. Ces quatre livres reflétaient en effet la
tradition orale, puis écrite, des faits, des paroles et des gestes de
la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus.
Jean le dit parfaitement: « Tout cela a été écrit pour que vous
adhériez à Jésus, le Messie, Fils de Dieu, et pour qu’en adhérant
vous ayez la vie en son nom » (Jn 20,31). Nous ne sommes donc pas en
présence d’un livre d’histoire froidement objective, mais d’une
Annonce, d’un kérygme, qui engage les adeptes de Jésus dans un
combat à la vie, à la mort, dont dépend le salut d’Israël comme celui
du monde.
La similitude de structure des Évangiles synoptiques (Matthieu,
Marc, Luc), aussi bien que leurs divergences occasionnelles, même à
l’intérieur des textes parallèles, a inspiré l’hypothèse de
l’utilisation réciproque, avancée pour la première fois par saint
Augustin. Celui-ci supposait que Matthieu aurait, le premier, écrit son
évangile; Marc l’aurait résumé, tandis que Luc se serait servi de l’un
et de l’autre. Au début du IIème siècle, Papias, évêque de Hiérapolis en
Phrygie, avait écrit, selon Eusèbe (Histoire ecclésiastique, III, 39,
6), que « Matthieu recueillit les paroles en langue hébraïque; chacun
les interpréta comme il pouvait ». Ce témoignage ne manque pas
d’ambiguïté. On s’est fondé sur lui, cependant, pour parler d’un
évangile primitif écrit en araméen ou en hébreu, qui serait à la source
de nos évangiles actuels. Il existe, cependant, une opinion fort répandue, celle qui admet la théorie des deux sources, l’une
consistant dans l’Évangile de Marc, l’autre dans un document disparu,
fait surtout de « logia - paroles » de Jésus, que l’on désigne par
le sigle Q, de l’allemand « Quelle - source ». S’appuyant sur une rétroversion en hébreu des Évangiles, Robert L.
Lindsey, suivi par David Flusser, revient à la thèse traditionnelle
selon laquelle Matthieu est le premier des évangélistes.
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Evangile selon
saint Matthieu
Les Pères de l'Eglise ont rattaché chacun des quatre évangélistes à l'un
des "quatre Vivants" de l'Apocalypse entourant le Christ en
gloire;saint Matthieu est représenté par un "fils d'homme", parce que son Evangile
commence par la généalogie de Jésus.
Saint Matthieu symbolisé par le "fils d'homme":
Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne ->
<- Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle - Musée de Cluny, Paris.
Détail de broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban) ->
L’opinion traditionnelle attribue le premier évangile
à l’apôtre Matthieu (Mt 10,3; Mc 3,18; Lc 6,15; Ac 1,13), un publicain
ou collecteur d’impôts (Mt 9, 9), que Marc (2,13) et Luc (5,27)
appellent Lévi, et dont le nom hébreu était Matyah, diminutif de
Matatyah ou de Matanyah, en araméen Mati ou Mataï. Il va sans dire que
les critiques qui attribuent à ce livre une composition tardive ne
voient dans ce nom qu’un procédé pseudépigraphique, l’auteur réel ayant
voulu mettre son œuvre sous le patronage d’un apôtre. Certains font de
cette œuvre le résultat du travail d’une équipe, appelée par eux
« école de Matthieu ».
La même incertitude règne parmi les exégètes quant à la date de
l’œuvre, qu’ils fixent selon leurs tendances entre 60 et 115, date à
laquelle Ignace d’Antioche cite le livre. Mais il semble qu’il faille
retenir ici pour l’essentiel la thèse de John A. T. Robinson (Redating
the New Testament, 1976) dont l’argumentation se fonde sur
l’importance de 70, année de la destruction du Temple de Jérusalem.
L’évangile de Matthieu n’aurait pu être écrit après cette date sans
parler explicitement de cet événement. On ignore le lieu de composition de ce livre. On suppose qu’il est
né en milieu judéo-chrétien, imprégné d’influences et de coutumes
bibliques, mais où le grec était ordinairement parlé. Des exégètes ont
suggéré la ville d’Antioche en Syrie, d’autres ont parlé de la Phénicie.
Matthieu, en 1071 versets, résume la vie de Jésus, en insistant sur ce qui, dans cette vie, lui
paraît être l’essentiel: son activité publique, sa mort et sa résurrection. Les quatre
derniers jours de l’existence de Jésus sont racontés en 413 versets,
les trente-trois ans qui précèdent l’étant en 658 versets.
En voici la structure:
I. Généalogie et naissance de Jésus: ch. 1-2.
II. Le Précurseur et le baptême de Jésus. Retraite au désert: 3,1 - 4,11.
III. Action
publique de Jésus en Galilée et dans les régions avoisinantes: 4,12 -
20, 34. Cette section renferme quatre discours:
1. Sermon sur la montagne: 5,1- 7,29.
2. Instructions aux disciples: 11,5-42.
3. Sept paraboles: 13,1-52.
4. Règles de vie pour les disciples: ch. 18.
IV. Jésus à Jérusalem: ch. 21 - 25.
1. L’entrée messianique à Jérusalem: 21,1-22.
2. La prédication messianique: 21,23 - 22,46.
3. Contre les scribes et les pharisiens: ch. 23.
4. Cinquième discours: la fin arrive: ch. 24 - 25.
V. Passion, crucifixion et résurrection de Jésus: ch. 26 - 28.
Systématique dans la composition générale de son œuvre, Matthieu
l’est aussi dans sa manière de regrouper les thèmes: Jésus, évoqué
dans les chapitres 5 - 7 en tant que grand maître de justice, est
présenté, en un second volet décrivant dix miracles, comme un
incomparable thaumaturge (8,1 - 9,34). La tension qui oppose Jésus
aux autres familles spirituelles d’Israël est analysée en deux sections
séparées (11,2 - 12,50; 21,23 - 23,39).
Caractéristique est aussi le constant recours de Matthieu à la Bible
hébraïque qui est pour lui le terme de référence suprême, d’où Jésustire toute son authenticité et toute sa légitimité. Tout est advenu
pour accomplir ce qu’a dit YHWH par son prophète (1,22); cette
formule revient, à quelques variantes près, en onze occurrences.
Matthieu cite la Bible plus de soixante fois, sans compter les
innombrables allusions qu’il y fait sans la mentionner explicitement;
pour son auditoire averti, une simple phrase, un simple mot renvoient à
la matrice biblique dont tout le Nouveau Testament porte l’ineffaçable
empreinte.
Même s’il la cite en grec, dans la version des LXX, ou librement en
traduisant lui-même un texte qu’il connaît à peu près par cœur comme
tous les lettrés d’Israël, l’auteur est très certainement imprégné
d’hébraïsme. On le sent presque à chaque mot: même s’il écrit en grec,
même s’il connaît bien l’araméen, il pense tout d’abord dans la langue
de la Bible, en hébreu. Les parallélismes qui caractérisent le style de
la Bible hébraïque sont cultivés par Matthieu au point de devenir un
procédé. La comparaison entre Mt 7,24-27 et Lc 6,47-49 est
significative à cet égard. Parallélismes, chiasmes, inclusions, recours
aux mots ou sentences agrafes révèlent avec évidence un auteur hébreu,
vivant, en milieu judéen, de l’enseignement de la Bible et des traditions
des rabbis. Béda Rigaux l’a écrit très justement: « L’humus du premier
évangile est sémitique, vétéro-testamentaire et palestinien. »
Ces caractères se décèlent aussi dans l’emploi que Matthieu fait des
nombres 2, 3, 5, 7. Il définit ainsi trois tentations ou épreuves (4,1-11);
trois plantes: menthe, cumin, fenouil; trois vertus: justice,
matricialité, adhérence; trois exemples de justice: justification,
prière, jeûne (6,1-18); trois prières à Gat-Shemani (26,39-44); trois
reniements de Pierre (26, 69-75); trois sentences sur l’arbre et ses
fruits; il relate le baptême de Jésus en trois strophes de trois
stiques et de neuf verbes parmi une trentaine de séries dominées par le
nombre trois.
Le sept, chiffre parfait pour les Hébreux, revient très fréquemment
sous sa plume: caractéristique est la triple série de quatorze (7 x 2)
générations des ancêtres de Jésus, correspondant aux multiples
septénaires de l’Apocalypse.
La matière propre de Matthieu ne comprend pas seulement la haggada
midrashique de la communauté messianique naissante, mais bon nombre de
textes messianiques interprétés dans des perspectives chrétiennes,
selon une exégèse qui reflète souvent la méthodologie propre aux rabbis
de Judée. Matthieu met l’accent sur l’annonce apocalyptique et
eschatologique des triomphes ultimes d’un Messie de Gloire (voir
notamment 25,31-46). Son annonce, de tous ses feux, éclaire la personne
de Jésus, en qui il reconnaît le « Messie de notre justification ». Suivant des procédés fréquents dans
l’exégèse rabbinique, Matthieu adapte, librement parfois, le texte
prophétique qu’il cite dans le sens de la vérité qu’il veut enseigner.
Matthieu, davantage que Marc, décrit en Jésus la majesté du Messie de Gloire. Il le fait par touches imperceptibles, éliminant de
son récit tout ce qui peut rappeler cette humanité sur laquelle Marc,
au contraire, insiste souvent. Il situe son Messie sur un plan
résolument surnaturel; il souligne la grandeur de ses miracles qui le
placent bien au-dessus de ses disciples et des foules:
- ceux-ci
« s’approchent » du Seigneur et ce verbe revient 52 fois chez Matthieu
alors qu’on le trouve seulement 10 fois chez Luc, 5 fois chez Marc et
10 fois dans les Actes;
- les disciples « se prosternent » devant lui, et
ce verbe revient à treize reprises chez Matthieu, selon le nombre des
attributs par lesquels YHWH se révèle à Moïse en Ex
34,6-7. Jésus est décrit comme le maître de justice, le rabbi
miraculeux, le serviteur souffrant, le vainqueur enfin de la mort et du
diable. Sa résurrection le situe à la droite d'YHWH et
confirme sa vocation de sauveur d’Israël et de l’humanité.
Le nom de Jésus revient cent cinquante fois sous la
plume de Matthieu et quatre-vingt-une fois sous celle de Marc et celle
de Luc. Il signifie en hébreu Yah sauve; il est celui qui sauvera son
peuple de ses fautes (Mt 1,21). Mais Jésus est aussi pour
l’évangéliste le Rabbi et le Seigneur, ce nom revenant quatre-vingts fois
dans Matthieu. Le Fils de l’homme, le sauveur annoncé de l’humanité et
d’Israël, la chrétienté naissante, à la suite des évangélistes, voit en
lui le fils de Dieu. Cette expression en hébreu n’a pas
et ne peut pas avoir le même sens qu’en grec.
- En
hébreu, le mot "בּן bên" exprime une dépendance qui souvent n’est pas celle
d’une filiation biologique. Par surcroît, dans l’univers biblique,
Dieu est le père non seulement de tout homme mais de toute créature,
de tout objet.
- Pour le Grec, au contraire, les dieux ne sont pas créateurs mais
procréateurs, et "υἱός
uihos" désigne uniquement un lien de filiation
biologique, celui du fils à son géniteur. Ainsi, derrière les questions
de sémantique, il est nécessaire de percevoir les différences de la
pensée et de son expression chez les Hébreux et chez les Grecs. Mais
toute lecture du Nouveau Testament, y compris du corpus paulinien,
souligne bien l’unité de l’univers spirituel et culturel des Hébreux,
efface des frontières que les rivalités religieuses, aggravées par les
grandes tragédies de l’histoire, avaient édifiées entre le monde juif
et le monde chrétien.
Restitué à son contexte historique et à son substrat sémitique, le
Nouveau Testament, sans rien perdre de sa substance théologique, prend
tout le relief d’une irrésistible authenticité. Comme la Genèse pour ce
qui est de la Bible hébraïque, le livre de Matthieu constitue pour le Nouveau
Testament la magistrale introduction.
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• Mt 1,1-25
Jésus
a ses "origines" lointaines dans l'histoire très humaine de la promesse
faite à Abraham, le "père des croyants": tel est le sens de sa
"généalogie", un genre littéraire dont bien des subtilités nous
échappent. Quant à son "origine" immédiate, elle est à la fois divine
puisque Marie a été "enceinte par l'action de l'Esprit Saint", et
humaine puisqu'il s'intègre dans la lignée de David dont Joseph était
issu.
Ce passage dans l'évangile de Matthieu:
• La
première partie de l'Evangile selon Matthieu peut se décomposer en six
sections - dont nous avons ici les deux premières: la généalogie de
Jésus et l'annonce de sa naissance.
• Matthieu
(voir introduction ci-dessus) est un Juif lettré, dont l'évangile est rigoureusement structuré par
une inclusion: à "Dieu est avec nous" dans l'introduction (Mt 1,23; voir ci-après) répond "Je suis avec vous" dans la conclusion (Mt 28,20).
Ces deux expressions indiquent que la Bonne Nouvelle annoncée par
Matthieu est celle du dévoilement progressif de l'Emmanuel.
• Matthieu a peut-être d'abord rédigé son évangile en hébreu; c'est en tout cas ce qu'on écrit certains Pères de l'Eglise (en particulier - Eusèbe citant Papias, né vers 70, Histoire ecclésiastique III,39,15-16; et citant Origène, H.E. VI,25,4; - et Irénée, Contre les hérésies, III,1,1). Quoi qu'il en soit, c'est chez lui, en ce qui concerne les synoptiques, que l'on trouve le plus grand nombre de citations explicites du Premier Testament (Matthieu: 62; Marc: 31; Luc: 26).
• C'est que, pour lui, Jésus est celui en qui s'accomplit l'Ecriture. Ainsi, la deuxième section, l'annonce de la naissance de Jésus (Mt 1,18-25) décrit l'accomplissement d'Is 7,14 (et 8,8;10).
• Cependant, la première section, la généalogie de Jésus, a une portée bien plus profonde: elle montre qu'en Jésus ne s'accomplit seulement pas telle ou telle annonce du Premier Testament, mais qu'il est lui-même l'accomplissement de l'histoire vétérotestamentaire.
Remarques:
Verset 1.
• Βίβλος γενέσεως - Généalogie: littéralement: "livre de la γένεσις - génésis - génération, famille". Matthieu reprend ici l'expression qu'utilise la LXX pour traduire l'hébreu "תולדותtôledôt", pluriel de "תּולדה tôledâh - génération, famille, origine, histoire,..." à propos "des cieux et de la terre" (Gn 2,4), et surtout en Gn 5,1:
זה ספר תולדת אדם
"Voici le livre de la postérité d'Adam"
Par
ce rapprochement, Matthieu veut-il suggérer que Jésus est "le nouvel
Adam"? Oui, sans nul doute, s'il avait en tête le texte hébreu...
Car,
s'il avait en tête la traduction de ce verset par la LXX: "Αὕτη ἡ
βίβλος γενέσεως ἀνθρώπων", littéralement: "Ceci [est] le livre de la γένεσις des hommes", cette interprétation est plus difficile! En effet, non seulement la LXX a choisi de traduire אדם
par le nom commun "être humain" et non par le nom propre "Adam", mais
elle l'a en outre considéré comme une sorte de générique, et a donc
utilisé le pluriel grec...
• Χριστοῦ - Christ: littéralement, "l'Oint"; traduction grecque de l'hébreu "משׁיח mâshı̂yakh
- l'oint" qui dérive du verbe "משׁח mâshach - oindre", et a donné notre notre mot "Messie". Dans le Premier Testament, les rois (1S 16,1;13; 26,11), les prêtres (Ex 40,13-15; Lv 4,3), et parfois les prophètes recevaient l'onction en signe de consécration particulière au
service de Dieu et de son peuple.
Le Christ, l'Oint par excellence, réunit ces trois fonctions en sa personne (cf. Mt 16,16).
• υἱοῦ Δαυΐδ, υἱοῦ ᾿Αβραάμ - fils de David, fils d'Abraham:
- En mentionnant Abraham, Matthieu fait allusion à l'épisode fondateur de l'histoire d'Israël (Gn 12,1-3):
les Juifs s'appelaient "les fils d'Abraham"; Jésus l'est par excellence
puisque par lui la bénédiction promise sera donnée.
- En utilisant l'expression "fils de David", Matthieu emploie un titre messianique (Mt 16,16; 21,9;15), souvent utilisé par ceux qui implorent de Jésus une guérison (Mt 9,27; 15,22; 20,30-31). Ce titre désigne le Christ comme le roi d'Israël, héritier des promesses faites à David (2S 7,11-16).
Verset 5.
• ῾Ραχάβ (hébreu: רחב Râkhâb) - Rahab: littéralement, en hébreu: "la Fière"; voir Jos 2.
Prostituée de Jéricho, elle accueille et protège les espions envoyés
par Josué, ce qui lui vaut d'être épargnée lors de la prise de la ville
(Jos 6,22-25). Elle est citée en Hé 11,31 comme un modèle de femme de foi.
Apparaissent aussi dans cette généalogie, ce qui est totalement inhabituel à l'époque:
- Au verset 3: Θάμαρ (hébreu: תּמרTâmâr) - Tamar: littéralement, en hébreu: "celle qui se tient Droite" (ou "le palmier"); voir Gn 38.
Bru de Juda. Veuve, ne pouvant avoir d'enfant (son beau-frère Onan
refuse de lui donner un enfant, ce qui va à l'encontre de la loi du lévirat:
le Seigneur le fait mourir à cause de cette attitude, refus caractérisé
de solidarité familiale), elle se déguise en prostituée pour se
présenter à son beau-père; de là naissent deux jumeaux, ancêtres de la
tribu de Juda. - Au verset 5: ῾Ρούθ (hébreu: רוּתRûth) - Ruth:littéralement, en hébreu: "l'Amie, l'Associée"; voir la megillâh (litt. "le rouleau"), le livre de Ruth, en particulier Rt 4,13;18-22).
Moabite, veuve d'un Juif, elle reste fidèlement auprès de sa belle-mère
Noémi et s'attache au peuple d'Israël. Son beau-frère étant également
mort, elle devient pour respecter la loi du lévirat l'épouse de Booz,
parent de son mari. Ce récit, datant du temps d'Esdras, se situe en
réaction contre une politique trop rigoureuse d'exclusion des mariages
avec des femmes non-juives (Esd 10) - puisqu'il présente sous un
jour très favorable une étrangère introduite dans la communauté
d'Israël, et même dans la lignée royale et massianique (elle est
l'arrière-grand'mère de David).
- Au verset 5: ἐκ τῆς τοῦ Οὐρίου- de la femme d'Urie: Beth-Sabée, בּת־שׁבע bath-sheba‛ littéralement, en hébreu: "Fille du serment"; voir commentaire du Ps 51 à cette page et 2S 11-12.
Femme d'Urie, officier hittite de David, peut-être hittite elle-même,
elle est séduite par David alors qu'Urie est en guerre. David fait
mettre Urie en situation de péril extrême, il meurt au combat: David
peut épouser Bethsabée, enceinte. Pour cette grave faute, David reçoit
les réprimandes du prophète Nathân, l'enfant meurt, David n'achèvera
pas le Temple. Bethsabée sera plus tard la mère de Salomon.
La mention de ces quatre
- femmes
- non-juives,
- et/ou qui se sont se sont trouvées en situation de grande impureté rituelle,
dans la généalogie de Jésus rappelle que tous ont été inclus dans le plan de Salut de Dieu de tout temps.
En
outre, Matthieu veut peut-être aussi répondre aux rumeurs concernant
les circonstances "troubles" de la naissance de Jésus en soulignant
que, si celui-ci n'est en aucun cas un enfant illégitime, l'origine de
certains de ses ancêtres royaux est liée à des situations moralement
répréhensibles; or Dieu a agi en leur faveur: c'est pour sauver les
pécheurs qu'il a envoyé son Fils (voir ci-après, verset 21).
Verset 16.
• ᾿Ιακὼβ δὲ ἐγέννησε τὸν ᾿Ιωσὴφ τὸν ἄνδρα Μαρίας, ἐξ ἧς ἐγεννήθη ᾿Ιησοῦς - Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus: la construction de la phrase, en particulier l'emploi des voix verbales (ἐγέννησε et ἐγεννήθη
sont respectivement l'aoriste - approximativement le passé-simple
français, l'accompli hébreu - actif et passif du même verbe "γεννάω gennaô - procréer, engendrer" -> ἐγέννησε = il engendra; ἐγεννήθη
= il fut engendré) suggère que si Joseph est le père "légal" de Jésus,
Marie est la mère "physique" (sinon "biologique") de Jésus.
Les différences entre les généalogies selon Matthieu et selon Luc ont poussé certains à voir
- chez Matthieu, la généalogie de Jésus par Marie,
- chez Luc, sa généalogie par Joseph.
Cependant, à cause de Mt 1,16-20 d'une part, et de Lc 3,23;31 d'autre part, il semble préférable de voir chez les deux évangélistes une généalogie de "Jésus descendant de David par Joseph",
- celle de Matthieu (conforme au genre littéraire des généalogies royales du Premier Testament) étant "officielle";
- celle de Luc étant "biologique".
Verset 18.
• ᾿πρὶν ἢ συνελθεῖν αὐτοὺς - avant qu'ils eussent habité ensemble: les "fiancés" étaient juridiquement mariés , mais n'avaient pas encore de vie commune (si la Ketouva avait déjà été signée, ils n'étaient pas encore passés sous la Houpa à la synagogue - une page sera consacrée aux rites du mariage juif). Le mariage n'est pas encore public ni officiel.
Verset 19.
• δίκαιος ὢν - qui était un homme de bien:
littéralement "qui était juste". La droiture de Joseph l'incite à
rompre les fiançailles et à épargner ainsi à Marie la honte d'une
répudiation publique (et éventuellement un jugement pour adultère)
après le mariage. La tradition juive permettait une séparation privée,
en présence de deux témoins.
Verset 20.
• ταῦτα δὲ αὐτοῦ ἐνθυμηθέντος - Comme il y réfléchissait:
Joseph malgré tout craint de faire du tort à Marie; il n'a pas encore
pris de décision ferme, il "pèse le pour et le contre", et cherche la
meilleure solution pour elle.
• ἄγγελος κυρίου - un ange du Seigneur: chez Matthieu, on assiste à l'intervention d'anges au début et à la fin du ministère de Jésus (Mt 1,20;24; 2,13;19; 28,2;5).
• κατ᾿ ὄναρ - en songe: voir aussi Mt 2,13;19;22.
• παραλαβεῖν - prendre avec toi: par ce mariage, Jésus devient légalement fils de Joseph, et donc "fils de David".
Verset 21.
• καλέσεις τὸ ὄνομα αὐτοῦ ᾿Ιησοῦν- tu lui donneras le nom de Jésus: Ἰησοῦς Iēsous est la transcription grecque de יהושׁוּעyehôshûa‛ = "YHWH [est/donne] le Salut", "YHWH sauve".
- Joseph en prénommant Jésus exercera une prérogative paternelle;
- le prénom de l'enfant à naître est en quelque sorte le "programme de sa vie";
d'où l'importance de cette consigne donnée par l'ange.
Verset 23.
• ἰδοὺ ἡ παρθένος ἐν γαστρὶ ἕξει καὶ τέξεται υἱόν, καὶ καλέσουσι τὸ ὄνομα αὐτοῦ ᾿Εμμανουήλ- Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous: citation de la traduction grecque (LXX) d'Is 7,14:
הנה העלמה הרה וילדת בן וקראת שׁמו עמנו אל׃
• ὅ ἐστι μεθερμηνευόμενον, μεθ᾿ ἡμῶν ὁ Θεός- ce qui signifie Dieu avec nous : citation de la traduction grecque (LXX) d'Is 8,8;10:
- עמנו אל‛immânû êl:invocation ("ô Emmanuel!") au verset 8;
- כי עמנו אלkîy‛immânû êl: explication de la force du peuple de l'Emmanuel au verset 10 ("Car Dieu est avec nous"); LXX traduit :עמנו אל par "μεθ᾿ ἡμῶν ὁ θεός - Dieu avec nous" au verset 8, et par "μεθ᾿ ἡμῶν κύριος ὁ θεός - le Seigneur Dieu est avec nous".
Jésus est le descendant miraculeux (le "אות 'ôth - signe" d'Is 7,14) de David (Is 11,1), celui qui
ויקרא שׁמו פלא יועץ אל גבור אביעד שׂר־שׁלום׃
"sera appelé Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix" (Is 9,5).
Sur l'inclusion Mt 1,23 - Mt 28,20, voir ci-dessus, présentation de ce passage.
Verset 24.
• ὁ ᾿Ιωσὴφ [...] ἐποίησεν ὡς προσέταξεν αὐτῷ ὁ ἄγγελος Κυρίου - Joseph [...] fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné: nouvelle manifestation de la droiture de Joseph: il obéit à la parole de Dieu, sa réputation dût-elle en souffrir.
Son
respect pour l'œuvre de Dieu se voit aussi dans son attitude envers
celle qui est pourtant juridiquement devenue son épouse, selon le
verset 25.
• Mt 1,18-25
L’évangile selon Matthieu, soucieux de montrer en tout
l’accomplissement de l’Écriture, préfère rapporter l’annonce faite non
à Marie, mais à Joseph, puisque c’est par «Joseph, fils de David» que
l’enfant se rattache aux promesses messianiques faites à la lignée de
David. Mais la naissance virginale de Jésus n’en est pas moins
fortement affirmée, à deux reprises. L’ancrage dans la Première
Alliance se manifeste par le rappel de la Loi qui voulait que la femme
adultère fût lapidée ; mais surtout par la citation de l’oracle
mystérieux d’Isaïe qui trouve en cette annonce son accomplissement et
par la figure même de Joseph qui, comme son ancêtre le patriarche,
entend Dieu lui parler en songe et va, par son obéissance, collaborer
au salut de son peuple (cf. Genèse 37-50). Mais la nouveauté toujours
se révèle, dans l’esquisse de cette loi nouvelle d’amour, plus «juste»
que les prescriptions légales ; et dans le double nom donné à l’enfant
: Jésus, ‘Dieu sauve’ et Emmanuel ‘Dieu avec nous’. C’est bien «la
genèse» de Jésus-Christ et, en lui, la genèse, l’enfantement d’un monde
nouveau où se rejoignent l’homme et Dieu.
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• Mt 5,1-12a
"Heureux!":
Ils sont du bon côté, ils sont bien placés!
Ils doivent donc se réjouir par
avance, tous ceux qui ont l'assurance d'avoir une "grande récompense
dans les cieux", ceux qui "ont lavé et purifié leurs vêtements dans le
sang de l'Agneau" (cf. Ap 7,14). Voilà ce que proclament les
Béatitudes - qui ne font en aucune façon l'apologie de la pauvreté
imposée, des persécutions subies, du mépris ou de la calomnie dont on
est l'objet à cause du Christ...
Méditation - 1
En ce dimanche où nous fêtons tous les saints, Dieu nous invite à
contempler tous ceux et celles qui ont répondu à son amour en donnant
l’entièreté de leur cœur et de leur vie. Contemplation non pas des
saints pour eux-mêmes mais contemplation de l’amour vivifiant de Dieu dont a rayonné toute leur existence.
Bien souvent, dans notre pensée, leur état bienheureux au ciel nous
laisse supposer que leur vie fut sans histoire ou même parfois
angélique sur terre. Au contraire ! En relisant leur histoire nous
voyons que rien ne leur fut épargné mais leur confiance en Dieu leur a permis de dépasser humblement les obstacles.
Qu’est-donc qu’un saint ?
Notre époque nous ramène systématiquement à une vision de l’homme uniquement centrée sur lui-même :
Nous
devons être beau, intelligent, cultivé, capable de tout, excellent en
tout domaine, forcené du travail, efficace en tout engagement. Et si
nous n’avons pas la gloire, la richesse et la santé, nous faisons
partie de cette humanité peu intéressante qui n’est destinée qu’à subir
l’action de plus forts et dont la vie ne suscitera aucune évocation
dans le livre des destins humains illustres. Oui, tout semble n’exister
que pour exalter l’homme et amener l’humanité à se dépasser
continuellement pour offrir comme seul devenir la nécessité d’être des
surhommes adulés. Malheur à qui ne correspond pas à ces critères !
Heureux
les pauvres de cœur, heureux les doux, ceux qui ont faim et soif de
justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les pacifiques, les
persécutés, les insultés à cause de moi, le Royaume des cieux sera leur
récompense !
Telles
sont les paroles que nous adresse Jésus pour signifier le devenir de
l’homme et indiquer celui qui pourra espérer être revêtu de la sainteté
de Dieu.
Contradiction flagrante avec l’esprit du monde : Jésus
ne retient pas la force et la perfection en l’homme comme signe de
salut, mais il désigne toutes les valeurs qui expriment la faiblesse de
l’homme comme lieu de passage pour découvrir Dieu et accéder à sa
sainteté : le Royaume sera à eux, ils seront consolés , ils obtiendront miséricorde, ils verront Dieu.
Qu’est-ce donc qu’un saint ?
Non l’homme parfait par lui-même mais celui qui devient parfait en Dieu grâce au Christ, celui dont l’amour laisse l’amour de Dieu devenir sa seule source de Vie.
Merci
Seigneur, d’inscrire ton amour dans le cœur de tant d’hommes et de
femmes connus, reconnus par l’Église et aussi inconnus, sauf dans ton
cœur. Ils nous montrent que, quoi que nous ayons fait, ta sainteté peut nous rejoindre et nous rendre saints.
N’oublions pas de laisser Dieu devenir saint en nous.
Pour conclure j’aimerais vous lire une traduction des béatitudes par le Père Stan Rougier, des Foyers de Charité de Marthe Robin, et qui expriment l’élan que Dieu attend de nous:
<- Sur Marthe Robin (et les Foyers de Charité), voir à cette page
1) Il est vraiment vivant, celui qui s’en remet à Dieu ; il est capable d’aimer.
2) Il s’accomplit, celui qui accepte ses limites ; il est entré au royaume de l’amour.
3) Il est vraiment vivant, celui qui a mal aux autres ; Dieu essuiera ses larmes
4) Il s’accomplit, celui que le souci de l’homme et de la gloire de Dieu ne laissent jamais tranquille ; il sera ébloui.
5) Il est vraiment vivant, celui qui déborde de tendresse ; la tendresse de Dieu débordera sur lui.
6) Il s’accomplit celui qui regarde les êtres tels qu’ils sont ; il verra Dieu tel qu’il est.
7) Il est vraiment vivant celui qui s’acharne à réconcilier les frères ennemis ; il sera né de Dieu.
(d'après le Père About, Radio-Vatican)
Méditation 2
Réflexion
1.Y a-t-il visage plus doux que celui de Mère Teresa
de Calcutta, celui de Jean-Paul II, des religieuses cloîtrées, ou des malades
qui offrent au Seigneur leurs souffrances ?
Celui qui a déjà croisé le
regard d’une de ses personnes n’a jamais vu de visage plus serein, plus
heureux. Celui qui connaît une personne qui vit les béatitudes en
renonçant au monde et à ses plaisirs comprend pourquoi Jésus-Christ
nous propose cet étrange chemin de bonheur.
Les béatitudes sont une des
folies les plus illustres et les plus insolites de l’histoire de
l’humanité. Mais, c’est une folie de Dieu : une folie qui apporte la
joie dans cette vie et dans l’autre. Saint Paul nous dit : la folie de Dieu est plus sage que les hommes. ( 1 Corinthiens 1:25)
2.Bienheureux sommes-nous tous quand nous arrivons à
vivre l’Evangile : quand, par pauvreté d’esprit, nous donnons l’aumône
aux nécessiteux ; quand nous préférons être honnête plutôt que de
gagner un sou de plus en fraudant ; quand nous préférons dire du bien
du prochain plutôt que de le critiquer ; quand nous savons chasser de
notre cœur tout rancœur, toute amertume et toute soif de vengeance ;
quand nous regardons les autres avec des yeux innocents, sans
préjugés et avec confiance.
3. Les béatitudes nous montrent que Jésus n’est pas
venu pour nous juger mais pour nous montrer le chemin qui mène à Dieu.
Ne limitons pas notre vie chrétienne à l’accomplissement de quelques
règles strictes afin d’éviter le châtiment éternel. Jésus est venu pour
nous apporter l’amour, pour que dès aujourd’hui nous commencions à en
jouir et à le partager avec d’autres. Le chrétien qui vit ainsi
découvre qu’il a dans son cœur le secret du bonheur, que le monde
ignore.
Prière
Jésus, donne-moi de vivre selon tes béatitudes et de posséder ainsi la vraie joie.
Résolution
Revoir les béatitudes et essayer de vivre aujourd’hui l’une d’entre elles.
(d'après catholique.org)
Pour prolonger la méditation
- Du Premier Testament :
- Ps 1,1:
«
Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, Qui ne
s'arrête pas sur la voie des pécheurs, Et qui ne s'assied pas en
compagnie des moqueurs. »
- Ps 31,2:
« Heureux l'homme à qui l'Éternel n'impute pas d'iniquité, Et dans l'esprit duquel il n'y a point de fraude!. »
- Ps 33,9:
« Sentez et voyez combien l'Éternel est bon! Heureux l'homme qui cherche en lui son refuge! . »
- Ps 39,5:
« Heureux l'homme qui place en l'Éternel sa confiance, Et qui ne se tourne pas vers les hautains et les menteurs! . »
- Ps 40,2:
« Heureux celui qui s'intéresse au pauvre! Au jour du malheur l'Éternel le délivre. »
- Ps 64,5:
« Heureux
celui que tu choisis et que tu admets en ta présence, Pour qu'il habite
dans tes parvis! Nous nous rassasierons du bonheur de ta maison, De la
sainteté de ton temple. »
- Ps 83,6:
« Heureux ceux qui placent en toi leur appui! Ils trouvent dans leur coeur des chemins tout tracés.»
- Ps 88,16:
« Heureux le peuple qui connaît le son de la trompette; Il marche à la clarté de ta face, ô Éternel! »
- Ps 93,12:
« Heureux l'homme que tu châties, ô Éternel! Et que tu instruis par ta loi. »
- Ps 111,1:
« Heureux l'homme qui craint l'Éternel, Qui trouve un grand plaisir à ses commandements. »
- Ps 143,15:
« Heureux le peuple dont l'Éternel est le Dieu! »
- Ps 145,5:
« Heureux celui qui a pour secours le Dieu de Jacob, Qui met son espoir en l'Éternel, son Dieu! »
- Du Nouveau Testament :
- Rm 8,11:
«
Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de
sénevé, vous diriez à cette montagne: Transporte-toi d'ici là, et elle
se transporterait; rien ne vous serait impossible. »
- Ga 5,25 : « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus Christ. »
- D'un théologien ancien :
Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381), chanoine régulier, Les Sept Degrés de l'Amour
Avec tous les saints
Dans la vie éternelle, nous contemplerons avec les yeux de
l'intelligence la gloire de Dieu, de tous les anges et de tous les
saints, ainsi que la récompense et la gloire de chacun en particulier,
en toutes manières que nous voudrons. Au dernier jour, au jugement de
Dieu, lorsque nous ressusciterons avec nos corps glorieux par la
puissance de notre Seigneur, ces corps seront resplendissants comme la
neige, plus brillants que le soleil, transparents comme le cristal...
Le Christ, notre chantre et maître de choeur, chantera de sa voix
triomphante et douce un cantique éternel, louange et honneur à son Père
céleste. Tous nous chanterons ce même cantique d'un esprit joyeux et
d'une voix claire, éternellement et sans fin. La gloire de notre âme et
son bonheur rejailliront sur nos sens et traverseront nos membres ;
nous nous contemplerons mutuellement de nos yeux glorifiés ; nous
entendrons, nous dirons, nous chanterons la louange de notre Seigneur
avec des voix qui ne défailliront jamais. Le Christ nous servira ; il nous montrera sa face lumineuse et
son corps de gloire portant les marques de la fidélité et de l'amour.
Nous regarderons aussi tous les corps glorieux avec toutes les marques
de l'amour avec lequel ils ont servi Dieu depuis le commencement du
monde... Nos cœurs vivants s'embraseront d'un amour ardent pour Dieu
et pour tous les saints...
Le Christ, dans sa nature humaine, mènera le chœur de droite,
car cette nature est ce que Dieu a fait de plus noble et de plus
sublime. A ce chœur appartiennent tous ceux en qui il vit et qui
vivent en lui. L'autre chœur est celui des anges ; bien qu'ils soient
plus élevés de nature, nous les hommes nous avons davantage reçu en
Jésus Christ avec qui nous sommes un. Lui-même sera le pontife suprême
au milieu du chœur des anges et des hommes, devant le trône de la
souveraine majesté de Dieu. Et il offrira et il renouvellera devant son
Père céleste, le Dieu tout-puissant, toutes les offrandes qui furent
jamais présentées par les anges et par les hommes ; sans cesse, elles
se renouvelleront et continueront à jamais dans la gloire de Dieu.
- De théologiens modernes :
- A.M. Besnard, Homélie (1978)
Quelle
chose curieuse se passe ici. Tous ceux qui ont mis en pratique ce
secret du bonheur ont vérifié son efficacité, si j'ose dire. Ceux-là
nous les appelons les saints: il n'en est pas un qui n'ait avoué
connaître la joie profonde. Aucune doctrine de vie ne peut présenter à
son actif autant de témoignages palpables, enregistrables. S'il
s'agissait d'un produit commercial, son succès serait immédiatement
assuré. Mais non. Nous préférons chercher le bonheur par cent recettes
qui n'ont jamais fait leurs preuves et ne les feront jamais, plutôt que
d'essayer d'être tout bonnement disciples de Jésus.
- Jacques Maritain, Lettre à des Petits Frères de Jésus (1975)
Comme
le Verbe incarné avait sur la terre une vie divine et humaine à la
fois, de même les bienheureux au ciel sont entrés dans la vie divine
par la vision, mais ils y mènent aussi [...] une vie humaine glorieuse
et transfigurée. Il y a entre eux [... une] communication
intellectuelle (sans parole bien sûr) dépendant du libre arbitre de
chacun. Chaque bienheureux est maître des pensées de son cœur et les
ouvre librement à qui il veut [...] Au ciel, il y a des événements qui
se passent: de nouveaux bienheureux arrivent, arrivent constamment de
la terre pour naître à la vie éternelle, ils sont accueillis par les
autres, des amitiés s'établissent [...] Tout cela fait une fameuse
histoire, dans une durée bien différente de notre histoire à nous.
L'amour que les saints avaient sur la terre pour ceux qu'ils
"aimaient", ils l'ont gardé au ciel, transfiguré, non aboli par la
gloire [...] Vous vous rappelez le mot de sainte Thérèse de Lisieux:
"Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre". Ce mot va
singulièrement loin, dans le sens qu'on pourrait appeler l'humanisme
des saints, même au ciel.
- Gertrud von Le Fort, Hymnes à l'Eglise (1951)
Tes saints sont comme des héros étrangers, et leurs visages sont comme une écriture inconnue.
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• Mt 17,1-9
Une série d'allusions établit un remarquable parallélisme entre Jésus sur la montagne de la Transfiguration et Moïse sur le Sinaï:
- de part et d'autre, trois témoins (Ex 34,29; Mt 17,1);
- comme celui de Moïse, le visage de Jésus rayonne d'une lumière étincelante (Ex 34,29; Mt 17,2);- plus encore que Moïse, Jésus doit être écouté (Dt 18,15; Mt 17,5).
Il est en effet le nouveau Législateur, venu non pas abolir la Loi, mais l'accomplir et la porter à sa perfection (Mt 5,17).
Moïse, représentant la Loi, et Elie, représentant les Prophètes, lui rendent témoignage.
Illustrations: La Transfiguration
<- Détail d'une icône hexaptyque (= comportant six panneaux) - tempera (peinture à base de blanc d'œuf) et or sur bois - milieu du XIVème siècle.
Vue de l'abside de l'église du monastère de Sainte Catherine: mosaïque du VIème siècle;
debout Moïse; on aperçoit en haut à gauche une partie du buste et du visage d'Elie;
à genoux, on note la présence de Patriarches
(ici, Jacob);
tandis que les trois apôtres témoins de la Transfiguration (Pierre, celui que l'on distingue sur le cliché, Jacques le Majeur et Jean)
sont représentés prostrés et minuscules aux pieds du Christ ->
Dans les deux représentations, le Christ transfiguré est entouré d'une mandorle bleue, traversée par le rayonnement qui émane de son corps; Moïse, vieillard à la barbe grise, lève le doigt en signe d'enseignement.
Monastère du Mont Sainte-Catherine - Sinaï - Egypte.
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• Mt 28, 16-20
- Mission
universelle des Apôtres,
- don du baptême « au
nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit »,
- promesse de la
présence du Ressuscité « tous les jours jusqu’à la fin du monde »,donnent à ce récit évangélique une
claire portée ecclésiale,d'autant que ces versets sont les derniers de l'Evangile de Matthieu.
Pour prolonger la
méditation
- Versets du Nouveau
Testament :
- Mc 1,9-10 : « Au moment où il sortait de l’eau
du Jourdain, Jésus vit le ciel se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme
une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : C’est toi mon Fils
bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour. »
- Lc 10, 21-22 : « Jésus exulta de joie sous l’action
de l’Esprit Saint, et il dit : Père, Seigneur du ciel et de la terre, je
proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as
révélé aux tout-petits ; » - Rm 8,11 ;16-17 : « L’Esprit Saint lui-même
affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses
enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers
avec le Christ, si nous souffrons avec lui, pour être dans la gloire. »
- 2Co 13,13 : « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ,
l’amour de Dieu, et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous tous. »
- 1P 1,1-2 : « Moi, Pierre, Apôtre de Jésus-Christ,
à vous qui êtes comme en exil – dispersés dans les provinces du Pont, de
Galatie, de Cappadoce, d’Asie et de Bithynie – choisis selon le plan de Dieu le
Père, dans l’Esprit qui sanctifie, pour obéir à Jésus-Christ et être purifiés
par son sang. »
- Commentaires
patristiques :
- De saint
Cyrille d’Alexandrie, in Commentaire sur l’Evangile de Jean 11,7 :
« Le nom de Père convient à Dieu
plus proprement que le nom de Dieu : celui-ci est un nom de dignité,
celui-là signifie une propriété substantielle […] Que ce nom de Père soit plus
vrai et plus propre que celui de Dieu, le Fils lui-même nous le montre par l’emploi
qu’il en fait. Il disait non pas « Dieu et moi », mais « Moi et
le Père, nous sommes un »*. Et il disait aussi « C’est lui, le Fils
que le Père a marqué de son empreinte »**. Mais quand il a prescrit à ses disciples
de baptiser toutes les nations, il a expressément ordonné que cela se fasse non
pas au nom de Dieu, mais « au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. »
* Jn 10,30
** Jn 6,27
Voici quelle est la règle de notre foi, voici ce
qui fonde notre édifice, voici ce qui donne fermeté à notre comportement.
D'abord : Dieu Père, incréé, illimité, invisible ;
Dieu un, créateur de l'univers ; c'est le premier article de notre foi.
Deuxième article : le Verbe de Dieu, Fils de Dieu,
Jésus Christ, notre Seigneur ; il a été révélé aux prophètes selon le genre de
leurs prophéties et selon le dessein du Père ; par son entremise, tout a été
fait ; à la fin des temps, pour récapituler toutes choses, il a daigné se faire
homme parmi les humains, visible, palpable, pour ainsi détruire la mort, faire
apparaître la vie et opérer la réconciliation entre Dieu et l'homme.
Et troisième article : l'Esprit Saint ; par lui,
les prophètes ont prophétisé, nos pères ont appris les choses de Dieu et les
justes ont été guidés dans la voie de la justice ; à la fin des temps, il a été
répandu d'une manière nouvelle sur les hommes, afin de les rénover sur toute la
terre, pour Dieu.
C'est pourquoi le baptême de notre nouvelle
naissance est placé sous le signe de ces trois articles. Dieu le Père nous
l'accorde en vue de notre nouvelle naissance dans son Fils par l'Esprit Saint.
Car ceux qui portent en eux l'Esprit Saint sont conduits au Verbe qui est le
Fils, et le Fils les conduit au Père, et le Père nous accorde l'immortalité.
Sans l'Esprit il est impossible de voir le Verbe de Dieu, et sans le Fils on ne
peut pas approcher du Père. Car la connaissance du Père, c'est le Fils, et la
connaissance du Fils se fait par l'Esprit Saint, et le Fils donne l'Esprit
selon le bon plaisir du Père.
- D’auteurs
modernes :
- De Paul
Claudel in Je crois en Dieu :
« Tout l’Ancien Testament ne
fait que balbutier la première lettre du nom sacré (qui est aussi la première
lettre de l’alphabet) : A, a – et c’est le Fils qui seul a été rendu capable de l’achever et de le mettre dans
notre bouche sous sa forme parfaite : Abba, Père ! Notre Père qui êtes
aux cieux. »
- Du P. François Varillon in La souffrance de Dieu :
« Je
ne puis pas ne pas croire, sauf à être moi-même défaillant dans ma foi, que
Dieu veut d’un vouloir éternel que l’humanité entière accède à la connaissance
explicite de celui qu’il a envoyé, Jésus Christ. « Faites de toutes les
nations des disciples »*. Il m’est donc permis de penser que toute lenteur
paresseuse, toute négligence, tout défaut d’énergie pour faire connaître et
aimer le Fils meurtrit le Père et contriste l’Esprit. Cela devrait suffire à
nourrir en moi, gratuitement, une flamme. »
* Mt 28,19
-
De D. Cerbelaud in Vraiment, tu es un Dieu caché ! Variations
théologiques sur le thème de l’intériorité (1983) :
« Quel est le
noyau véritable de toute formule dogmatique ? Quel est le premier mode de
la parole théologique ? Antérieurement à toute élaboration dogmatique, la
première affirmation chrétienne est d’ordre liturgique. Historiquement et « essentiellement »,
c’est en effet la confession de foi qui précède toute dogmatisation […] Il faut
rappeler que le dogme trinitaire plonge ses racines dans la liturgie
baptismale […] Et plus généralement on peut dire que la liturgie est la
véritable matrice de toute théologie. Or le langage parlé par la liturgie n’est
autre que celui de l’Ecriture. La liturgie, ce n’est que l’Ecriture revue au
prisme de Résurrection du Christ et architecturée par la méditation
ecclésiale de cet événement, qui se dispense au long de la temporalité créée. »
-
De la CFC
(Commission francophone Cistercienne) in La nuit le jour – Hymnes et tropaires :
Dieu inconnu, ô Toi qui es
Présence aux nuits de notre histoire Tu fais pointer en nos ténèbres
L’Espérance ;
Brise les forces de la mort :
De nos yeux nous te verrons,
Dieu inconnu !
Jésus Seigneur, Toi qui étais
Auprès du Père avant les siècles,
Ton passage nous découvre
Le Mystère !
Trace un chemin dans notre vie :
Sur tes pas nous marcherons,
Jésus Seigneur !
Esprit de feu, ô Toi qui viens
Prendre les hommes dans ton souffle, Tu déploies dans leur faiblesse
Ta puissance ;
Brûle d’amour les fils de Dieu :
Dans ta joie nous entrerons,
Esprit de feu !
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