Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven




Saints Pierre et Paul, apôtres







Le 29 juin, l’Église honore à la fois saint Pierre et saint Paul, les deux piliers de l’Eglise.
Jamais la Tradition ne les a fêtés l’un sans l’autre : ils sont inséparables... et pourtant à l'origine si différents!



(1)



Fils de pêcheur et pêcheur lui-même, simple, sans éducation ni culture qui l’auraient préparé à jouer un rôle de premier plan, Simon-Pierre était de Capharnaüm en Galilée, ville située au bord du lac de Tibériade.

Saul-Paul était un juif de la diaspora, de Tarse en Asie Mineure, pharisien disciple de Gamaliel, et qui plus est citoyen romain.

Tous deux verront leur vie bouleversée par la rencontre avec Jésus de Nazareth, dans des circonstances, certes, bien différentes:

Après une pêche miraculeuse, le Seigneur interpelle Simon : « Viens derrière moi. Je ferai de toi un pêcheur d’hommes » (Mc 1,17).

Saul, « animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur » (Ac 9,1), est enveloppé de lumière sur le chemin de Damas, tandis qu’une voix retentit : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes ».

Simon devenu Pierre laisse ses filets et son foyer pour suivre le rabbi.

Saul devenu Paul se met à la disposition des apôtres.

Pierre reçoit de l’Esprit-Saint la révélation de l’identité de son Maître : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ».

Paul entend « des paroles inexprimables, qu’on n’a pas le droit de redire » (2 Co 12, 4).

Pierre reçoit la charge de paître le troupeau de l’Eglise : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ».

(2)

Paul a reçu l’imposition des mains d’Ananie, qui était avant lui sous l’onction du Saint Esprit (Ac 9,17) ; il a soumis son apostolat à l’approbation de l’Eglise réunie à Jérusalem (Ga 2,2) ; mais il a toujours considéré, eu égard aux révélations extraordinaires dont il fut bénéficiaire, que sa mission était celle d’un authentique apôtre.

(3)

Même s’il n’avait pas connu Jésus « selon la chair » (2 Co 5, 16), sa connaissance du Christ, toute spirituelle et reçue par grâce, n’en fût pas moindre que celle des « témoins oculaires devenus serviteurs de la Parole » (Lc 1,2). Aussi ne voulut-il jamais sacrifier ses propres convictions aux vues du plus autorisé des apôtres ; il « s’opposa ouvertement à Pierre à Antioche » (Ga 2,11) afin de préserver la liberté spirituelle acquise dans le Christ.

Paul se voit confier par Dieu « l’annonce de l’Evangile aux païens, comme il l’avait confié à Pierre pour les Juifs » (Ga 2,7).

Tous deux donneront le suprême témoignage du martyre : Pierre sera crucifié et Paul décapité (car citoyen romain).
La Tradition raconte que touché par les larmes des fidèles, Pierre songea d’abord à fuir la persécution que venait de soulever l’empereur Néron ; mais, comme il sortait de Rome, il vit le Christ se présenter à lui :
- Où allez-vous, Seigneur ? lui demanda-t-il.
- Je vais à Rome, répondit Jésus, pour y être à nouveau crucifié.
A ces mots, le Sauveur disparut, et Pierre comprit qu’il devait revenir à Rome pour y subir le sort de son Maître.

C’est donc ensemble qu’ils représentent, dans la complémentarité de leurs missions et charismes respectifs, le ministère apostolique de l’Eglise toute entière.

C’est pourquoi, après son intronisation solennelle en la Basilique Saint Pierre, Benoît XVI s’est immédiatement rendu en la Basilique Saint Paul pour signifier cette double allégeance.

C’est également en la fête des Apôtres Pierre et Paul qu’étaient traditionnellement ordonnés les prêtres.

La liturgie byzantine souligne le lien spirituel qui unit la solennité de ce jour et celle de la Pentecôte ; le témoignage des apôtres est en effet le fruit direct de la descente sur eux du Saint-Esprit. Un carême spécial - dit « carême des apôtres » - prépare même les fidèles à cette solennité : c’est en dire l’importance. La période de jeûne - en pratique assez adouci - commence le lundi qui suit le premier dimanche après la Pentecôte et prend fin avec la journée du 28 juin.

Puissions-nous nous ouvrir à la grâce de cette solennité et nous laisser renouveler dans notre vocation missionnaire, fidèles à l’institution pétrinienne et au charisme paulinien.

« Réjouis-toi, ô Pierre l’Apôtre, toi le grand ami du Maître, Christ notre Dieu. Réjouis-toi, bien aimé Paul, prédicateur de la foi et docteur de l’univers. A cause de cela, intercédez tous deux auprès du Christ notre Dieu pour le salut de nos âmes » (Oraison de la liturgie byzantine).

(D'après Catholique.org)

Illustrations: "L'incrédulité de saint Thomas", bas-relief du cloître roman Santo Domingo de Silos (Espagne, fin du Xième siècle)
(1). Le "grand saint Paul" et le "saint apôtre Pierre", comme ils sont désignés par les inscriptions de leurs auréoles. On notera que, si leurs visages sont tournés vers leur droite, où se tient le Christ ressuscité, leurs pieds sont déjà tournés, prêts qu'ils sont à partir en mission.
Paul est reconnaissable à son crâne dégarni, conformément à une très ancienne tradition; le "Maître de Silos" a en outre creusé son front de rides, marques annonçant la préoccupation de Paul pour les Eglises qu'il fondera.
Pierre a l'index levé, symbole de l'autorité.
(2). Pierre tient dans sa main gauche une superbe clef castillane en fer forgé, symbolisant sa mission de gouvernement de l'Eglise (cf. Mt 16,19: "Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux").
(3). La banderole que Paul tient à la main porte une citation de sa deuxième Lettre aux Corinthiens: "Afin que la grandeur des révélations ne m'emplisse pas d'orgueil".
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