Quelques remarques préalables
sur les Textes bibliques
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1• Tout d'abord - et contrairement à ce que notre expression "la Bible" pourrait laisser supposer! - nous ne sommes pas en présence d'un Livre, mais presque d'une bibliothèque, qui s'est constituée en près de onze siècles!
La Bible catholique contient en effet 74 livres:
- 47 pour le Premier Testament (sur ce mot, voir ci-dessous):
- 39 écrits en hébreu, avec quelques passages d'araméen;
- 8 écrits en grec, appelés "deutéro-canoniques" (voir à la page correspondante), qui ne sont reconnus ni par les Juifs ni par les Réformés (qui les appellent "apocryphes"). La Bible juive compte 22 ou 24 livres, selon les Traditions. - 27 pour le Nouveau Testament, tous écrits en grec .
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2• Je rappelle que le mot "Testament" est le "calque" du latin testamentum, qui est lui-même la traduction du mot grec διαθηκη - diathèkè signifiant "alliance" (traduisant le mot hébreu ברית - berit)... dont le rapport avec notre acte notarié est le suivant: dans la langue du droit hellénistique (donc celui du monde dans lequel vivaient les auteurs de la LXX - cf.
ci-dessous) ce mot διαθηκη désignait l'acte par lequel quelqu'un
déclare les dispositions qu'il entend imposer, et ce en présence de "témoins" (même racine que "testament"; en latin: témoin = testis). L'accent porte moins sur la nature de la convention juridique que sur l'autorité de celui qui fixe par elle le cours des choses.
En utilisant ce vocable, les traducteurs de la LXX soulignent à la fois
la transcendance et la condescendance divines, à l'origine du peuple
d'Israël et de sa Loi._______________________________________________________________________
2• Ce que les chrétiens nomment « Premier (ou « Ancien »)
Testament» regroupe:– les נביאים ("Prophètes"),
– et les כתובים (« autres Ecrits ») dont, par exemple, les livres des Psaumes et des Proverbes, le Cantique des
Cantiques, les vies d’Esther (que
les Juifs, nos frères aînés dans la Foi, célèbrent lors
de la fête de פרים « Pourim ») et de Daniel, ou encore les Chroniques.
L'ensemble de tous ces livres forme la TaNaCh תנכ, des trois initiales de ces trois groupes de Livres: ת pour Torah = Loi, נ pour Nabiim = Prophètes, et כ pour Ketouvim = Ecrits (voir page "Fixation du canon de la TaNaCh").
A part la Torah/le Pentateuque, ces livres sont regroupés un
peu différemment dans les Bibles hébraïque, grecque dite la « Septante », et
chrétiennes.
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3•La Septante - LXX.
C'est la traduction grecque de la Bible hébraïque, sans doute la plus ancienne des traductions bibliques, en tout cas celle appelée à la plus grande postérité.
L'hypothèse longtemps dominante fut celle des besoins liturgiques d'une communauté
juive (en particulier à Alexandrie) dont la langue vernaculaire était le grec, et qui n’était plus en
mesure de comprendre l'hébreu.
L'opinion des spécialistes aujourd’hui est un peu différente: certes, « l’initiative [de cette traduction grecque] a répondu à
des besoins latents de la communauté juive (besoins cultuels,
d’instruction et d’apologie) » (Dorival) hellénisée , mais n’est pas venue
de celle-ci.
Plutôt, si l'on s'appuie sur la Lettre d'Aristée et de nombreux
témoignages patristiques postérieurs, on peut penser que Démétrios de Phalère, fondateur de la bibliothèque d'Alexandrie (qui souhaitait posséder un exemplaire de tous les "livres" écrits dans le monde méditerranéen), suggéra au roi lagide Ptolémée I (325 à 285) de demander au grand-prêtre de Jérusalem « des Anciens compétents dans
la science de leur Loi » pour la traduire en langue grecque. Les savants
juifs étaient six de chacune des douze tribus d'Israël, au total 72,
d'où
le nom de LXX.
Par ailleurs, on sait que Ptolémée II Philadelphe
(285-246) avait intégré la Torah dans son système judiciaire vers 275.
Cette initiative du premier magistrat de
l'état lagide et des savants de la bibliothèque d'Alexandrie répondait donc plutôt à un but de
politique culturelle universaliste (enrichissement de la
bibliothèque) et au souci de connaître de façon précise la Loi des juifs de
la communauté alexandrine.
Les réactions face à cette traduction furent très divergentes: selon la Lettre d'Aristée, « le travail terminé, Démétrios réunit la
communauté des Juifs à l’endroit où s’était accomplie l’œuvre de la
traduction, et il en fit lecture à toute l’assemblée, en présence des
traducteurs, qui furent d’ailleurs accueillis avec enthousiasme par la
foule, pour leur contribution à un bien considérable. Ils firent
une ovation pareille à Démétrios».
En revanche, dans le Prologue du Siracide, écrit directement en grec entre 132 et 117 avant notre ère par le petit-fils et traducteur de Jésus Ben Sirach (ce dernier étant lui-même l'auteur du Siracide en hébreu), on peut lire : « Si l'on considère la Loi elle-même, les Prophètes et les autres
livres, leur traduction diffère
considérablement de ce qu'exprime le texte original». Et dans le SeferTorah I, 8 (3e siècle): les Écritures « ne doivent pas
être écrites […] en langue grecque. Soixante-dix anciens écrivirent la Torah pour
le roi Ptolémée en grec, et ce jour fut aussi mauvais pour Israël que
le jour où le veau d’or fut fabriqué, puisque la Torah ne pouvait être
traduite adéquatement. »
Il conviendra de garder en mémoire que les périodes de constitution des
corpus hébreu et grec se chevauchent, et que bien souvent il y a
interaction entre leurs traditions textuelles. C’est vrai en
particulier pour la LXX, née alors que le canon hébreu n’est pas encore
clos (voir page "Fixation du canon de la TaNaCh"), et que
le texte hébreu fluctue donc encore : pendant six siècles, Bibles en
hébreu
et en grec ont coexisté dans le judaïsme, elles « ont vécu d’une vie
jumelle, parallèle, interactive » (M. Harl, Avant-propos de La Bible des LXX) _______________________________________________________________________
4• Le « Nouveau
Testament » des chrétiens, rédigé en grec, langue véhiculaire de tout le bassin méditerranéen romanisé (mais il ne faut jamais oublier que ses auteurs parlaient entre eux l'araméen/hébreu, et
avaient la LXX sous les yeux lorsqu'ils rédigeaient; pour vraiment comprendre le sens d'un mot, il
est donc important de le rechercher dans la LXX et de retrouver ainsi son
équivalent en hébreu!), regroupe:
- l’Evangile (du grec ευαγγελιον = « bonne nouvelle », selon les Saints Matthieu (Mt), Marc (Mc),
Luc (Lc) et Jean (Jn) - les trois premiers évangiles étant dits « synoptiques », du grec συν « avec »,
et οπτ-/οφτ- (racine bien connue désignant la vue), parce qu'on peut les "regarder ensemble", les mettre en parallèle; - les Actes des Apôtres ;
- les Epîtres
(du latin epistula, qui signifie« lettre, courrier ») de Saint Paul,
- l’Epître aux Hébreux,
- les Epîtres des
Saints Jacques, Pierre, Jude et Jean ;
- l’Apocalypse (du grec αποκαλυψις "révélation", sens premier de ce mot) de Saint Jean.
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5• Un peu d'Histoire:
5.1• Avant d'être mis par écrit, certains textes du Premier Testament ont d'abord longtemps existé sous forme de tradition orale.
Les premières traditions écrites datent vraisemblablement du règne de Salomon (env.972-933 av. J.-C.).
Les derniers textes écrits du Premier Testament le sont en grec; le dernier est sans doute le Livre de la Sagesse (voir en cliquant ici), vers 50 av. J.-C., à Alexandrie comme la LXX (voir ci-dessus), mais très postérieurement à celle-ci.
Les premiers textes du Nouveau Testament sont les deux Epîtres de Paul aux Thessaloniciens (51 ap. J.-C.).
Le premier Evangile rédigé est probablement celui de Marc (vers 65-70) et le dernier celui de Jean, dont la rédaction finale peut être située vers 90.
Les derniers textes à être mis en forme écrite définitive sont les Epîtres de Jean (vers 100) et la deuxième de Pierre (vers 125).
5.2• La traduction latine officielle de la Bible, la « Vulgata - Vulgate »
, est l'œuvre de saint Jérôme (fin du IVème-début du Vème siècles). Il a traduit le Premier Testament à partir de l'hébreu.
Outre celle-là, on compte:
- la Vetus Latina (vieille latine), première traduction latine, réalisée à partir
du texte grec (la Septante pour l'Ancien Testament). Elle n'a été guère conservée.
- la Vulgata Clementina (Vulgate clémentine), révision de la Vulgate (dont il existait alors
plusieurs versions) décidée lors du concile de Trente, réalisée sous les pontificats de Sixte
V et Clément VIII; elle est achevée en 1592. Il s'agissait, face à la Réforme qui encourageait les traductions
de la Bible dans toutes les langues vernaculaires, de réaffirmer que la seule Bible autorisée est la Bible latine.
- la Nova Vulgata (nouvelle Vulgate) est une nouvelle révision de la Vulgate. Décidée
lors du concile de Vatican II, elle est achevée en 1979.
5.3• Vers 1450, c'est le premier livre à être imprimé par Gutemberg.
5.4•En 1203, la Bible est divisée en chapitres par le bibliste et théologien Stephen Langton.
En 1553, les chapitres sont divisés en versets (en s'appuyant sur la division en versets numérotés des livres de la Bible hébraïque, introduite par les massorètes) lors de l'édition imprimée de Robert Estienne.
Les sous-titres sont l'œuvre des traducteurs; ils ne se trouvent pas dans le texte original.
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Très important:
Une remarque "linguistico-théologique" à propos du tétragramme (du grec: "quatre lettres") divin יהוה
- que j'utiliserai souvent tel quel, sans le traduire mais en le
transcrivant YHWH, ou que je traduirai par "l'Eternel" (voir
ci-dessous):
1. L'hébreu biblique est une langue consonantique, c'est à dire que seules les consonnes sont écrites (ce qui donne une certaine latitude - en même temps que certaines difficultés - et une grande richesse dans l'interprétation des textes; on le verra souvent au long de ce site, dans les commentaires de textes hébraïques).
2. Dans la תנכ,
certains mots ne peuvent ou ne doivent être prononcés ; on trouve donc pour
ces mots deux leçons : le kétiv (ou kétib), qui est écrit, et le qéré, qui est lu.
C'est
que les massorètes (littéralement "ceux qui transmettent"), savants
juifs qui ont fixé le texte de la Bible hébraïque, ont suggéré une
leçon consonantique qui leur semblait meilleure que celle du texte;
cette leçon suggérée est signalée par la lettre ק pour "qéré", alors que le kétiv est signalé par la lettre כ.
(Dans le texte du livre d’Isaïe de Qumrân, le
qéré non vocalisé du nom divin apparaît au-dessus du kétiv. Ce système de
notation, apparu donc assez tôt, correspond à la période précédant l’apparition de
la vocalisation.)
3. Il en va ainsi du nom principal de Dieu, le tétragramme יהוה (transcrit YHWH) que l’on ne doit pas prononcer (c'est donc un kétiv): "Si l’homme ne peut lire le tétragramme, c’est
que le Mystère de l’identité de Dieu le dépasse".
Son qéré est אֲדֹנָי (transcrit et lu Adonaï – traduit textuellement: « mon Seigneur »).
Donc, dès qu'en lisant la Bible en hébreu on rencontre le tétragrammeיהוה, on doit lire "Adonaï".
4. Mais certains, ignorant ce fait, ont superposé consonnes du kétiv et voyelles du qéré ce qui donne « YaHoWaïH - Yahovah » d'où les aberrations linguistico-historico-religieuses « Jéhovah » ou encore « Yahweh ».
5. D'autre parton peut comparer le nom (השם « HaShèm - le Nom » est d'ailleurs une autre des façons de désigner Dieu) tétragrammique
de Dieu, יהוה, au verbe היה « être » (qui n’est jamais la
copule française – dans ce cas, il n’est pas exprimé en hébreu – mais qui signifie « exister »,
donc avec un sens très fort) dans ses différents états (l’hébreu, comme toutes les langues sémitiques, ne
connaît pas de temps, mais des « états » du verbe : l’hébreu est
une langue « en mouvement », « en marche » – en particulier
l’hébreu biblique – ne serait-ce que parce qu’il n’est pas vocalisé dans les
Sifré Torah, « rouleaux de la Torah », ce qui donne la possibilité de
nombreuses exégèses).
Dans ce cas, le tétragramme peut être considéré comme la contraction en ses quatre lettres
- de l’accompli,
notre « passé » : HYH (= Il était de tout temps),
- de l’ « actuel » : HWH (= Il est aujourd'hui),
- et de l’inaccompli, notre « futur » : YHH (= Il sera de toute éternité),
du verbe « être ».
C’est pourquoi l’on traduit souvent יהוה par « l’Eternel », ou
encore « Celui qui est, qui était et qui vient » ; et, contrairement
à ce qui se trouve dans de nombreuses traductions françaises, on devrait
réserver la traduction « le Seigneur » à אדן ou
אדון - Adôn.
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