Cette année 2010: du 30 mars au 6 avril = du 15 au 23 nissan 5770
טסח Pessa’h
La Pâque
« Souviens-toi
de la sortie d’Égypte »
Présentation de la fête:
La fête de טסח Pessa’h dure huit jours (sept en Israël) –
pendant lesquels il est interdit de consommer tout aliment qui contiendrait du
levain.
On mange donc des pains azymes (Matsot)*.
Par une « lecture aux éclats », Pessa’h
peut se lire Péh-sa’h, c'est-à-dire « la bouche qui parle ». C’est en
effet une obligation à Pessa’h de raconter la Sortie d’Égypte et tout ce qui s’y
rapporte.
Elle commence par un repas très particulier appelé le « Séder », selon un
« ordre » précis.
C’est, avec Chavouot (fête du Don de la Loi) et
Soukkot (fête des « Cabanes », rappelant les quarante années passées dans
le désert après la Sortie d’Égypte), une fête de pèlerinage**.
Elle tombe le 15 du mois de Nissan (donc généralement au
mois d’avril).
Les deux premiers et les deux derniers jours sont des
jours de fête, et les jours intermédiaires des jours de mi-fête (ou
Hol-hamoèd).
Pessa’h est à la fois
une fête religieuse et agricole.
Historique de la fête:
• A l’origine, c’est une
très ancienne fête de bergers (donc nomades),
célébrant la fécondité du bétail. Au moment où les brebis mettent bas, on
immole un agneau*** d’un an, et on marque de son sang les piquets des tentes pour se
protéger des influences néfastes.
• Israël, en en faisant la
fête de la Sortie d’Égypte, l’a combinée avec la
fête des Azymes, fête d’agriculteurs sédentaires, célébrant le printemps et la première
récolte de l’orge. On immole l’agneau pascal,
on mange sa viande rôtie, on marque les portes avec son sang en souvenir du « passage »
de Dieu (le mot Pessa’h signifie « passer au-dessus », car Dieu est
passé au-dessus des maisons de Hébreux lors de la dixième plaie d’Égypte)****. Au cours du repas, le père de famille fait mémoire de l’Exode, de la sortie d’Égypte
après quarante années d’esclavage. Ce rituel est longuement décrit en Ex 12-13. La Pâque se célèbre en famille, mais l’agneau
est d’abord immolé au Temple (si bien qu’aujourd’hui la Pâque se célèbre sans agneau).
La Bible mentionne des fêtes de Pâque particulièrement solennelles sous Josué (Jos 5,10-12), sous Josias (2R 23,21-23 ; 2Ch 35,1-18) et au retour d’Exil (Esd 6,19-22).
Le rituel:
Plusieurs obligations (Mitsvot) sont liées à la fête de
Pessa’h.
La première est l’interdiction de consommer, de posséder, ou
même de voir du ‘Hamets, c'est-à-dire tout aliment contenant du levain – et,
par extension, tout aliment contenant de la farine de l’une des céréales
suivantes : blé, orge, avoine, épeautre et seigle, car ce sont des
céréales qui fermentent.
La deuxième obligation est la consommation de la Matsa, pain sans levain
ou pain azyme (transcription du mot grec signifiant « sans levain ») –
symbole de la liberté, car c’est le pain que les Hébreux ont préparé la veille
de la Sortie d'Égypte et qui n’a pas pu lever ; mais aussi pain de misère,
car c’est le pain que consommaient les Hébreux esclaves en Égypte.
La troisième obligation est la célébration du Séder de Pessa'h. Durant
le Séder, on raconte en en lisant la Haggada la Sortie d'Égypte,
et on montre sur le plat du Séder tous les symboles supports de cette
narration.
Mais
avant d’arriver au Séder, de nombreuses étapes de préparation sont
indispensables.
Bien avant la fête,
il faut commencer à évacuer de la maison, de la voiture, du lieu de travail, tout
ce qui contient du ‘Hamets ; cette tradition est à l’origine, même chez
les non-juifs, des grands nettoyages de printemps.
Au soir du 13 Nissan,
dès la tombée de la nuit, on fait la Bedikat ‘Hamets :
à la lumière d’une bougie, on cherche minutieusement le ‘Hamets dans tous les
coins.
Le
‘Hamets trouvé sera brûlé le lendemain matin,
lors de la cérémonie du Biour ‘Hamets.
Le 14 Nissan, les premiers-nés garçons
doivent jeûner en souvenir de la
mort des premiers-nés d’Égypte. Mais tant que le garçon n’est pas majeur, c’est
son père qui jeûne à sa place.
Le soir du 14 Nissan, on
se réunit autour de la table sur laquelle trône le plat du Séder.
LE
SEDER, SOIRÉE PASCALE – LE PLAT DU SEDER.
Cette
fête familiale par excellence s’appelle donc Séder, ce qui
signifie « ordre » - car tout dans cette soirée
suit un ordre extrêmement précis, énoncé dans un texte qui sera lu comme un
véritable programme.
Ce
texte, distribué à chaque participant, est la Haggada******
de Pessa'h (un des
« best-sellers » des livres juifs, qui a particulièrement inspiré de
nombreux artistes).
Au
milieu de la table est posé un grand plat, le plat du Séder, sur lequel se
trouvent tous les éléments, éléments symboliques
qui seront montrés, goûtés, et commentés tout au long de la soirée pascale. Le rôle
de cette dernière est de mettre en scène des souvenirs-clefs de la Sortie
d'Egypte, pour les vivre au plus profond de soi et faire en sorte d’avoir le sentiment réel de
vivre un moment de libération.
Le
Séder est une cérémonie où une place prépondérante est donnée au questionnement, en particulier celui de l’enfant.
Les
questions concernent tous ces objets inattendus et ces comportements
insolites : pourquoi mange-t-on de la Matsa ? pourquoi des herbes
amères ? pourquoi doit-on manger et boire penché sur le côté gauche ?
Pour
bien marquer cette importance de la question, de nombreuses phrases de la
Haggada commencent par « Ma » (« quoi ? » en hébreu).
C’est le cas du célèbre texte des quatre questions
que les enfants attendent avec impatience le soir du Séder pour pouvoir le
chanter à haute voix : « Ma nichtana halaïla hazé mikol
haleïlot ? », « En quoi cette nuit [est-elle] différente de
toutes les [autres] nuits ? », une des questions auxquelles la
Haggada s’efforce de répondre tout au long de la soirée.
Le
plat du Séder contient tous les symboles de la fête. On y trouve un os
grillé ; un œuf dur ; une coupe d’eau salée ; une sorte de
compote (Harossèt) ; des herbes amères (on utilise en général du raifort,
mais on peut aussi se servir de romaine, de radis, de radis noir ou d’endives
suivant les traditions) ; des herbes à feuilles (Karpass) : persil ou
céleri ; et trois Matsot (voir photos). La place de ces différents éléments varie selon
les traditions.
1. L’os grillé rappelle le
sacrifice de l’agneau pascal le soir de la Sortie d'Egypte (voir note****). Le
sacrifice de cet agneau fut le premier signe de libération pour les Hébreux,
l’agneau étant un animal divin pour les égyptiens : oser sacrifier un
animal divin représentait, pour un peuple d’esclaves, un geste de courage
énorme, et surtout de confiance absolue en Dieu.
2. L’œuf dur rappelle le
sacrifice (Qorban Haguiga) que l’on apportait à chaque fête de pèlerinage.
C’est aussi un symbole de deuil qui évoque la destruction du Temple de
Jérusalem.
3. Le
‘Harossèt est une pâte faite de pommes écrasées
mélangées à des noix, de la cannelle, du vin rouge et du gingembre, ou bien
préparée à partir de dattes, de noix et de pommes ; ressemblant au mortier,
il est prescrit pour rappeler les briques que les Hébreux devaient fabriquer pour
construire les villes et monuments de Pharaon.
4. Le
Maror, herbes amères, rappelle l’amertume
de l’esclavage – car les Égyptiens ne se contentaient pas de faire travailler
très durement les Hébreux, mais les persécutaient, s’acharnant sur eux
physiquement en dégradant leur intégrité corporelle, et psychologiquement en
les mettant dans des situations où ils devaient eux-mêmes livrer leurs propres
enfants à une mort certaine.
5. Le
Karpass, herbe à feuilles, rappelle les
feuilles avec lesquelles les Hébreux aspergèrent leurs portes et linteaux avec
le sang de l’agneau pascal.
6. L’eau salée dans une coupelle rappelle la sueur
et les larmes des Hébreux asservis en Égypte.
7. Les
Matsot, qui sont au nombre de trois, symbolisent les trois patriarches,
Abraham, Isaac et Jacob ; ou les trois catégories du peuple d’Israël :
Cohen, Lévi, Israël.
Durant
le Séder, on boit quatre
coupes de vin, qui évoquent les
quatre langages de liberté employés dans le texte biblique pour relater la Sortie d'Égypte. Afin d’insister encore sur cette notion très forte de libération, on se
doit de vider les quatre coupes en étant accoudé sur le côté gauche – parce qu’à
l’époque romaine, où fut institué le Séder, seuls les hommes libres pouvaient
manger allongés sur des sofas. En outre, l’inclinaison à gauche mime le
mouvement d’un homme en marche (c’est pour cette raison que la Mezouza, fixée à
la porte principale de la maison, est inclinée vers la gauche) : l’homme
doit toujours être prêt à se "mettre en marche", à s’inventer, à se remettre en question; or seul l'homme libre peut le faire.
La fin du Séder est
marquée par la consommation de l’Afikomane, un petit morceau
de Matsa qui a été caché et retrouvé. Ce mot viendrait du grec, et signifierait
« dessert » ; mais les maîtres hassidiques proposent une autre
étymologie, dérivée de l’araméen Afiqouname « Faites sortir le
questionnement ! »
Le
Séder se termine par de nombreux chants, dont le plus célèbre est l’histoire d’ « un
agneau que mon père a acheté pour deux sous… »
A
partir du deuxième soir de Pessa'h on compte – soir après soir – la période de l’Omère,
qui dure quarante-neuf jours (cf. le
mot « Pentecôte ») et mène à Chavouot.
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Notes:
* C’est pourquoi, dans les récits
de la Cène de Jésus, on parle souvent des jours « où l’on mange des pains sans levain »
pour désigner cette période de la Pâque.
** C’est pourquoi, dans les récits de la
Semaine Sainte, on fait si souvent allusion au grand nombre de personnes
présentes à Jérusalem (Juifs de la Diaspora; prosélytes, païens convertis au Judaïsme; et « craignant-Dieu »,
païens en voie de conversion). D'où également le grand nombre de langues parlées par les apôtres et comprises par les témoins lors de la Pentecôte.
*** D’où les nombreuses références dans le
christianisme à Jésus, l’ « Agneau immolé » qui a racheté par
son sang l’humanité pécheresse.
****Le récit des plaies d’Egypte s’achève
– en face de l’endurcissement de Pharaon (voir
en cliquant ici -
Ex 4,21 »)
– par la mort des premiers-nés d’Égypte, alors que les Hébreux sont protégés
grâce au sang de l’agneau pascal dont ils ont marqué leurs portes :
וְעָבַר יְהוָה
לִנְגֹּף אֶת־מִצְרַיִם וְרָאָה אֶת־הַדָּם עַל־הַמַּשְׁקֹוף וְעַל שְׁתֵּי הַמְּזוּזֹת
"Et
l'Éternel passera pour frapper l'Égypte, et il verra le sang sur le linteau, et
sur les deux poteaux;
וּפָסַח יְהוָה עַל־הַפֶּתַח וְלֹא יִתֵּן הַמַּשְׁחִית לָבֹא אֶל־בָּתֵּיכֶם נְגֹּף׃
Et l'Éternel passera par-dessus la porte,
et ne permettra point à l’exterminateur d'entrer dans vos maisons pour frapper".
On peut noter que ce passage distingue Dieu de l’« exterminateur »,
alors que dans la suite Dieu semble agir lui-même (Ex 12,29).
******
Midrash =
paraphrase rabbinique édifiante de la
תנכ TaNaKh
(voir en cliquant
ici), enrichie d’interprétations et d’actualisations.
Haggada = forme
d’exégèse rabbinique, qui explicite et met en valeur les événements du passé,
éventuellement en les amplifiant.
Halakha = type de Midrash qui
s’occupe de la législation dans la Tora'h, donc de l’exégèse des Livres de l’Exode au Deutéronome, et de sa mise en pratique.
Mishnah = à l’origine,
enseignement oral du droit rabbinique, qui faisait l’objet de répétition ;
elle fut mise par écrit surtout par les Tanna’îm qui succédèrent aux Docteurs
de la Loi (170 à 200); le mot Mishna désigne ainsi l’ensemble des lois
contenues dans la תנכ TaNaCh avec leurs applications.