Dimanche des Rameaux et de la Passion
Sur la célébration du dimanche
des Rameaux et de la Passion :
un peu d’histoire.
La procession des Rameaux.
1. A
Jérusalem, au IVème siècle, le dimanche précédant
Pâques, une longue liturgie (elle durait toute la journée) inaugurait ce qu’on
appelait « la Grande Semaine ».
Après une messe célébrée comme à l’ordinaire, l’évêque et tout le peuple se
rendaient à l’église située sur le Mont des Oliviers (Eléona) où on lisait l’Evangile
de l’entrée de Jésus à Jérusalem. Ensuite, on descendait en procession jusqu’à
la basilique de la Résurrection (Anastasis), où l’on chantait l’office du soir,
ou Lucernaire. A l’issue de cette célébration, l’archidiacre annonçait que, tous
les jours de la semaine, l’assemblée se réunirait « à trois heures » dans
l’église du Martyrium sur le Golgotha.
2. A Rome,
au temps du pape saint Léon le Grand (440-461), la Semaine Sainte commençait encore très sobrement par une messe
dominicale où on lisait l’Evangile de la Passion selon saint Matthieu.
3. Plus
tard, à l’instigation des pèlerins de Jérusalem, cette eucharistie a
été précédée de la procession des Rameaux qui – dès son introduction en
Occident – prit le caractère d’un cortège triomphal en l’honneur du Christ-Roi.
Pour « faire comme à Jérusalem », cette célébration a longtemps gardé
un certain caractère d’évocation historique. Au cours du Moyen-Age, elle a été
surchargée d’éléments de provenances diverses.
4. De nos
jours : simplifiée lors de la rénovation de la Semaine Sainte en
1955, cette célébration est, depuis la réforme de 1970, d’une grande sobriété,
rien ne venant distraire de la véritable signification de cette procession
liturgique : la bénédiction des rameaux a été gardée; mais on peut la remplacer par une
prière qui parle uniquement d’acclamer « le triomphe du Christ » et
demande que nous portions en Lui des fruits qui rendent gloire à Dieu. C’est la
lecture de l’évangile qui donne plus explicitement son sens à la Procession des Rameaux.
A Jérusalem:
Procession des Rameaux
menée par des prêtres coptes
etpar des prêtres arméniens
On lit
alternativement le récit de l’entrée de
Jésus à Jérusalem selon saint Matthieu (années A), selon saint Marc ou saint Jean (années B), selon saint Luc (années
C). Chacun présente l’événement sous un angle particulier ; mais tous disent
en termes à peu près identiques comment
Jésus lui-même a réglé toutes choses. Les détails évoquent des oracles
prophétiques, dévoilant le véritable sens de la « joyeuse entrée » de
Jésus dans la ville de sa Pâque de mort-résurrection, et faisant songer à la préparation minutieuse d’une véritable
liturgie. Manifestement, il s’agit là
d’un événement du Salut, d’un « mystère », et non d’un simple
épisode de la vie de Jésus.
La Messe de la Passion.
Elle est ainsi nommée à cause de l’Evangile proclamé ce dimanche. Pendant plus de quinze siècles, ce
fut toujours celui de saint Matthieu. Maintenant, on l’entend les années A, mais
aussi celui de saint Marc les années B
et celui de saint Luc les années C ; ces deux derniers étaient auparavant
réservés aux messes du lundi et du mardi suivants, la Passion selon saint Jean
gardant sa place traditionnelle le Vendredi Saint.
Cette liturgie du « Dimanche des Rameaux et de la Passion » constitue donc l’entrée
dans la Semaine Sainte, et plus
particulièrement une introduction au Triduum
Pascal ( i.e. du Jeudi Saint à Pâques).
Dans cette liturgie en effet, comme dans le Triduum Pascal,
on trouve une grande unité liturgique, on pourrait dire une seule célébration de la Pâque du Seigneur en une célébration ou
en trois jours, l’accent portant successivement sur l’une ou l’autre de ses
composantes sans jamais les séparer.
Durant la célébration du Dimanche des Rameaux et de la Passion, l’assemblée chrétienne va à
la rencontre du Seigneur Jésus, qu’elle acclame, non comme le roi d’Israël
comme l’avaient pensé bon nombre de ses contemporains, mais comme Roi de l’Univers.
Elle le suit jusqu’au Calvaire*.
Mort sur la Croix, il sera « élevé par
Dieu au-dessus de tout », « afin qu’au nom de Jésus, aux cieux, sur
terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue
proclame : Jésus Christ est le
Seigneur, pour la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,8-11).
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* Sur cette intrication entre la glorification par la foule d’un
roi terrestre et la Passion du Roi de l’Univers, on peut penser aux paroles de
Didier Rimaud (construites sur le principe hébraïque des parallélismes-oppositions), in Les arbres de la mer (Paris, 1975):
Voici que s’ouvrent pour le Roi les portes de la Ville :
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi fermerez-vous sur moi la pierre du tombeau, dans le
jardin ?
Dieu Sauveur, oublie
notre péché,
mais souviens-toi de
ton amour
quand tu viendras dans
ton royaume !
Je viens, monté sur un ânon, en signe de ma gloire :
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi me ferez-vous sortir au rang des malfaiteurs et des
maudits ?
Vos rues se drapent de manteaux jetés sur mon passage :
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi souillerez-vous mon corps de pourpre et de
crachats, mon corps livré ?
Vos mains me tendent les rameaux pour l’heure de triomphe :
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi blesserez-vous mon front de ronces et de
roseaux, en vous moquant ?
(Illustration: L'entrée de Jésus à Jérusalem - Manuscrit arménien, XII-XIIIème s. - Musée arménien d'Ispahan (Iran). On remarque qu'un personnage, à droite, a ôté son vêtement pour le jeter devant l'ânon.
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