חג הסכת - 'Hag HaSoukkot
Fête des Cabanes
חג הסכת תעשה לך שבעת ימים באספך מגרנך ומיקבך׃
"Tu célébreras la fête des Tentes pendant sept jours, au moment où tu rentreras le produit de ton aire et de ton pressoir." (Dt 16,13)
Cette année 2009:
du Shabbat 3 au vendredi 9 octobre
15 au 21 Tichri 5770
Après les fêtes de Roch HaChana et de Kippour, au cours desquelles on a accompli le rite du Chofar, vient la fête de סכת-Soukkot, la fête des Tentes ou des Cabanes (singulier: סכה-Soukka), d'une durée de sept jours en Israël, huit jours en Diaspora.
C'est l'une des trois fêtes (Pessah, Chavouot, Soukkot) de pèlerinage de l'année juive (les "Montées" des Psaumes), qui, d'origine agraire, rappellent historiquement et rituellement les étapes de la sortie d'Egypte: - Pessah qui est "la fête du printemps" rappelle la sortie d'Egypte;
- Chavouot qui est "la fête des moissons" rappelle le don des Dix Commandements;
- Soukkot qui est "la fête de l'engrangement" d'automne rappelle la traversée du désert.
Le mot חג-'Hag désigne d'ailleurs les fêtes de pèlerinage (même racine sémitique que le mot arabe Hadj ou Hagag), et ne doit désigner que celles-là.
Cette fête porte trois noms différents:
- fête des Cabanes ou des Tentes,
- fête de la Récolte,
- "temps de notre joie".
Comme toutes les fêtes de la Torah nous l'avons déjà vu, et en particulier les fêtes de pèlerinage, Soukkot a donc une double portée: agricole d'une part, historique et éthique d'autre part.
Cette
relation est fondamentale. Elle marque une rupture totale avec les
cultes païens qui exprimaient une adoration des forces de la nature
pour elle-mêmes.
En intervenant dans le cycle du temps, Dieu enseigne que
non seulement il est le maître de cette nature, mais surtout que le
religieux ne peut être séparé de la morale. Ainsi le printemps n'est
plus le temps du papillonnage libertin, mais le temps de la libération
de l'Homme, l'automne n'est plus le temps de l'individualisme égoïste,
mais celui du partage fraternel.
Le grand message prophétique de cette double dimension du temps ponctué par les fêtes est : "le même Dieu qui crée la nature est le même Dieu qui délivre l'homme,
afin qu'à son tour l'homme utilise la nature pour délivrer son frère de
l'oppression, de l'aliénation".
1. La סכה Soukka
Pour le temps de cette fête, on construit la Soukka, qui rappelle les quarante ans au désert: habitat et vie précaires...
La Soukka est donc fabriquée pour faire l'expérience d'un vécu de l'espace "en construction", par opposition à l'espace construit "en dur".
Elle doit être bâtie pour la fête, et n'est pas rituellement réutilisable d'une année à l'autre.
Ses murs peuvent être constitués de matériaux solides, voire être fixes. Mais le toit, lui, doit être constitué de matériaux coupés (lattes de bois, roseaux, branchages comme sur la photo ci-dessus, etc.). L'ombre projetée à l'intérieur de la Soukka à travers les éléments constituant le toit doit être plus importante que la lumière.
Ce toit, par définition imparfait, comportant des lacunes, n'est donc pas une limitation, mais une invitation au mouvement, au dépassement.
L'être humain pense comme il habite: sa manière d'habiter la terre, l'espace, le temps, et même son propre corps, est au moins aussi révélatrice que ses comportements...
La Soukka dit qu'il faut aller au-delà de soi-même.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le mois de Tichri est placé sous le signe de la lettre ל-Lamèd (voir ici l'alphabet hébraïque) qui elle-même symbolise le dépassement, car elle est la seule lettre de l'alphabet hébraïque dépassant la ligne tutrice, supérieure, où sont "suspendues" toutes les autres lettres (alors que dans les écritures latine ou grecque, par exemple, les lettres sont posées sur la ligne tutrice, inférieure).
הביאו עלי־זית ועלי־עץ שמן ועלי הדס ועלי תמרים ועלי עץ עבת לעשת סכת ככתוב׃"Rapportez des feuillages d'oliviers, d'oliviers francs, de myrtes, de palmiers et de feuillus pour faire des huttes comme il est écrit"
(Ne 8,15)...
2. Le Loulav
L'autre rite de la fête de Soukkot est le Loulav.
Chaque jour (sauf le jour de Shabbat), pendant la prière du matin, on utilise un bouquet lié (qui porte d'ailleurs le nom d'un de ses éléments), ainsi qu'un cédrat (Etrog):
- une palme (Loulav),
- deux branches de saule (Arava),
- trois branches de myrte (Hadass).
Les branches de myrte sont liées à droite de la palme et celle de saule à gauche.
Photo: au pied du Mur des Lamentations, des hommes déballent et préparent leur Loulav.
On prend le Loulav dans la main droite, et le cédrat dans la gauche pour dire la bénédiction concernant ce rite.
Après celle-ci, on joint les deux mains et on agite les quatre composants en direction des quatre points cardinaux, vers le haut et vers le bas.
En effet, cette fête ayant une origine agricole (fête de la Récolte: חג האסף-'Hag Ha'Assif), il s'agit là de remercier Dieu pour toutes les espèces végétales existantes:
- le palmier donne des fruits comestibles mais n'a pas de parfum;
- le saule n'a ni fruits ni parfum;
- le myrte ne donne pas de fruits mais a un bon parfum;
- le cédratier possède fruits et parfum.
<- Tétradrachme d'argent (émis à l'époque de BarKochba sous le règne de l'empereur Hadrien - 132-135 avant notre ère); son avers représente la façade du Temple, son revers, ici, représente le Loulav et l'Etrog - Musée d'Israël, Jérusalem.
Les commentateurs donnent aussi cette interprétation symbolique de la classification des végétaux:
l'homme juif peut se définir
- par sa connaissance de la Torah, par son esprit (parfum)
- par sa pratique religieuse, par son action (fruit).
Ainsi le Loulav représente-t-il le peuple juif dans sa diversité:
- les personnes qui agissent et étudient sont représentées par le cédrat;
- celles qui pratiquent en toute simplicité, sans recherche, sont la branche de palmier;
- celles qui étudient sont représentées par le myrte;
- celles qui ne pratiquent pas et n'étudient pas sont représentées par le saule.
Le fait que l'on agite rituellement le bouquet avec ses quatre composantes montre que chacun a autant de valeur dans la communauté: le rabbin n'a pas plus d'importance que le simple fidèle, un érudit ne doit pas se glorifier de son savoir... Seule compte la joie d'être ensemble, de former une communauté unie et solidaire!