Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

22 novembre 2009

Trente-quatrième dimanche du Temps Ordinaire - B:






"Le Christ,
Roi de l'univers"

(Solennité)








<- Le Christ
"παντοκράτωρ-Pantocrator"
(= "puissant sur toute chose"), cathédrale de Cefalù (Sicile).


Cette mosaïque a été réalisée et achevée en 1148 par des artistes grecs.
Le buste du Christ se développe sur toute la surface de la calotte absidiale. Si la mosaïque s'impose avant tout comme image, elle comporte aussi du texte; ces inscriptions - dans l'esprit des icônes de l'orthodoxie - ne sont pas des didascalies (commentaires) de l'image, non plus que l'image une illustration du texte. Pour les chrétiens orientaux, l'Icône et l'Ecriture perpétuent conjointement la Révélation: le Christ est le Logos, la Parole - il a aussi un Visage.

La main droite bénit selon le rite grec - faisant apparaître dans ce geste les mêmes lettres qui encadrent (comme ici ou plus bas) toute icône christique: IC (iota et sigma) pour IHCOYC (Jésus) - XC (khi et sigma) pour XPICTOC (Christ). L'index dressé dessine le I, le majeur recourbé dessine un C; le pouce et l'annulaire, légèrement croisés dessinent le X, l'auriculaire courbé dessine un C: la bénédiction est donc le signe christique par excellence. "Bénédiction", ne l'oublions pas, signifie "annonce de quelque chose de bon" - et est donc à ce titre synonyme d' "Evangile", qui signifie "Bonne Nouvelle".

La main gauche du Christ tient un livre ouvert, sur lequel on distingue parfaitement le texte - écrit à gauche en grec, à droite en latin, ce qui permet à cette Icône de s'adresser aux chrétientés d'Orient et d'Occident (la Sicile se trouvant en fait à la marche de la latinité) - de Jn 8,12: "ἐγώ εἰμι τὸ φῶς τοῦ κόσμου· ὁ ἀκολουθῶν ἐμοὶ οὐ μὴ περιπατήσῃ ἐν τῇ σκοτίᾳ, ἀλλ᾿ ἕξει τὸ φῶς τῆς ζωῆς - ego sum lux mundi qui sequitur me non ambulabit in tenebris sed habebit lucem vitae = Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la Vie"

L'Image fait écho à l'Ecriture, et l'Ecriture répond à l'image.

Le large fond d'or - luisant et scintillant - signifie cette lumière divine qui habite le Christ: totalement Dieu, totalement homme, il est le Soleil toujours renaissant (l'orientation traditionnelle de l'abside vers le levant signifie cette lumière jaillissante, qui ne connaît pas de déclin). Quant à l'idée de cheminement, elle est suggérée par la perspective inversée du livre: les lignes trouvent leur point de jonction non point sur la ligne d'horizon, mais en aval de l'icône, dans le regard du fidèle - à partir duquel se projette un cheminement du bas vers le haut, un élargissement de la terre vers le ciel, au-delà de tout horizon "possible": un épanouissement de l'obscurité vers la lumière. S'instaure ainsi - tant dans la lecture du texte sacré que dans la contemplation de l'icône - un dialogue entre "ἐγω-ego": le Christ locuteur, le Logos, et "ὁ-qui": le pèlerin marcheur, avide de lumière et de vie.

Le texte qui court en bordure de la conque de l'abside, sur l'arc légèrement brisé qui la délimite, écrit uniquement en latin, est exprimé à la première personne, comme celui du livre: c'est donc une parole du Christ lui-même. Cette inscription propose une parfaite synthèse christologique, selon un jeu d'écriture à la fois subtil et elliptique:
+factus homo factor hominis factique redemptor+iudico corporeus corpora corda deus+
(+ Fait homme, faiseure l'homme, Rédempteur de celui qui a été fait + Dieu fait corps, je juge les corps et les cœurs +)
Ces formules, riches d'assonances et d'allitérations, disent avec densité le Mystère de l'Incarnation et de la Rédemption - Mystère proclamé au même titre par l'image: le Christ Pantocrator est célébré comme Dieu Créateur, Dieu fait homme, Dieu Sauveur, Dieu Juge: Dieu dans l'histoire des hommes, dans l'histoire du Salut, depuis la Genèse jusqu'à la Fin des temps.

La qualité de Dieu créateur qui est attribuée au Christ pourrait surprendre; ce serait oublier que, selon la foi chrétienne, "par le Fils tout a été fait". Le Credo le proclame: "Per quem omnia facta sunt - Par lui tout a été fait"; sans être le Père, le Fils est à l'image du Père. En Jn 14,9, Jésus dit à Philippe: "Qui m'a vu a vu le Père"; saint Paul précise en Col 1,15: "Il est l'image du Dieu invisible". C'est à travers le Christ que l'on accède au Père. Jean écrit (Jn 1,18): "Nul n'a jamais vu Dieu; le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui l'a fait connaître".
Le Fils est de la même essence divine que le Père, essence divine créatrice. Le geste de bénédiction que l'on voit sur la mosaïque est aussi le geste du Créateur qui donne la Vie, comme il est celui du Juge qui peut sauver ou condamner.
Dans la tradition iconographique de l'Orient chrétien, le Père est toujours représenté sous les traits du Fils (que l'on songe <- à la célèbre "Trinité" de Roublev: comme dans toutes les autres "Trinités" orientales, Père, Fils, Esprit ont les mêmes traits - ce qui fait que l'on confond parfois ces Trinités avec les représentations de"l'hospitalité d'Abraham": Abraham et Sarah recevant trois "personnages" - anges? Dieu trinitaire? - avec empressement et générosité). Le Fils et le Père sont distincts; mais l'un révèle l'autre - et l'icône perpétue cette Révélation.

Les deux Natures du Christ, divine et humaine, réunies mais non pas confondues dans une seule Personne, constituent l'autre aspect du Mystère que l'image entend proclamer. La mosaïque représente la réalité de l'homme avec ses traits parfaitement humains - mais aussi sublimés. Il en est ainsi du regard - plein de bonté, mais absolu, perdu dans l'infini - comme des autres parties du visage et du corps - bien reconnaissables, mais affinées selon une stylisation qui veut suggérer une réalité à la fois physique et métaphysique.
L'humanité et la divinité de Jésus sont symboliquement représentées par tout un jeu de symétries et de dissymétries, qui déséquilibre et rééquilibre sans cesse la représentation.
La chevelure et sa double mèche, ainsi que la barbe, ondoyante, finement ciselée, sont représentées selon cette logique.
Le buste, en contrapposto, oppose un bras (celui qui bénit) tendu énergiquement, imprimant au manteau des plis nets et rectilignes - et un bras (celui qui propose le Livre aux hommes) replié, revêtu d'un pan d'étoffe aux lignes brisées.
Le double vêtement proclame la coexistence des deux Natures en une seule Personne: la tunique (chitôn) rouge, hachurée de fins traits d'or, est un vêtement de gloire, celui de la divinité; l'ample manteau (himation) bleu foncé symbolise l'humanité que le Christ a revêtue totalement - sans toutefois renoncer à l'éclat, parfaitement visible, de sa divinité: le manteau de l'humanité, au moment de cacher la tunique de la divinité, la découvre et la révèle.

Cependant, la gloire du Pantocrator- rayonnant au milieux des ors - n'occulte pas la Passion: l'auréole crucifère rappelle que le Rédempteur a apporté la Vie par l'expérience qu'il a consentie de la mort - expérience victorieuse qui fait qu'est privilégiée l'image d'un Christ triomphant et non plus souffrant: la croix n'est plus le lieu du supplice, puisqu'elle nimbe le Ressuscité!



 
Introduction à la Solennité du
Christ, Roi de l'univers

Tout d'abord, pourquoi ce si long commentaire d'une image, en préambule à la présentation de cette messe?...

Parce que toute Icône est porteuse d'un message théologique très dense.

Parce que cette Icône est sans doute l'une des plus abouties (sinon la plus aboutie!) de toutes les représentations du Christ Pantocrator.

Parce que, surtout, la théologie de cette Icône et de son Texte est la même que celle de cette fête du "Christ, Roi de l'Univers"...
En effet, ce terme de παντοκράτωρ, le Seigneur se l'attribue lui-même dans la vision johannique de l'Apocalypse - et très précisément en Ap 1,8: c'est même le dernier mot de la Deuxième Lecture!



<- Un autre "Christ Pantocrator" - Mosaïque, vers 1320 - Dôme sud de l'église du monastère Saint-Sauveur, Kahrié Djami, Istanbul






La Bible ne cesse de proclamer la royauté universelle de Dieu sur l'univers.
Il a rassemblé un peuple pour en être le seul Seigneur. Il a suscité des rois chargés d'en faire un royaume avec pour charte la Loi donnée à Moïse. Lorsque l'un d'eux se montrait infidèle à sa mission, il l'écartait pour en établir un autre. Parmi eux, David est resté - dans la tradition - l'exemple du roi selon le cœur de Dieu, et la figure de celui qui devait venir. En effet, les promesses "jurées" à ce "fils de Jessé" et à sa descendance garantissaient qu'un jour, grâce à un fils issu de cette lignée, le royaume voulu par Dieu adviendrait. C'est ainsi qu'est née l'espérance de l'avènement d'un roi parfait, "fils de David". Cette espérance s'exprime en particulier dans de nombreux psaumes (Psaume 93/92) qui appellent de leurs vœux l'intronisation de cet élu. A une époque où Dieu semblait avoir abandonné les siens - soumis à la férule d'un tyran étranger , Antichos Epiphane (175-164 av.J.C.), Daniel témoigne de cette espérance, et décrit l'avènement de celui dont "la royauté ne passera pas" (Première Lecture: Dn 7,13-14).

Lorsque Jésus parut, lui dont l'autorité en paroles et en actes dépassait tout ce qu'on avait jamais entendu et vu, et qui annonçait la venue prochaine du Royaume, beaucoup pensèrent qu'il l'instaurerait sur terre: ainsi, après la multiplication des pains, il dut se dérober parce que la foule voulait s'emparer de lui pour le faire roi (Jn 6,15); ainsi encore peut-on expliquer les honneurs quasi-royaux qui accompagnent son entrée à Jérusalem (Jn 12,12-13).
Entretenue (de plus ou moins bonne foi!), l'erreur sur cette royauté ressurgit périodiquement - et jusque dans les temps modernes - et le titre de "Messie-roi" est parfois utilisé à des fins politiques.

Le dialogue entre Jésus enchaîné et Pilate, dont seul l'Evangile de Jean (Evangile: Jn 18,33b-37) a gardé le souvenir (Jean était encore au pied de la Croix: serait-il le seul homme parmi les disciples à avoir suivi Jésus tout au long de sa Passion?... On connaît l'épisode du reniement de Pierre, et on a souvent identifié Luc au "jeune homme" qui abandonne sa tunique pour s'enfuir lors de l'arrestation de Jésus - Mc 14,51) ne laisse pourtant subsister aucune équivoque possible.
Devant le représentant d'un empereur tout puissant, Jésus laisse entendre que, s'il est bien roi, sa royauté - contrairement à toutes les autres - "ne vient pas de ce monde", et il ne l'exerce pas en recourant à la force. Il est "le témoin de la Vérité" sur Dieu, le monde et l'homme, le Chemin vers le Royaume, la Vie de Dieu qu'il communique à ceux qui croient en lui.
Lors de son retour (Deuxième Lecture: Ap 1,5-8), on verra pourquoi il apparaît en pleine lumière comme "Roi de l'univers": il est le commencement et la fin - τὸ Α καὶ τὸ Ω l'alpha et l'oméga - de toute chose, le Tout-Puissant - παντοκράτωρ à qui est due "la gloire pour les siècles des siècles".



Les Textes   


• Première Lecture :  

• Dn 7,13-14

Un homme hors du commun, un "Fils d'homme" intronisé par Dieu, évoqué lui sous les traits d'un"Vieillard" sans âge, pour rétablir son règne universel: ce "rêve", cette "vision" d'espérance deviendra un jour réalité, bien que nul ne sache quand ni comment...

Ce passage - de style apocalyptique, et donc à portée messianique - comporte un certain nombre d'expressions qui demandent à être éclaircies de façon rigoureuse.

Verset 13:
 חזה הוית בחזוי ליליא וארו עם־ענני שׁמיא כבר אנשׁ אתה הוה ועד־עתיק יומיא מטה וקדמוהי הקרבוהי׃
"Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici: sur les nuées des cieux arriva quelqu'un de semblable à un fils de l'homme; il s'avança vers l'ancien des jours, et on le fit approcher de lui."
עם־ענני שׁמיא - sur les nuées des cieux: suggère l'origine céleste de ce personnage.
כבר אנשׁ - comme un fils d'homme: cette expression fait écho à la vision inaugurale d'Ezéchiel (ועל דמות הכסא דמות כמראה אדם עליו מלמעלה׃ - et sur cette forme de trône apparaissait comme une figure d'homme placé dessus en haut, Ez 1,26). Ezéchiel et Daniel tentent de traduire en langage humain les visions divines indicibles dont ils ont été les témoins privilégiés. Ils retournent donc l'image de "l'homme créé à l'image de Dieu"; pour eux, les seuls mots qui permettent d'évoquer l'image divine c'est "une sorte d'être humain". L'expression "fils d'homme" (qui revient presque cent fois chez Ezéchiel!) est en effet synonyme d' "être humain" (ainsi en Nb 23,19; Jb 25,6; Ps 8,5; ici et en Dn 8,17; etc.).
D'autres exégèses parlent ici d'un ange (on parle effectivement de Gabriel et de Michel dans ce livre - mais cette interprétation n'est pas cohérente avec les autres livres); ou encore du peuple de Dieu (même objection que précédemment).
אתה- il arriva; הוה ועד - il fut vers (=> "il s'avança vers) : ce personnage s'approche pour son intronisation.
עתיק יומיא- l'ancien des jours: nous assistons avec Daniel à une sorte de dédoublement de la gloire divine, qui se présente à la fois comme un Vieillard chargé de très nombreux jours, et comme un personnage "à l'image et ressemblance" d'un humain - contrairement à la vision d'Ezéchiel.
- Ce dédoublement pousse à une interprétation messianique de la vision. D'autres arguments encore en faveur de cette interprétation messianique:
- Comme on l'a vu plus haut, "עם־ענני שׁמיא - sur les nuées des cieux" suggère l'origine céleste de ce personnage.
- De même que les quatre royaumes représentés par les bêtes ont un roi (verset 17: "Ces quatre grands animaux, ce sont quatre rois qui s'élèveront de la terre"), le royaume du peuple saint a également un roi.
- Cet être reçoit une royauté éternelle (שׁלטנה שׁלטן עלם די־לא יעדה - Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, verset 14) comme c'est le cas du roi davidique promis (cf. Dn 2,44: "Dans le temps de ces rois, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit"; Is 9,5-6: "Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule [...] Donner [...] une paix sans fin au trône de David et à son royaume, L'affermir et le soutenir [...] Dès maintenant et à toujours: Voilà ce que fera le zèle de l'Éternel"; Jr 30,9: "Ils serviront l'Éternel, leur Dieu, Et David, leur roi, que je leur susciterai"; Ez 34,23: "J'établirai sur elles un seul pasteur, qui les fera paître, mon serviteur David; il les fera paître, il sera leur pasteur").
- Et, du point de vue chrétien, Jésus s'est appliqué ce titre plus que tout autre - en faisant explicitement référence à ce passage (Mt 24,30; 26,64; Mc 13,26; 14,62; Lc 21,27); voir aussi Ap 1,7; 1,13; 14,14.
Ce "fils d'homme" est donc le roi messianique d'un royaume constitué par "les saints du Très Haut" (Dn 7,18); ainsi, "le règne, la domination, et la grandeur de tous les royaumes qui sont sous les cieux seront donnés au peuple des saints du Très Haut" (Dn 7,27)

Verset 14:
 ולה יהיב שׁלטן ויקר ומלכו וכל עממיא אמיא ולשׁניא לה יפלחון שׁלטנה שׁלטן עלם די־לא יעדה ומלכותה די־לא תתחבל׃
"On lui donna la domination, la gloire et le règne; et tous les peuples, les nations, et les hommes de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit."
Contrairement aux quatre royaumes terrestres évoqués en Dn 2,44 (cf.supra) qui sont symbolisés par des bêtes, le royaume divin est représenté par ce personnage "semblable à un fils d'homme" à qui il est confié. Ce royaume sera non seulement éternel, mais encore universel.


• Psaume :  

• Ps 93 (hébraïque) / 92 (liturgique),1-2;5

Ce psaume appartient à ce qu'on appelle souvent "les chants du Règne" (Psaumes 47, 93, 96 à 99) - qui, célébrant la royauté éternelle, universelle et invincible de l'Eternel, affirment la foi fondamentale du peuple juif;
ainsi Ps 47,2: "יהוה עליון נורא מלך גדול על־כל־הארץ-YHWH l'Éternel, le Très Haut, est redoutable, Il est un grand roi sur toute la terre";
Ps 96,10: "אמרו בגוים יהוה מלך-Dites parmi les nations: YHWH l'Éternel règne";
Ps 97,1; 99,1: "יהוה מלך-YHWH l'Éternel règne";
Ps 98,6: "המלך יהוה-le roi, YHWH l'Éternel";
et aussi, par exemple, Za 14,9:
והיה יהוה למלך על־כל־הארץ ביום ההוא יהיה יהוה אחד ושׁמו אחד
YHWH l'Éternel sera roi de toute la terre; En ce jour-là, l'Éternel sera le seul Éternel, Et son nom sera le seul nom.

Ce psaume est très court - mais la traduction liturgique "coupe" l'image centrale, pourtant très belle, des versets 3-4.

Verset 1:
יהוה מלך גאות לבשׁ לבשׁ יהוה עז התאזר אף־תכון תבל בל־תמוט׃
יהוה YHWH - מלך règne - גאות majesté - לבשׁ il est revêtu - לבשׁ il est revêtu - יהוה YHWH - עז force - התאזר il se ceint - אף־ aussi - תכון il est affermi - תבל monde - בל־ ne pas - תמוט il chancelle
"YHWH l'Éternel règne, il est revêtu de majesté,
YHWH l'Éternel est revêtu, il est ceint de force.
Aussi le monde est ferme, il ne chancelle pas."
Remarque:
התאזר-il se ceint: "לבשׁ - se ceindre" est une allusion au soldat qui se ceint de ses armes; ce verbe est synonyme de "se préparer à agir": le Seigneur se prépare à agir contre, à combattre, toutes les forces qui risquent de déstabiliser le monde.

Verset 2:
  נכון כסאך מאז מעולם אתה׃
נכון il est ferme - כסאך ton trône - מאז depuis toujours - מעולם d'éternité - אתה toi
"Ton trône est établi dès les temps anciens;
Tu existes de toute éternité."
Remarques:
- On peut rapprocher ce verset de Ps 90,2: "Avant que les montagnes fussent nées, Et que tu eussent créé la terre et le monde, D'éternité en éternité tu es Dieu";
- d'autant que la version syriaque précise ici: "Depuis toujours tu es Dieu".

Versets 3-4:
L'image - omise donc par la traduction liturgique - des eaux d'une mer en furie, agitée par la tempête, sert à évoquer le danger que représentent les forces opposées au règne de Dieu; et en particulier les assauts des peuples révoltés contre le règne de YHWH l'Eternel.
Dans les mythologies des peuples voisins, la mer chaotique était l'ennemi du dieu créateur et ordonnateur du monde (voir les pages sur les cosmogonies proche-orientales); on retrouve d'ailleurs ce même thème dans la Bible en Gn 1,2; Ps 74/73,12-15; Is 27,1; Jb 7,12; etc. (voir étude détaillée de ce thème en 3.1.2. à cette page).
 נשׂאו נהרות יהוה נשׂאו נהרות קולם ישׂאו נהרות דכים׃
נשׂאו ils élèvent - נהרות fleuves - יהוה YHWH - נשׂאו ils élèvent - נהרות fleuves - קולם leurs voix - ישׂאו ils élèveront - נהרות fleuves - דכים leurs fracas
"Les fleuves élèvent, ô Éternel!
Les fleuves élèvent leur voix,
Les fleuves élèvent leurs ondes retentissantes."
מקלות מים רבים אדירים משׁברי־ים אדיר במרום יהוה׃
מקלות plus que voix - מים d'eaux - רבים grandes - אדירים majestueuses - משׁברי־ plus que brisants de - ים mer - אדיר majestueux - במרום dans la hauteur - יהוה YHWH
"Plus que la voix des grandes, des puissantes eaux,
Des flots impétueux de la mer,
YHWH l'Éternel est puissant dans les lieux célestes."
Remarque:
On notera les nombreuses reprises de termes - donc de sonorités - qui donnent l'impression du perpétuel retour des vagues, jusqu'à l'arrivée de YHWH, qui lui règne "dans les hauteurs", donc au-dessus des eaux.

Verset 5:
Celui qui a manifesté son règne dans la nature, qui a dompté même les eaux redoutées, a également donné sa Loi à son peuple:
עדתיך נאמנו מאד לביתך נאוה־קדשׁ יהוה לארך ימים׃
עדתיך tes témoignages - נאמנו sont fidèles - מאד beaucoup - לביתך pour ta maison -  נאוה־ elle convient - קדשׁ sainteté - יהוה YHWH - לארך à longueur - ימים de jours
"Tes témoignages sont entièrement véritables;
La sainteté convient à ta maison,
O YHWH Éternel! pour toute la durée des temps."


• Deuxième Lecture :  

• Ap 1,5-8

La force de Jésus Christ est celle de l'amour. Il "nous a délivrés par son sang". "Il vient". "Tout homme le verra", revêtu de "gloire et puissance". Alors apparaîtra au grand jour ce qui demeure encore caché: la réalité de son pouvoir royal universel et le rôle de ses disciples dans le monde. "Oui, vraiment! Amen!"

Comme Dn 7,13-14, ce passage comporte un certain nombre d'expressions qui demandent à être éclaircies de façon rigoureuse.

Verset 4:
Ce verset est lu en partie dans la péricope - même s'il n'est pas indiqué.
᾿Ιωάννης ταῖς ἑπτὰ ἐκκλησίαις ταῖς ἐν τῇ ᾿Ασίᾳ· χάρις ὑμῖν καὶ εἰρήνη ἀπὸ ὁ ὢν καὶ ὁ ἦν καὶ ὁ ἐρχόμενος, καὶ ἀπὸ τῶν ἑπτὰ πνευμάτων, ἃ ἐνώπιον τοῦ θρόνου αὐτοῦ,
"Jean aux sept Églises qui sont en Asie: que la grâce et la paix vous soient données de la part de celui qui est, qui était, et qui vient, et de la part des sept esprits qui sont devant son trône, "
Ιωάννης [ταῖς ἑπτὰ ἐκκλησίαις ταῖς ἐν τῇ ᾿Ασία]ͅ· χάρις ὑμῖν καὶ εἰρήνη: cette "apocalypse" (révélation, prophétie) est présentée sous une forme épistolaire; c'est l'une des caractéristiques de l'Apocalypse de Jean que de mêler divers genres littéraires. Jean reprend mot pour mot l'en-tête la plus classique des lettres de son temps:
- le nom de l'auteur: Ιωάννης Jean;
- le nom du destinataire au datif (cas de celui à qui s'adresse l'action exprimée par le verbe; équivalent de notre complément d'objet second: par exemple "dire qq chose = c. objet direct, à qq'un = c.objet second): ici ταῖς ἑπτὰ ἐκκλησίαις ταῖς ἐν τῇ ᾿Ασία "aux sept Eglises qui sont en Asie" (cf.infra). Dans la reprise de cette formulation, j'ai mis cette locution entre crochets car dans une lettre classique ce nom n'est pas toujours explicité; en outre, il est ici repris ensuite par ὑμῖν "à vous".
- un souhait: χάρις καὶ εἰρήνη "le bonheur et la paix"; dans un contexte chrétien, le mot χάρις prend le sens plus particulier de "grâce divine": cette grâce permettra aux croyants de persévérer malgré les difficultés (verset 9) - jusqu'à trouver εἰρήνη "la paix intérieure" malgré l'hostilité du monde extérieur.
ἐν τῇ ᾿Ασία "en Asie": il s'agit bien entendu de l'Asie Mineure.
ταῖς ἑπτὰ ἐκκλησίαις "aux sept Eglises": énumérées aux chapitres 2 et 3 (Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée), elles sont situées dans un rayon de 80km autour d'Ephèse. Comme le chiffre sept joue un rôle capital dans le Livre de l'Apocalypse, et prend très souvent une valeur totalisatrice dans la Bible, certains ont pensé que cette adresse concernait toutes les Eglises d'Asie - et, par extension, les Eglises du monde entier et de tous les temps. Il est vraisemblable que Jean s'adresse vraiment aux "sept Eglises d'Asie" (puisqu'ensuite il s'adresse à chacune d'entre elles en particulier), mais en en faisant le symbole de l'Eglise universelle.
ἀπὸ "de la part de": cette préposition n'a pas de raison de figurer dans une lettre "classique", puisque l'auteur s'est déjà nommé... C'est qu'ici Jean ne s'exprime pas en son nom, mais au nom du Dieu trin (voir ci-après).
ὁ ὢν καὶ ὁ ἦν καὶ ὁ ἐρχόμενος littéralement, "celui étant et celui qui était et celui venant"; cette formule joue un rôle important dans l'Apocalypse; c'est la paraphrase grecque du Nom révélé à Moïse (Ex 3,14-15); le Targum de Jérusalem emploie - en hébreu - cette expression. Voir à ce sujet à cette page ce que je résume ici :
On peut comparer le Nom tétragrammique de Dieu, יהוה, au verbe היה  « exister » (le verbe-copule « être» français n'est très généralement pas exprimé). Le tétragramme peut alors être considéré comme la contraction en ses quatre lettres
- de notre « passé » :היה HYH (= Il existait de tout temps),
- de l’ « actuel » :הוה HWH (=  Il existe aujourd'hui),
- et notre « futur » :יהה YHH (= Il existera de toute éternité),
de ce verbe « être, exister ».
C’est pourquoi l’on traduit souvent יהוה YHWH par « Celui qui est, qui était et qui vient ».
Cette locution, désignant ici le Père, est devenue un "bloc" invariable - puisque, malgré la préposition ἀπὸ qui l'introduit (et qui devrait être suivie, comme c'est le cas ensuite, du génitif), elle reste au nominatif.
καὶ ἀπὸ τῶν ἑπτὰ πνευμάτων, ἃ ἐνώπιον τοῦ θρόνου αὐτοῦ "et de la part des sept esprits qui sont devant son trône": l'expression "les sept Esprits" désigne l'action universelle de l'Esprit Saint (on a vu plus haut la valeur totalisatrice du chiffre sept).

Verset 5a:
καὶ ἀπὸ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, ὁ μάρτυς ὁ πιστός, ὁ πρωτότοκος τῶν νεκρῶν καὶ ὁ ἄρχων τῶν βασιλέων τῆς γῆς.
"et de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, et le prince des rois de la terre!"
Comme nous l'avons vu à cette page, la séparation en chapitres et versets s'est faite progressivement, et façon totalement arbitraire. En effet, la première partie de ce verset se rattache à l'adresse du verset 4, et la seconde fait partie - syntaxiquement et sémantiquement - de la phrase développée au verset 6.
καὶ ἀπὸ ᾿Ιησοῦ Χριστου "et de la part de Jésus le Christ": troisième élément, donc, de la salutation trinitaire: Jésus, le Fils. Jean s'adresse donc bien aux Eglises au nom du Dieu trin. Χριστόςest la traduction grecque de l'hébreu משׁיח qui signifie "oint"; c'est le terme que l'on appliquait au roi dans la Tora'h.
ὁ μάρτυς "le témoin": c'est de ce mot grec que vient notre nom "martyr"; le martyr est celui qui est prêt à témoigner de sa foi jusqu'au martyre, jusqu'à la mort. L'expression עד (LXX:μαρτύριος) qualifie déjà le Messie en Is 55,4.
ὁ πιστός "le fidèle": ce mot possède une double valeur, objective et subjective; c'est celui qui est fidèle (valeur subjective) ou celui à qui on peut se fier (valeur objective) - ici, Jésus est certes fidèle (au Père), mais surtout c'est le témoin "digne de foi".
ὁ πρωτότοκος τῶν νεκρῶν "le premier-né d'entre les morts": cette locution peut paraître surprenante; en fait, elle prend tout son poids si l'on examine chacun de ses termes.
- ὁ πρωτότοκος"le premier-né": Dans toutes les civilisations, la première naissance dans une famille est un événement décisif, preuve d'une fécondité dont on ne pouvait être assuré par avance. Elle est donc ressentie comme un don de la divinité. Il en est d'ailleurs de même pour le bétail. D'où l'institution de rites religieux pouvant aller jusqu'au sacrifice du premier-né, "rendu" alors au dieu dans l'espoir de recevoir en retour une fécondité encore plus grande.
On peut ainsi penser à Abraham, acceptant de sacrifier Isaac (Gn 22,1-18).

<- Le sacrifice d'Abraham - Catacombe de la Via Latina (Rome)

La Bible s'insère donc dans le courant des religions - mais elle le fait en référence à l'Exode, avec le
souvenir de la dernière plaie d'Egypte: les premiers-nés d'Israël furent épargnés, tandis que ceux d'Egypte (y compris celui de Pharaon mouraient (voir page sur Pessa'h). C'est donc à ce titre que les premiers-nés appartiennent à Dieu.
On doit alors les lui offrir, s'il s'agit d'animaux (tout comme, d'ailleurs, les prémices des récoltes - voir page sur Chavouot), ou les "racheter" s'il s'agit de nouveaux-nés (Ex 12,2;11-13; Dt 15,19-20).
C'est à ce titre que lors de la "Présentation de Jésus au Temple" (en fait, Purification de Marie, "relevailles" - voir à cette page), Joseph offre des colombes.

Dans le Psaume 89, au verset 28, Dieu dit de David (et on peut extrapoler à tout roi et en particulier au Messie, descendant davidique):
אף־אני בכור אתנהו עליון למלכי־ארץ׃
"Et moi, je ferai de lui le premier-né (hébreu:בּכור; grec LXX:πρωτότοκον), Le plus élevé des rois de la terre."
Jésus est donc le "Premier-Né" par excellence, puisqu'il est le Fils Unique de Dieu, le "premier-né" de l'humanité sauvée, le Messie.
- ὁ πρωτότοκοςτῶν νεκρῶν "le premier-né d'entre les morts": nous avons ici un superbe oxymore, une alliance de mots en apparence totalement contradictoires entre "ὁ πρωτότοκος le premier-né" et "τῶν νεκρῶν parmi les morts". En fait, non seulement Jésus est notre "frère aîné", le "premier fils" du Père, mais il est aussi le premier Ressuscité - celui qui, par sa Résurrection, permettra la nôtre. Ainsi le baptême, plongée dans l'eau, est le symbole de la plongée dans la mort qui permet la résurrection.
καὶ ὁ ἄρχων τῶν βασιλέων τῆς γῆς "et le chef des rois de la terre": nous avons ici le "qualificatif-clef" de la célébration du Christ aujourd'hui: il est le "Roi au-dessus de tous les autres rois" - car son Royaume n'est pas un royaume terrestre, humain.
Le Christ est donc
- témoin persévérant jusqu'à la mort,
- ressuscité,
- souverain.
Dans l'union avec lui (1,9), le chrétien peut persévérer malgré l'adversité, dans l'espérance de la résurrection et du règne avec lui (1,6).
Or témoignage - résurrection - souveraineté sont trois thèmes qui seront développés tout au long du livre de l'Apocalypse - y compris par la voie des contrastes: voir ainsi la contre-proclamation de la deuxième bête (13,11sqq), la parodie du Ressuscité par la première (13,3), le pouvoir usurpé par leur maître, le dragon (13,4).

Versets 5b-6:
Avant d'être étudiée terme à terme, cette phrase doit d'abord être lue et analysée dans son intégralité, car sa structure est complexe - voire "bancale" si on l'envisage sous un angle rhétorique strictement "grec"!

SUJET [VERBE]: ἡ δόξα καὶ τὸ κράτος - "[que] la gloire et la puissance [soient]"
C. d'ATTRIBUTION 1: τῷ ἀγαπῶντι ἡμᾶς - "à l'aimant (participe substantivé) nous" = à celui qui nous aime
C. d'ATTRIBUTION 2 (coordonné): καὶ λούσαντι ἡμᾶς - "et à l'ayant lavé (participe substantivé) nous" = et à celui qui nous a lavés; ἀπὸ τῶν ἁμαρτιῶν ἡμῶν - "de nos fautes"; ἐν τῷ αἵματι αὐτοῦ - "dans le sang de lui"
C. d'ATTRIBUTION 1+2 (reprise): αὐτῷ - "à lui"
C.C. de TEMPS: εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων - "pour les ères des ères".

Mais que faire du segment καὶ ἐποίησεν ἡμᾶς βασιλείαν, ἱερεῖς τῷ Θεῷ καὶ πατρὶ αὐτου - "et il a fait nous royauté, prêtres pour Dieu le Père de lui"?... Strictement et syntaxiquement parlant, cette proposition est une autre indépendante, coordonnée à la première par "καὶ "; mais sémantiquement elle est à mettre sur le même plan que les deux patricipes substantivés au datif.
Nous avons donc ici, plus encore qu'un hendiadys, une véritable rupture de construction, et c'est sans doute pourquoi l'auteur a ressenti la nécessité de reprendre par "αὐτῷ " les deux c. d'attribution, pour bien marquer l'inclusion de cette proposition dans le groupe sémantique auquel elle appartient. Nous avons ici un exemple flagrant d'un fait que nous ne devons jamais oublier lorsque nous étudions des textes du Nouveau Testament: même s'ils ont été rédigés en grec, ils l'ont été par des Juifs, dont le mode de pensée et donc d'expression est d'abord sémitique! (voir à cette page, ainsi que l'introduction à l'Evangile de Jean à cette page)

Verset 5b:
τῷ ἀγαπῶντι ἡμᾶς καὶ λούσαντι ἡμᾶς ἀπὸ τῶν ἁμαρτιῶν ἡμῶν ἐν τῷ αἵματι αὐτοῦ,
"A celui qui nous aime, qui nous a lavés de nos péchés par son sang,"
τῷ ἀγαπῶντι ἡμᾶς "à celui qui nous aime": nous retrouvons ici la double image du berger qui "aime ses brebis", au point de donner sa vie pour elles, et celle de l'agneau, victime expiatoire que l'on trouvait, par exemple, en Isaïe, au chapitre 53 : « 6b. L'Éternel a fait venir sur lui l'iniquité de nous tous. […] 7b. Comme un agneau mené à la boucherie, […] 7d. il n'ouvrit point la bouche. 11b. Mon serviteur juste en justifiera plusieurs, […] 12c. il a livré sa vie à la mort, […] 12e. il a porté les péchés de plusieurs, et intercédé pour les pécheurs. » (voir la page "Le berger dans la Bible", et les réf. bibliques qui y sont indiquées).
καὶ λούσαντι ἡμᾶς "et à celui qui nous a lavés": on trouve ici deux leçons: l'une, la plus satisfaisante dans le contexte, donne le verbe λούω, laver (comme ici) - donc, dans un contexte biblique "purifier"; l'autre donne le verbe λύω, délier, libérer (acceptable, mais bien moins fort et moins imagé).
ἀπὸ τῶν ἁμαρτιῶν "de nos péchés":
- ici encore, deux leçons: on trouve la préposition ἐκ, hors de, qui indique simplement la sortie d'un lieu; ou la préposition ἀπὸ (comme ici), qui indique de façon plus nette l'éloignement: Jésus nous fera non seulement sortir du péché, mais il nous en éloignera, nous en mettra à l'abri;
- le nom ἁμαρτία désigne littéralement un "manque (α- privatif) de bon comportement, de respect (de μέρος)"; la "faute", c'est le non-respect de la Loi divine.
τῷ [...] λούσαντι ἡμᾶς [...] ἐν τῷ αἵματι αὐτοῦ "celui qui nous a lavés dans son sang": nous trouvons déjà une annonce de la célèbre phrase d'Ap 7,14:"ἔπλυναν τὰς στολὰς αὐτῶν καὶ ἐλεύκαναν αὐτὰς ἐν τῷ αἵματι τοῦ ἀρνίου - ils ont lavé leurs robes, et ils les ont blanchies dans le sang de l'agneau" (voir page sur "Le sang dans la Bible"); dans le Premier Testament, le sang des animaux immolés (en particulier d'un agneau: Lv 14, 13-14) est purificateur; on peut rapprocher également du sang d'Ex 12,13: "Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n'y aura point de plaie qui vous détruise, quand je frapperai le pays d'Égypte": le sang sert à discriminer les Juifs, peuple de Dieu, des Egyptiens; ce sera ensuite le sang de l'Alliance.
Cette phrase peut également faire penser au baptême, plongée dans la mort du Christ (donc dans son sang) pour ressusciter, "blanchi" (d'où l'imposition du vêtement blanc), avec lui.

Verset 6:
καὶ ἐποίησεν ἡμᾶς βασιλείαν, ἱερεῖς τῷ Θεῷ καὶ πατρὶ αὐτοῦ, αὐτῷ ἡ δόξα καὶ τὸ κράτος εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων· ἀμήν.
"et qui a fait de nous un royaume, des prêtres pour Dieu son Père, à lui soient la gloire et la puissance, aux siècles des siècles! Amen!"
καὶ ἐποίησεν ἡμᾶς βασιλείαν "et il a fait nous un royaume": "βασιλείαν" est attribut du COD "ἡμᾶς "; les fidèles de Dieu, une fois "lavés dans le sang de l'Agneau", deviendront un peuple de rois (cf. Dn 7,22;23; Is 45 11-17; Za 12,1-3; et aussi Ap 2,26-27;5,10; etc.) qui régneront avec lui sur tous les peuples.
ἱερεῖς τῷ Θεῷ καὶ πατρὶ αὐτου "des prêtres pour Dieu et Père de lui": ἱερεύς est l'équivalent de l'hébreu כּהן. Les fidèles forment une "royauté de prêtres" - cf. Ex 19,6sqq. Prêtres, unis au Christ Prêtre, ils offrent à Dieu le Père l'univers entier en sacrifice de louange.
εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων "en vue des ères des ères": le renforcement d'un terme par sa répétition, normal dans les langues sémitiques, a trouvé son équivalent grec, dans la LXX puis dans le Nouveau Testament, par cette tournure avec le second terme au génitif. Nous avons ensuite gardé, via le latin de la Vulgate "in saecula saeculorum", cette même tournure "dans / pour les siècles des siècles"; le second terme n'a aucune valeur de détermination, mais est purement et simplement un calque du grec puis du latin bibliques... L'expression signifie "pour tous les siècles", c'est-à-dire "pour l'éternité".
ἀμήν, hébreu אמן: littéralement "vraiment!"

Verset 7:
 ᾿Ιδοὺ ἔρχεται μετὰ τῶν νεφελῶν, καὶ ὄψεται αὐτὸν πᾶς ὀφθαλμὸς καὶ οἵτινες αὐτὸν ἐξεκέντησαν, καὶ κόψονται ἐπ᾿ αὐτὸν πᾶσαι αἱ φυλαὶ τῆς γῆς. ναί, ἀμήν.
"Voici, il vient avec les nuées. Et tout oeil le verra, même ceux qui l'ont percé; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui. Oui. Amen!"
ἔρχεται "il vient": l'imminence de cette venue est soulignée ici par l'emploi du présent (comparer à 1,1: ἐν τάχει "bientôt"; 1,3: ὁ καιρὸς ἐγγύς "le temps est proche").
μετὰ τῶν νεφελῶν "avec les nuées": voir Dn 7,13: עם־ענני שׁמיא - sur les nuées des cieux. La "nuée" accompagne les théophanies (Ex 19,16; Is 6,4; etc.). De même, lors de la manifestation de la gloire du Fils (Lc 9; Ac 1,9).
ὄψεται αὐτὸν πᾶς ὀφθαλμὸς καὶ οἵτινες αὐτὸν ἐξεκέντησαν, καὶ κόψονται ἐπ᾿ αὐτὸν πᾶσαι αἱ φυλαὶ τῆς γῆς "tout œil le verra, même ceux qui l'ont percé; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui": voir Za 12,10-14, en particulier 10b
והביטו אלי את אשׁר־דקרו וספדו עליו כמספד על־היחיד והמר עליו כהמר על־הבכור׃
"Ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé. Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique, Ils pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né." (Sur l'importance du premier-né, cf. supra)
Jean emploie également ce passage dans son Evangile.

Verset 8:
᾿Εγώ εἰμι τὸ Α καὶ τὸ Ω, λέγει Κύριος ὁ Θεός, ὁ ὢν καὶ ὁ ἦν καὶ ὁ ἐρχόμενος, ὁ παντοκράτωρ.
"Moi, je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout Puissant."
Εγώ εἰμι "moi, je suis": en grec (non plus qu'en latin), le pronom sujet n'est pas exprimé; la désinence verbale suffit. Ici le pronom ἐγώ (ego dans la Vulgate) a donc une valeur emphatique - d'autant plus que, nous l'avons vu plus haut, le fait d'exprimer le verbe "être" a déjà une certaine valeur d'emphase pour un auteur de culture sémitique. Ces deux mots en tête de phrase donnent donc à celle-ci une valeur de déclaration très solennelle.
τὸ Α καὶ τὸ Ω "l'alpha et l'oméga": première et dernière lettres de l'alphabet grec, elles signifient que Dieu est l'origine et la fin de toute chose. C'est pourquoi l'on retrouve, par exemple, ces deux lettres sur le cierge pascal. Il est intéressant de noter que la Vulgate prend soin d'expliciter: "Alpha et Omega principium et finis", ainsi que les Bibles traduites à partir de celle-ci, par exemple:
- en français: "l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin" (Martin; Ostervald);
- en anglais: "Alpha and Omega, the beginning and the ending" (King James, Webster);"Alpha and Omega, the beginning and the end" (Douay-Reims, Young);
- en allemand: "das A und das O, der Anfang und das Ende" (Luther 1545; Luther rev.1912; Schlachter); en revanche, Elberfelder (1871) traduit le texte grec, mais l'explique entre parenthèses: "das Alpha und das Omega, (Alpha und Omega (A und O) sind der erste und der letzte Buchstabe des griechischen Alphabets)" = "l'Alpha et l'Oméga (alpha et omega (A et O) sont la première et la dernière lettres de l'alphabet grec)", alors que sa version révisée en 1905 supprime l'explication entre parenthèses et écrit seulement:"das Alpha und das Omega";
- en espagnol: "el Alfa y la Omega: principio y fin" (Sagradas Escrituras 1569); "el Alpha y la Omega, el principio y fin" (Reina Valera 1858);
- en italien: " l’Alfa, e l’Omega; il principio, e la fine" (G.Diodati 1649);
- en néerlandais: "de Alfa en de Omega, het Begin en het Einde" (Staten Vertaling); etc.
Dieu est l'origine et la fin de l'histoire humaine, il règne sur toute chose; comparer à Ap 2,6; 22,13.
ὁ ὢν καὶ ὁ ἦν καὶ ὁ ἐρχόμενος: voir au verset 4.
ὁ παντοκράτωρ "le tout-Puissant": équivalent de l'hébreu שׁדּי-Shaddaï; voir le commentaire sur le Christ Pantocrator de Cefalù.


• Evangile :  

• Jn 18,33b-37

Oui, Jésus est "roi". Mais, contrairement aux puissants de ce monde, il ne s'impose pas, et n'impose rien.
Il est venu pour tracer, par son enseignement, son exemple, sa vie et sa mort, la route de la Vérité qui conduit à la Vie. Il invite chacun à s'y engager librement.


Commentaire
D'après le Père About (Radio-Vatican)

     « Es-tu le Roi des Juifs ? ». Cette question de Pilate à Jésus nous introduit dans la dramatique la plus élevée du mystère du Christ. Car sa réponse, à l’instant de sa Passion, peut induire sa mort; mais surtout elle va le définir par rapport à la Loi et à l’annonce messianique.

     Face à Pilate, en répondant oui, Jésus se condamne car il se substitue à l’autorité instituée par les romains et concurrence directement l’empereur : il ne peut qu’être éliminé par la mort.

     Face aux scribes, aux docteurs de la Loi et au Grand Prêtre, sa réponse est décisive car il revendique le titre accordé à David et à sa lignée: régner sur le peuple au nom de Dieu en tant que Messie, envoyé de Dieu. Là aussi, la non-reconnaissance par les autorités religieuses le condamne à mort.

     Mais ce qui est en jeu dépasse toutes ces "personnalités" : pouvez-vous imaginer que le pouvoir de Dieu s’exprime dans la faiblesse et la pauvreté de la nature humaine ? Pouvez-vous comprendre que la Toute Puissance de Dieu pourrait, bien sûr, s’exprimer par une force terrible, mais qu’Il choisit de s’anéantir dans la nature humaine pour que chacun puisse le percevoir, dans l’amour, la tendresse et la vulnérabilité, entre les mains de l’homme ?

     Et c’est précisément là que le cœur converti prend conscience du pas que Dieu veut lui faire faire. La conversion, le "retournement", lui fait comprendre que Dieu le touche dans ce qu’il est : un être d’amour, non un quelconque sujet, encore moins un objet entre ses mains.

     Là où la puissance peut être synonyme de punition face à la faute, Dieu se fait pardon aimant pour redonner espérance;

     Là où la puissance peut être synonyme de pouvoir absolu, Dieu se fait serviteur de tous dans la plus grande tendresse.

     Là où la puissance peut être synonyme d’invulnérabilité orgueilleuse, Dieu se laisse broyer et tuer par la main de ses créatures.

     Là où la puissance peut être synonyme d’indifférence mortelle éternelle, Dieu s’anéantit pour que la vie soit dans la mort même.

     Qui peut dignement imaginer cela ? Et pourtant tout cela est devenu totalement réel !

     La Toute Puissance, comme répond le Christ, aurait pu mobiliser « des gardes qui se seraient battus pour qu'il ne soit pas livré aux juifs » mais sa « royauté n’est pas de ce monde », elle n’est que pour ceci : rendre témoignage à la vérité.

     Et la vérité, c’est le Père.

     Alors, quand plus tard, Pilate posera la question : « Qu’est-ce la vérité ? » Jésus ne répondra rien, non parce qu’il ne peut pas, mais parce que pour la connaître, il faut totalement se confier au Père, ce dont est incapable Pilate à ce moment-là.
Tout comme les autorités juives incapables d’accepter un dieu fait homme, un dieu qui se rend vulnérable au pouvoir humain alors qu’il a promis de les faire régner "pour mille ans", c’est-à-dire pour l’éternité.

     Quelle joie et quelle merveille de découvrir cette royauté du Christ-Jésus ! Quel embrasement du cœur le croyant trouve-t-il en imitant son maître se confiant totalement au Père !

     Oui, Christ, tu es roi, roi d’amour, roi de vie, loin de toute fausse royauté humaine. En ce jour de joie, donne-nous la grâce de ton humilité, donne-nous la grâce d’aimer nos frères et de leur témoigner combien tu les aimes pour qu’ils découvrent enfin la splendeur de vivre pour ton règne d’amour.



Méditation 1

Prière d’introduction:
Seigneur Jésus, je crois que tu es la vérité même.
Je crois que tu es le fondement de tous les jugements moraux.
Je sais que tu me donnes la lumière nécessaire pour voir les besoins des autres.
Je t’aime, Seigneur, et je te le montre maintenant par mon désir de prier. Bénis mon désir et transforme-le en un don vivant de moi-même. 

Demande:
Que je fasse de ta vérité ma vie, Seigneur !

Points de réflexion:
1. Poser mes propres questions.
Chaque jour nous formons des jugements - des "pré-jugés" -  innombrables. Souvent ils se fondent davantage sur ce que d’autres nous ont dit que sur ce que nous savons. Souvent les media, les politiques, les "penseurs" et même nos amis nous disent ce qu’il faut penser: ils "pensent à notre place"...
Le jugement de Pilate était fondé sur ce que les autres avaient dit. Il interrogeait Jésus comme un fonctionnaire et non comme quel qu’un qui cherchait sincèrement la vérité. Jésus a senti cette faiblesse et il l’a fait ressortir: "Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit ?"
L’excuse de Pilate était que, n’étant pas juif, il ne pouvait pas connaître la vérité.
Un jour je serai jugé sur la façon dont j’ai jugé : à quel point j’ai été juste, sincère et vraiment concerné par le bien des autres. Comment est-ce que je traite ceux que je rencontre ?
2. Jésus se tient au-dessus de ce monde.
Les pensées de Pilate et les accusations du Sanhédrin contre Jésus viennent du monde. C’est un monde où les gens, une fois accusés, sont déjà jugés. C’est un monde où certains jugements demeurent cachés mais assassinent la personne par des actions et des omissions. C’est un monde où ce que les autres pensent l’emporte.
Jésus ne se préoccupe pas du respect humain. Le respect humain ne peut même pas commencer à le juger. Il répond à Dieu seul, tout comme il vit seulement pour plaire à son Père.
Est-ce que j’appartiens au monde ? Quel pouvoir le monde a-t-il sur moi ? Comment les jugements des autres influencent-ils mon comportement ?
3. Appartenir au royaume de la vérité.
Ce qui est relatif ne peut jamais juger ce qui est absolu. Seul un jugement qui vient de ce qui est absolu peut déterminer des valeurs réelles pour tous. Avant d’être élu pape, Benoît XVI a dénoncé l’imposition des valeurs personnelles subjectives par le monde en les désignant comme "une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui ne retient comme ultime mesure que son propre ego et ses désirs." (Cardinal Joseph Ratzinger, homélie du 18 avril 2005).
Dans la même homélie il a juxtaposé cette "vérité" relativiste à l’amitié avec le Christ. La vraie amitié avec le Christ est notre guide, et elle exige que nous lui soumettions tous les autres guides : notre moi, nos propres sentiments et nos désirs égoïstes. "C’est cette amitié qui nous ouvre à tout ce qui est bon et nous donne le critère pour discerner entre le vrai et le faux, entre l’imposture et la vérité" dit encore Benoît XVI. Sans cette ancre, ce Roi, notre nature faible et déchue peut dériver à la traîne de n'importe quelle idéologie ou nouvelle école de pensée populaire.
Pilate suivait ainsi " les vagues de la mode " de la pensée et des tendances populaires de son temps. Ni Pilate ni le monde ne peut juger Jésus. Et lui seul peut nous juger.
Dieu peut nous juger et il nous jugera en fonction de notre vie: avons-nous vécu dans son royaume de vérités éternelles?
Dans quel royaume est-ce que je choisis de vivre ?

Dialogue avec le Christ:
Seigneur Jésus, tu es mon Roi et ton royaume est vérité.
Forme mon intelligence à te connaître.
Forme mon cœur à juger les autres par rapport à ton amour. 
Libère-moi des déceptions de l’orgueil, du respect humain et du narcissisme. 
Que seul ton amour règne dans mon coeur !

Résolution: 
Cette semaine je rejetterai tout jugement sur un autre, surtout fondé sur la rumeur. 
Je le remplacerai par une prière pour cette personne, en lui donnant le bénéfice du doute et en la confiant à l’amour du Roi.

Méditation 2

Réflexion:
1. Mon royaume n’est pas de ce monde.
Non, son royaume est bien loin de ce monde de guerre, de haine, d’égoïsme qui nous entoure bien souvent. Son Royaume aura lieu avec la consommation de l’histoire et la conflagration universelle, par laquelle Dieu constituera, dans ses desseins mystérieux et par sa puissance infinie, des cieux nouveaux et une terre nouvelle pour qu’y habite la justice. Le Christ roi et juge, dans son jugement, ne fera que reconnaître et accepter le bon et le mauvais usage que nous aurons fait de notre liberté, par laquelle on se sera soumis amoureusement à son royaume ou par laquelle on se sera rebellé contre lui pour nous mettre au service d’un autre roi. Dans le royaume de Dieu, nous n’aurons plus à nous soucier du manger ou du boire, comme en ce monde, puisque ce sera un royaume de vérité et de grâce, de justice, d’amour et de paix.
2. Le monde du Christ, c’est l’amour.
Il nous faut donc réaliser des œuvres de miséricorde, tant corporelles que spirituelles, car le Roi-juge nous jugera en fonction de notre amour du prochain motivé par notre amour de Dieu.
Au soir de notre vie nous serons jugés sur l’amour, disait Saint-Jean de la Croix. Oui, parce que le Royaume c’est l’amour. La loi du Royaume, la sève du Royaume, l’essence du Royaume c’est l’amour. Aime et fais ce que tu veux martelait Augustin ! Oui, le Royaume du Christ n’est pas de ce monde, où l’amour peut être présent, mais pas établi comme norme suprême de l’agir humain.
3. Attention au subjectivisme de l’amour !
Bien sûr nous devons personnaliser notre amour, l’incarner dans notre propre subjectivité, mais c’est l’amour objectif du Christ que nous devons personnaliser et incarner, telle qu’il se présente dans les Evangiles, dans le témoignage que Jésus nous en donne au moment de la Passion, dans les commandements qui le concrétisent et dans le Notre Père qui l’exprime dans sa dimension de reconnaissance et de louange. Rien de pire que de troquer le vrai amour par un amour émotionnel et vide, qui n’est pas du monde du Christ, mais de « ce monde ».

Dialogue avec le Christ:
Seigneur, apprends-moi à aimer, à grandir dans l’amour, à pénétrer davantage dans la vérité de l’amour.
Aide-moi par ton Esprit d’amour à reconnaître l’amour des autres pour moi, et surtout l’immense amour que tu as, ainsi que le Père, pour moi.
Apprends-moi à aimer, oh, Toi, qui pour l’amour de mon amour as daigné mourir !

Résolution:
Je tâcherai au long de cette semaine d’aimer véritablement mes prochains en pensant toujours à ce qui leur fera plaisir avant de penser à ce qui me ferait plaisir.

 
Pour prolonger la méditation  

- Versets du Premier Testament :
- 2S 7,12;16: « [Nathan dit à David: Le Seigneur te fera lui-même une maison]. Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j'élèverai ta postérité après toi, celui qui sera sorti de tes entrailles, et j'affermirai son règne. Ta maison et ton règne seront pour toujours assurés, ton trône sera pour toujours affermi. »
- Ps 89/88,2-5: « Je chanterai toujours les bontés de l'Éternel; Ma bouche fera connaître à jamais ta fidélité. Car je dis: La bonté a des fondements éternels; Tu établis ta fidélité dans les cieux. J'ai fait alliance avec mon élu; Voici ce que j'ai juré à David, mon serviteur: J'affermirai ta postérité pour toujours, Et j'établirai ton trône à perpétuité. »

- Versets du Nouveau Testament :
- Jn 1,49: « Nathanaël répondit [à Jésus] et lui dit: Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël. »
- Jn 3,14-15 : « Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé, Afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. »

-  Commentaire  patristique :
- Origène La Prière, 25
      Le règne du péché est inconciliable avec le règne de Dieu. Si donc nous voulons que Dieu règne sur nous, que « jamais le péché ne règne dans notre corps mortel ». Mais « faisons mourir en nous ce qui appartient encore à la terre », portons les fruits de l'Esprit. Ainsi, comme dans un paradis spirituel, le Seigneur se promènera en nous, régnant seul sur nous, avec son Christ. Celui-ci « trônera » en nous, « à la droite de la puissance spirituelle », que nous désirons recevoir, jusqu'à ce que tous ses ennemis qui sont en nous « deviennent l'escabeau de ses pieds », et que soit chassée loin de nous toute « principauté, puissance et souveraineté ».
      Tout cela peut arriver en chacun de nous jusqu'à ce que « soit détruit le dernier ennemi, la mort », et que le Christ dise en nous : « Mort, où est ton dard venimeux ? Enfer, où est ta victoire ? » Dès maintenant donc,
« que ce qui est périssable en nous » devienne saint et « impérissable ; que ce qui est mortel [...] revête l'immortalité » du Père. Ainsi Dieu régnera sur nous et nous serons déjà dans le bonheur de la nouvelle naissance et de la résurrection.
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Références bibliques : Rm 6,12; Col 3,5; Gn 3,8; Mt 26,64; Ps 110,1; 1Co 15,24;26;55;53.

- D'un théologien ancien :
Là où il est dit: « Dieu, donne au roi ton jugement », parce que Salomon est devenu roi, vous soutenez que c'est de lui qu'a été dit le psaume, alors que les paroles du Psaume très clairement vous crient qu'il fut dit du roi éternel, c'est-à-dire du Christ. Car le Christ nous a été annoncé comme roi, prêtre, Dieu, Seigneur, ange, homme, chef suprême, pierre, petit enfant par sa naissance, comme un être de douleur d'abord, puis montant au ciel, revenant dans la gloire avec la royauté éternelle, comme je le prouve d'après toutes les Ecritures.
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Référence biblique : Ps 72/71,1b.

- D'un théologien moderne :
- Karl Rahner, Homélies bibliques (1967):
Jésus est roi précisément du fait qu'il est venu pour rendre témoignage à la vérité. Qu'est-ce que la vérité qui est ici désignée? [...] C'est ce qui est un, ce qui est complètement achevé, ce qui est fidèle et sûr, ce qui vient de Dieu, ce qu'il doit dévoiler, [...] ce qui n'existe que si Dieu le révèle. [...] C'est de cette vérité, de cette activité divine et et de cette réalité de révélation qu'il est ici question. Et Jésus dit: "Parce que je rends témoignage à cette vérité, jesuis le roi du monde". Mais pour comprendre cette parole, il nous faut nous rappeler que Jésus a conscience d'être personnellement cette vérité venue dans le monde. parce qu'il est là, parce que le Fils est là avec sa pureté, parce que son innocence est apparue, parce que son amour s'est révélé jusqu'à la Croix, par le fait même, la vérité de Dieu est là et se manifeste.

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C'est à toi donc maintenant que s'adresse ma parole,
à toi, qui que tu sois,
qui renonces à ta volonté propre
et prends les fortes et nobles armes de l'obéissance,
pour combattre sous l'étendard du
Seigneur Christ, notre véritable Roi.

Règle de Saint Benoît (Prologue).
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