Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
Le Temps Ordinaire - Années C

Les dimanches


Deuxième dimanche


Chaque année, au moment d'entrer dans la longue série des dimanches du Temps ordinaire, la liturgie est célébrée devant une sorte de grande fresque, tirée de l'Évangile selon saint Jean. On y contemple successivement:
- le Seigneur auquel le Précurseur rend témoignage (années A);
- Jésus entouré de Jean, Simon et André, qui décident de le suivre (années B);
- cette année: le "premier signe" accompli par Jésus, au cours de noces auxquelles il a été invité avec Marie et ses disciples, à Cana en Galilée.

<- Détail des Noces de Cana (1303-1309), Giotto - Chapelle des Scrovegni, Padoue.
Marie semble demander au "maître du repas" son avis sur le vin qu'on vient de lui apporter.
En revanche, l'époux (reconnaissable à sa couronne: aujourd'hui encore, lors de la liturgie du mariage dans les rites orientaux, les mariés sont couronnés par le célébrant), qui n'a pas vu d'où provenait le bon vin, semble étonné par l'interpellation du "maître du repas".

A l'intervention de sa mère, qui a pressenti avec délicatesse dans quelle confusion vont se trouver les époux, Jésus change en excellent vin l'eau versée dans six grandes cuves de pierre. Il le fait sans éclat, au point qu'en dehors de Marie et des serviteurs personne, ni le "maître du repas" ni l'époux, n'ont compris d'où provenait le bon vin servi à la fin du repas. Manifestement, l'évangéliste a rapporté ce "commencement des signes que Jésus accomplit" en raison de sa valeur symbolique, soulignée par plusieurs notations.
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Troisième dimanche


Aujourd'hui commence la lecture de l'Évangile selon saint Luc, qui caractérise les années C.

Comme on a pu le lire dans l'introduction à cet évangile (à cette page), l'auteur déclare avoir écrit "καθεξῆς - de façon suivie" des événements qui ont déjà été rapportés par des "αὐτόπται - personnes qui ont vu de leurs propres yeux"; "παρηκολουθηκότι ἄνωθεν πᾶσιν ἀκριβῶς - après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine", il a donc fait œuvre d'historien - mais pas au sens moderne du terme: il n'a pas rapporté les événements dans un ordre chronologique, ni dans un cadre géographique stricts. Il a adopté le plan qui - tout en restant fidèle à l'authenticité des faits - lui a semblé le mieux correspondre à son propos: permettre au lecteur de reconnaître "λόγων τὴν ἀσφάλειαν - la certitude des enseignements" qu'il a reçus par ailleurs.

Saint Luc commence son exposé de la vie publique de Jésus (Evangile: Lc 1,1-4; 4,14-21) par la première intervention doctrinale de celui-ci: "ἦλθεν εἰς τὴν Ναζαρέτ, οὗ ἦν τεθραμμένος, καὶ εἰσῆλθε κατὰ τὸ εἰωθὸς αὐτῷ ἐν τῇ ἡμέρᾳ τῶν σαββάτων εἰς τὴν συναγωγήν - Il se rendit à Nazareth, où il avait été élevé, et, selon sa coutume, il entra dans la synagogue le jour du Sabbat". Il a été investi lors du baptême dans l'eau du Jourdain (voir à cette page et à celle-ci) de la "δύναμις τοῦ Πνεύματος - puissance de l'Esprit" et depuis lors sa "φήμη ἐξῆλθεν καθ᾿ ὅλης τῆς περιχώρου περὶ αὐτοῦ - renommée s'est répandue dans tout le pays d'alentour". Il est donc normal qu'on lui demande de faire la lecture prévue ce jour-là pour l'office synagogal (voir à cette page), puis de la commenter - en tant que rabbi de passage.
Or il s'agit d'un texte d'Isaïe (Is 61,1-2) annonçant un envoyé de Dieu, chargé de porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, la lumière aux aveugles, et la liberté aux prisonniers et aux opprimés.
Mais Luc ne retient du commentaire de Jésus que l'affirmation centrale: "σήμερον πεπλήρωται ἡ γραφὴ αὕτη ἐν τοῖς ὠσὶν ὑμῶν - Aujourd'hui cette parole de l'Écriture, que vous venez d'entendre, est accomplie". Voilà donc, d'emblée, Jésus présenté tel que les chrétiens le reconnaissent: il est, personnellement, l'accomplissement des Écritures.

La seconde partie de l'œuvre de saint Luc, les Actes des Apôtres, montre comment cette Parole s'est répandue et a engagé, dans le monde entier, une multitude d'hommes et de femmes à s'attacher au Seigneur (Ac 5,14).
Cet élan missionnaire de l'Eglise exige que chacun, sans chercher à se faire valoir personnellement, mette au service de tous les dons, les charismes, qu'il a reçus de l'Esprit, afin que grandisse le corps entier dont le Christ est la tête (Deuxième Lecture: 1Co 12,12-30).

Ce dimanche remet devant les yeux des croyants l'idéal et la vocation de la Communauté rassemblée (Première Lecture: Né 8,1-4a;5-6;8-10) autour de la Parole de Dieu (Psaume: Ps 19,8-10;15)

Méditation, d'après le père About
(Radio-Vatican)
 
     En ce troisième dimanche du temps ordinaire, nous prions pour l’unité des chrétiens dont la semaine, qui lui fut consacrée, s’achève. Les textes de ce jour nous invitent à cette unité.
     Le prophète Esdras, dans la première lecture, lit le livre de la Loi devant tout le peuple rassemblé après l’exil : ainsi ceux qui furent déportés, ceux qui sont restés, et ceux qui avait fui, se retrouvent d’un seul cœur pour écouter cette parole de vie. Et ils pleurent d’entendre ces paroles qu’ils avaient peu ou prou entretenues dans leur cœur et dont ils redécouvrent qu’elles sont leur existence et leur unité.
     Saint Paul va nous rappeler dans la seconde lecture, que les membres d’un corps ne peuvent se détacher ou refuser d’accomplir leur fonction : ils forment un tout et chacun, le plus faible ou fort qu’il soit, est une partie indispensable dont le bon ou le mauvais fonctionnement rejailli sur tout le corps.
     Ainsi nous sommes uns.
     Non par une origine commune, ni par une volonté commune mais par le désir et la volonté de Dieu de nous faire un en lui et avec lui.
     En commençant son évangile, Luc nous révèle que cette unité se construit pas à pas. S’il a voulu offrir à son ami Théophile un exposé complet des événements de Jésus et de la foi annoncée, il en a pris les moyens, en collectant tous les sources capables de construire son récit dans la vérité : « afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as reçus ».
     Cette unité tant recherchée et cette cohérence de la vie ne proviennent pas d’un événement particulier, « miraculeux », déclencheur, comme chez les autres évangélistes:
- en Jean, Cana et l’heure du Fils de l’homme ;
- en Marc, le baptême et l’expulsion d’un démon pour signifier la puissance du Fils de Dieu ;
- en Matthieu, le baptême et la guérison de toute infirmité dans le peuple marquent l’action de Dieu à l’œuvre dans le monde.
     En Luc les événements découlent d’eux-mêmes: Jésus enseigne, vient à Nazareth et comme tout un chacun lit un passage de la Torah. Mais il s’arrête au début de la promesse en Is 61, 1-2, sur les bénédictions promises : « L’Esprit du Seigneur est sur moi (…) Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres (…) annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur ».
Mais il ne poursuit pas sur le jour de vengeance, qui suit dans le texte.
     Et là où les auditeurs, les yeux fixés sur lui, attendent un long commentaire de la Parole, il déclare simplement : « Cette parole de l’Ecriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ! ».
     Les promesses viennent à leur accomplissement. C’est aujourd’hui. Et leur accomplissement découle de Jésus lui-même : Il est véritablement le réalisateur des promesses. Il ne s’arroge rien, il pourrait dire : « je suis celui qui a reçu l’onction, je suis l’envoyé » Non, c’est aujourd’hui !
     Il faut une reconnaissance intérieure, une foi entretenue pour, avec le regard ouvert à Dieu, voir qu’il accomplit ses promesses, délicatement, simplement, humblement. Celui qui regarde, comme le fait et le dit Luc, voit Jésus comme l’aujourd’hui de Dieu. Il mesure, sans à-coup, cette présence de Dieu qui accomplit ses promesses, en moi, en mes frères, en l’Église. Point n’est besoin d’éboulements, de feu tombé du ciel ni d’ouragan, simplement d’un « silence évocateur, d’une fine brise légère » qui me rappelle que c’est « aujourd’hui que cela s’accomplit ».
     En cette année aurons-nous la patience et la disponibilité de cœur pour écouter le Seigneur en tout ce que nous vivons ? C’est aujourd’hui, maintenant que ma Parole s’accomplit en toi, nous rappelle-t-il.
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Quatrième dimanche



Comme dimanche dernier, la liturgie d'aujourd'hui met les fidèles en présence de Jésus, assis dans la synagogue de Nazareth (Evangile - Lc 4,21-30) où il a proclamé ouverte l'ère de grâce annoncée par le prophète Isaïe.Dans un premier temps, les auditeurs (exaspérés par l'occupation romaine, et attendant un "messie" qui viendrait les en délivrer) accueillent favorablement cette déclaration: "Ils lui rendaient témoignage" (v.22), ce qui signifie: "ils se rangeaient de son côté".
Mais à ces bonnes intentions succède aussitôt le doute: d'où peut bien venir cette sagesse dont fait preuve "le fils de Joseph", le charpentier du village?
Jésus sait les pensées de ses auditeurs, il a vu leurs regards étonnés ou narquois... Démasqués, ils sont "furieux" (v.28) de s'entendre assimiler à ceux qui rejetaient les prophètes (qui - heureusement! - avaient Dieu avec eux: Première Lecture - Jr 1,4-5;17-19; Psaume - Ps 71,5-8;15;17;19).
Alors les gens de Nazareth veulent faire périr Jésus (v.29); mais c'est librement - à son heure - qu'il prendra lui-même la direction de Jérusalem où il doit mourir (Lc 9,51).
Dans cette sorte d'introduction à l'ensemble de l'œuvre évangélique de Luc, affleurent plusieurs des grands thèmes qui le caractérisent.

<- Le jour de la Présentation au Temple, Syméon a déclaré que Jésus, "lumière des nations", serait "signe de contradiction" pour un grand nombre (Lc 2,32;34). Par ailleurs, l'universalisme du Salut est une insistance de l'évangéliste; enfin, il ne faut pas oublier que les Actes des Apôtres est la seconde partie de l'œuvre de saint Luc, qui se plaît à montrer comment la mission se situe dans la continuité de celle du Seigneur. Rejetés comme lui par leurs concitoyens, les Apôtres seront amenés à prêcher l'Évangile au-delà des frontières de leur pays.
Le prophétisme, celui des missionnaires et celui des communautés chrétiennes, ne s'accommode pas d'un provincialisme étroit, d'un particularisme borné: le rappel de la conduite de Dieu-Fils doit sans cesse retentir dans l'assemblée chrétienne réunie pour célébrer le mystère du Salut.

Ce qui fait l'unité des communautés ecclésiales, et de l'Eglise entière, c'est la charité sans limite (Deuxième Lecture - 1Co 12,31 - 13,13). Ceux qu'elle anime - loin de garder jalousement les dons reçus de Dieu, de se replier frileusement sur leurs propres intérêts de peur de les perdre - doivent désirer plus que tout voir le plus grand nombre possible en bénéficier. La foi s'étiole et finit par s'éteindre quand on ne la partage pas.
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Cinquième dimanche


Le tableau que l'Évangile met aujourd'hui devant nos yeux (Évangile - Lc 5,1-11) montre Jésus dans une attitude hiératique, qui évoque déjà celle du Ressuscité.
Luc en effet passe sans transition du titre de "Maître" à celui de "Seigneur"; Pierre "tombe aux pieds" de Jésus: ce titre et cette prosternation annoncent l'attitude des disciples lors de l'Ascension.
Placée aux premières pages de son évangile, cette scène correspond aux intentions de saint Luc: elle invite à aborder le lecture de l'Évangile en confessant la véritable identité de celui auquel les disciples ont donné leur foi (voir l'introduction au troisième dimanche du TO-C à cette page et les notes sur Lc 1,1-4 à cette page).

Par ailleurs, Luc, qui est aussi l'auteur du Livre des Actes des Apôtres, a vu dans cet épisode - qu'il tient de la tradition - un certain nombre de traits qui se vérifient dans la vie ecclésiale.
L'enseignement que les croyants ont reçu vient de Jésus qui parlait à la foule, avide d'écouter sa parole.
L'abondance de la pêche évoque l'extraordinaire succès de la prédication apostolique, et justifie par avance l'audace des Apôtres, devenus "pêcheurs d'hommes", qui pousseront au large pour s'efforcer de gagner au Christ le plus grand nombre possible de leurs auditeurs.
Cette tâche aurait de quoi les effrayer. Mais Jésus leur dit "Soyez sans crainte": cela suffit à leur donner l'audace de tout abandonner pour le suivre, quel que soit leur passé.
Un "homme aux lèvres impures" n'a-t-il pas été choisi comme "messager" par YHWH (Première Lecture - Is 6,1-2a;3-8)?
Un "persécuteur" comme Saül n'a-t-il pas été choisi pour annoncer la Bonne Nouvelle (Deuxième Lecture - 1Co 15,1-11)?
Ils ont pu le faire parce que Dieu était avec eux (le psalmiste en rend grâce au Seigneur: Psaume - Ps 138,1b-5;7c-8), et qu'ils se sont montrés disponible pour accomplir leurs missions respectives.

Aujourd'hui encore, il faut faire confiance au Seigneur et, "sur son ordre", jeter à nouveau les filets - même après de longues nuits de travail infructueux.
La contemplation du Christ, et la scène de la pêche miraculeuse doivent raviver le courage, la confiance et l'élan missionnaire des communautés chrétiennes (et de leurs membres, individuellement) - que l'apparente inutilité des efforts consentis pourrait affaiblir...
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Sixième dimanche


La liturgie d'aujourd'hui (Première Lecture - Jr 17,5-8; PsaumePs 1,1-4;6; Deuxième Lecture - 1Co 15,12;16-20; Evangile - Lc 6,17;20-26) situe l'assemblée dominicale au coeur de la vie croyante et de son mystère: Dieu seul donne à l'existence humaine de porter un fruit qui demeure.
Celui qui met en lui son espérance et sa confiance est donc assuré de pleinement s'épanouir, quoi qu'il arrive; au contraire, se détourner de lui et chercher un confort illusoire dans des choses caduques et des êtres de chair conduit à la ruine  de l'âme.
Il en va de même pour les plantes, qui poussent rapidement et ont une belle apparence lorsque la saison est favorable (ceux qui ont vu fleurir un désert savent combien les couleurs des fleurs sont intenses!) mais qui s'étiolent lamentablement dès que le temps change. D'autres, beaucoup plus modestes, trouvent le terrain qui les maintient vivaces et resplendissantes à longueur d'année.
Ce que proclame un oracle du Livre de Jérémie, beaucoup d'autres auteurs bibliques le disent également, spécialement les psalmistes qui chantent à l'envi la sagesse de ceux qui mettent leur foi, leur confiance en Dieu.

Le "Discours sur le plateau" (traduit à tort - voir plus bas - "dans la plaine") tel que le rapporte saint Luc s'adresse directement aux foules. A des personnes un peu en marge de la société, méprisées des "grands", il dit: "Heureux, sautez de joie: vous êtes maintenant dans l'indigence, le mépris; un jour vous aurez votre récompense; tandis que ceux qui sont aujourd'hui 'du bon côté' déchanteront". 
La portée sociale de ces paroles est indéniables.
Mais elles ne font pas l'apologie de la misère (dont il faudrait prendre son parti en attendant "un monde meilleur"), non plus qu'elles ne condamnent ceux qui ont acquis quelque bien par leur travail - deux interprétations qui ont eu cours tour à tour.
En effet, lorsqu'il décrit la communauté chrétienne idéale, saint Luc dit qu'elle se caractérise par le partage des biens, de telle sorte que nul ne soit dans le besoin (Ac 2,44-45), ce qui est l'application de la notion de la 
צדקה tsedâqâh du Premier Testament.

Mais ceux qui "maintenant"partagent la condition du Christ humilié, bafoué, seront également associés "demain" à sa gloire auprès du Père - car c'est "à cause" de son abaissement que le Seigneur a été "élevé au-dessus de tout" (Ep 2,5-11).
Si la mort devait nous laisser tels que nous sommes dans cette vie, dit saint Paul, nous serions "les plus malheureux des hommes", parce que nous aurions cru en vain. Mais non! Le Christ est ressuscité et nous aurons part à sa vie. Il est notre espérance. C'est par rapport à lui que nous devons tout apprécier.
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En cette année 2010, nous passerons (après les Temps de Carême, puis de Pâques-Pentecôte) de ce "Sixième dimanche du Temps Ordinaire" au "Onzième dimanche du T.O.", le dimanche 13 juin.
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