Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Premier Testament








תורה- Torah - Pentateuque






בראשית Bereshit (Au commencement) - Genèse (Gn)
שמות Shemot (Les Noms) - Exode (Ex)
ויקרא Vayyiqra (Il appelle) - Lévitique (Lv)
במדבר Bemidbar (Dans le désert) - Nombres (Nb)
דברים Devarim (Les paroles) - Deutéronome (Dt)

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 בראשית - Bereshit(Au commencement) -

Genèse (Gn)

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    "γένεσις - Génésis - naissance" (nom dont notre mot "Genèse" est la transcription), titrait la traduction grecque des Septante
"בראשׁית - BeRéshit - en un commencement", dit l’hébreu, suivant en cela le premier mot du texte. André Chouraqui traduit "Entête".
Et, de fait, ce livre ne cesse pas d’être l’Entête du Pentateuque et de la Bible tout entière. Non seulement il rapporte la genèse du monde, mais il donne aussi la clé du Livre. Ce volume, qui commence par décrire les origines de l’univers et de l’humanité, est l’irréfutable témoin d’une des plus profondes expériences, à jamais actuelle, de l’esprit en quête de ses racines et de ses finalités.

    L’œuvre est composée comme une symphonie.
L’auteur débute par le thème le plus général qui se puisse concevoir: la création de l’univers.
De là il passe à celle de l’humanité, au récit de sa chute que suit le premier assassinat, le meurtre d’Abel par son frère Caïn.
Puis vient le déluge, après lequel l’humanité prend un nouveau départ.
Abraham, descendant de Noé, est un nouvel adâm-Adam autour de qui s’articule l’histoire d’un peuple.
Ainsi la symphonie traite-t-elle de thèmes de plus en plus restreints. Le récit continue en maniant les genres avec maîtrise: les dialogues de YHWH-Adonaï et d’Abraham, le pacte et la promesse, la rencontre de Melchisédech à Salem (Jérusalem), l’épisode savoureux de l’annonciation d’Isaac, le bannissement d’Ismaël, et enfin l’un des sommets de la littérature biblique: le récit du sacrifice offert par Abraham (ch. 22).
Les histoires de Jacob et de Joseph terminent allègrement le livre sur le thème de la réconciliation et du salut d’Israël et des nations, la promesse faite aux Hébreux du don de leur pays étant confirmée.

    La guerre des rois, rapportée au ch. 14, est un texte très ancien, que certains supposent avoir été écrit en akkadien ou en cananéen, puis traduit en hébreu, et dont plusieurs protagonistes sont difficiles à identifier.

    La tradition judéo-chrétienne attribuait la paternité de ce volume, comme celle d’ailleurs de tout le Pentateuque (la Tora'), à Moïse.
Cependant, dès le IIème siècle de notre ère, des voix s’élèvent qui mettent en cause cette attribution.
Au XIIème siècle, Abrahâm ibn ‘Ezra- Abraham, fils d'Esdras (Espagne) fait remarquer que plusieurs passages du Pentateuque, notamment le verset 9 du chapitre 31 du Deutéronome, ne pouvaient se concilier avec la thèse traditionnelle.
Il fallut cependant attendre les premiers essais de la critique biblique,au XVIIème siècle, pour voir le problème sérieusement soulevé.
    C’est alors que Baruch Spinoza et Richard Simon ouvrent la voie à un courant de pensée qui aboutira à la théorie documentaire, adoptée aujourd’hui par la quasi-unanimité des exégètes: le Pentateuque n’est pas l’œuvre d’un seul homme, Moïse; c’est une collection d’écrits rédigés, au cours des siècles, par de nombreux écrivains. Les exégètes fondent leurs conclusions sur des anachronismes, sur l’alternance dans le texte de noms différents pour désigner Dieu, sur la diversité du vocabulaire, du style, et même de l’inspiration. Auprès d’un premier document dit yahwiste (J), il existerait une source élohiste (E), un document sacerdotal (P), et enfin une tradition deutéronomiste (D), tout entière contenue dans le dernier livre du Pentateuque (voir cette page).

    Si le morcellement de l’ouvrage semble indéniable quant à son origine, le texte, cependant, résiste à ce traitement de la critique. Il garde une incontestable unité et ne cesse de s’imposer à nous, tant par son contenu que par son style et sa composition.
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• Gn 2,18-24

C'est une monde masculin et féminin, pas seulement masculin, que Dieu a créé.
L'homme et la femme sont des partenaires appelés à dialoguer sur un pied d'égalité. Briser cette unité, attenter à cette complémentarité, rompre cet équilibre dynamique et fécond, introduirait dans l'œuvre de Dieu un grave désordre.
Cet enseignement, fruit de la longue méditation des sages, est transmise sous la forme d'un récit populaire, compréhensible par tous.

L'homme et la femme se détachent de leurs parents pour s'attacher l'un à l'autre, parce que, répond l'un des auteurs de la Genèse, Dieu les a voulus partenaires égaux et complémentaires, destinés à ne "faire plus qu'un".

Cette page du premier de livres du Pentateuque, de la תורה-Tora', a été rédigée après l'époque des Patriarches qui a connu la pratique courante de la polygamie.
Il y eut aussi un temps où la répudiation de la femme par son mari était admise et réglementée.
Il n'en est donc que plus remarquable de voir l'origine de l'humanité évoquée dans le cadre d'un couple monogame.

Notes:
- Verset 18:
"עזר - aide": dans le Premier Testament, ce mot est souvent utilisé pour exprimer l'aide que Dieu apporte à son peuple.
"בד- seul" / " נגד vis-à-vis": dès l'origine, l'être humain est un "être-avec", dont l'épanouissement ne se réalise que dans la relation à l'autre. 
- Versets 19 et 20:
"קרא - appeler": ce verbe rythme tout le "premier récit de la Création" (voir en cliquant ici), où il est employé cinq fois (pour le jour et la nuit, le ciel, la terre et la mer) en Gn 1,5-10; le geste créateur donne certes naissance, mais le nom assigne une fonction et établit chaque créature à sa juste place; celui qui nomme devient souverain sur celui qui est nommé. Dieu permet à l'homme de nommer les animaux, il lui confie donc un pouvoir sur la nature.
- Verset 21:
1."צלעת - côte, côté": L'auteur joue sur le double sens du mot. M. Henry en tire l'exégèse suivante: Dieu n'a pas fait la femme à partir "de la tête de l'homme, pour qu'elle domine sur lui; ni de ses pieds, pour qu'il la piétine; mais de son côté, pour qu'elle soit son égale, sous son bras pour qu'il la chérisse".
2. Traduction liturgique très inexacte: en fait, les textes disent:
ויקח אחת מצלעתיו ויסגר בשר
LXX: ελαβεν μιαν των πλευρων αυτου και ανεπληρωσεν σαρκα αντ' αυτης
Vulgate: tulit unam de costis eius et replevit carnem pro ea
"[Dieu] prit un de ses côtés/une de ses côtes, et referma la chair à la place".
Illustration: Eve tirée du côté d'Adam - Détail de La création du Monde (Bible de Souvigny - fin du XIIème siècle - Bibliothèque municipale de Moulins)
- Verset 23:
En hébreu, le terme désignant la femme, אשה isha, dérive du terme désignant l'humain, איש ish- comme la femme dérive de l'homme.
- Verset 23:
"בשר אחד" littéralement "une seule chair". L'expression ne désigne pas seulement l'acte conjugal, mais elle signifie aussi la formation d'une nouvelle cellule de la communauté humaine - d'où la nécessité de quitter son père et sa mère.
Ce verset est cité dans le Nouveau Testament en Mt 19,5; Mc 10,7-8 ; 1Co 6,16; Ep 5,31.

Commentaire:
Ce récit de la création de l'homme et de la femme veut répondre aux questions : Qu’est-ce que l’homme ? Pourquoi est-il homme et femme ? Pourquoi la sexualité, l’amour, le mariage ? La Bible ne répond pas avec un traité philosophique, mais avec un récit concret où la profondeur le dispute à la saveur.
Au commencement le Seigneur dit : "Il n’est pas bon que l’homme soit seul". Effectivement, le mâle est ordonné à l’autre, il a besoin de partenaire.
Alors Dieu fit défiler devant l’homme des aides possibles, bêtes des champs et oiseaux du ciel. Mais l’homme n’y trouva aucune aide qui lui corresponde. L’animal ne peut être le vrai partenaire de l’homme, puisque celui-ci le domine en donnant à chacun des animaux un nom. Dans l’antiquité, donner un nom, c’était plus que coller une étiquette, c’était percer l’identité du nommé et, de la sorte, avoir prise sur lui. Indirectement, le récit insinue que la femme n’est pas une bête - chose pas tellement évidente à l’époque, ni même aujourd’hui où la femme est souvent ravalée à ce niveau.
Vient alors le récit qui choque parfois les femmes et qui, pourtant, les valorise : Dieu fit tomber sur l’homme un mystérieux sommeil, il prit de la chair  de son côté (ou une côte) et en forma la femme. L’homme, dans un cri de bonheur, dit : "Cette fois-ci j’ai ce qui me manquait! Voilà qui me correspond parfaitement, qui est de ma nature, égal à moi : os de mes os et chair de ma chair".
Quant au sommeil de l’homme, il indique l’impuissance de celui-ci à se donner lui-même un complément : la femme lui est donnée comme une grâce, un don. La LXX rend "ויישן il l'endormit" par "υπνωσεν", d'où viendront tous nos mots  construits sur la racine "hypno-" !
"On l’appellera femme". En hébreu, un beau jeu de mots : homme = איש ish; femme = אשה isha, pour indiquer leur identité et leur complémentarité. Cette correspondance est si forte, l’un a tant besoin de l’autre qu’ils quittent ce qu’ils ont de plus cher, père et mère, pour ne plus faire qu’un.
C’est presque trop beau - en regard de la réalité. Et pourtant cela devrait être ainsi, selon le plan de Dieu!
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• Gn 11,1-9


Le récit de Babel * conclut – dans le même genre littéraire imagé – la réflexion sur les origines de l’humanité, sur le péché et sur ses conséquences. Les hommes ne peuvent construire leur unité en-dehors de leur Créateur. C’est Dieu qui les rassemblera tous, sans distinction de langues, races, cultures – non dans une construction humaine, mais par son Esprit qui fera leur unité dans la diversité.
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* Sur Babel= בבל , hébreu (de l’akkadien : Bab-Ilu = « porte du dieu ») pour Babylone (du grec βαβυλων) ; ville, pays et peuple de Basse-Mésopotamie (sud de l’Iraq actuel). Voir aussi cette page.
Aux débuts de l’Histoire, Babel est la grande ville qui veut détrôner Dieu.
Le premier texte biblique qui la mentionne est Gn 10,10 ; c’est l’une des capitales de l’empire du héros mésopotamien Nemrod. Ici, en Gn 11,2-9, il est fait allusion à ses fameuses ziggourats (temples-tours à étages) – surtout à celle du grand temple de la ville.

Illustration:
<- La ziggourat d'Our (Mésopotamie méridionale); on pense que la grande ziggourat de Babylone a servi de modèle pour sa construction.
Seuls ont été reconstitués le premier escalier latéral (une centaine de marches) et la première plate-forme. De là partaient autrefois deux escaliers latéraux, à gauche et à droite, et plus haut se trouvaient deux autres étages avec plate-forme.
Les briques (rouge terrecuite, vertes, grise) ont été cimentées avec de l'asphalte; certaines datent de l'édifice originel, et l'on peut y voir des inscriptions portant les noms d'our-Naoum, et du roi Nabonide qui reconstruisit la ziggourat.

Le texte hébreu rattache artificiellement son nom au verbe בלל, « brouiller », « confondre » - la confusion des langues étant regardée comme le châtiment de l’idolâtrie et de la prétention des hommes à assurer l’unité de l’humanité par un impérialisme politico-religieux dont Babylone aurait servi d’exemple :
- Gn 11,9 :
על־כן קרא שמה בבל כי־שם בלל יהוה שפת כל־הארץ ומשם הפיצם יהוה על־פני כל־הארץ׃
Littéralement : על־כן – c’est pourquoi ; קרא – on appela ; שמה – son nom ; בבל – Babel – כי – parce que ; שם – là ; בלל – brouilla ; יהוה – l’Eternel ; שפת – la lèvre de ; כל – toute ; הארץ – la terre. 
« C'est pourquoi son nom fut appelé Babel (confusion); car l'Éternel y confondit le langage de toute la terre, et de là l'Éternel les dispersa sur toute la face de la terre. »
Remarque – LXX traduit le début de ce verset : δια τουτο εκληθη το ονομα αυτης συγχυσις Littéralement : δια – à cause de ; τουτο – cela ; εκληθη – fut appelé ; το ονομα – le nom ; αυτης – de celle-ci ; συγχυσις – "confusion" – sans mentionner de nom propre géographique, Babel ou Babylone ; les juifs de langue grecque, plus portés sur l’abstraction, ne font plus mention de la ville sacrilège des hébraïsants, mais restent dans la légende plus que dans le mythe biblique (mythe = légende rattachée à un/des élément(s) concrets(s) qu’elle veut expliquer) ; d’autre part, même si les rabbins auteurs de la traduction connaissaient la fausse étymologie du nom hébraïque de la ville, ils ne s’en « encombrent » pas, puisque la grande majorité de leurs lecteurs ne la comprendrait plus. - Is 13,19 :
והיתה בבל צבי ממלכות תפארת גאון כשדים כמהפכת אלהים את־סדם ואת־עמרה׃
Littéralement : והיתה – et sera ; בבל – Babylone ; צבי – l’ornement de ; ממלכות – les royaumes ; תפארת – la beauté de ; גאון – l’orgueil de ; כשדים – les Chaldéens ; כמהפכת – comme le renversement par ; אלהים – Dieu ; את־סדם – de Sodome ; ואת־עמרה – et Gomorrhe. 
« Et Babylone, l'ornement des empires, la parure et l'orgueil des Chaldéens, sera comme Sodome et Gomorrhe, que Dieu détruisit. »
Remarque – Ici, et dans les passages suivants, LXX traduit bien בבל par βαβυλων, puisqu’il s’agit de prophéties concernant la ville et la civilisation babyloniennes, persécutrices du peuple juif - et non plus d'un mythe.
- Is 14,4 :
ונשאת המשל הזה על־מלך בבל ואמרת איך שבת נגש שבתה מדהבה׃
Littéralement : ונשאת – et tu élèveras ; המשל – la fable ; הזה – celle-ci ; על – contre ; מלך – le roi de ; בבל – Babylone ; ואמרת – et tu diras : איך – comment ?; שבת – a cessé ; נגש – un qui opprime ; שבתה – a cessé ; מדהבה – la tyrannie.
« Tu commenceras ce chant sur le roi de Babylone, et tu diras: Comment a fini le tyran, comment a fini l'oppression? »
- Jr 51,41 :
איך נלכדה ששך ותתפש תהלת כל־הארץ איך היתה לשמה בבל בגוים׃
Littéralement : איך – comment ? ; נלכדה – est investie ; ששך – Shéshak ; ותתפש – et a été occupée ; תהלת – la célébrité de ; כל – toute ; הארץ – la terre ; איך – comment ?; היתה – est devenue ; לשמה – une désolation ; בבל – Babylone ; בגוים – parmi les nations. « Comment Shéshac a-t-elle été prise? Comment a-t-elle été saisie, celle que louait toute la terre? Comment Babylone est-elle réduite en désolation parmi les peuples? »
Remarque – « La vierge, fille de Babel », « la fille des Chaldéens », « le superbe joyau des chaldéens », « Shéshak » sont les noms donnés à Babylone par les prophètes lorsqu’ils annoncent sa chute, comme punition de Dieu vengeant son peuple opprimé.
- Jr 51,53 :
כי־תעלה בבל השמים וכי תבצר מרום עזה מאתי יבאו שדדים לה נאם־יהוה׃
Littéralement : כי – quand ; תעלה – monterait ; בבל – Babylone ; השמים – aux cieux ; וכי – et quand ; תבצר – elle rendrait inaccessible ; מרום – l’élévation de ; עזה – sa force ; מאתי – de ma part ; יבאו – viendraient ; שדדים – des dévastateurs ; לה – contre elle ; נאם – déclaration de ; יהוה – l’Eternel.
« Quand Babylone s'élèverait jusqu'aux cieux, et quand elle rendrait inaccessible sa forteresse, les dévastateurs y entreront de par moi, dit l'Éternel. »
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• Gn 15,5-12;17-18.

Abraham est la figure emblématique des croyants de tous les âges du monde. Il a tout quitté parce que Dieu le lui demandait. Maintenant, le Seigneur lui promet une descendance innombrable et la possession du pays: "Je m'y engage".

Remarques et traduction:
Sur la Genèse, voir à cette page.
Sur Gn 15,1-21:
Ce chapitre, particulièrement dense, marque un tournant: alors que les chapitres 12-14 traitaient surtout du Pays promis, à partir du chapitre 15 le thème de la postérité d'Abram devient le thème majeur (même si celui du pays n'est pas absent). A la plainte du patriarche ("Je n'ai pas d'enfant" - 15,2a;3a) et à ses projets tout humains (son serviteur Éliézer de Damas - peut-être le "serviteur plus ancien qui tous ses biens" dont il sera question en Gn 24,2 - sera son héritier - 15,2b;3b), YHWH répond par la promesse d'une authentique (15,4b) et nombreuse descendance (15,5), et scelle cette promesse par une alliance (15,9-10;17-18). Dieu révèle à Abram que c'est à cette descendance que sera donné - certes dans un lointain avenir - le Pays promis (15,16;18-20). Et Abram croit (15,6). Il croit en cette promesse, accorde sa confiance à Celui qui s'est engagé à son égard. En raison de sa foi, "Abram eut confiance en YHWH, qui le lui imputa à justice". Cette affirmation, particulièrement importante dans le Premier Testament, énonce la pleine approbation divine à l'égard de cet homme, non pas irréprochable au plan moral, mais qui a su adopter la juste attitude face à la révélation divine.
Même si la traduction liturgique lui donne déjà le nom d' "Abraham" ("Père d'une multitude"), Abram ("Père éminent") ne recevra de Dieu ce nom qu'en Gn 17,5.
Le texte liturgique omet les vv.13-16, dans lesquels Dieu annonce les conditions dans lesquelles son alliance avec Abram sera réalisée; mais - comme on ne dit donc pas que Dieu plonge Abram "dans un sommeil mystérieux" pour s'adresser à lui en songe - on ne comprend pas pourquoi ce sommeil, ni pourquoi la "sombre et profonde frayeur"...
En outre, la traduction de cette dernière locution ne correspond pas au texte hébreu (verset 12)... qui parle de "l'horreur d'une grande obscurité"!

Verset 5.
      ויוצא אתו החוצה ויאמר הבט־נא השׁמימה וספר הכוכבים אם־תוכל לספר אתם ויאמר לו כה יהיה זרעך׃ 
Et après l'avoir conduit dehors, il dit: Regarde vers le ciel, et compte les étoiles, si tu peux les compter. Et il lui dit: Telle sera ta postérité.
כה יהיה זרעך - Telle sera ta postérité: Voir Gn 22,17. Dans le ciel d'Orient, on peut voir à l'œil nu un peu plus de 8000 étoiles. Le Livre de l'Exode souligne l'accomplissement de cette promesse en Égypte (voir Ex 1; voir aussi Dt 1,10).

Verset 6.
      והאמן ביהוה ויחשׁבה לו צדקה׃
Abram eut confiance en YHWH-Adonaï, qui le lui imputa à justice.
ויחשׁבה לו צדקה - et il le lui imputa à justice: Voir pratiquement la même locution (ותחשׁב לו לצדקה - Cela lui fut imputé à justice) en Ps 106,31. La formule signifie que la foi en la promesse divine était tout ce que YHWH attendait d'Abram pour réaliser cette promesse. Abram a pleinement satisfait par là aux exigences de Dieu, d'où le fait qu'il soit considéré comme le "père de tous les croyants" (voir Rm 4,11). Paul, en bon connaisseur de la TaNaKh (voir à cette page), accordera une grande importance à ce texte; il y fera appel pour démontrer que l'homme est justifié non par l'obéissance à la Loi mais par la foi (Rm 4; Ga 3,6; voir aussi Jc 2,23).

Verset 7.
   ויאמר אליו אני יהוה אשׁר הוצאתיך מאור כשׂדים לתת לך את־הארץ הזאת לרשׁתה׃
YHWH-Adonaï lui dit encore: Je suis YHWH-Adonaï, qui t'ai fait sortir d'Ur en Chaldée, pour te donner en possession ce pays. 

Verset 8.
       ויאמר אדני יהוה במה אדע כי אירשׁנה׃
Abram répondit: Seigneur YHWH-Adonaï, à quoi connaîtrai-je que je le posséderai?

Verset 9.
      ויאמר אליו קחה לי עגלה משׁלשׁת ועז משׁלשׁת ואיל משׁלשׁ ותר וגוזל׃
Et [YHWH-Adonaï] lui dit: Prends une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe.
משׁלשׁת - de trois ans: Condition requise pour la plupart des animaux de sacrifice.

Verset 10.
      ויקח־לו את־כל־אלה ויבתר אתם בתוך ויתן אישׁ־בתרו לקראת רעהו ואת־הצפר לא בתר׃
Abram prit tous ces animaux, les coupa par le milieu, et mit chaque morceau l'un vis-à-vis de l'autre; mais il ne partagea point les oiseaux.
ויבתר אתם בתוך ויתן אישׁ־בתרו לקראת רעהו - les coupa pour lui par le milieu, et mit chaque morceau l'un vis-à-vis de l'autre: Dans le Proche-Orient ancien, une alliance était souvent scellée par un sacrifice dans lequel les victimes étaient coupées en deux moitiés; les contractants passaient entre elles, en appelant les divinités à leur faire subir le même sort que celui de ces animaux s'ils rompaient leurs engagements (comp. Jr 34,18).

Verset 11.
      וירד העיט על־הפגרים וישׁב אתם אברם׃
Les oiseaux de proie s'abattirent sur les cadavres; et Abram les chassa.

Verset 12.
       ויהי השׁמשׁ לבוא ותרדמה נפלה על־אברם והנה אימה חשׁכה גדלה נפלת עליו׃
Au coucher du soleil, un profond sommeil tomba sur Abram; et voici, la frayeur causée par une grande obscurité vint l'assaillir.
אימה חשׁכה גדלה - l'horreur causée par une grande obscurité: Comme on l'a vu dans l'introduction, la traduction liturgique commet une erreur grammaticale:
- les mots אימה'êymâh (littéralement: "une idole horrible, effrayante", d'où le sens principal dans la Bible: "la frayeur", "l'horreur") et חשׁכה khăshêkâh (sens propre: "l'obscurité", sens figuré: "la misère") sont comme on le voit des substantifs;
- seul le mot גּדל gâdôl , "grand", est un adjectif - accordé au féminin singulier, donc avec le nom féminin qui en est le plus proche: חשׁכה- lequel est lui-même complément de détermination du nom qui le précède: אימה. Donc on ne peut traduire littéralement que par "l'horreur d'une grande obscurité".
La frayeur d'Abram est causée par l'étrangeté de son sommeil, par l'obscurité (alors que le soleil est en train de se coucher, il ne fait donc pas encore nuit noire), et peut-être aussi par le pressentiment que Dieu va à nouveau lui parler (puisqu'il l'a déjà fait "dans une vision"; mais, alors, YHWH avait pris soin de rassurer préalablement Abram: "Abram, ne crains point; je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande" - 15,1).

Traduction des vv.13-16:
13: Et YHWH-Adonaï dit à Abram:
"Sache que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera point à eux; ils y seront asservis, et on les opprimera pendant quatre cents ans.
14: Mais je jugerai la nation à laquelle ils seront asservis, et ils sortiront ensuite avec de grandes richesses. 
15: Toi, tu iras en paix vers tes pères, tu seras enterré après une heureuse vieillesse.
16: A la quatrième génération, ils reviendront ici; car l'iniquité des Amoréens n'est pas encore à son comble".
Quelques remarques sur les vv.13-16:
étrangers dans un pays qui ne sera point à eux; ils y seront asservis, et on les opprimera: Annonce de la captivité en Égypte.
quatre cents ans:Ex 12,40 indique 430 ans, ce qui suggère l'emploi de chiffres arrondis.
une heureuse vieillesse: L'accomplissement de cette promesse est signalée en Gn 25,8.
A la quatrième génération: Pour concilier cette affirmation avec la durée de 400 ans, on a avancé cette explication: "une génération" est l'âge d'un homme à la naissance de son premier fils; or Isaac (le premier fils d'Abraham avec sa femme, Saraï-Sarah) est né à la suite de l'épisode de Mambré (Gn 18,1-17); Abraham avait 99 ans lors de sa circoncision, qui précéda cet épisode (17,24), et il en avait 100 lors de la naissance d'Isaac (21,5). Il y a alors concordance entre "quatre générations" et "400 ans".
Amoréens: (ou Amorites) Population cananéenne habitant la terre promise, avant l'arrivée d'Israël - tantôt mentionnés avec d'autres peuples (ci-dessous, v. 21; ou Ex 3,17, par ex.) à côté des Cananéens, tantôt semblant désigner l'ensemble des anciens occupant du pays, et être une sorte de synonyme de "Cananéens" (Dt 1,7;44).
l'iniquité des Amoréens n'est pas encore à son comble: Le don effectif du pays de Canaan à Israël - et donc la dépossession qu'elle entraînera pour les Cananéens - n'aura lieu qu'à ce moment-là, représentant alors un jugement divin.
De nombreux documents écrits (en particulier des lettres d'El-Amarna) ont mis en évidence un certain nombre de traits de la religion cananéenne qui faisaient que la Bible interdisait tout contact avec les cananéens: vénération des dieux de la mythologie épique cananéenne, mais également de dieux propres aux différentes cités, syncrétisme religieux, prostitution sacrée des deux sexes, et même sacrifices d'enfants, divination, etc. (comp. Dt 18,9-12).

Verset 17.
       ויהי השׁמשׁ באה ועלטה היה והנה תנור עשׁן ולפיד אשׁ אשׁר עבר בין הגזרים האלה׃
Quand le soleil fut couché, il y eut une obscurité profonde; et voici, ce fut une fournaise fumante, et un flambeau en feu passa entre les animaux partagés.
תנור עשׁן ולפיד אשׁ - une fournaise fumante, et un flambeau en feu: Le feu signale la présence de YHWH (voir par ex. Ex 3,2; 14,24; 19,18; 1R 18,38)
Ainsi, en passant entre les animaux partagés, Dieu s'engage à respecter son alliance, à accomplir la promesse faite à Abram.

Versets 18-21.
        ביום ההוא כרת יהוה את־אברם ברית לאמר לזרעך נתתי את־הארץ הזאת מנהר מצרים עד־הנהר הגדל נהר־פרת׃ 
En ce jour-là, l'Éternel fit alliance avec Abram, et dit: Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d'Égypte jusqu'au grand fleuve, au fleuve d'Euphrate, 
את־הקיני ואת־הקנזי ואת הקדמני׃
le pays des Qéniens, des Qeniziens, des Qadmoniens,
 ואת־החתי ואת־הפרזי ואת־הרפאים׃
des Héthiens, des Phéréziens, des Rephaïm,
 ואת־האמרי ואת־הכנעני ואת־הגרגשׁי ואת־היבוסי׃ 
des Amoréens, des Cananéens, des Guirgasiens et des Jébusiens.
 ברית- alliance: Sur ce terme, voir cette page. YHWH conclut une alliance avec Abram (voir chap.17), tout comme il l'avait fait avec Noé (Gn 9,9).
מנהר מצרים - depuis le fleuve d'Égypte: Contrairement à ce que pensent certains (qui optent ici pour le Nil), il s'agit beaucoup plus vraisemblablement du torrent d'Égypte (aujourd'hui appelé Wadi-el-Arish) qui constitue la frontière sud de la Palestine.
Cette promesse signifie que le royaume d'Israël s'étendra entre l'Égypte et la Mésopotamie; elle a été réalisée sous le règne de Salomon (1R 5,1; 2Ch 9,26).
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שמות - Shemot (Les Noms)

Exode (Ex)

Ce deuxième volume du Pentateuque est intitulé « שמות - Shemot, Noms », d’après ses premiers mots: « ואלה שמות- Voici les noms ». Fidèles à l’usage grec, les LXX lui ont donné le titre d’εξοδος- exodos (sortie), Exode d’un mot qui résumait l’essentiel de l’œuvre. La Genèse, « בראשית- Berèshit, En un début » avait décrit la création du monde et rapporté l’histoire des patriarches, d’Adam et d’Abraham à Joseph. L’Exode fera le récit de la libération du peuple d’Israël tombé en esclavage en Égypte, de ses errances dans les déserts du Sinaï et de son pacte avec YHWH. Moïse en sera le personnage central: c’est lui qui libérera son peuple et sera son législateur inspiré.     

Ici encore, la théorie documentaire ne doit pas masquer la profonde unité de l’œuvre, d’une œuvre qui transmet dans chacune de ses parties une série ininterrompue d’images et de messages fulgurants. L’esclavage subi sous la férule d’un tyran, Moïse sauvé des eaux, la naissance d’une vocation de libérateur, l’appel de YHWH, la révélation du Nom ineffable, l’affrontement du tyran et de l’inspiré, les dix plaies d’Égypte, la mer du Jonc qui s’ouvre pour laisser passage aux fugitifs, sont autant d’épisodes frappants que poètes et mystiques, peintres et sculpteurs n’ont cessé d’illustrer. L’événement central est sans doute le don de la Torah au sommet du Sinaï; la proclamation des « Dix Paroles » (ch. 19 et 20). Les « tables du témoignage », לחת העדת- louhot ha-‘édout (Ex 32, 15), qui les contiennent, seront placées dans le coffre du pacte ou arche d’alliance, en signe de la présence toujours actuelle de YHWH et de sa parole au sein de son peuple. Le pacte devient ainsi le lieu permanent de leur rencontre.     
L’Exode entend bien rapporter un fait historique: la délivrance des Hébreux esclaves en Égypte et leur sortie de ce pays. Les documents égyptiens qui parlent de l’asservissement d’étrangers ou de la fuite d’esclaves dans le désert ne sont toutefois pas suffisants pour asseoir une certitude précise à ce sujet. Selon la tradition biblique, il se serait écoulé 480 ans entre la sortie d’Egypte et la construction du Temple de Salomon (cf. 1 R 6,1), ce qui situerait l’Exode entre 1450 et 1430. Mais la plupart des historiens identifient le pharaon qui asservit les Hébreux avec Ramsès II (1301-1234). Ils se divisent sur la question de savoir s’il faut situer l’exode sous son règne ou sous celui de son fils Ménephtah (1234-1225). Dans ce dernier cas, l’oppresseur des Hébreux aurait pu être, non pas Ramsès II, mais son père Séthi 1er (1317-1301).     
Par ailleurs, la controverse demeure vive quant à l’itinéraire suivi par les fugitifs. La Bible énumère avec force détails les étapes de leur errance, sans toutefois que l’on puisse en retracer avec certitude le trajet. Les livres de l’Exode (ch. 12-19), des Nombres (13,20-22) et du Deutéronome (1,2) semblent faire partir les Hébreux de la mer du Jonc ou mer Rouge, en un point dont la localisation demeure problématique, pour leur faire traverser le désert de Shur (Ex 15,22) en contournant Rephidim, où ils guerroyèrent contre les Amalécites (Ex 17,8-16), avant d’aboutir au Sinaï.     
Le lieu exact où l’Exode situe le don de la Torah est lui aussi indéterminé. Il s’agissait d’une montagne non identifiée. Si les Hébreux n’ont pas conservé de tradition concernant sa situation exacte, c’est que cela importait moins à leurs yeux que ce qui s’y était passé et en avait résulté. Depuis le IVème siècle, une tradition orthodoxe désigne le Djebel Moussa ou mont Moïse. Les moines ont bâti un monastère au lieu-dit de la théophanie du buisson ardent et, au VIème siècle, l’empereur Justinien y a édifié une puissante forteresse afin de les protéger (voir photos ci-dessous, en Ex 3,1).     
Après la théophanie du Sinaï, le peuple se remet en marche pour gagner la Terre promise. Chacune des étapes de ce long voyage soulève des problèmes dont la complexité est telle que leur localisation est la plupart du temps impossible.     

La critique biblique repousse l’affirmation traditionnelle selon laquelle la législation consignée dans l’Exode et dans les livres suivants du Pentateuque aurait été l’œuvre de Moïse écrivant sous la dictée de YHWH. Elle y voit une œuvre composite, qui s’est progressivement constituée au cours des siècles à partir de sources multiples. Quelles que soient ses similitudes avec d’anciens codes, celui d’Hammourabi par exemple, cette législation possède ses caractères propres. Elle a un aspect toujours actuel par son humanisme, sa quête passionnée de justice et de paix, les perspectives apocalyptiques qu’elle assigne au terme de l’histoire humaine, et la vocation divine dont elle ouvre la vision à l’homme créé à la ressemblance du Créateur. Le message central de la Torah réside dans le monothéisme éthique que les Hébreux furent les premiers à propager. L’adoration d’un Dieu unique, juste, invisible, créateur des ciels et de la terre, impliquait le rejet, par les Fils d’Israël, de toutes les idoles adorées par les nations, de toute forme de paganisme.

Le livre de l’Exode, ou des Noms, illustre ainsi le récit de la naissance d’une nation, Israël, fruit de l’amour de YHWH, de sa révélation et de sa puissance.
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• Ex 3,1-8a;10;13-15.

Vocation et mission de Moïse, révélation du nom divin: un des plus célèbres récits de la Bible, un seuil capital dans l'histoire du salut. L'Exode, événement fondateur du peuple de Dieu, va s'engager sous la conduite de Moïse, envoyé par le Seigneur, le Dieu des pères, fidèle à ses promesses. Leur contenu précis se dévoilera progressivement, mais l'intention en est énoncée dès ce moment-là: délivrer le peuple choisi des souffrances et de la servitude. Au cours de cette vision, Dieu révèle son Nom, Celui qui transcende le temps et l'histoire, le Même hier, aujourd'hui et demain, Celui qui est, qui était et qui vient...

Sur ce passage:

Sur l'Exode, voir ci-dessus.

Sur Ex 3 - 4: Ce récit de la vocation de Moïse constitue un des sommets du livre de l'Exode (et de la TaNaKh), tant est profonde la Révélation dont il est porteur.
On peut y discerner cinq parties:
- l'appel proprement dit: 3,1-12;
- la révélation du nom de Dieu: 3,13-22;
- les signes: 4,1-9;
- la "bouche" de Moïse (ici elle est dite "כּבד kâbêd lourde"; en 6,12;30 elle sera dite "ערל ‛ârêl incirconcise"): 4,10-17;
- le retour en Égypte: 4,18-31.
Moïse y est l'homme choisi par Dieu pour réaliser son dessein: mettre fin à la détresse de son peuple (voir 2,23-25; 3,7-9;16-17; 4,31), "le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays" (3,8; voir aussi 3,10;12;17).
Mais Moïse y apparaît aussi comme un homme ordinaire, réticent à répondre à l'appel de Dieu (il avance cinq objections), de sorte que ce récit de vocation est aussi un "bras de fer" (on peut y voir une préfiguration de la ריב – rîb qui opposera ensuite régulièrement Dieu, par la bouche des prophètes, à son peuple pécheur) entre YHWH et Moïse. 
Celui-ci finit par obéir et, selon la promesse divine, les Hébreux le reconnaissent comme un véritable prophète de YHWH (4,31).
Larévélation du Nom de Dieu est au cœur du récit: Dieu s'y révèle comme "Celui qui est" (3,14), qui a agi dans le passé ("le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob"), qui est présent au cœur de l'histoire ("Je suis"), au côté de Moïse et du peuple ("Je suis/serai avec toi"), et qui va manifester sa puissance par toutes sortes de prodiges en vue de la libération de son peuple.
Ce texte est le seul de toute la TaNaKh à donner une explication au Nom de Dieu - et c'est Dieu lui-même qui la donne.
Il introduit en outre celui de la présence divine - qui forme la trame de tout le Livre. YHWH manifeste sa présence à Moïse dans le buisson, et la lui promet (3,12).
Ici encore, l'histoire de Moïse préfigure celle d'Israël, car cette même présence sera ensuite accordée à l'ensemble du peuple; en particulier, Dieu se révèle à Moïse sur "la montagne de Dieu" comme il le fera plus tard (Ex 19 - 20) à tout le peuple.


Sur les noms de Dieu, et en particulier sur יהוה, voir cette page.

Traduction et remarques:

Verset 1.
 ומשׁה היה רעה את־צאן יתרו חתנו כהן מדין וינהג את־הצאן אחר המדבר ויבא אל־הר האלהים חרבה׃
Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb.
יתרו - Jéthro: Le beau-père de Moïse est ailleurs (Ex 2,18) appelé "רעוּאלre‛û'êl - ami de אל Dieu";יתרו yithrô, que nous transcrivons "Jéthro" et prenons pour un nom est en fait un titre (ce que tend à confirmer son rôle de "כּהןkôhên, prêtre sacrificateur"), dérivé (avec un suffixe pronominal) de יתרyether, et que l'on devrait traduire par "son excellence".
אל־הר האלהים חרבה - à la montagne de Dieu, à Horeb: Le mot חרבkhôrêb, que nous transcrivons "Horeb", vient de la racine חרבkhâ̂rab et signifie "désert", "désolation". Le même massif montagneux est également appelé Sinaï dans la suite du récit.
<- (Lever de soleil sur le Sinaï)

Les premières traditions chrétiennes l'identifient à une haute montagne (Ras-es-Safsaf) appartenant massif du Mont Sinaï (Djebel-Mousa, le "Mont de Moïse"), au pied de laquelle Justinien Ier fit construire en 527 un monastère dédié à Sainte Catherine d'Alexandrie ->



<- et qui conserve un buisson qui serait le "buisson ardent" (v.2); en tout cas, cet arbuste ne se rattache à aucune espèce botanique répertoriée, reste invariablement vert, ne se multiplie pas (ni par bouturage, ni marcottage, ni par graines: il ne fleurit pas et ne produit donc pas de fruits).

Verset 2.
   וירא מלאך יהוה אליו בלבת־אשׁ מתוך הסנה וירא והנה הסנה בער באשׁ והסנה איננו אכל׃ 
L'ange de YHWH-Adonaï lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d'un buisson. Moïse regarda; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point.
מלאך יהוה - L'ange de YHWH-Adonaï: Voir, par ex. Gn 16,7, et note sur Ps 91,12 à cette page. Dans la suite du récit, il s'agira d'YHWH lui-même.
בלבת־אשׁ - dans une flamme de feu: Le feu accompagne à plusieurs reprises la révélation de Dieu aux hommes (Ex 13,21; 19,18; 1R 18,24;38).
מתוך הסנה - au milieu d'un buisson: En Dt 33,16, Dieu sera appelé
"שׁכני סנה - Celui qui demeure dans le buisson".

Verset 3.
   ויאמר משׁה אסרה־נא ואראה את־המראה הגדל הזה מדוע לא־יבער הסנה׃
Moïse dit: Je veux me détourner pour voir quelle est cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume point.

Verset 4.  
   וירא יהוה כי סר לראות ויקרא אליו אלהים מתוך הסנה ויאמר משׁה משׁה ויאמר הנני׃
YHWH-Adonaï vit qu'il se détournait pour voir; et Dieu l'appela du milieu du buisson, et dit: Moïse! Moïse! Et il répondit: Me voici!
יהוה - YHWH-Adonaï: C'est maintenant YHWH lui-même qui est au milieu du buisson, comp. v.2: "l'ange d'YHWH" serait donc une figure sous laquelle YHWH lui-même apparaît (voir Gn 16,7; Jg 6,11; 13,3...).

Verset 5.  
  ויאמר אל־תקרב הלם שׁל־נעליך מעל רגליך כי המקום אשׁר אתה עומד עליו אדמת־קדשׁ הוא׃ 
Dieu dit: N'approche pas d'ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte.
שׁל־נעליך - ôte tes souliers: En signe de profond respect.
אדמת־קדשׁ - une terre sainte: Un lieu "saint", "sacré", est un lieu où Dieu est présent, et c'est cette présence qui le sanctifie (comp. Gn 2,3).

Verset 6.
 ויאמר אנכי אלהי אביך אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב ויסתר משׁה פניו כי ירא מהביט אל־האלהים׃  
Et il ajouta: Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, car il craignait de regarder Dieu.
אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב - le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob: Voir Gn 2,24. Ce nom que Dieu se donne souligne qu'il est le Dieu qui a conclu une alliance avec les patriarches, le Dieu de la promesse. Par l'alliance du Sinaï, il deviendra le Dieu de tout le peuple d'Israël.
Cette locution est citée en Mc 12,26-27 (trad. LXX: " Ἐγώ εἰμι ὁ θεὸς τοῦ πατρός σου, θεὸς Αβρααμ καὶ θεὸς Ισαακ καὶ θεὸς Ιακωβ - Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob"; texte cité par Marc:"ἐγὼ ὁ Θεὸς ᾿Αβραὰμ καὶ ὁ Θεὸς ᾿Ισαὰκ καὶ ὁ Θεὸς ᾿Ιακώβ - Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob"; or sa formule introductive est: "ἐν τῇ βίβλῳ Μωϋσέως, ἐπὶ τοῦ βάτου - dans le livre de Moïse, au passage du buisson").
L'intérêt historico-rhétorique de cette formule est qu'elle prouve bien qu'aux premiers siècles de notre ère,
1°/ la TaNaKh, même sous sa forme grecque de la LXX, ne comportait pas
- de titres de Livres (ou plutôt de rouleaux), puisqu'on appelle "Livre de Moïse" ce que nous appelons "Exode";
- de divisions en chapitres et versets, puisque l'on fait allusion à son contexte pour situer la citation;
2°/ l'on citait vraisemblablement très facilement par oral le texte hébraïque, que l'on connaissait à peu près par cœur; mais que lorsqu'on transcrivait en grec ces paroles en utilisant la LXX, on pouvait en faire une citation plus approximative.
מהביט אל־האלהים - de regarder Dieu: Selon la TaNakh, on ne peut voir la face de Dieu et vivre (Voir Gn 32,31; Ex 33,20;23: Moïse jouit d'une expérience limite de vision, puisqu'il voit Dieu "de dos", c'est-à-dire de façon partielle, imparfaite et non en plénitude, cf. Gn 24,10-11; Is 6,1-4; Ez 1; voir aussi Jg 6,22-23; 13,22). Moïse connaîtra par la suite d'autres révélations divines (Ex 19,3sqq; 24,9-10; 33,11;18-23; 34, 29-35; Nb 12,6-8; Dt 34,10).

Verset 7.
  ויאמר יהוה ראה ראיתי את־עני עמי אשׁר במצרים ואת־צעקתם שׁמעתי מפני נגשׂיו כי ידעתי את־מכאביו׃ 
YHWH-Adonaï dit: J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs.
La sainteté de Dieu qui demande à Moïse de se déchausser (v.5) ne l'empêche pas de voir la souffrance de son peuple (v.7) et de s'en approcher (v.9).

Verset 8a.
  וארד להצילו מיד מצרים ולהעלתו מן־הארץ ההוא אל־ארץ טובה ורחבה אל־ארץ זבת חלב ודבשׁ
Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays où coulent le lait et le miel
אל־ארץ זבת חלב ודבשׁ - dans un pays où coulent le lait et le miel: Pays offrant de nombreux pâturages permettant l'élevage de vaches laitières, et où les abeilles produisent du miel en quantité grâce à une riche végétation - donc un pays permettant la sédentarisation. L'expression évoque un idéal d'abondance et de prospérité; elle deviendra courante pour désigner la terre promise (14 occurrences d'Ex à Dt, 5 occurrences dans le reste de la TaNakh).

Verset 10.
   ועתה לכה ואשׁלחך אל־פרעה והוצא את־עמי בני־ישׂראל ממצרים׃
Maintenant, va, je t'enverrai auprès de Pharaon, et tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les enfants d'Israël.
פרעה - Pharaon: D'après la date de l'Exode, il s'agit soit d'Aménophis II, fils de Thoutmosis III, soit de Ramsès II, pharaon de la 19ème dynastie, qui entreprit de grands travaux de construction (1290/79 - 1224/12 av. notre ère).

Verset 13.
 ויאמר משׁה אל־האלהים הנה אנכי בא אל־בני ישׂראל ואמרתי להם אלהי אבותיכם שׁלחני אליכם ואמרו־לי מה־שׁמו מה אמר אלהם׃
Moïse dit à Dieu: J'irai donc vers les enfants d'Israël, et je leur dirai: Le Dieu de vos pères m'envoie vers vous. Mais, s'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je?

Verset 14.
  ויאמר אלהים אל־משׁה אהיה אשׁר אהיה ויאמר כה תאמר לבני ישׂראל אהיה שׁלחני אליכם׃
Dieu dit à Moïse: Je suis qui je suis. Et il ajouta: C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle 'Je suis' m'a envoyé vers vous.
אהיה אשׁר אהיה - Je suis qui je suis: Dieu ne veut pas dire son nom, le mystère de la personne divine est inaccessible à l'humain.
Autres traductions proposées:
- "Je suis celui qui est"; mais elle ne respecte pas la conjugaison.
- "Je suis: je suis"; mais elle ne traduit pas le relatif אשׁר.
- "Je suis qui je serai"; possible grammaticalement (l'inaccompli peut se traduire, entre autres, par le présent ou le futur), mais peu vraisemblable logiquement (pourquoi traduire différemment la même forme verbale dans la même phrase?).
- "Je suis celui que je suis" (i.e.: je suis et reste ce que je suis, fidèle à moi-même et à mes promesses) ou "Je suis ce que je serai" (i.e.: je suis un être parfaitement libre, qui ne peut être connu des hommes que par ce qu'il va leur révéler); mais ces deux traductions se heurtent au fait qu'en hébreu la relative n'est jamais ailleurs utilisée comme attribut du sujet, le relatif étant (comme en grec ou en latin) en même temps son propre antécédent.
Dans la suite du verset, Dieu se présente simplement comme "אהיה - Je suis"; et au verset suivant, il se présentera comme "יהוה - YHWH" - voir à cette page.
LXX traduit: " Ἐγώ εἰμι ὁ ὤν - Moi je suis celui qui [est l']étant".
Moïse vient d'exprimer sa préoccupation (v.13): comment les Hébreux pourront-ils faire confiance à un Dieu inconnu, dont ils ignorent l'identité (donc l'essence)?... Au nom de qui Moïse veut-il prendre autorité sur eux, et les sortir hors d'Égypte?...
En se présentant ainsi, même si c'est de façon quelque peu énigmatique, Dieu affirme qu'il est l'Être par excellence, qui ne tient son existence d'aucun autre, et qui est à l'origine de tout ce qui existe - contrairement aux idoles qui ne sont rien (voir Is 41,24; 43,10-13).
Moïse peut donc s'engager dans sa mission avec confiance, malgré la taille de ses adversaires (pharaon, ses dieux, ses magiciens, ses armées), puisqu'il a YHWH avec lui (v.12).

Verset 15.
   ויאמר עוד אלהים אל־משׁה כה־תאמר אל־בני ישׂראל יהוה אלהי אבתיכם אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב שׁלחני אליכם זה־שׁמי לעלם וזה זכרי לדר דר׃
Dieu dit encore à Moïse: Tu parleras ainsi aux enfants d'Israël: L'Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, m'envoie vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon mémorial de génération en génération.
יהוה - L'Éternel: Une autre tentative de traduction du tétragramme divin (voir à cette page; vers le IVème siècle av.notre ère, les Juifs prirent l'habitude de ne plus prononcer le tétragramme, mais "אדני'ădônây Adonaï - Seigneur", ce que la LXX a "entériné" en le traduisant par "κύριος kurios".
אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב - le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob: Voir note au v.6. Par là, Dieu souligne le fait qu'il s'est déjà révélé dans le passé, aux patriarches, aux ancêtres des Hébreux.
זה־שׁמי לעלם וזה זכרי לדר דר - Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon mémorial de génération en génération: Ce "nom" a pour fonction de permettre aux hommes de se "remémorer" qui est Dieu pour toujours.
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• Ex 16,2-4;12-15

L'Exode est l'événement fondateur du peuple de Dieu et de sa foi. Cette épopée, inlassablement racontée et relue, s'est progressivement enrichie de détails dont les sages se sont attachés à découvrir la valeur symbolique. Certaines de leurs réflexions ont été consignées par écrit: entre autres celles qui concernaient la manne, don de Dieu en même temps qu'épreuve pour la foi.

Remarque:
Le « pain » est « nourriture » qui « rassasie » dans « le désert » (versets 11-15):
- les synoptiques (Mt 14,15-20//Mc 6,35-42//Lc 9,12-17)
- et même Jn 16,1-15, dans leurs récits de la multiplication des pains,
- ainsi que Jn 6,16-21, dans la péricope sur le Pain de Vie,
font très clairement allusion à ce passage du Premier Testament.
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• Ex 19,3-8a;16-20b

Coups de tonnerre, nuée, bruit de « trompette puissante » (en fait, de shofar*): autant de signes annonciateurs des manifestations du Dieu Tout-Puissant.

Étonnement des témoins qui se rassemblent mais se tiennent à une distance respectueuse.

Tel est, dans la Bible, le cadre traditionnel et quasi liturgique des théophanies**.  
Celle-ci remet en mémoire ce que Dieu a fait dans le passé ; elle est promesse et gage de bienfaits encore plus grands.

Mais l’attention doit porter sur la Parole, l’ordre confié au messager choisi par Dieu pour les transmettre au peuple, exhorté à l’obéissance, et à la conversion. 



Haggadah de Ferrare (1583):
Moïse recevant les Tables de la Loi sur le Mont Sinaï.
En bas, le peuple attend le retour de Moïse. ->
(Paris, Bibliothèque Nationale)


Tous ces traits invitent le chrétien à faire le rapprochement entre la théophanie du Sinaï, qui eut lieu « le troisième mois qui suivit la sortie d’Égypte » et celle qui eut lieu « le cinquantième jour après la Pâque » (Ac 2,1-11)***

Remarques – 
* Le shofar est une corne de bélier utilisée comme trompe. Cet instrument possède une symbolique très riche, puisque la tradition en fait remonter l’usage au « non-sacrifice » d’Isaac. Lorsque Abraham « monta » pour sacrifier son fils conformément à l’ordre divin, un ange intervint au dernier moment pour arrêter sa main, et désigna un bélier qui serait sacrifié à la place du jeune garçon. Ce geste marque une véritable révolution dans les mentalités : désormais, il ne sera plus jamais fait de sacrifices humains au sein du peuple de Dieu. En souvenir de cet animal qui sauva la vie d’Isaac, et qui symbolise un moment si important dans l’histoire humaine, on sonne symboliquement le shofar, la corne de bélier. (Voir pages sur le shofar, sur Roch HaChana et Kippour).
** Théophanie : manifestation de Dieu (du grec : θεος­ Dieu ; φανειν – (se) montrer) ; je prépare un article sur les différents types de théophanies dans la TaNaCh (Premier Testament).
*** Voir le texte de Saint Bruno de Segni en fin de page en cliquant ici.

- Note sur le verset 5 – Remarquer la binarité constituée par l’ « infinitif absolu », également dit « accusatif d’objet interne » par analogie avec les langues à déclinaison comme le grec et le latin : אם־שמוע תשמעו – Littéralement : « si écouter tu écoutes », pour dire « si tu écoutes bien ». Voir note sur l'infinitif absolu.
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• Ex 24,3-8 

Dieu accueille favorablement les sacrifices offerts avec un cœur sincère.

Mais, contrairement aux dieux de nombre des contemporains des Hébreux, il refuse les sacrifices humains (voir l’Introduction aux Textes du 2ème dimanche de Carême en cliquant), il ne veut pas la mort de ses adorateurs.

Le rite de l’aspersion de sang, de l’autel érigé par Moïse d'abord, puis du peuple, est le moment le plus significatif des rites de conclusion de l’Alliance : Dieu rend la vie qui lui est offerte ; mieux, il en renouvelle le don (voir page « Le sang dans la Bible »).

Ce rituel a donc une très haute portée religieuse.

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במדבר- Bemidbar (Dans le désert)
Nombres (Nb)

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• Nb 6,22-27

Versets 24-26:
Cette bénédiction, particulièrement riche quant à son contenu, est également très élaborée:
- elle est de structure tripartite;
- chacune de ses parties contient le nom de YHWH et deux éléments de bénédiction;
- ces trois parties sont de longueur croissante, comme on le verra plus bas: le v.24 comporte trois mots, le v.25 cinq mots, le v.26 sept mots.
Elle était sans doute prononcée chaque matin, à l'issue de la prière.
L'emploi de la 2ème personne du singulier pour désigner le peuple juif appartient au style liturgique traditionnel.

Verset 24:
יברכך יהוה וישׁמרך׃
Que YHWH te bénisse, et qu'il te garde!

Verset 25:
יאר יהוה פניו אליך ויחנך׃
Que YHWH fasse luire sa face sur toi, et qu'il t'accorde sa grâce!
יאר יהוה פניו אליך - Que YHWH fasse luire sa face sur toi: l'expression "faire luire la face sur quelqu'un" exprime l'approbation de YHWH (Ps 4,7; 31,17; 80,4) - Page sur "La face de Dieu" en préparation.

Verset 26:
ישׂא יהוה פניו אליך וישׂם לך שׁלום׃
Que YHWH tourne sa face vers toi, et qu'il te donne la paix!
ישׂא יהוה פניו אליך - Que YHWH tourne sa face vers toi: "tourner la face vers quelqu'un" exprime la bienveillance, la sollicitude.
שׁלום - la paix: le terme a un sens bien plus étendu qu'en français: ce n'est pas seulement l'absence de conflits, mais c'est aussi la prospérité, le bonheur (c'est pourquoi ce mot est, aujourd'hui encore, une salutation).

Verset 27:
 ושׂמו את־שׁמי על־בני ישׂראל ואני אברכם׃ 
C'est ainsi qu'ils mettront mon nom sur les enfants d'Israël, et je les bénirai.
שׂמו את־שׁמי על־בני ישׂראל - ils mettront mon nom sur les enfants d'Israël: "apposer le Nom" signifie invoquer, demander la bénédiction de YHWH; comme on l'a vu, le Nom est invoqué trois fois dans cette bénédiction.
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• Nb 11,25-29.

Aucune enceinte, même sacrée, ne saurait emprisonner l'Esprit...
Il faut se réjouir de sa liberté!

Un jour, deux des "anciens" établis par Moïse pour le seconder dans la conduite du peuple étaient restés dans le camp, au lieu de se rendre à l' אֹהֶל, le "Tabernacle", la "tente de la Rencontre", lieu habituel des manifestations du Seigneur. Or voici qu'eux aussi, remplis de l'Esprit, se mettent à prophétiser! "Intolérable! Fais-les taire!" dit Josué à Moïse, qui lui a répondu: "Pas question! Il faut plutôt admirer la souveraine liberté de Dieu que rien ne peut entraver! Avec moi, appelez de vos  vœux le jour où tous, sans distinction, deviendront aussi prophètes!"

La réaction de Josué ne surprend pas: on réagit en effet, assez spontanément, comme si l'on avait un droit d'exclusivité sur les dons de la grâce!
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• Nb 21,4b-9

L'Exode est une sorte de parabole de toute l'histoire du Salut, un miroir qui renvoie au peuple des croyants de tous les temps l'image de ses infidélités toujours recommencées.
Une parabole aussi de la conduite de Dieu à l'égard de ceux qui l'abandonnent: il s'efforce de les faire revenir dans le droit chemin, en leur faisant prendre conscience de leur péché.
Au premier signe de repentir, dès qu'ils se tournent à nouveau vers lui, il les sauve.
L'épisode du serpent d'airain (sur ce thème, voir Jn 3,14-21 à cette page) en est une illustration mémorable. Dieu intervient d'une manière inespérée: en faisant d'une cause de mort une cause de salut!
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דברים- Devarim (Paroles)
Deutéronome (Dt)


    Ici encore, le livre est intitulé d’après son premier mot significatif, et, en l’occurrence, ce mot est particulièrement bien choisi, puisqu’il s’agit d’une série de discours:
אלה הדברים אשׁר דבר משׁה אל־כל־ישׂראל
"Voici les paroles dont Moïse parla à tout Israël".
Un autre nom, cependant, eut cours dès l’Antiquité, celui de Mishné Tora', "Tora' Seconde ou Répétition de la Tora'". Cette expression se trouve d’ailleurs dans le livre lui-même (17,18: משׁנה התורהMishné haTora') et dans Jos 8,32 (משׁנה תורת משׁה Mishné haTorat Moshé'); c’est elle qui a donné le nom de Deutéronome, emprunté au grec et signifiant « Deuxième Loi ».
    Le style de l’ouvrage est différent de celui des autres livres du Pentateuque. Dans les passages parallèles, il est moins concis et sa syntaxe est plus complexe. On y trouve des expressions particulières qui ont fait école et ont probablement influencé les rédacteurs d’autres ouvrages bibliques. Cette originalité du Deutéronome par rapport aux autres livres de la Tora a été reconnue dès l’Antiquité. Certes, il était considéré comme le Livre de Moïse, et, par exemple, Néhémie le cite sous ce nom (Ne 13,1: ספר משׁה). Mais les rabbis du Talmud se sont déjà demandés comment Moïse aurait pu décrire sa propre mort et son ensevelissement (Dt 34). Ils en avaient conclu que cette dernière partie du livre tout au moins avait été rédigée par Josué. D’autres indices encore empêchent de voir dans ce livre l’œuvre du grand législateur.
    C’est dès l’Antiquité aussi qu’on a cru reconnaître le Deutéronome dans ce livre de la Tora' dont la découverte, au temps du roi Josias, est rapportée par 2 R 22,8 sqq (voir page "Josias et le Livre de la Loi"). Certains en ont déduit que l’ouvrage avait été rédigé à cette époque par un groupe d’hommes soucieux de diriger et d’éclairer la réforme entreprise par ce souverain; ce qui est probablement exagéré. On peut penser toutefois que le Deutéronome est une composition très élaborée, le fruit d’une longue évolution qui ne s’est terminée que peu de temps avant la ruine du premier Temple, ou même, selon certains critiques, après l’exil à Babylone (586-538).
    Les controverses dont ce livre est encore l’objet ne doivent pas nous en voiler la grandeur. Le Deutéronome est l’un des textes les plus émouvants de la TaNaKh et, littérairement, l’un des plus parfaits. Le nouveau récit qu’il fait de certains aspects de l’histoire de Moïse, de sa vie et de sa mort, décrit bien le pacte dont il est l’intermédiaire entre YHWH-Adonaï et Israël comme étant le lieu métaphysique privilégié de la rencontre de l’être et de l’univers. Les "Dix Paroles" conditionnent le fonctionnement d’une alliance qui préfigure les accomplissements messianiques promis, à l’heure des triomphes universels de la justice et de la paix.
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• Dt 4,32-34 ;39-40

Attribuée à Moïse (voir ci-dessus), cette page du Deutéronome témoigne de l’expérience séculaire du peuple de la Bible. Il a progressivement acquis une conscience toujours plus vive de la présence du Seigneur au milieu de lui, dans son histoire singulière. Ses initiatives révèlent « la vigueur de son bras » mise au service du dessein de salut dont rien ni personne ne saurait entraver l’accomplissement. Il n’est pas un dieu parmi d’autres : il est l’Unique:
יהוה הוא האלהים אין עוד מלבדו׃
Littéralement : יהוה – YHWH l’Eternel ; הוא – lui ; האלהים – Dieu ; אין – pas un ; עוד – encore ; מלבדו – en dehors de lui seul. (Dt 4,35)
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* Voir page « Le bras de Dieu ».
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• Dt 26,4-10.

De l'offrande des prémices, commune à la plupart des religions, le Deutéronome fait ici une profession de foi unique et explicite en Dieu libérateur de son peuple sur lequel il ne cesse de veiller, et à qui il a donné une terre nouvelle.
Le mémorial de l'Exode, cet événement fondateur, est dès ce moment au coeur du culte biblique.

Sur ce passage:
Sur le Deutéronome, voir à cette page.
Sur la section Dt 22,1 - 26,19: Les lois édictées ici, aussi nombreuses que diverses, quiconcernent les différents domaines de la vie sociale et familiale d'Israël, visent à favoriser la pratique de la צדקהjustice (voir cette page). On peut noter tout particulièrement le grand souci de la protection du plus faible et du plus démuni, l'exhortation à l'entraide, et la protection de la femme. Les derniers versets du chapitre 26 servent de conclusion non seulement à cette section, mais à plus largement à l'ensemble de la Loi (Dt 4,44 - 26,15).
Les deux phrases introduisant la lecture liturgique de ce texte ne figurent pas dans l'original hébreu; elles sont déduites des versets 5,1a et 26,1-2, que je vais donc également donner ici; en effet, l'introduction liturgique laisse croire à tort qu'il s'agit du rite annuel de l'offrande des prémices (voir traduction de 26,2 et note).

Traduction et remarques:
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CHAPITRE 5
Verset 1a.
 ויקרא משׁה אל־כל־ישׂראל ויאמר אלהם
Moïse convoqua tout Israël, et leur dit:
כל־ישׂראלtout Israël: Moïse, avant de disparaître, veut s'assurer que "tout Israël", c'est-à-dire non seulement la génération de l'Alliance du Sinaï mais aussi la deuxième génération, a bien compris que cette Alliance  concerne toutes les générations.

CHAPITRE 26
Versets 1-2.
  והיה כי־תבוא אל־הארץ אשׁר יהוה אלהיך נתן לך נחלה וירשׁתה וישׁבת בה׃
Lorsque tu seras entré dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne pour héritage, lorsque tu le posséderas et y seras établi,
 ולקחת מראשׁית כל־פרי האדמה אשׁר תביא מארצך אשׁר יהוה אלהיך נתן לך ושׂמת בטנא והלכת אל־המקום אשׁר יבחר יהוה אלהיך לשׁכן שׁמו שׁם׃ 
tu prendras des prémices de tous les fruits du sol, que tu retireras du  pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne, tu les mettras dans une corbeille, et tu iras au lieu que choisira YHWH-Adonaï, ton Dieu, pour y faire résider son nom.
ולקחת מראשׁית כל־פרי האדמה - tu prendras des prémices de tous les fruits du sol: Cette offrande ne doit pas être confondue avec l'offrande annuelle des prémices (voir Dt 18,4); elle ne sera apportée qu'une fois, comme signe de prise de possession du pays et de reconnaissance du peuple envers YHWH-Adonaï. Voir Ex 23,19.
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Verset 4.  
 ולקח הכהן הטנא מידך והניחו לפני מזבח יהוה אלהיך׃
Le sacrificateur recevra la corbeille de ta main, et la déposera devant l'autel de YHWH-Adonaï, ton Dieu. 

Verset 5.  
 וענית ואמרת לפני יהוה אלהיך ארמי אבד אבי וירד מצרימה ויגר שׁם במתי מעט ויהי־שׁם לגוי גדול עצום ורב׃ 
Tu prendras encore la parole, et tu diras devant YHWH-Adonaï, ton Dieu: "Mon père était un Araméen nomade; il descendit en Égypte avec peu de gens, et il y fixa son séjour; là, il devint une nation grande, puissante et nombreuse. 
ארמי אבד - un Araméen nomade: Allusion à Jacob-Israël, père des douze tribus, obligé de fuir d'abord la maison familiale, puis celle de son beau-père, à Harân, pour émigrer enfin en Egypte (Gn 27,41 - 28,5; 31,1-21; 46).

Verset 6.
 וירעו אתנו המצרים ויענונו ויתנו עלינו עבדה קשׁה׃
Les Égyptiens nous maltraitèrent et nous opprimèrent, et ils nous soumirent à une dure servitude.

Verset 7.
 ונצעק אל־יהוה אלהי אבתינו וישׁמע יהוה את־קלנו וירא את־ענינו ואת־עמלנו ואת־לחצנו׃
Nous criâmes à YHWH-Adonaï, le Dieu de nos pères. YHWH-Adonaïentendit notre voix, et il vit notre oppression, nos peines et nos misères.
• VoirEx 2,23-25.  

Verset 8.
  ויוצאנו יהוה ממצרים ביד חזקה ובזרע נטויה ובמרא גדל ובאתות ובמפתים׃
Et YHWH-Adonaï nous fit sortir d'Égypte, à main forte et à bras étendu, avec des prodiges de terreur, avec des signes et des miracles.


Verset 9.
  ויבאנו אל־המקום הזה ויתן־לנו את־הארץ הזאת ארץ זבת חלב ודבשׁ׃
Il nous a conduits dans ce lieu, et il nous a donné ce pays, pays où coulent le lait et le miel.

Verset 10.
 ועתה הנה הבאתי את־ראשׁית פרי האדמה אשׁר־נתתה לי יהוה והנחתו לפני יהוה אלהיך והשׁתחוית לפני יהוה אלהיך׃
Maintenant voici, j'apporte les prémices des fruits du sol que tu m'as donné, ô YHWH-Adonaï!"

Tu les déposeras devant YHWH-Adonaï, ton Dieu, et tu te prosterneras devant YHWH-Adonaï, ton Dieu. 
La confession (en italique) sera récitée également chaque année par les Juifs lors de la Pâque, et le jour suivant la présentation de la première gerbe.
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